Bouleau blanc
Fig. 402. — Aulne glutineux.
sur la partie tout-à-fait externe de l'accroissement ; ils ont, dans l'ensemble de la couche, une tendance à constituer par place des arcs sinueux concentriques.
Tissu fibreux peu dense, il Test légèrement plus sur le bord externe. Parenchyme ligneux mélangé au tissu fibreux et peu ou pas apparent. Taches médullaires assez nombreuses vers le centre de la tige.
Produits accessoires. — L'écorce de bouleau est des plus utiles, elle renferme de 8 à 12 0/0 de tannin chez certaines espèces, mais à peine 3 0/0 chez le bouleau blanc ; elle est cependant fort recherchée par les habitants de l'Europe septentrionale : Finlande, Laponie, une partie de la Norvège et de la Russie; elle communique au cuir une couleur et une odeur spéciales ; on se sert pour cet usage surtout de Técorce interne qui est plus riche en tannin. Cette écorce donne par
distillation Thuile de bouleau qui communique au cuir de Russie, l'odeur bien connue. Les écorcessont prises sur des arbres abattus ou sur pieds. On a même soumis Tarbre, en certaines régions de la Russie, à une exploitation périodique en vue de la production de Técorce, comme onle fait en France pour le liège. L'écorce se régénère sans que l'arbre souflfre de' Topération.
L'écorce contient encore une substance cristallisable que Ton peut extraire par Falcool et appelée bétuliney elle lui communique une imperméabilité et une imputrescibilité remarquables. On utilise encore cette partie de Tarbre pour fabriquer des tabatières, des semelles remplissant le rôle de celles faites avec du liège ordinaire^ etc.
Les verrucosités de l'écorce et les bourgeons renferment une résine non cristallisable.
tM.€^wtidrier'Moimetier {CoryliisAvellanahin.). — Syn. : Gemeiner Haselstraiichy allem. ; The common HazelmU^ angl.
Caractères. — Le coudrier-noisetier {Corylns Avellanay Lin.), appartient à la famille des Cupulifères, tribu des Corylées.
C'est un arbrisseau à bourgeons globuleux. Les feuilles sontovales-orbiculaires, brusquement terminées en pointe au sommet, elles sont doublement dentées, à pétiole velu. Les fleurs mâles forment des chatons sessiles pendants, très précoces, fleurissant bien avant l'apparition des feuilles. Le fruit est la noisette.
Cet arbrisseau atteint 3-4 mètres, il est très commun dans les forêts de toute la France, en plaine et dans les basses montagnes, rare dans la région méditerranéenne ; cultivé en Algérie. Il réclame un sol frais, mais n'a pas d'exigences spéciales au point de vue de sa composition minéralogique ; il veut beaucoup de lumière, aussi est-il plus fréquent dans les taillis que dans les futaies ; il donne des rejets et surtout des drageons.
Bois. — Il ressemble beaucoup à celui du charme ; il s'en distingue parce qu'il est entièrement blanc, que ses accroissements sont circulaires et qu'il n'est que demi-dur. Densité : 0,620 à 0,729.
Aubier non apparent, demi-dur, homogène, élastique : ses dimensions réduites en restreignent l'emploi.
On en fait des échalas, des cercles, tuteurs, de la vannerie très fine ou très grossière ; il sert à la confection de jardinières, tonnelles, etc. ; gaules et manches, treillages, papier.
Les racines, quand elles sont de taille suffisante, produisent des pièces curieusement veinées qui sont utilisées en marqueterie, etc.
C'est un assez bon combustible, qui brûle assez lentement, mais produit un charbon dégageant beaucoup de chaleur et durant longtemps au feu. Ce charbon est propre au dessin, ainsi qu'à la fabrication de la poudre.
Caractères anatomiqxies. — Accroissements distincts, circulaires, quoique un peu relevés à la rencontre des rayons. Rayons très nombreux, très minces avec de faux gros rayons, provenant de la réunion de plusieurs rayons minces séparés seulement par d'étroites lames de fibres, sans vaisseaux. Vaisseaux à peu près égaux, fins, isolés ou par 5-12, disposés en bandes rayonnantes. Tissu fibreux assez dense surtout sur le bord externe.
Parenchyme ligneux en zones concentriques très fines, difficilement visibles à la loupe. Taches médullaires brunes.
Production d'un taillis de coudrier. — Un stère de coudrier donne environ 150 perches de 2 m. 70 de longueur et 140 perches de 3 mètres.
Les perches que l'on emploie pour le cerclage ont généralement de 8 à 20 cm. de tour et les cercles une longueur moyenne de 1 m. 65.
