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CHESTER

I ^ E premier habitant, canadien, catholique résidant J— X à St-Paul-de-Chester fut M. Charles Houd-dit-

Desrochers, originaire de Ste-Croix, comté de Lotbinière. Charles Desrochers pénétra dans la partie du canton de Chester formant aujourd'hui la paroisse de St-Paul, à travers de nombreuses montagnes. Il s'enfonça dans la forêt en suivant le cours de la rivière Nicolet, jusqu'au septième lot du dixième rang de Chester. C'était au printemps de 1849. Installé sur ce lopin de terre, il s'arma courageusement de la cognée du défricheur, et en peu de temps, à force d'énergie et de travail, il parvint à préparer une certaine étendue de terrain et y bâtit une cabane en bois rond, pour se mettre à l'abri des injures de l'air et se protéger contre l'inclémence des saisons.

A son arrivée à St-Paul de Chester, Charles Houddit-Desrochers était célibataire et âgé de 26 ans. (i) L'en-

(1) Extrait du registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de Ste-Croix, pour Tannée mil-huit-cent- vingt-trois :

' Le vingt-deux mars mil huit cent-vingt-trois par nous, curé, soussi- "gné, a été baptisé Charles Desrochers, né aujourd'hui du légitime ma- '■'riage de Charles Desrochers, cultivateur, de cette paroisse, et de Marie '•Guillemet. Parrain, Laurent Martel ; marraine, Marcel Desrochers, '* qui avecle père ont déclaré ne savoir signer. "

(Signé) J. C. GagnoD, ptre.

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jui, l'isolement firent vite décider notre brave colon à se prendre une compagne pour partager ses peines et ses joies. Aussi, le 26 novembre 1849, lions le voyons, dans la Chapelle des Bras, s'unir par les liens du mariage à Demoiselle Hermine Tourigny, de la mission de St- Christophe. Ce mariage fut célébré par Monsieur Antoine Racine, alors curé de Stanfold, devenu plus tard évêque de Sherbrooke, (i)

Le vingt-six novembre, mil-huit-cent-quarante-neuf, vu la dispense d'un ban de mariage obtenue de nous, en vertu des pouvoirs accordés à Sa Grandeur Joseph Signay, archevêque de Québec, en date du six mars mil huit cent quarante-deux, et vu la publication des deux autres bans, faite aux prônes de nos messes paroissiales entre Charles Houd-dit-Desrochers, cultivateur, fils majeur de Charles Houd-dit-Desrochers et de Marie Guilmet, de Chester d'une part, et Hermine Tourigny, fille majeure de feu Jean Tourigny et de Marguerite Verville, d'Arthabaska, d'autre part ; ne s'étant découvert aucun autre empêchement au dit mariage, nous prêtre, curé soussigné, avons reçu leur mutuel consentement de mariage et leur avons donné la bénédiction nuptiale en présence de Elisée Martel, ami de l'époux et de Michel Loranger, beau-frère de l'épouse, lesquels ainsi que les époux ont déclaré ne savoir signer.

Antoine Racine, Ptre.

Nos deux jeunes époux, immédiatement, vinrent occuper le petit logis préparé dans le cours de l'été précédent, à St-Paul-de-Chester.

(1) Registres de Stanfold, 1849.

Ils avaient foi dans un avenir prospère ; la richesse du sol qu'ils arrosaient de leurs sueurs le leur garantissait. Une espérance brillait pour eux dans le lointain, comme une lumière bien faible alors, mais suffisante pour soutenir leur courage. Car, comme l'a dit un auteur : "le courage ne consiste pas seulement à braver la valeur d'un ennemi, il se montre encore dans cette fermeté que l'homme de cœur sait déployer pour lutter contre les ennuis, les dégoûts, les privations de l'indigence et les mille autres obstacles journaliers qu'un travail dur et opiniâtre, seul, parvient à surmonter."

ANECDOTE BEAUCHESNE-GOODHUE

Notons qu'avant Charles Desrochers-dit-Houd, il y avait déjà à St Paul, sur le chemin Craig (1) un résidant de langue anglaise, M. James Goodhue. Depuis quand cet homme était-il établi à Chester-Ouest ? Je ne connais

(1) Le chemin Craig ou Craig' s Road, fut commencé en 1800 p;\r l'arpenteur Joseph Kilborne et terminé eu 1809, par ordre de Sir Jam "s Henry Craig, cinquième gouverneur anglais du Canada. Pendant l'administration de Craig, des détachements de soldats furent employés à travailler à ce chemin et à y construire des ponts.

Ce chemin part de la rive sud du St-Laurent, traverse la seigneurie de Saint-Gilles et passe par les cantons de Leeds, d'Ireland, d'Halifax, de Chester, de Tingwick, de Shipton et de Cleveland, et vient déboucher à Richmond. Lord Sherbrooke, pendant son administration de 1816 â 1818, s'en servit avec son état-major pour venir visiter en personne les Cantons de l'Est. En souvenir de cette visite, la métropole de ces cantons qui avait porté jusque là le nom de "Grandes Fourches" reçut celui de '-Sherbrooke". Elle n'est pas d'ailleurs la seule ville qui rappelle le souvenir fie nos premiers gouverneurs anglais : " Lennoxville " et "Richmond" portent les noms du successeur de Lord Sherbrooke; l'un de nos plus beaux lacs doit le sien à Lord ''Aylmer".

