‹ Les bois industrielsChapitre 27 sur 136 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Fi g. 450. — Rameau (Jo Pinus strobus.

Il ressemblerait au peuplier si ce n'était la présence des canaux h résine. Il est, en somme, peu recommandable ;

on l'utilise cependant pour la fabrication d'allumettes, de caisses d'emballage, et il est recherché pour la pâte à papier. C'est un combustible inférieur.

On avait espéré beaucoup mieux de ce bois, sur la réputation que lui avaient faite quelques auteursayant observé ces arbres en Amérique, où ils les représentaient comme employés à toutes sortes d'usages : charpente, mâture^ menuiserie, tonnellerie, layeterie, etc. On peut admettre que la différence des produites obtenus dans les deux parties du monde tient : 1*^ à ce que Ton a essayé chez nous seulement des bois jeunes ; 2® aux différences de conditions de végétation. Les bois des Etats-Unis (Etat de Vermont) ont en effet des accroissements moins larges que les nôtres. Cependant la réputation de ce bois est surfaite, quant à sa valeur, en Amérique même, comme a pu le révéler l'étude directe d'échantillons des Etats-Unis, et si on Ta employé souvent aux usages précités, c'est qu'on n'en avait pas d'autres sous la main. La marine des Etats-Unis a d'ailleurs renoncé à son emploi.

Pin Cembro, Pinus cembra Lin. — Syn. : Arole, Cembrot, Alviès, Auvier, Ek)uvé, Héoux, Tinier, etc. ; /Alrbelkiefer, Arve^Zutsche, Zirme^ allem. ; the cembran pincy angl.

Caractères. — C'est un arbre peu répandu en France, qui croit uniquement dans les Alpes. C'est celui des résineux qui arrive le plus haut en altitude ; il n'est dépassé que par de rares feuillus, tels que l'aune vert et des saules rabougris. 11 peut atteindre 15-25 mètres de hauteur sur 3-4 de circonférence, quoique sa végétation soit extrêmement lente. Le fût deTarbrc ayant atteint un certain âge se dénude; les rameaux

(i) Voir ce que dit au sujet du Pinus Sti^obus et des usages de son bois dans TAmérique septentrionale, Michaux : loc. cit. Tome I, p. 104-122, Pl. X.

tortueux, étalés, donnent à la plante un aspect bizarre et tourmenté, assez commun aux arbres des hautes altitudes souvent battus et mutilés par la tempête. Cet arbre, qui fut très abondant dans nos Alpes, est malheureusement en voie de disparition, il est regrettable que les montagnards le détruisent sous prétexte d'y substituer des prairies plus productives. Ces arbres, peu difficiles sous le rapport des conditions ambiantes, consolidaient le sol de la montagne. Il faudrait bien du temps si on se décidait à les remplacer, avant que les nou- ^^^V«ul'c7môra*!DN veaux sujets pussent rendre les services schwarz). que rendaient ceux qu'on a détruits.

Bois. — Bois très légèrement rose ou jaune-rougeàtre, aubier blanc-jaunàtre, réduit et peu net ; homogène, le bois de printemps et celui d'automne présentant très peu de différences, très tendre.

Ce bois tendre est peu recherché pour les constructions, mais, à cause de son homogénéité, de la finesse de son grain, de la facilité avec laquelle il se travaille, il est l'objet d^une industrie spéciale dans les hautes vallées de la Suisse et du Tyrol où les bergers en fabriquent avec beaucoup d'habileté de petits objets qu'ils vendent dans les villes. Il est propre à la menuiserie et à la fente.

Combustible médiocre, il dégage beaucoup de fumée et ressemble à ce point de vue au sapin, dont il a la faible valeur comme bois de feu.

181 liC »apltt pcetlnè. Abies pectinata D. C. — Syn. : Pimis picea de Linné, sapin commun, sapin des Vosges, du Jura, de Normandie, sapin argenté, sapin blanc, sapin à feuilles d'If. Weista?ine, Edellanne^ Silbertanne, Tartnnne^ allem. ; the comb li/ce-leaved-sUver fi?', angl.

