ESCLANDRE DU MOUS DE MAI
Au printemps de 1873, un certain nombre de paroissiens du haut de Saint-Paul-de-Cliester se présentèrent chez M. Tavocat L. E.Pacaud et lui demandèrent de bien vouloir légaliser une résolution qu'ils venaient de prendre.
On était alois aux jours néfastes des désordres religieux.
La campagne organisée contre l'autorité religieuse battait son plein.
La première église bâtie en 1857 avait été fermée, même interdite ; l'église nouvelle, bâtie au bout du chemin Saint-Philippe, avait été ouverte au culte en janvier
Les gens du haut de la paroisse, se prétendant lésés
dans leurs droits, victimes d'une criante injustice, refusaient de se rendre à la nouvelle église pour y accomplir leurs devoirs de catholiques. On avait décidé de ne plus faire partie de la religion catholique si on ne voulait pas se rendre à leur demande. Mais pour se soustraire à l'obligation de payer la dîme, il leur fallait apostasier officiellement ; ils crurent devoir faire les démarches nécessaires. On vit donc, un jour du mois de mai 1873, passer devant l'église nouvelle de Saint-Paul-de-Chester une quarantaine de voitures. C'étaient quarante chefs de famille, du haut de la paroisse, qui descendaient à Arthabaska. Ils se rendaient chez Isl. L. E. Pacaud, avocat, pour signer officiellement un acte d'apostasie.
— Entrés chez M. Pacaud, ''Nous venons, disent-ils,
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nous mectrc protestants. On nous a enlevé notre chapelle. On ne veut pas nous rendre justice ; nous nous tournons protestants."
—''C'est l)ien grave ce que vous entreprenez là, mes amis, (lit M.Pacaud. Pensez qu'un jour il faudra mourir."
— ''Ah ça ! nous ne voulons pas mourir protestants ; nous voulons nous mettre protestants pour un an ou deux seulement. C'est afin de forcer l'évêque à remettre réglise à la même place."
— ''Mgr Laflèche n'a fait que son devoir, reprend M. Pacaud. Il était obligé de se conformer aux désirs de la majorité. D'ailleurs, je connais Mgr Laflèche ; vous ne le connaissez pas. Il ne se laissera pas effrayer par cela.
— "Nous voulons essayer tout de même. Combien est-ce que ça va coûter?"
— "Cent piastres chacun," répond M. Pacaud.
— "C'est bien cher ; ça va faire quatre mille piastres? Vous n'y pensez pas ?"
— "Oui,jV pense; c'est vous-autres qui ne pensez pas à ce que vous voulez faire. Retournez-vous-en chacun chez vous et restez catholiques. C'est ce que vous avez de mieux à faire."
Nos gens revinrent à St-Paul, commençant déjà à regretter leur démarche inconsidérée et repréhensible. La leçon avait été bonne et elle fut profitable au plus grand nombre.
Cette anecdote m'a été racontée par un des quarante qui, tout naturellement, désapprouvait alors cet acte malheureiTx et propre à porter scandale : démarche qui fit
fcroire à l'étranger que bon nombre de paroissiens de St- Paul avaient apostasie officiellement.