Les perches, en Côte-d'Or, sur le marché de Chàtillon, se vendent aux prix suivants :
Perches ayant moins de 9 cm. de tour 45 fr. le 1000
— — 9 à t4 cm. détour.... 30 —
— — le à 20 cm. détour.... 80 —
Le coudrier donne surtout des cercles. Dans le Chàtillonnais, on retire de un stère :
Cercles à tonneaux 300
Cercles à feuillettes 500
Cercles à barils ou à tonnelets 1000
L'unité de vente des cercles est la couronne qui en comprend 24. Le prix du mille de cercles est de 34 à 35 francs (Mouillefert).
tus. Ijc Platoae. — Syn. : même désignatioa en anglais et en allemand.
Caractères, — Arbre de la famille des Platanacées voisine des Urticacées, genre Plat anus.
Cet arbre, bien connu de nos promenades, constitue Tespèce Plalanus vulgaris^ Spach. Linné admettait deux espèces de
.^.if
Fig. 403. — Platanus orientalii. — Rameau.— Fruits. — Bourgeon.
platane et beaucoup de botanistes partagent encore cette opinion : le PL orientalis L., originaire de TOrient, de la Grèce à TAfghanistan, dont les feuilles sont divisées jusqu'à la moitié du limbe, glabres de bonne heure et dont Técorce du tronc se détache par larges plaques irrégulières et le PL occtdentalis L., originaire do l'Amérique du Nord, dont les feuilles sont moins divisées, tardivement glabres et dont Técorcc du tronc se détache par petites plaques souvent de moins de
10 cm. de largeur. En réalité il est souvent impossible de les différencier, les caractères en question étant des plus variables.
Cet arbre non indigène mais souvent planté chez nous, a une croissance très rapide, il vit cependant parfois plusieurs siècles. Le fût s'élève droit et cylindrique jusqu'à 10-20 mètres et il supporte une cime vaste et puissante. Il ne prospère en France qu'en plaine, dans un sol de première qualité, léger, fertile et frais. Son enracinement est profond II supporte bien la taille et repousse facilement de souche; on le multiplie le plus souvent par boutures et marcottes, quoique le 'semis donne des plants généralement plus vigoureux.
Fig. 404. — A. Feuille de Platane attaquée.
La partie présentant des hachures correspond à la zone atteinte par le champignon. Sur les nervures et le pétiole, se voient des petites pustules noirà très (jui sont les conceptacles à semences du champignon.
B. — (loupe du pétiole, grossie : elle montre la disposition des conceptacles.
C. — Un de ces conceptacles, très grossi : il est rempli do semences, ou spores, du champignon.
Maladies. — On ne peut parler du platane sans signaler la maladie qui fait depuis quelques années des ravages si sérieux parmi les représentants de cette essence et peut faire craindre^ si les années à printemps particulièrement froid et pluvieux continuent à se succéder, qu'on ne soit, dans certaines localités, obligé de renoncer à l'emploi de ce bel arbre d'alignement (1). Elle est due à un champignon le Glœosporium nervisequum, Sacc, qui produit des taches brunes sur les feuilles le long des nervures, taches qui se ponctuent de petits points noirâtres (fig. 404, A). Les feuilles tombent alors prématurément, dès le début de Tété. Le champignon pénètre aussi dans les jeunes rameaux, et même dans les grosses branches et le tronc, si le printemps est froid et humide. Il détruit le cambium, la partie la plus vitale et la plus
Fig. 405-406. — A. Aspect extérieur an tronc attaqué d*un platane âgé de cinq ans.
Sur la partie de l'écorce restée verte, se voient des lenticelles, /. La partie atteinte forme une tache brune allongée, /, où l'on observe de nombreux points noirâtres, c, ou rosés, c\ constitués par des conceptacles du champignon plus ou moins mûrs, qui on fait éclater l'écorce pour émettre les spores à l'extérieur (gran- '* deur naturelle). c
B. Coupe transversale du tronc.
La zone présentant des hachures correspond à la partie attaquée de l'écorce. On y voit des conceptacles, l c\ en voie de formation, et d'autres mûrs, qui se sont ouverts à l'extérieur, c, — Les filaments du champignon se retrouvent jusque dans la moelle, M (grossi 2 fois).
délicate de Tarbre, et pénètre jusque dans le bois (fig. 406 et fig. 407). L'arbre se couvre alors de branches mortes et peut succomber à Tattaque du parasite ; plus souvent il est
(1) Le printemps et Télé de 190i,plus secs que ceux des années précédentes, ont marqué un arrêt du développement de la maladie que nous décrivons
assez fort pour résister, et se revêt à nouveau de feuillage pendant le courant de l'été. La maladie se propage d'une année à l'autre par les filaments subsistant à l'intérieur du tronc ou de certaines branches. Cette maladie est très difficile à traiter ; lorsque le mal est trop avancé, tout traitement devient même impossible.
