MEURTRE DE DUBUC PAR UN SAUVAGE
Dans un deuxième voyage de Bécancour à Blandford, au milieu de mars 1825, Charles Héon rencontra au Sault . Rouge (aujourd'hui Maddington-Falls) deux sauvages : Alexandre et Sougraine, Charles Héon et ses compagnons remarquèrent dans leur démarche et dans leurs manières quelque chose d'étrange, sans cependant rien soupçonner. Arrivé sur son lot, Charles Héon ne tarda pas à apprendre qu'un meurtre avait été commis, récemment, à une lieue environ plus loin, sur le bord de la rivière Bécancour.
Voici ce que la tradition nous a conservé au sujet de ce barbare assassinat. Antoine Dubuc, habitant de Saint- Pierre-les-Becquets, était un amateur de lâchasse. Aussi^ A depuis plusieurs printemps, il se rendait à travers la forêt, sur les bords de la rivière Bécancour, pour chasser le gibier alors en abondance. Les sauvages, eux aussi, connaissaient cet endroit et s'y rendaient pour pratiquer leur métier de chasseurs. Au printemps de 1824, ^^s sauvages avertirent Dubuc que s'il revenait chasser à cet endroit il lui arriverait malheur. Dubuc, qui était un homme grand et très fort, ne tint nullement compte de leurs menaces et, au printemps de 1825, malgré les supplications de ses parents qui craignaient que les sauvages
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ne lui fassent un mauvais parti, il reprit le petit sentier qui conduisait à la rivière Bécancour, accompagné de son chien. Rendu à destination, que se passa-t-il ? Comment fut perpétré ce crime brutal ?
Trois sauvages : Noël-François, Alexandre et Sougrainc Tout devancé et sont déjà campés sur les bords de la rivière, occupés à faire la pêche et la chasse. Irrités, sans doute, de voir un blanc mépriser leurs menaces et partager malgré eux leur butin, ils forment le sanguinaire dessein de le mettre à mort. L'un d'eux, Sougraine, au dire des anciens, plus féroce que ses camarades, se chargea d'exécuter cet acte de sauvagerie.
"Je le tiens, semblons-nous l'entendre dire, il périra. La forêt est sombre, l'endroit solitaire. Nul soupçon ne planera sur ma tête.... D'ailleurs, aveugle justice, si épais est le bandeau qui couvre tes yeux,que je me moque de tes tribunaux ! Dieu ? Mais non, la vengeance me rouge le cœur ! Dubuc, j'ai soif de ton sang ! Tout en monologuant ce colloque infernal, le meurtrier,dont l'âme est plus noire que les ténèbres de la nuit, s'avance en rampant auprès de son ennemi, le surprend, lui assène trois ou quatre coups de hache sur le crâne. Puis, fier de l'exploit, l'homicide s'enfuit, laissant sa victime baignée dans une mare de sang.
A peine huit jours s'étaient-ils écoulés, qu^on vit arriver à St-Pierre le chien de Dubuc. Connaissant les menaces proférées par les sauvages, on comprit de suite que Dubuc avait été la victime de ces coureurs des bois.
Une dizaine d'hommes armés de fusils partent immédiatement pour aller à la recherche de Dubuc. Ils suivi-
rent le sentier tracé par Dubuc lui-même et pénétrèrent à travers la forêt jusque sur les bords de la rivière Bécancour, près de Pendroit où, dix ans plus tard, en 1835, fut bâtie la première église des Bois-Francs, (i) Là, ils trouvèrent Dubuc sans vie, près d'un arbre, presqu'à la porte de sa cabane, le crâne fracturé par des coups de liacbe. On rapporta le cadavre à St-Pierre, où il fut enterré.
f Le sept avril mil-huit-cent-vingt-cinq, par nous prêtre
l curé soussigné a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse Antoine Dubuc, trouvé avoir été tué dans le bois depuis une quinzaine de jours à peu près, âgé de quarante-huit ans, époux de Geneviève Noël. Présents : André Demers et Ignace Pépin, qui n'ont su signer.