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pas Vépoque. Néanmoins sa présence est signalée dès les premiers temps de la colonisation de St-Christophe, commencée en 1835. Vers 1836 ou 37 Charles Beaucliesne et son frère Pierre, récemment arrivés dans les Bois-Francs, firent une visite à ce nommé Goodliue. Après avoir confectionné une petite embarcation, ils remontèrent la rivière Nicolet jusqu'au chemin Craig, dans Chester Ouest. Ils achetèrent une certaine quantité de patates qu'ils placèrent dans leur espèce de canot. Comme il se faisait tard, ils jugèrent bon d'attendre au lendemain pour revenir de Saint-Paul. Dans la nuit il plut tellement, que l'embarcation fut submergée et les patates furent emportées par le courant de l'eau.

Le lendemain matin, les enfants de Charles et Pierre Beauchesne, s'amusant sur le bord de la rivière, furent tout étonnés d'y voir grand nombre de patates entraînées par le courant. Ils en ramassèrent autant que possible et les emportèrent à la maison oii se trouvaient les deux femmes Beauchesne. En apprenant ce qui se passait à la rivière et voyant les patates, elles crûrent de suite qu'un malheur était arrivé à leurs maris. Elles se mirent à fondre en larmes et dirent à leurs enfants : " Vos pères sont noyés, vous voilà orphelins." Quelle désolation!

Deux femmes seules, ayant chacune sept à huit enfants en bas âge. Que vont-elles devenir? Pourront-elles au moins retrouver les cadavres ? Elles sont accablées par la douleur et les inquiétudes. Elles supplient le ciel de venir à leur secours.

Enfin, après plusieurs heures d'angoisse, les enfants qui sont sur le rivage, pleurant, sanglotant, jettent des cris de joie.

I Ils aperçoivent, déjà tout près d^eux, leurs pères qu^ils pensaient noyés.

Quelle consolation pour les deux mères éplorées de revoir leurs époux sains et saufs ! (i)

Le 3 septembre 1850, Dame Hermine Tourigny donnait à son époux un fils, qui fut baptisé sous le nom de Nazaire. Le ciel bénissait leur union. Ce fut le premier nfant canadien catholique qui vit le jour dans la paroisse de St-Paul-de-Cliester. Il fut baptisé le 29 septembre, à St-Christophe, par M. Paul de Villers, alors missionnaire de St-Norbert d'Artliabaska et de St-Christophe.

Le vingt-neuf septembre mil-huit-cent-cinquante, nous, prêtre soussigné, avons baptisé Nazaire, né le trois du courant, du légitime mariage de Charles Desrochers, cultivateur et de Hermine Tourigny, de St-Christophe. Parrain : Honoré Demers, marraine, Marguerite Tourigny, qui n'ont su signer.

P. DE Villers, Ptre. (2)

Nazaire Desrochers est décédé à Saint-Paul-de- Chester, le 9 mai 1915.

Au mois d'août 1850 arrivèrent de St-Jean-Chrysostôme deux nouveaux colons : Louis Demers et Hippolyte Hinse. Tous deux étaient garçons. En 185 1, Hippolyte Hinse retourna à St-Jean Chrysostôme, où il épousa demoiselle Henriette Demers. Apiès son mariage, il

(1) Cette anecdote m'a été racontée par Demoiselle Emélie Beauchesne, témoin elle-même de ce fait.

(2) Registres de St-Norbert.

revint à St-Paul-de-Chester sur le lot qu'il avait choisi Van précédent et qu'il occupa jusqu'à sa mort, arrivée le 3 juin 1893. Son épouse l'avait précédé dans la tombe d'un an à peine, étant décédée le 10 août 1892.

Louis Demers demeura deux ans garçon, à St-Paul. Le 19 octobre 1852, il épousa, à Stanfold, Demoiselle Antoinette Bruneau, fille du capitaine Pierre Bruneau, de la paroisse de Saint-Louis-de-Blandford.

Louis Demers et son épouse sont tous deux descendus dans la tombe. Leur terre est occupée par leur gendre, M. Arsène Vallière.

L^exemple de ces deux braves défricheurs fut suivi par plusieurs autres ieunes gens de St-Jean-Chrysostôme. A l'automne de 1850 arrivèrent : André Simoneau, Firmin Hinse, Magloire Hinse, Julien Demers, Damase Hinse, Vital Cantin, Magloire Roberge, Pierre Roberge, Jacques Dubois, Gobert Dubois et Moïse Boutin.

Vers le même temps aussi arriva M. Zoël Béliveau, natif de St-Grégoire, comté de Nicolet. Il se fixa sur le i8ème lot du iième rang de Chester ; mais il n'y demeura pas longtemps. Il échangea sa terre contre celle de M. Charles Desrochers. Tous deux occupèrent leurs lots respectifs jusqu'à leur mort.

Charles Houd-dit-Desrochers, fondateur de la paroisse de St-Paul-de-Chester, mourut le 13 novembre 1884. Le ^8 décembre 1879, il avait eu la douleur de perdre sa vertueuse épouse, Hermine Tourign}^.

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