Nous avons proposé comme traitement : 1* 1 elagage des rameaux atteints, dès les premières manifestations du mal ; 2<», comme moyens préventifs :
a. Dans les pépinières il est indispensable de veiller avec grand soin à ce que les rameaux que Ton bouture soient indemnes, et proviennent, pour plus de sûreté, d'arbres absolument intacts.
b. Recourir plus souvent à la multiplication par semis qui donneront des plants sûrement indemnes à lorigine et plus résistants.
c. L'espèce de platane qui parait le plus fréquemment et
Fig. 407. — A. Coupe transversale, grossie, d'un rameau attaqué.
Toute la région présentant des hachures correspond à la zone envahie par le champignon, soit : récorte, P. C, le liber, Lib., le cambium, Cam,,\^s rayons médullaires, R. M., et la moelle, M.
Dans Tccorce, on voit des conceptaclos, c, à diverses stades de développement.
B. Cellules de la moelle. On voit ces cellules traversées par de nombreux filaments du champignon. Ils utilisent, pour passer de Tune k l'autre, les trous ou ponctuations qui existent dans leurs parois.
le plus gravement atteint par le (ilœosporium, est le Platanusorientalis^ quoique le Platanus occidental is ne soit point, non plus, doué d'immunité vis à-vis de ce champignon para-
site. Quoi qu'il en soit, il serait bon de rechercher parmi les très nombreuses variétés de platanes que Ton peut obtenir de semis, celles qui offrent le plus de résistance à la maladie. Une fois le fait constaté, on propagerait exclusivement ces variétés dans les lieux exposés aux invasions du Glœosporium (1).
Bois. — A tous points de vue : structure, aspect, qualités, défauts, il rappelle le hêtre ; il est seulejnent plus brun, à maillures plus importantes et toutes égales.
Sa couleur est bistre-brunàtre ou rougeàtre. Aubier indistinct, peu compact, peu homogène, peu durable, quoique moins sujet que le hêlre à la pourriture lorsqu'il est placé en lieux humides, mais il se pique facilement des vers. Il est peu employé dans l'industrie quoique il soit assez dur, compact et liant pour recevoir des formes de moulures délicates. Une fois sec, il ne travaille plus ; en le coupant obliquement par rapport aux fibres il donne un assez beau veinage, une surface moirée assez semblable à celle d'un métal damasquiné, et, par le débit sur mailles, il fournit de beaux lambrissages.
En Suisse, il sert, avec Férable, à la confection d^une foule d'objets sculptés : corbeilles^ coffrets, tabatières, chalets miniatures, etc.
Les loupes qu'il produit pourraient certainement être employées en ébénisterie pour le placage. On utilise cependant ce bois surtout pour la menuiserie commune. Il se transporte peu et se vend au poids, en tiges, en madriers et planches.
Si le bois du platane est assez peu employé dans l'Ouest de l'Europe, il n'en est pas de même dans le Levant (Platane d'Orient) et d'autres parties de l'Asie, où on l'utilise pour la charpeute, la menuiserie et Tébénisterie et, suivant Riccioli, qui écrivait en 1651, ce bois était alors utilisé pour la confection des navires par les Turcs.
[{) Voir pour plus de détails :
Leelerc du Sablon, « Sur une maladie du piaUme » {Revue générale de botanique, t. IV, 1892).
J. Beauverie : \^ « Sur une forme particulièrement grave de la maladie du platane due au Glœosporium nei'visequum » iAnn. de la Soc. de botanique d€ Lyon, t. XXVI, 1901) ; 2* « i.a maladie des platanes, sa gravité » (V Horticulture nouvelle, Lyon, iuio 1903) ; 3® « La maladie des platanes » (Comptes rendus de l'Âc. des sciences ^ 22 juin 1903).
816 CHAPITRE IX. — ÉTUDE SPÉCIALE DES ÎIOIS tTILES
Les Persans, dit Olivier, n'emploient pas dautres bois pour leurs portes ou fenêtres.
Les ébénistes américains en font quelquefois usage (Platane d'Occident).
Caraclêres anatomiques. — Accroissements assez distincts, k bord circulaire quoi(|uc formé par une série de petits arcs concaves s'appuyaut sur les rayons. Rayons nombreux, assez épais, sensiblement égaux. Vaisseaux assez lins, très nombreux, égaux, cpars, isolés, à peine plus nombreux dans le bois de printemps. Tissu fibreux peu dense, un peu plus serré sur le bord tout-à-fait externe de raccroissemcnt ; le parencbyme ligneux, très abondant, se mêle au tissu fibreux. Il existe des taches médullaires.
lOO. Iloliiulcr faux-Heacia ou acacia lilano [Robinia
pseiiilo-acacia), — Syn.: Grawine liobiniey Akacie^ Gemciner Schotendoni^ allem. ; the common Hohinia, th* false acacia^ angl. ; Lociist trev, améric.
