DE
M- l'abbé Jos.-UldomcTessieiî
Ancien Curé de Sainte- Victoire d'Arthabaska.
E 20 mars 1920, M. Tabbé Joseph-Uldoric Tessier, ancien cnré de Ste-Victoire d'Arthabaska, célébrait le cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale. Mgr Onil Milot, curé de Victoriaville, et tous les paroissiens songeaient à commémorer ce grand jour avec pompe et solennité ; mais le vénérable jubilaire exprima le formel désir d'en faire un jour d'action de grâces, passé dans le calme et la prière. Il méditait à Tavance ces paroles de Psalmiste : Qind reiribuani Domino pro omnïbîis quœ retribuit mihi ? Caliceni salutaris accipiam et nomen Domïnt znvocabo^so. disait-il : Je prendrai le calice du salut et je rendrai des actions de grâces au Seigneur pour tous les bienfaits et faveurs qu'il m'a accordés,surtout depuis cinquante ans.
Vous m'aiderez, disait-il, par le concours de vos prières, à bien accomplir ce grand devoir de la reconnaissance. Je veux des prières et rien de plus. On respecta
un si noble et si pieux désir. Ce jour mémorable fut embaumé du parfum de l'encens des prières de l'iieurei^ Jubilaire et de ses nombreux amis. Ce jour fut me hymne de reconnaissance au Seigneur, auteur de tous biens. Je pense, disait encore le vénérable vieillar-1, aux années qui ne sont plus, pour mieux me préparer aux années éternelles.
M. Tabbé Josepli-Uldoric Tessier, fils de Casimir Tessier, cultivateur, et de Marcelline Germain, naquit à St-Stanislas-de-Cliamplain, le 13 juin 1845. Après avoir étudié un an à Ste-Anne-de-la-Pérade, sous un maître laïque, un monsieur St-Cyr, il entra au collège vSt-Josepli des Trois-Rivières, le 5 septembre 1860. C'était la première année que ce collège ouvrait ses portes àla jeunesse étudiante. Les nouveaux élèves, au nombre de cent, furent logés dans une maison bâtie sur une élévation appelée " Le Platon ", une petite colline située sur le bord du fleuve St-Laurent. D'après la tradition, c'est à cet endroit même que M. de Laviolette arbora pour la preinière fois l'étendard de la France. C'est sur cette éminence qu'il éleva le premier fort ou la première habitation qui fut le berceau des Trois-Rivières. La maison convertie en collège avait été bâtie sous la domination française. Elle avait servi de résidence aux anciens gouverneurs français des Trois-Rivières. Devenue la propriété du gouvernement anglais, elle fut convertie en casernes, et pendant plusieurs années,les autorités militaires y tinrent des soldats en garnison ; voilà pourquoi on l'appelait les ^'Vieilles Casernes ".
Les confrères de classe de M. Tessier,en 1860, furent :
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Charles Diimouliii, avocat ; Emmanuel Guilbcrt, prêtre ; Emmanuel Dupont, prêtre ; Zotique Rousseau, médecin ; Pierre Dagneau, prêtre ; Eméric Gervais, médecin ; John Cooke, prêtre ; Alfred Larue, Jésuite ; Elpliège Godin, prêtre ; Edmond Panneton, juge ; Octave Brunel, Louis Arcand, Louis Labarre, Joseph Brunel.
En septembre 1866, M. Tessier prit la soutane et fut nommé professeur de méthode, classe qu'il fit pendant deux ans.
En 1868, il fut nommé premier régent et économe.
En 1869, il devint professeur de Belles-Lettres, tout en restant économe.
Ordination de M. J.-U. Tessiër
Le 20 mars 1870, M. Tessier et son confrère de classe, M. E. Dupont, furent ordonnés prêtres à St-Hyacinthe.
L'ordination de ces deux prêtres, dit Mgr Ls Richard, dans son histoire du Collège des Trois-Rivières, eut lieu dans la petite chapelle du monastère du Précieux-Sang. Le jour, le lieu, l'évêque célébrant, les lévites s'offrant à l'ordination, que de circonstances mystérieuses s'unissaient ensemble pour donner à cette cérémonie un cachet particulier d'imposantes grandeurs et de touchants souvenirs. C'était le jour de la fête de Saint-Joseph, ce glorieux patron de l'Eglise du Canada et de notre humble institution, avant même qu'il fût donné pour protecteur à l'Eglise universelle. C'était dans une humble chapelle dédiée au Précieux-Sang que ces deux nouveaux lévites allaient recevoir le pouvoir divin de changer le vin au Précieux Sang de Jésus-Christ. C'était un vénérable
prélat portant le nom de Joseph, dont les vertus humbles et cachées rappelaient encore mieux celles de son Saint Patron. Enfin, c'étaient deux enfants du collège Saint-Joseph qui allaient être ordonnés par Joseph, en la solennité de Saint-Joseph. L'évêque, assisté de M. le grand-vicaire Zéphirin Moreau et de M. Louis Richard, accomplit avec une angélique piété tous les rites de la Sainte Eglise et l'assistance, composée de quelques personnes privilégiées, et des saintes Filles de la sœur Caouette, semblables,dans leur blanc costume, à des anges prosternés en adoration au pied de l'autel, fut fort édifiée de toutes ces cérémonies de l'ordination des prêtres.