Caractères. — Le sapin pectine (famille des Abiétinées, genre Abies) est un arbre magnifique, qui peut atteindre 40 à 60 mètres de haut.

Les sapins se distinguent aisément des pins, par leurs feuilles qui naissent isolément sur les rameaux, elles sont planes, échancrées à l'extrémité, non en aiguilles, pourvues

Pig. 452. —Le sn^in, Abies pectinata DC.

BOIS INDICÈNES OC NATURALISAS

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Fîg. 453. — Distribution du sapin en France (d'aprrs Boppoet Jolyet».

à la face inférieure de deux lignes blanches (dues à Tabondance des stomates). Le fruit ou cône est dressé, Técaille tectrice est souvent assez apparente et les écailles séminales

sont lâchement imbriquées (la figure 454 rend compte de ces caractères) ; les écailles se détachent et tombent à la maturité en même temps que les graines.

Les fleurs mâles forment de petits cônes globuleux.

Le nom de sapin pectine fait

A IW- illusion à la disposition des feuil-

^^^ifflwl r^^^^^'^'T^Tl '^^ rangées symétriquement et

à plat des deux côtés du rameau à la façon des dents d'un peigne.

Cet arbre forme, seul ou mélangé, d'importantes forêts dans les contrées montagneuses de la France (Vosges, Pyrénées, etc ) et de la Corse. 11 peut s'élever plus haut que le pin. Hors de France on le trouve dans toutes les régions montagneuses de l'Europe centrale.

La racine possède un pivot profond (I mètre et plus) avec de puissantes ramifications latérales. Il peut habiter les stations exposées au vent. La qualité du sol lui importe assez peu, pourvu qu'il ne soit pas crayeux. 11 lui faut une exposition fraîche et un sol profond et non humide. Les bourgeons, qui sont précoces, craignent la gelée si la neige ne les protège plus.*

C'est Tarbre d'ombre par excellence, il conserve la faculté de prendre son essor après avoir été longtemps gêné sous le couvert. Comme tous les conifères indigènes il ne peut être traité qu'en futaie et constitue les forêts les plus épaisses. Il est généralement employé à l'état pur, mais il fait bon ménage avec les feuillus dont il recherche le terreau. Son exploitabilité a lieu généralement vers 100-120 ans.

Ennemis. Insectes. — Peu d'insectes s'attaquent aux feuilles, de manière du moins à nuire sensiblement à l'arbre. Dans le bois on peut citer :

Le Bostriche curvidenté, qui ouvre entre Técorce et le bois

CHAIMTRK IX. — KTUDK SKKCIALK DES BOIS UTILES

une galerie principale transversale, constituée de deux branches en accolade d'où partent des galeries de larves longitudinales. Très comn>un, ainsi que le lîostriche du sapin (v. p. o30-o3l, fig. 284).

Fig. 4."i4. — Rameau cl côr)!» (le sapin pectine (sa|iin blanc, snnin duNonl, etc.). A gauche du dessin sont figurées séparcnicnt deux écailles du cùne, l'une vue par la face inférieure, l'autre par la face supérieure sur la»|uelle s'insèrent les graines : es, écaille séminale ; et, écaille tectrice; g, graine (1/2).

Le Xijlehorus Saxeseni vit dans le hois.

Le Bostriche linnê détcriniiic la vermoulure noire des sapins gisants non écorcés et déprécie beaucoup le bois. Il crible celui-ci de petites galeries cylindriques à parois noinltrès (voir p. 548, fig. 299-301).

Le Pissode du sapin. La larve apode creuse au pied des vieux arbres, sous récorce,des galeries longitudinales, isolées et serpentantes.

Le Sirex (jéani, dont la larve à six pattes, blanche et ctiarnue, avec une corne ventrale, sillonne le bois de galeries profondes et irrégulières (v. p. oo4 et s. et fig. 306).

Le Sirex spectre. Insecte et galeries plus petits, mais analogues (v. p. 554 et s. et fig. 305, 308, 309).

Les vers blancs des hannetons rongent souvent les radicelles des jeunes sapins.