Fig. 408. — Robinia pseudo-acacia (D. N. Sohwarz}.
Camclrrcs. — Arbre de la famille des Lésfumineuses Papilionacées, de la tribu des Galégées, genre Rohinia^ espèce pseudo-acacia.
C'est r« acacia » de nos jardins et promenades, désigné à tort sous ce nom, car il est bien différent des véritables acacias (jui appartiennent à la famille des Légumineuses-Mimo-
«ées* Il est originaire de TAmérique du Nord et fut cultivé pour la première fois en Europe par le botaniste Jean Robin, en 1601.
C*est un arbre de moyenne grandeur (20 à 25 mètres), à tronc droit, écorce profondément gerçurée, rameaux étalés formant une tête élargie irrégulière, feuilles imparipennées, ornées à la base du pétiole de stipules transformées en fortes épines dures, aplaties et recourbées, persistant plusieurs années. Fleurs blanches, parfumées et en belles grappes pen«* dantes.
Il vit dans tous les sols, mais il préfère ceux qui sont légers et un peu frais ; il prospère cependant encore en terrain sablonneux sec. La végétation en est très rapide, surtout entre 25 et 15 ans ; sa longévité est considérable et sa taille devient d'autant plus forte qu'il est plus isolé ; ses rameaux sont malheureusement très cassants. A Tétat de massif, il reste toujours assez court. La racine, d'abord profondément pi votante, donne bientôt de grêles et longues racines traçantes et vigoureusement drageonnantes qui assurent la perpétuité du taillis. Les souches rejettent facilement et les rejets sont très résistants. On cultive généralement le robinier à l'état
Fîg. 409. — Fleur de Robinia pseudo-acacia disséquée, pour monlror ses diverses parties.
isolé ou en taillis, très rarement en futaie ; il serait cependant sous cette forme moins exposé à Faction destructrice des vents. Le robinier, est en effet très fragile et ses branches cassent facilement sous Faction du vent.
Cet arbre est précieux pour fixer les travaux d'art et maintenir les sables mouvants.
Le robinier est aujourd'hui une de nos principales essences forestières.
La durée de révolution des taillis de robinier varie naturellement suivant les produits que Ton désire réaliser et les conditions de la végétation qui obligent à la faire plus ou moins longue. A 8-10 ans on peut obtenir du treillage et un peu d'échalas; à 12-15 ans, des échalas et des pieux en faible quantité ; à 15-20 ans, on réalisera d'excellents pieux de clôture et des échalas de choix. Les rejets les mieux venus pourront même donner des pièces de cbarronnage. Si on maintient le taillis après 20 ans, soit jusqu'à 40 ou 50 ans, on aura des produits précieux pour le cbarronnage et les débits de luxe.
Production d'un taillis. — Dans les circonstances moyennes, dit M. Mouillefert, et en période normale, c'est-à-dire dès la deuxième ou la troisième révolution, on peut obtenir :
A 10 ans, par hectare, 10.000 perches, valant nettes 5 centimes, soit 500 francs, soit 50 francs par hectare et par an ; ou bien encore de 12.000 à 15.000 treillages ou échalas.
A 15 ans, on peut réaliser 8.000 perches valant 12 centimes, soit 960 francs ou 64 francs par hectare et par an ; ou encore 18.000 à 20.000 échalas.
A 20 ans, on aura 6.000 perches, d'une valeur moyenne de 25 centimes, soit 1.500 francs ou 75 francs par hectare et par an ; ou bien encore 24.000 à 25.000 échalas de choix et pieux de clôture.
A 40 ans, il existera environ 600 arbres ayant 25 centimètres de diamètre, en moyenne, et 7 mètres de hauteur de bois d'œuvre et valant 6 francs, soit 3.600 francs pour toute la coupe et 90 francs par hectare et par an. Ces chiflfres doivent être considérés comme un bon revenu, étant donnés les sols ingrats où Ton peut réaliser la culture de cette essence.