Le lendemain, le 21, les deux nouveaux prêtres disaient leur première messe à Ste-Victoire d'Arthabaska, fait qui mérite d'être signalé, puisque 50 ans plus tard M. Tessier célébrera dans cette même paroisse le cinquantième anniversaire de sa première messe. De Victoriaville, M. Tessier et son compagnon d'ordination, M. E. Dupont, se rendirent au collège des Trois-Rivières, où les élèves leur firent une réception très solennelle. M. Tessier fut désigné pour adresser la parole à la communauté,ce qu'il fit en commentant les versets 3ème et 4ème du psaume 2 v. de David :
Quis ascendet in montem Dommi aut qiiis stabit in loco sancto ejus ? Innocens manibus et mundo corde. Oui montera sur la montagne sainte du Seigneur ou qui se tiendra dans son lieu saint ? Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur. Après quoi, les deux nouveaux ordonnés bénirent la communauté.
Au mois de juillet 1870, M. Tessier fut nommé vi-
Caire à Batiscan, poste qu'il occupa jusqu'à sa nomination de curé de Ste-Sopliie-de-Lévrard, en novembre 1874. A son arrivée à Ste-Sopliie,le village se composait de quatre maisons, et de la chapelle qu'on venait de transporter du 5ème rang au 6ème rang de Lévrard. Comme il n'y avait pas de presbytère, M. Tessier occupa pendant u.n an une des maisons du village.
Pendant l'hiver de 1875, M. Tessier, ayant obtenu de la fabrique de Batiscan le clocher de la vieille église, le fit transporter à Ste-Sophie, et en surmonta la chapelle.
M. Tessier s'occupa, dès les premiers mois de son arrivée à Ste-Sophie, de la construction d'un presbytère, lequel fut commencé au printemps de 1875. Les entrepreneurs furent MM.Zéphirin Nault, de St-Pierre, (i) et Nazaire Trottier, de Ste-Sophie. C'est le presbytère actuel. Il termina l'église et s'occupa de l'agrandissement de la paroisse en faisant annexer une partie du 4ème rang de St-Pierre à Ste-Sophie.
Pendant douze années, M. Tessier travailla constamment et courageusement au progrès spirituel et matériel de sa paroisse. Aussi les paroissiens de Ste-Sophie l'ont encore en grande vénération et estime.
M. J. U. Tessier nommé cure de Sainte-Victoire
d'Arthabaska
En septembre 1886, Mgr Gravel, qui connaissait les aptitudes et les talents de M. Tessier, le nomma curé de Sainte- Victoire d'Arthabaska, paroisse destinée à devenir la plus importante du diocèse de Nicolet.
(1) Père de M. Z. Nault, imprimeurde l'Union des Cantons de l'Est.
La population était alors de 1898 âmes ; vingt ans après, en 1906, lors de la retraite de AI. Tessier, elle avait atteint le chiffre de 3375.
Victoriaville, à cette époque, entra dans une véritable ère de progrès. Il y avait beaucoup à faire, tant sous le rapport religieux que sous le rapport matériel. M. Tessier fit beaucoup : agrandissement du territoire de la paroisse, construction de l'une des plus belles, si non la plus belle église du diocèse, du presbytère, de IWcadémie des Frères du Sacré-Cœur, agrandissement du Couvent des Dames de la Congrégation, agrandissement du cimetière, etc.
Spécialement consacré au bien spirituel de la paroisse, M. Tessier ne fut pas étranger au progrès matériel de Victoriaville.
Je ne fais que signaler les nombreuses et importantes œuvres de M.Tessier à Ste-Victoire ; je renvoie pour plus amples détails mes lecteurs à la page 442 du premier volume de l'Histoire des Bois-Francs.
A l'été de 1906, M. Tessier, constatant le mauvais état de sa santé, se détermina à abandonner le ministère curial. Il demanda et obtint de son ordinaire l'autorisation de prendre sa retraite. A l'automne, il fit ses adieux à ses chers paroissiens de Sainte-Victoire, qui le voyaient partir avec beaucoup de chagrin. Il avait d'abord songé à aller finir ses jours à Nicolet, mais bientôt, il revint sur sa décision et Se fixa au milieu de ses anciens paroissiens, qui l'ont en haute estime et grande vénération. Ils sont heureux de le posséder au milieu d'eux.
LKvS BOIvS-FRANCvS 405
Lk 20 Mars 1920 À Victoriaville
Depuis près de quatorze ans, M. Tabbé J. U. Tessier vit dans le calme, la retraite et la prière.
Le Bon Dieu va lui accorder une oien grande taveur celle de célébrer le cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale. Il est un de ces rares privilégiés qui ont ce bonheur ici-bas.
Si la grande humilité et l'amonr du recueillement de M. Tessier exigèrent la suppression de toutes solennités publiques, la reconnaissance et l'amitié avaient des droits que personne ne pouvait prescrire. Aussi, les Dames de la Congrégation de Victoriaville, qui comptent M.Tessier comme un de leurs bienfaiteurs les plus insignes, et chez qui il va tous les matins, depuis 14 ans, dire la messe, ne voulurent pas laisser passer inaperçu un événement aussi mémorable.
Le 19, jour de la fête patronale du jubilaire, elles donnèrent en son honneur une magnifique séance musicale et littéraire, et le clergé de Victoriaville et plusieurs citoyens prirent part à cette démonstration intime. Les élèves, violonistes et pianistes, firent de la musique vraiment ravissante. Le chant fut superbe, ainsi que la déclamation. Citons en particulier "Le Cantique du Jubilé d'Or".