Ajoutons, à cause de Timportancc des ravages qu'il cause,

\q grand charançon Au sapin [Hylohkis abietis) (v. Kg. 204- 209). C'est un dévastateur des plantations car il ne peut attaquer la rude écorce des vieux troncs, mais seulement ronger par place les écorces plus minces. A la suite de blessures faites, la résine exsude^ se durcit et donne à la branche ou au tronc attaqués un aspect peu agréable; bientôt les aiguilles jaunissent, et l'arbre entier meurt.

Les larves creusent des galeries qui entament parfois Taubier et descendent jusque dans les racines. C'est d'ailleurs l'adulte qui fait le plus de ravages en rongeant les jeunes plants.

Végétaux. — C'est un des hôtes préférés du gui. — Champignons : Balais de sorcières et chaudrons causés par le Péridermium elatinnm : On rencontre parfois des sapins, d'âges fort divers, dont le tronc est renflé en forme de tonneau sur une longueur atteignant au plus le double du diamètre de l'arbre ; il arrive que l'on trouve deux ou trois de ces renflements à difi^érentes hauteurs d'une même branche.

Plus rarement les tumeurs en question ne se manifestent que sur une portion de la circonférence du tronc. Elles se trouvent sur les rameaux comme sur le tronc. Elles proviennent d'une surproduction du bois et des tissus de l'écorce par le cambium au niveau de la région attaquée. Celle-ci se crevasse et protège mal les couches ligneuses qui finissent par s'altérer. Il se produit alors les plaies profondes que les forestiers désignent sous le nom de chaudrons. On trouve dans l'intérieur de la tumeur de nombreux filaments du champignon qui en a provoqué la formation. Le bois de la région atteinte est mou, spongieux, à fibres tourmentées, il est très sujet à s'altérer et à pourrir. L'arbre ne donne que des planches tarées et dépréciées.

Les mêmes filaments qui provoquent les chaudrons peuvent, en atteignant un bourgeon, amener une perturbation

Fig. 455. — Sapin avec tumeur (due au Pertdermium elatinum. Grand, nal. iR. Harlig).

Fig. 456. — Coupe longitudinale d'une tumeur du sapin, due an Peridermium elaiinum, affectant une branche âgée de 3\ ans, l'infection s'est ctTectuée dès la quatrième année (i/3) (R. Hartig).

Fig. 457. — Rameau de sapin av«'c liaiai de sorcière (dû au Peridermiumelatinum)iie;è de deux années (a); le mycélium du champignon a provoqué, en outre, le développement d'un bourgeon dormant {b) qui donnera naissance l'année suivante a une pousse. La partie du rameau qu'habite le mycélium se montre fortement hypertrophiée (R. Hartig).

complète dans son développement ultérieur. Ce bourgeon produira, au lieu do rameaux normaux, une sorte d'arbuscule nain, à feuilles réduites^ implanté et dressé sur une branche de l'arbre.

Sur les feuilles de ce balai de so7cière apparaissent bientôt de petites taches orangées, dues aux spores du champignon qui vont disséminer le mal; il est donc de toute prudence de couper ces balais de sorcière dès qu'on s'aperçoit de leur production.

Maladie des branches de sapin due au Fusicoccnm abietinvm (R. Ilartig), Prill. et Delacr :

Ce champignon produit la nécrose de Técorce des jeunes plants ou des rameaux des arbres âgés.

Chancre du mélèze dû au Dysascypha Willkommi, R. Hartig. Cette Pezize, qui fait de graves dégftls sur le mélèze, ronge égalenient Técorce du sapin végétant dans des régions basses et humides.

Maladie du collet des plants de sapin due au Pestalozzia Hartigii von Tubeuf : Ce champignon détruit en pépinière les plants de sapin et d'épicéa.

Les jeunes plants peuvent être encore ravagés par le Phylophlora omnivora, '

Les feuilles sont quelquefois atteinte^ par divers champignons, lels que la rouille vésiculaire des feuilles due au Péridermium columnare [k\h. et Schwein.) Kunze ; le brun des aiguilles dû au Lophodermiiim nervisequum (DC), Rehm ; la maladie des aiguilles causée par \ Acanthostigma parasiticum (R. Hart.), Sacc.