Bois. — Bois dur, lourd, nerveux, élastique, lustré, susceptible d'un beau poli, jaune ou jaune verdâtre, parfois brunâtre ; aubier blanc, mince, très distinct; il éclate et se fend facilement ; sa résistance verticale est supérieure à celle du chêne, ce qui en fait un bois de premier ordre pour la fabrication des rais de voiture (déchets 25 0/0). Sa durée est égale à celle du chêne ; il résiste mieux qu'aucun autre bois à la pourriture et se conserve bien sous Teau ; le cœur et l'aubier ne redoutent pas les alternatives de sécheresse et d'humidité ; on l'emploie pour pilotis ; il est préféré à toute autre essence
60IS INDIGÈNr.8 OU NATURALISÉS 810*
pour perches, pieux, échalas (déchets 20 0/0), tuteurs, cercles. Ou en fait encore des chevilles pour les constructions maritimes (gournables), des dents d'engrenages, des échelons d'échelles, de la menue fente. Il acquiert un beau poli et convient à la menuiserie : parquets, meubles, au tour, etc. A Paris, beaucoup de petits articles sont faits avec ce bois, tels que : salières, fourchettes, cuillers, couteaux à papier. Le défaut de rectitude des rameaux de Tarbre ne permet pas d'en tirer des pièces de dimensions suffisantes pour la construc* tion, mais c'est un bois supérieur comme bois de travail (1).
Sa densité est 0,661-0,772.
C'est un excellent combustible, émettant une chaleur vive, très longtemps soutenue et très rayonnante. Il est cependant peu employé dans les foyers ouverts pour lesquels les qualités en question semblent le désigner, parce qu'il lance trop d'étipcelles en brâlant.
Les difticultés que l'on rencontre pour le carboniser en meules font placer le charbon de ce bois au dernier rang.
Caractères anatomiguen, — Accroissements bien distincts et plus ou moins anguleux dans les arbres âgés. Rayons nombreux, moyens ; le bois est à peine maillé. Vaisseaux très inégaux, gros à très fins, assez nombreux, isolés ou par 2-10. Fins vers le bord externe, ils deviennent de plus en plus gros en se rapprochant du bord interne où ils constituent une zone poreuse. Dans leur ensemble, ils forment des lignes espacées dendritiques, tendant à devenir' rectilignes vers le bord externe ; les divers dessins formés par ces vaisseaux sont rendus plus distincts par la présence du parenchyme ligneux qui les entoure et les réunit. Le tissu fibreux est très dense.
Nous pouvons placer à la suite de l'étude du bois de robinier celle du bois d'un arbre appartenant à la même famille et présentant avec lui une grande ressemblance ; il s'agit du févier d'Amérique ou Gleditschia triacanlhos.
Févier d'Amérique {Gleditschia triacanthoSy L.). — • Syn. : G. spinosa, Mich. ; /fte three-thorned Gleditschia ou Honey
{{) Le bois de robinier est eslimé et souvent employé dans les régions de rAniérique du Nord où il croit (Etats-Unis, Canada). Voir A. Michaux, Histoire des arbres forestiers de t' Amérique du Nord, tome III, p. 245.
S20 CHAPITRE IX. — ÉTUDE SPÉCIALE DES fiOlS UTILES
Lociisty angl. ; Thorny Acacia^ Sweet Locuste Etats-Unis ; Garouge à miel, Canada.
Cet arbre, de la famille des Légumineuses-Césalpiniacées, croit à l'état spontané dans l*Amérique du Nord, notamment dans la Caroline et la Virginie ; mais il a été introduit depuis longtemps en Europe : il était connu en France à l'époque de DuHamel.
Il végète bien sous les climats de Paris et de Londres, mais beaucoup plus activement encore dans le Midi de la France.
Le févier peut atteindre 15-20 mètres de hauteur. Les feuilles sont composées d'un grand nombre de folioles, les fruits constituent de longues gousses pendantes généralement courbes, ils contiennent de nombreuses graines. Sur les branches, comme sur le tronc, se trouvent de fortes épines simples ou trifides.
Cet arbre réclame pour sa culture un sol profond, riche et une situation non exposée au vent.
Le bois de cet arbre est très dur, il se brise et se fend avec la plus grande facilité, ressemblant en cela et d'ailleurs sous beaucoup d'autres rapports, au bois de robinier, mais son grain est plus grossier et ses pores plus ouverts. Il est, en somme, peu estimé même dans le pays où son abondance le fait employer couramment, comme cela se produit dans le Kentucky*
fJO. TîHenlm (Tilia), — Syn. : Linde, sAlem.; Lime tree, angl.
Caracières. — Les tilleuls appartiennent à la famille des Tiliacées, voisine de celle des Malvacées dont elle diffère surtout en ce que les examines, au lieu d'être soudées en un tube, sont complètement libres. Le genre Ti/ia est constitué par des arbres à feuilles simples, dentées et penninerves. Les fleurs sont blanches ou jaunâtres, en cyme dont le pédoncule est soudé jusqu'à la moitié avec la bractée axillaire foliacée,
Les tilleuls sont des arbres de très grande taille, de croissance assez lente, qui habitent les sols frais des forêts peu élevées, ou sont plantés sur nos promenades. On les trouve rarement dans les vieux massifs de futaie, mais ils abondent dans certains taillis ; ils rejettent abondamment de souche et produisent vite d'énormes cépées qui sont nuisibles lorsque l'on opère une régénération par semence. Il est bon dans ce cas de les extraire.
