‹ Les Bois-FrancsChapitre 79 sur 117 · JOUR DE L'EXÉCUTION DE NOËL FRANÇOIS · texte numérisé non relu

JOUR DE L'EXÉCUTION DE NOËL FRANÇOIS

C'est par un jour d'automne ensoleillé ; le fleuve est calme et pur, pas une ride sur ses eaux argentées, pas un souffle dans l'air pour pousser au large les nombreux canots d'écorce qui bordent la rive. Dans la ville c'est un va-et-vient continuel. Toute la population est en

mouvement, des groupes se forment, se croisent, et finalement se réunissent au pied de l'écliafaud.

Parmi eux on remarque un grand nombre de sauvages enveloppés de la traditionnelle couverte de laine. Ils sont mornes, leurs yeux lancent des éclairs. Pas une parole, pas un geste. Les Têtes-de-Boule du St-Maurice et les Abénakis de St-François et de Bécancour sont en proie à un sombre désespoir.

Tout-à-coup les regards de la foule se portent sur un même point. Le condamné apparaît ; sa taille est élancée, / son port martial, sa démarche ferme et assurée. On dirait Pontiac s'apprêtant à mener au combat ses tribus indiennes. Mais cet homme énergique abaisse tout-à-coup son regard sur un crucifix que lui présente son confesseur. Une lutte intime, rapide comme l'éclair, a passé dans cette âme. C'en est fait : le Christ a triomphé, et le vieux prêtre, qui a tout compris, éclate en sanglots.

Le shérif s'approche, dit une parole à Noël François. Ce dernier répond : " Laissez-moi entonner mon chant de mort."

"Je suis innocent, jamais la main du chasseur qui vous parle n'a frappé Dubuc. La hache trouvée dans ma cabane y a été déposée par le vrai coupable. Qui est-il ? Je ne le connais pas ; mais je lui pardonne comme je pardonne au jury qui m^a condamné et au juge qui a prononcé ma sentence.

Que mes frères les sauvages écartent toute idée de vengeance. N'allez pas croire que les mânes des ancêtres tressaillent d'indignation dans leurs tombes. Non ; depuis que l'homme-pâle nous a apporté la bonne nouvelle, nos

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chefs nous ont dit que pardouner est grand. Je suis chrétien, et le chrétien l'emporte sur l'Abénakis. Jésus a soufTert sans être coupable; comme lui je saurai mourir, et mourir en brave, en chrétien."

Et d'une voix vibrante, le condamné entonna le chant di' Niort en usage dans la tribu abénakise.

Ces notes graves passèrent comme un frisson sur toute l'assemblée ; elles s'unissaient à la brise qui soufflait de la forêt et montaient lentement et gravement jusqu'aux cieux. Les nuages voilèrent peu à peu le ciel bleu et enveloppèrent, à défaut d'encens, ce chant de mort d'une mélancolie que l'on chercherait en vain sous la tenture funèbre de nos basiliques.

Le prêtre à cheveux blancs prononça une dernière fois les paroles de l'absolution, le bourreau déclancha la trappe, qui se déroba sous les pieds du malheureux .... Noël François entrait dans l'éternité.

Au pied de l'échafaud se trouve un cercueil entr' ouvert ; le vieux prêtre y dépose le cadavre du supplicié. Il veut confier sa dépouille à la terre bénite du cimetière. Alors quatre citoyens : Ludger Duvernay, qui, neuf ans plus tard, devait jeter les assises de notre Fête Nationale, François Routhier,oncle de Mgr Laflèche, René Kimber, éminent patriote, et Pierre Noiseux, frère de monsieur le grand-vicaire des Trois-Rivières, se chargèrent du cercueil pour le transporter au lieu de la sépulture.

Le prêtre, son crucifix à la main, leur fait signe de suivre, et le cortège funèbre, accompagné d'une foule silencieuse et émue, longe la rue St-François-Xavier, entre dans la rue Notre-Dame et s'arrête au cimetière des pauvres, en face de l'ancien hôpital.

Dans une fosse fraîchement creusée on dépose le cadavre du pendu. On dressa l'acte suivant dans les registres des Trois-Rivières.

'Xe 24 septembre 1825, nous prêtre, soussigné, avons été présent à l'inhumation du corps de Noël François, iSauvage de Passamaquadi, qui a été exécuté le même jour, par ordre de la justice pour avoir été accusé de meurtre."

JOS. x\SSELIN, Ptre. (i)

Le lendemain, M. l'abbé René Joyer, prêtre français, échappé à la guillotine révolutionnaire, venait poser sur la tombe de Noël François une modeste croix de bois.

O crux^ ave^ spes imica ! murmura-t-il en se relevant, après avoir longtemps prié. Sa pieuse mission était terminée, et il allait se retirer quand il se vit en présence du juge Bédard.

— Salut, monsieur le Juge ; ne soyez pas surpris si le prêtre de Jésus-Christ, chassé de son pays, persécuté pour sa foi, vient apprendre sur la tombe d'un sauvage à dire du fond du cœur : "Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.'^

L'échafaud sur lequel fut exécuté Noël François était dressé au bout de l'ancien couvent des Récollcts, converti en prison, en 1790, par ordre de Lord Dorchester. iL^Eglise des Récollets attenante au Couvent fut affectée 'au service religieux protestant en 1795.

Pendant des années, on remarqua avec un certain étonnement que le mur façonné en mortier, à l'endroit de

(1) Registres des Trois-Rivières.

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l'exécution de Noël François ne pouvait subsistei*. La croyance populaire attribuant le fait (libre à chacun d'en douter ou de n'y pas croire) à ce qu'un jour on y avait pendu un innocent.

Quoiqu'on puisse en penser ou en dire, voici ce que nous lisons dans une chronique triflu vienne.

'' On a muré la porte, on a blanchi le mur. . . . inutile précaution ; on dirait qu'à l'heure oii le vent s'élève, quand l'oiseau nocturne fait entendre son cri lugubre, le génie des bois plane dans l'air, enlève précipitamment chaux et mortier, et quand l'étranger visite notre ville,on lui dit : "Ici on a pendu un sauvage innocent."

Raymond Heon, fils de Charles et de Madeleine Labauve, né en Acadie, probablement à Beauséjour, vers 1754 ; arrivé à Québec en 1757, âgé de 3 à 4 ans; s. à Bécancour, le 17 septembre 181 2, âgé de 58 ans ; il fut navigateur et marchand ; m. à Bécancour, le 26 février 1797 à Marie-Soulanges Richard (fille de Joseph et de Marie-Anne Boucher) ; b. le 10 mars 1776. En secondes noces, elle épousa à Bécancour, le 29 juillet 1822, Charles Michel, veuf de Marie Champoux-dit-Semper, de Gentilly.

Charles HÉon (Yvon) fils de Charles et de Anne Clemenceau, né à Beauséjour, Acadie, en 1727 ; s. à Bécancour le 16 juin 1807, âgé de 80 ans. Arrivé à Québec à l'automne de 1757, et à Champlain en 1758, 011 il réside quelques années, enfin fixé au lac St-Paul, Bécancour. Vers 1752, à Beauséjour-Acadie,il avait épousé Madeleine

Labauve. Charles Héon fut longtemps maître-chantre à Bécancour.

Charles Heon, fils de Charles et de Marguerite Bourgeois, se maria à l'Acadie, vers 1726, à Anne Clemenceau.

Charles HEON,|décédé probablement en Acadie, avant la dispersion. Il épousa Marguerite Bourgeois, laquelle décéda à Québec, en janvier 1758, âgée de 70 ans.

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