‹ Les Bois-Francs (volume 4)Chapitre 97 sur 145 · JOSEPH-EDOUARD METHOT, AVOCAT, C. R · texte numérisé non relu

JOSEPH-EDOUARD METHOT, AVOCAT, C. R

Joseph-Edouard Méthot naquit à Ste-Anne-de-Ia-Pérade, le 24 mai 1855. Il fit ses études classiques au séminaire des Trois-Rivières et fut admis au barreau en juillet 1879. Il exerça sa profession en ce dernier endroit, jusqu'en 1888, alors qu'il vint ouvrir une étude à Arthabaska. p était retourné depuis 1917, en son pays d'origine. Décédé à Arthabaska, le 16 mai 1920.

M. Méthot a été plusieurs fois bâtonnier du Barreau d'Arthabaska et, en 1904, il fut bâtonnier général de la Province de Québec ; il était aussi conseil du roi.

Il a épousé, le 12 janvier 1881, à St-Grégoire, Mlle Alida Dorais. De ce mariage, sont nés six enfants : une fille morte en bas âge, Gabrielle, Mme Henri Hains, de Londres ; Gertrude, veuve de M. Joseph Berges, de Lorp, France, tué au front en 1914 ; Jeannette, épouse de M. Georges Berges, aussi de Lorp, lieutenant dans l'armée française pendant la guerre ; Dorais, avocat à Pincher Creek, Alberta, décédé en octobre 1918, et Roger, comptable de la Banque Molson à Ottawa.

Pour bien comprendre le talent et le caractère de M.

Méthot, il faut se souvenir qu'il appartint à une génération qui disparaît. Son intelligence s'est formée quand la vie létait facile, quand les préoccupations d'ordre matériel comptaient peu. Il avait gardé de ses jeunes années ce mépris des richesses, ce détachement que le monde d'après guerre n'aura pas connus. Et s'il fut un avocat savant, il fut plus encore un artiste.

Son savoir, il le montrait consciencieusement et sans étalage, en remontant aux sources du droit, aux vieux textes, aux jurisconsultes anciens, aux précédents : c'était la part du métier, pour lui impersonnelle et, par conséquent sans originalité ; mais sa verve fusait bientôt en une argumentation parfois subtile jusqu'au paradoxe, mais toujours claire et remplie d'aperçus nouveaux. Au moment où son imagination semblait devoir l'éloigner du débat, son sens critique l'y retenait ou l'y ramenait par des prodiges de dialectique ; et ses plus brillantes digressions étaient si étroitement liées à la trame de son discours, qu'elle faisaient corps avec lui.

De sa longue fréquentation des hommes et des choses du palais, des inévitables déceptions de la carrière et surtout de sa pratique continue de l'argumentation juridique, il acquit bientôt une philosophie désabusée, une sorte de douce misanthropie. A voir se donner libre cours dans les procès les passions les moins nobles, les intérêts les plus / mesquins, on perd assez vite tout enthousiasme pour / l'humanité.

Mais s'il fut réaliste dans son jugement sur les hommes, M. Méthot conserva toujours un amour profond des choses de l'intelligence. Il aimait à développer avec

nonchalance, par pur caprice d'imagination et sans y croire parfois, les idées générales que lui suggéraient le fait divers, un mot de son interlocuteur, une argutie de son adversaire. En dehors des vérités essentielles, rien ne lui semblait acquis ; il n'acceptait nulle théorie sans examen, 'ayant vu de près les fragilités de la raison humaine.

Je crois qu'il se fût plu dans la société des rhéteurs bysantins. Car il aimait le syllogisme, et, dans le syllogisme, la majeure, c'est-à-dire la proposition universelle, le principe, l'idée pure. La mineure l'intéressait moins, parce que c'est la proposition restreinte, le fait ; et le fait est souvent si brutal aux êtres d'imagination. Il s'en sauvait au Barreau en courant avec beaucoup d'entrain à la conséquence. Mais dans le gouvernement de sa vie, M. Méthot négligeait aussi la mineure, les côtés pratiques de l'existence ; c'est ce qui explique les désillusions dont il a parfois souffert.

Il aurait mérité d'être homme de loi de l'époque de Louis XIV, quand les charges se transmettaient par héritage, quand les avocats ne faisaient pas d'honoraires, d'avoir une de ces destinées bien ordonnées des magistrats du grand siècle, consacrés à l'étude et au culte du droit ; il vécut en notre jeune pays, où les luttes sont pleines d'âpreté, dans une ère où la civilisation s'est pour ainsi dire monnayée. Son âme en a ressenti des meurtrissures, >qu'il a subies sans se plaindre ; il a cru fermement aux compensations de l'au-delà, auquel il est désormais parvenu.

Nous perdons en lui un grand confrère, une person-

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nalité originale, ancêtre par le tempérament, mais un esprit ouvert à toutes les nouveautés de son temps.

A l'ouverture des assises criminelles lundi de cette semaine, Thonorable président du tribunal, M. le juge Pouliot, a eu un souvenir ému pour la mémoire du défunt. " L'esprit légal, disait le président du tribunal, et la science de Joseph-Edouard Méthot, comme d'ailleurs celle de plusieurs de ses devanciers et de ses confrères moins âgés que lui, avait franchi les limites d'Arthabaska et même du district judiciaire de Québec.

" Son talent était si réel, son savoir si étendu que d'un sentiment unanime l'Ordre des avocats de la Province de Québec crut s'honorer en venant chercher, dans le district d'Arthabaska, pépinière d'hommes éminemment distingués, Joseph-Edouard Méthot pour en faire le bâtonnier général de l'Ordre.

" Maître Méthot, dès le début de sa carrière, a brillé au prétoire et devant les plus hautes juridictions.

'' Un connaisseur s'il en fût, Sir A. A. Dorion, déclarait un jour, à la suite d'un procès, qu'il avait rarement entendu une cause si bien plaidée que celle qu'un tout jeune avocat d'un district rural venait d'argumenter, avec une logique et une maîtrise remarquables ".

L'honorable J.-E. Perrault, en sa qualité de doyen du barreau, a répondu, se joignant à l'honorable président du tribunal, au nom du barreau, pour offrir à la famille en deuil les plus vives sympathies.

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