BOIS mOIGÈNES OU NATURALISÉS
kv'
Ifig. 410. — Le tilleul (Tilia platyphylla, Scop.).
L'écorce du tilleul est grise et reste lisse jusqu'à 20-30 ans, puis se marque de longues et fines gerçures longitudinales séparées par de longs intervalles unis, non écailleux. A un kge avancé, elle ressemble, vers le pied de l'arbre, à celle des vieux chênes.
Ennemis, — Des insectes nombreux, Coléoptères ou Lépidoptères, attaquent les feuilles de cet arbre, sans lui être, toutefois, spéciaux. Il existe, en outre, un acarien, le Tétrarynque tisserand [Tetrarhynchus telarius) qui, pendant Tété, suce la face inférieure des feuilles et s'abrite pendant l'hiver sous une sorte de duvet soyeux qu'il tisse sur Técorce des vieux tilleuls. Bien souvent, au cours de l'été, les feuilles des tilleuls jaunissent ou brunissent tout en restant attachées à
Ptj?. 4H. — Tronc de tilleul dont le c<r.iir est. k peu près complètement détruit par la pourriture. Des racines, qui se sont formées aux dépens d'une branche, envoient leurs ramifications dans l'espèce d'humus accumulé dans le tronc.
l'arbre quelque temps encore, en lui donnant l'aspect le plus lamentable. Le tilleul intermédiaire n'est pas sujet comme les autres espèces aux atteintes de cet animal.
Citons spécialement encore les insectes suivants qui s'attaquent au bois : un Coléoptère bupreste {Bupreslis [Lampra)
nitilans) qui creuse ses galeries à section elliptique dans le bois du tilleul à l'exclusion de tout autre bois, et la chenille d'un Lépidoptère, le cossus gàte-bois, qui perfore les tiges de part en part (voir p. 560).
Champignons, — Le chancre des arbres (Nectria ditissimay Tùl.) peut attaquer les tilleuls. Une espèce voisine, le Nectria cinabarinina, qui, le plus souvent, vit aux dépens des bois morts, peut parfois s'attaquer en parasite à l'arbre vivant; le bois nécrosé devient alors d'un brun clair.
Les feuilles se recouvrent parfois d'une poussière noirâtre rappelant plus ou moins la suie ; elle constitue le noir ou la fumagine du tilleul, qui est dû au Capnodium Persooni et au Capnodium Tiliœ. L^étude, d'ailleurs fort difficile, des champignons des fumagines n'est pas encore complètement élucidée. On trouve aussi parfois sur les feuilles des Glœosporitinij Phyllostictay Ce?xospora, Septoria^ etc.
Le gui s'observe fréquemment sur cet arbre.
Bois. — Blois blanc, légèrement rose ou rougeAtre, sans aubier apparent, mou, homogène; le grain en est serré, quoique le bois soit tendre. Il se coupe facilement dans tous les sens sans se fendre, il travaille et se gerce peu. Il est peu résistant, peu durable et légèrement sujet à la vermoulure, ce qui le rend impropre à la construction. Il se creuse facilement à l'intérieur de Tarbre (fig. 411). Densité : 0,504- 0,581 (1).
Usages : charpente des meubles pour les menuisiers et ébénistes, sculpture un peu grossière, cadres de tableaux, tour (bobines des filatures, boudons), sabots légers et talons, tables des cordonniers où les entailles faites par le tranchet se referment, plateaux d'imprimerie, crayons, allumettes, perches, râteliers d'étables, impression d'affiches, touches de pianos' et d'orgues ; les jeunes tiges écorcées et bien polies constituent des bâtons qu'utilisent les filatures de soie de Lyon ; merrains grossiers, pâte à papier.
Comme combustible, le bois de tilleul est médiocre, ainsi que la plupart des bois blancs, tels que peupliers et saules. Il est cependant fort avantageux pour le chauffage des apparte-
(i) Celte densité est celle du tilleul à petites feuilles ; le tilleul à grandes feuilles a une densité moindre, soit: 0,486-0,529.
ments en foyers ouverts, car sa chaleur rayonnante est très grande, tandis que sa chaleur ascendante est réduite, ce qui le rend impropre au chauffage dans Tindustrie.
Le charbon produit est léger, d'un pouvoir calorifique qui est à celui du hélre, comme 68 est à 100 (Werneck) ; il est utilisé pour la fabrication de la poudre et du fusain des dessinateurs.