J. F. Gagnon, Ptre.
La justice informée, se mit à la recherche des meurtriers.
Sougraine que tout le monde accusait du crime, et son compagnon Alexandre, étaient disparus. Noël François seul, continua à chasser dans les environs, sur un coteau appelé les *'Crêtes-de-Coq."
Dans cette agreste partie des Cantons de l'Est, que son paysage pittoresque a fait surnommer : "La Suisse du Canada'^ il est entre Blandford et Gentilly, des hauteurs couvertes d'un bois touffu. Ce sont les derniers échelons des Alleghanys.
Si jamais vous parcourez la fameuse giande route qui conduit de la rivière Bécancour au Domaine de Gen-
(1) Cette église a été iiieeudiée le 31 août 1918.
tilly, vous aurez à franchir les célèbres " Crêtcs-de-Coq. "
Sou innocence du meurtre, qu'il a toujours proclamée, même sur l'échafaud, et à laquelle bon nombre ont ajouté toi, expliquerait-elie la tranquillité et le séjour prolongé de Noël François près du théâtre du crime ?
Les Crêtes-de-Coq sont visitées en tous sens, chaque pierre remuée, tous les troncs d'arbres examinés, pas un endroit delà forêt qui n'ait été reconnu. Du sommet du monticule, on descend dans la plaine. On va, on vient, on suit les traces .... Ici, elles se perdent, là elles se retrouvent. Recherches inutiles. Nul indice révélateur. Jamais meurtre humain n'a été enveloppé de plus de mystère .... quand tout-à-coup on annonce qu'une hache ensanglantée a été trouvée dans la cabane du sauvage Noël François ; l'inculpé proteste, il ne sait pas comment il se fait que cette arme aux taches livides se trouve près de lui. A-t elle été placée là par le meurtrier lui-même avant de prendre la fuite et faire ainsi croire que Noël François était le véritable auteur de l'assassinat de Dubuc ? Mystère ! Noël François est arrêté et conduit à la prison des Trois-Rivières pour y subir son procès.
Le mardi i5ème jour de septembre 1825, on commença son procès, lequel se termina le jeudi suivant. Quels furent les plaidoyers pour et contre l'accusé ? Nous l'ignorons. Ils furent certainement bien expéditifs.
COUR DU BANC DU ROI tenue aux Trois-Rivières, mardi, le 13e jour du mois de septembre 1825 (^)
Présents :
L'Honorable Juge en Chef de la Province de Québec, L'Honorable M. le Juge Kerr, L'Honorable M. le Juge Bédard.
La Cour étant ouverte sur la proclamation actuellement en usage.
Le sliérif fait son retour des procédés et de tous les brefs en sa possession, et le Grand Juré suivant est assermenté, Savoir :
Rémi Kimber, chef du Grand Juré, et les jurés suivants :
Edmund Antrobus, Joseph Badeaux,
James H. Kerr, William G. Sheppard, Esq.
Jean Em. Dumoulin, Anthony Douglass,
Ezekiel Hart, Esq. Etienne Renvozze,Esq.
Pierre Jos. Héroux, Ecr. Chs.F.de Monlernack,Ecr Frédéric Rolette, Horatio Montour
David Bellhoune, Joseph Turcotte,
Joseph Dionne, Ecr. Louis René L.de Tonnancour, Antoine Poulin de Courval, Etienne Leblanc,
Thomas Whitehead, Chs. Ed. Gagnon,
Antoine Gouin, Louis Desrivière.
Jean Gabourin et Jacob Taylor sont assermentés comme constables pour prendre soin du Grand Juré.
(1) Documents extraits des Archives du Palais de Justice des Trois- Rivières.
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Mercredi, 14 septembre 1825.
En la présence des mêmes juges.
Le Grand Juré revient en Cour avec les actes d'accusation suivants :
Le Roi vs Noël François.