ETABLISSEMENT DES ACADIENS A BÉCANCOUR
L'Anglais a consommé son œuvre de destruction et de barbarie. Il a assouvi sa haine et sa cupidité. Il est triomphant et maître de l'Acadie qu'il convoitait depuis près d'un siècle. Les Acadiens sont sans patrie. Les
uns gémissent en exil, dans les colonies anglaises, esclaves de leurs bourreaux ; les autres, après mille dangers, après de longues et pénibles courses à travers les bois, sur les bords des rivières, sont parvenus jusqu'à Québec, en quête d'une nouvelle patrie. Ils y passent l'hiver de 1 757-1 758, où ils enterrent plus de 250 de leurs compatriotes, victimes de la petite vérole. Au printemps de 1758, ceux qui avaient échappé à la mort se dirigèrent vers Bécancour. La raison qui les détermina à venir s'établir à Bécancour se trouve, sans doute dans le fait qu'ils connaissaient déjà un peu ce coin du Canada par leurs relations avec leurs amis et alliés sauvages abénaquis et peut-être aussi par les rapports qu'ils pouvaient tenir des missionnaires qui avaient, tour à tour, desservi les sauvages de l'Acadie et ceux de Bécancour. Ainsi, par exemple, le Père de La Chasse, qu'on trouve en Acadie vers J711-12-13 et qui, plus tard était missionnaire à Bécancour.
Les premiers Acadiens qui cherchent refuge à Bécancour, et qu'on y trouve dès l'automne de 1758, viennent principalement de Beaubassin et paraissent pour la plupart alliés entre eux ou à la famille Cormier. Ce sont :
Joseph Richard, marié à Françoise Cormier ;
Pierre Bourg, marié à Anne Richard ; Jacques Bourg, marié à Marguerite Cormier ; Pierre Cormier à Judith Galant ; Etienne Migneau, marié à Madeleine Cormier ; Charles Gaudet, veuf de Marie Cormier, morte à Québec Iç 14 déc. 1757 ;
Madeleine Bourg, veuve de Pierre Richard ;
Ant.-Bélony Bourg, veuf de Marie-Joseph Hébert ;
Claude Hébert, marié à Marguerite Robichaud ;
Jean-Baptiste Hébert, marié à Marie- Anne Amireau;
François Robichaud, maiié à Cécile Thibodeau ;
Simon Darois, marié à Anne Thibodeau ;
François Doucet, marié à Marie Poirier.
Puis, ce sont quatre grands enfants de feu Pierre Cormier et de feu Marie Cyr, François, Pierre, Marie et Marguerite (LaBlanche), beaux-frères et belles-sœurs de Charles Gaudet et de Jacques Bourg ; trois enfants d'un autre défunt Pierre Cormier et de Marguerite Cyr, Jean- Marie, Madeleine et Rosalie, beau-frère et belles-sœurs de Joseph Richard et quelques célibataires, fils de familles, séparés du reste de leurs parents, comme Jean-Bte Bourgeois, Jean-Bte Alain, Simon Bourg, etc., etc.
A ces familles de Beaubassin, il faut en ajouter quelques-uns de Port-Royal, comme : Jean Part, marié à Marie Roy, François-Régis Part, marié à Marie Béliveau ;
Joseph Leprince, veuf de Anne Forest ; son frère Jean Leprince, veuf de Judith Richard ; leurs bellessœurs, Isabelle Forest, veuve de Honoré Leprince avec ses enfants et Félicité Bourgeois, veuve de Pien^e Leprince, avec une fille.
Félicité Bourgois épousa en secondes noces, à Bécancour, le 19 novembre 1760, Antoine-Bénoni Bourg, veuf de Marie-Josette Hébert. De ce mariage naquit Rosalie, mariée à Bécancour, le 24 janvier 1785, à Jean Leprince: père et mère de Monseigneur Jean-Charles Prince, premier évêque de St-Hyacinthe.
Madeleine Leblanc, veuve de Joseph Richard avec deux enfants. Hélène Hébert, veuve de Grégoire Richard, avec trois ou quatre enfants. Amant Thibeau etc.
Enfin Joseph Michel, marié à Madeleine Comeau et son frère Jean-Bte Michel, Amant Guilbeau, veuf de Françoise Poirier, Alexandre Guilbeau, veuf de Marguerite Girouard, Elisabeth Breau, veuve de Pierre Aucoin, Amant Richard, marié à St-Pierre en 1760 avec Marie Gaudet et Charles Chandonnay, marié à Cécile Bellefeuille venant de la rivière St-Jean, appartiennent aussi à ce premier p;-roupe de réfugiés Acadiens.
On peut encore considérer comme appartenant à ce groupe Jean-Jacques Leblanc, marié à Marie Héon, Pierre Arseneau, marié à Jeanne Héon, Charles Héon, marié à Madeleine Labove et deux de ses frères Pierre et Joseph Héon.
Car la présence de ces Acadiens se constate à Champlain en même temps que celle des autres à Bécancour, Cependant, il n'y eut que Jean-Jacques Leblanc qui se fixa définitivement à Champlain. Comme il lui restait encore quelques épargnes quand il y arriva en 1758, il y ouvrit un petit commerce qui prospéra si bien, qu'il fut bientôt en état d'établir avantageusement ses quatre garçons: Etienne et Joseph, dans le commerce, David et Amable dans l'agriculture. Ses beaux-frères allèrent rejoindre leurs compatriotes à Bécancour.