Caractères anatomiques, — Accroissements distincts, circulaires, quoique finement sinueux. Rayons très nombreux, un peu inégaux, étroits. Vaisseaux nombreux, fins, à peu près égaux, isolés ou plus souvent groupés par 2-6, et plus, dans le sens radial, plus nombreux au bord interne ; le groupement en chapelets radiaux, formant de petits traits distincts, est caractéristique. Tissu fibreux mou, irrégulièrement serré, plus dense vers le bord externe où il constitue une zone colorée.
Produits accessoires. — Le liber de cet arbre est très riche en fibres qu'on utilise comme matière textile. La tille ou écorce qui le contient est d'abord débarrassée de son rhytidome, puis enlevée, au moment de la sève du printemps, à Tétat de lanières longitudinales dont on fait des bottes qui sont mises à rouir à Teau pendant quelques mois : les fibres peuvent alors s'isoler. On les emploie à la fabrication des tapis, paniers, nattes, chapeaux, chaussons, cordes, liens, etc., etc. Les tilleuls de 15 ans environ donnent les meilleurs produits. Getle industrie est particulièrement importante en Russie d'où l'on exporte cette substance en Angleterre, sous le nom de Russian bast : en France, elle existe à peine.
Les espèces indigènes. — Les deux principales espèces françaises étaient confondues par Linné en une seule, le tilleul d'Europe, Tilia Enropœa L., que Ton a disjointe de la façon suivante :
Bourgeons cl jeunes rameaux velus ; feuilles ayant des poils sur toute la surface inférieure. Fruits à côtes épaisses et saillantes Tilleul à grandes feuilleg
Bourgeons et jeunes rameaux sans poils ou presque sans poils ; feuilles ayant des poils en dessous seulement aux bifurcations dos nervures. Fruits sans côtes saillantes Tilleul à petites feuilles
Voici les noms scientifiques et vulgaires de ces deux espèces :
Tilleul A GRANDES FEUILLES : Tilia grandifolia^ Ehrb. ; T.Europœa^ Var. p. Lin. ; T. platyphylla^ Scop. ; tilleul de Hollande ; tilleul commun.
Fig. 442. — Rameau avec feuilles et inflorescence du tilleul h grandes fouilles.
Tilleul a petites feuilles : Tilia parvifolia^ Ehrh. ; T, silvesiris, Desf. ; T, 77iicropht/lla, \enl. ; T, EtiropiedyNdiV. y, Lin. ;
Fig. 413. — Rameau et feuillage de tilleul à petites euilles.
T. ulmifolia, Scop. ; tilleul sauvage ; tilleul à feuilles d'orme ; tillau ou tillot.
Il existe une autre espèce, très voisine du tilleul à petites
feuilles, que Ton désigne sous le nom de tilleul intermédiaire y T, intermedia, D. C. (c'est le T.Europœa, Var. a de Lianéj ; elle s'en distingue par ses feuilles à pétiole plus court et par l'existence de côtes saillantes sur le fruit.
Signalons encore une autre espèce originaire de Hongrie et fréquemment plantée chez nous comme arbre d'ornement:
Le Tilleul argenté, Tilia argentea. — Il se distingue aisément par la teinte de ses feuilles, d'un vert foncé en dessus et d'un blanc argenté en dessous, cette dernière particularité étant due à la présence sur cette face d'un duvet fin et serré.
Le tilleul à petites feuilles passe pour donner les produits les plus estimables.
lit. I/es saules. Salix. — Syn. : Weide, allem. ; Willow^ angl.
Caractères. — Les saules appartiennent à la famille des Salicacées et au genre Salix, caractérisé par des feuilles plus ou moins allongées, entières ou finement dentées, fleurs dioïques en épis (chatons) denses et dressés, à fleurs sessiles. Fleur mâle réduite à une bractée portant deux étamines en général (parfois trois ou cinq), à filets libres. Fleur femelle réduite aune bractée portant un ovaire uniloculaire avec ovules fixées sur les parois. Le fruit est une capsule s'ouvrant en deux valves. Floraison février-mars, fructification juinjuillet.
Les saules forment de nombreuses espèces, communes surtout dans les régions tempérées et fraîches de Thémisphère Nord. Ils affectionnent les terrains frais et humides, le bord des cours d'eau et des mares ; cependant, le saule blanc réussit aussi en sol sec ; le saule Marceau vient partout.
En culture, on reproduit très facilement les saules par boutures, qui donnent avec une abondance remarquable des racines advenlives ; les plançons reprennent très aisément. Le saule Marceau se prête peu cependant à ce mode de multiplication. Les souches donnent de très abondants rejets ; la croissance des plantes est des plus rapides.