Altérations du bois. — Outre les chaudrons, il faut citer,

Fig. 458. — Balai de sorcière do sept années sur sapin (dû au Peridermium elatinum), pendant l'hiver et sans aiguilles. Le rameau de sapin aux dépens duquel il s'est développé s*est à peu près complètement recourbé pour se diriger verticalement {R. Hartig).

comme détériorant spécialement le bois, les polypores suivants : Poltjporus Harligii AUescher (v. p. 346), qui cause la pourriture blanche et le Polyporus borealis Pries (v. p. 347).

Fig. 459. — Jeune balai de sorcière d'un Abies pectinata (sapin pectine), (d'après Schuniann).

Bois. — Ce bois manque de canaux résinifères et, par suite, n'a pas Todeur caractéristique des autres résineux : pins, épicéa ou mélèze. L'absence de résine explique Tinfériorité de ce bois vis-à-vis des autres résineux au point de vue de la durée et de la puissance calorifique.

Blanc mat, souvent teinté de brun-rougeâtre très clair. Aubier peu ou pas distinct, mais néanmoins de qualité très inférieure au cœur ; il est sujet à la vermoulure. Comme pour les autres résineux, Taubier s'injecte facilement de substances antiseptiques, à rencontre du cœur. Accroissements bien distincts. Peu homogène, par suite de la différence entre

BOIS USDIGÈNKS Ot iNATURÀLISKS 913

les bois de printemps et d'automne, il a, à cause de cela, une

Fig. 460. — Balais de sorcicro âgé d'un Abies pectinata (sapin pectine) (d'après Schuniann).

tendance à se séparer, quand on le fend, eu plaques circulaires suivant les accroissements, et cela, même quand on opère

914 CHAPITRE tï. --^ iTtIDE SPÉCIALE DES fiOlS tTlLËS

dans le senn des rayons. Ce fait explique aussi la fréquence des roulures de ce bois. Il est très élastique et présente une grande résisjance horizontale ; léger, densité : 0,381 à 0,649; elle est très variable suivant les circonstances de la végétation et dépend de la rapidité plus ou moins grande de la croissance. Très altérable à l'humidité.

Usages : Ce bois, très abondant, est encore plus employé (|ue le pin. Ses usages sont : charpente légère, mâture légère pour la marine marchande ; menuiserie commune, fente commune (bardeaux, merrains, lattes, layeterie) ; boisseUerie ; sculpture grossière ; très résonnant on l'emploie en lutherie ; pAte à papier.

Rappelons ici que le bois résineux importé de l'Europe septentrional sous le nom de sapin rouge du Nord, qui est d'une qualité supérieure, est en réalité un bois de pin Les bois dits sapin du Nord et sapin de Norwège sont de Tépicéa. L'Allemagne du Nord, la Suède et la Norwège et toute la Russie sont en dehors de la zone où le sapin existe spontanément.

Le sapin de Lorraine et le sapin d'Auvergne sont de qualité moindre et employés par économie.

Le bois de sapin est un mauvais combustible, il donne de la flamme, mais peu de chaleur ; il pétille beaucoup et produit une fumée insupportable. Il est encore inférieur à Tépicéa comme bois de feu.

Son écorce et ses branches ou raies, qui sont gorgées de résine, sont d'un emploi plus avantageux, elles produisent une flamme claire et vive.

Au point de vue anatomique, ce bois est essentiellement caractérisé par l'absence de canaux résineux. Les rayons sont très nombreux, à une seule épaisseur de cellules, les parois de celles-ci sont épaissies régulièrement et perforées de nombreux petits pores arrondis.

Produits accessoires, — L'éeoree contient une quantité de tannin suflisantc pour justifier son emploi dans la préparation des cuirs.

La résine est localisée dans des poches de Técorce et on a perdu l'habitude d'en extraire ce produit, assez peu abondant, qui était autrefois obtenu dans les Vosges sous le nom de térébenthine de Strasbourg.

Fig. 461. — L'Epicéa — PiceaexceUa, L. R.

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