Usages, — Les propriétés que nous venons de signaler rendent les saules précieux pour fixer les travaux d'endiguement et les alluvions au bord des torrents ou cours d'eau quel-
eônques. Ils produisent la majeure partie du matériel des fascines et clayonnages des travaux hydrauliques.
L'importance des saules est particulièrement grande pour la production de Tosier employé en vannerie ; pour cela ils sont cultivés en oseraies, saussaies, saulées, et exploités le plus souvent en têtard. Les espèces surtout employées pour cet usage sont le saule des vanniers ou osier blanc, le saule pourpre ou osier rouge et aussi, quoique à un degré moindre, le saule blanc et le saule fragile. Les jeunes pousses servent de liens pour les jardiniers et vignerons, les liens de rebut peuvent faire des margotins pour allumer le feu.
Les produits d'une oseraie varient naturellement, suivant les conditions de la production et l'espèce cultivée. Une bonne oseraie en plein rapport peut donner par hectare, dit . M.
Heuzé (1), 800 à 900 bottes d'osier gris ou 400 à 500 bottes d'osier g^ris écorcé dit osier blanc ; chaque botte a 1 m. 50 de tour.
■ Les osiers sont vendus à la botte, sur pied, ou en bloc, ou encore au poids. Dans ce dernier cas, les gros osiers valent 35 fr. les 100 kg. ; les moyens, 50 fr. et les fins, 60 fr.
Dans la vente en bottes, l'osier gris, suivant sa finesse et sa longueur, vaut de 75 cent, à 1 fr. 25 ; l'osier pelé de 2 à 4 fr ; l'osier pour grosse vannerie, 1 fr. à 1 fr. 50 ; l'osier pelé, de 3 à 6 fr. ; Tosier pour la fente, de 2 à 4 fr., la botte de
Fig. 414. — Saule fragile. 5a/iaî fragilis
(1) Heuzé, Plantes industrielles, vol. I, p. 325.
I.OOO brins, et le petit osier, de 75 cent, k 1 fr. 25 la botte de 38 cm. de cipconférence.
Une oseraie en plein rapport peut donner 500 bottes d'osiers de toutes catégories d'un prix moyen de 1 fr. 25, soit 625 fr. de produit brut à Thectare (1).
Fig. 415. — Salix viminalis.
L'écorce est riche en tannin qui est exploité pour la préparation des peaux. Bien souvent, dans les régions basses et fréquemment inondées, cette industrie devient connexe de celle de la vannerie, la première utilisant les écorces que laisse la seconde. Ce sont là des ressources précieuses pour les régions marécageuses qui sans cela seraient, le plus souvent, des
(1) Nous empruntons ces derniers détails au livre de M. Mouillefert, dans lequel on trouvera une étude complète sur les oseraies : Traité de sylvicul" ture, t. Il, p. 262 à 280.
plus misérables. On utilise les saules pour le tannage, surtout dans le nord de l'Europe où le chêne fait défaut (Russie, presqu'île Scandinave, etc.). Il n'y a pas beaucoup de différence entre les espèces au point de vue de la teneur en tannin; elle est souvent de 4à 5 0/0; quelques espèces en contiennent jusqu'à 8 à 12 0/0 ; Técorce du tronc en renferme plus que celle des branches. Parmi les espèces utilisées à ce point de vue, nous citerons, entre autres, le saule Marceau. Le cuir obtenu est souple, de couleur claire ; on arrive à un résultat encore meilleur, en mélangeant l'écorce de saule avec celle du chêne dans une proportion de 15 0/0.
On extrait encore de Técorce de certains saules des matières tinctoriales rouges-brunes ou noires et de la salicine, sorte de glucoside dont les dérivés acides : acide salicylique et salicylates, sont utilisés en médecine pour leurs propriétés anti-rhumatismales et antipyrétiques.
Bois. — Le bois des saules est mou, léger, et impossible, dans la plupart des cas, à distinguer spécifiquement ; cependant, tandis que celui des saules fragile et viminal est blanc, celui des saules blanc et Marceau est plutôt rougeàtre. On emploie le bois des saules pour la menue char^ pente, les chevrons, etc.; on en confectionne des planches et de la volige pour les menuisiers et les layetiers ; on en fait souvent des perches à houblon et des échalas, des cercles de tonneaux, etc. Réduit en minces lanières, à Taide de machines spéciales, il sert à faire des ouvrages de vannerie, des claies et tamis grossiers. Il est employé en sculpture, lorsqu'il est homogène et se coupe net en tous sens (saule blanc).
C'est un combustible médiocre, meilleur pourtant que le peuplier. Il est recherché pour la boulangerie, car, brûlant très rapidement avec une flamme claire et vive, il produit un coup
Fig. 416. — Section transversale d'un bois do saule (saule pleureur) (20 diamAlres) (A. Thil).