CHAPITRE IX
IM. BpleéA comman, Picea excelsa Link. — Syn. : Pinus Abies Lin., pesse, sapin épicéa, sapin du Nord, sapin de Norw^ge, pinasse, faux-sapin, sapin blanc du Nord, sérenté (Alpes). Fichte^ Rottanne^ Pechtanne^ Schwarztanne^ allem. ; the Norway Spruce Fir^ common Spruce^ Prussian Fir, angl.
Caractères, — L'épicéa appartient à la famille des Abiétinées, genre Picea, Cet arbre est facile à distinguer du sapin, avec lequel on le confond cependant souvent. Les rameaux de second ordre sont pendants ce qui donne à Tarbre un aspect un peu pleureur. Sa forme générale est pyramidale.
Les feuilles, disposées en spirales sur les rameaux, sont terminées en pointe ; leur section est rhomboldale et les stomates forment une rangée blanche sur chacune des quatre faces Les fleurs mâles forment un petit cône ayant une forme de chou-fleur, les cônes femelles sont pendants, à écailles séminales seules apparentes à maturité, époque à laquelle il se détache tout entier.
L'Epicéa est très abondant dans le Nord de l'Europe ; en France, cependant, il n'est spontané que dans une région plus élevée que celle du sapin. Il forme de vastes forêts dans le Jura, les Vosges et les Alpes. Il est assez mal enraciné, dépourvu de pivot, avec des racines traçantes ; il résiste mal aux coups de vent, à moins qu'il n'ait pu insérer ses racines dans des fentes {lési- 7ies du Jura). Il supporte parfaitement la transplantation. II drageonne naturellement et produit bientôt tout autour de lui de jeunes sujets.
C'est un très grand arbre atteignant jusqu'à 50 mètres de hauteur, mais d'un diamètre inférieur au sapin. Il vit généralement en futaie, à l'état de massif sombre comme le sapin; mais, ne supportant pas d'être dominé, il constitue un seul étage, et par suite sa croissance est très régulière. Il vient
Fig. 462. — Cône déveveloppc d'épicéa ou sapin rouge (Pirea excelsa)
bien en tous terrains un peu frais. Il s'élève dans les montagnes encore plus haut que le sapin.
Sa croissance est plus rapide que celle du sapin, aussi estil exploitable après une révolution de 80 à 90 ans ou 120-140 au maximum.
Ennemis : Insectes, — Les insectes xylophages, qui vivent entre Técorce et le bois, s^attaquent spécialement à cette essence dont ils dévastent parfois des peuplements très étendus, causant ainsi de véritables désastres. Le plus terrible de tous est le Bostriche typographe {Bostrichtis typographus, Lin.).
Sans parler des insectes qui vivent sur les feuilles, les bourgeons, les cônes, nous citerons ceux qui se développent aux dépens de Técorce et du corps ligneux.
Les insectes suivants sont des Coléoptères xylophages qui, à Tétat parfait, ouvrent des galeries de ponte sous Técorce ; de ces galeries de ponte, rayonnent des galeries de larves. Les larves sont apodes :
Bostriche petit. — Espèce très petite. Galeries embrouillées affectent exclusivement le liber.
Bostriche typographe. — Galerie de ponte verticale, avec quelques trous de ventilation, il en part dans des directions perpendiculaires des galeries de larves horizontales sauf celles des extrémités. C'est le fléau des forêts d'épicéas (voir p. 524 et p. 546 et s., fig. 297 et 298).
Bostriche chalcographe. — Compagnon du précédent, espèce très petite. Galerie de ponte constituée par une chambre centrale d'où rayonnent 4-7 branches. Extrémités des vieux arbres et perches (voir p. 532, fig. 286, 287, 289, 290).
Bostriche pityographe, — Galerie de ponte simple, tantôt oblique, tantôt horizontale, galeries de larves régulières et distantes les unes des autres. Plants et perches.
Bostriche autographe. — Galerie de ponte verticale (p. 537).
Bostriche du mélèze. — Galeries de ponte verticales (page 528).
Grande Hy lésine de l'épicéa {p. 505, fig. 264).
Hylésine polygraphe. — Galerie de ponte horizontale ou oblique^ mais jamais verticale, constituée de deux branches partant d'une chambre centrale, ouverte surtout dans le liber. Commun et dangereux (voir p. 502, fig. 262, 263).
U Hylésine paillée (p. 497, fig. 257).
Citons encore YHylésine pileuse (v. p. 502) ; VHylésine noir de r épicéa laquelle attaque les racines (p. 494) ; il existe un certain nombre d'autres espèces que nous avons mentionnées au chapitre VII.
Insectes vivant dans le bois :
Bostriche linné. — Insecte parfait pond dans le bois ; les larves criblent celui-ci de petites galeries cylindriques, à paroi noircie (vermoulure noire, voir p. 548). Le bois ainsi travaillé par Tinsecte est déprécié.
Le Xyleborus Saxeseni^ qui vit aussi dans le bois (p. 543).
Les Sirex, dont les larves à six pattes sont pourvues d'un appendice abdominal, creusent des galeries solitaires à section circulaire, allant en s'élargissant.
D'autres insectes rongent les racines et les souches en y creusant des galeries, notamment la larve apode de VHylobe du sapin (v. p. 204-209).
Champignons, — Beaucoup de ces parasites, comme cela a lieu d'ailleurs pour les insectes, sont communs à cette essence et au sapin ; nous ne ferons que citer ceux que nous avons déjà mentionnés en étudiant celui-ci. Tels sont :
La maladie du collet, due au Pestalozzia Hartigii;
La maladie des aiguilles, duc à VAcant/iosligmaparasiticwn;
La rouille vésiculaire des feuilles ; le chancre du mélèze.
Citons en outre les altérations suivantes :
Le brun et la chute des aiguilles de Pépicéa^ due au Lophodermium mncrosporum (Hartig) Rehm. Les aiguilles des pousses d'un an ou plus brunissent et tombent. Cette maladie sévit surtout dans les vallons encaissés et les tourbières.
Rouille des aiguilles d^ épicéa^ Chrysomyxa Abietis (Wallr.) Unger. Elle n'attaque que les feuilles de première année qui prennent une teinte jaune clair ou jaune d'or et tombent Tannée qui suit l'infection.
Maladie des jeunes pousses de V épicéa^ Diplodina parasitica (R. Hartig) Prill. Elle apparaît en pépinière sur les plants de 2-3 ans, mais elle peut atteindre aussi des arbres Agés dont elle tue les rameaux en compromettant la vie du végétal.
Maladie de fécorce, Nectria cucurbitula Fries. Le parasite pénètre par les blessures, forme des chancres et ravage parfois les jeunes peuplements.
Pourridié des racines ^ dû kVArmillaria mellea.
Altérations du bois : Le bois d'épicéa est sujet à de fréquentes altérations du fait dos cryptogames; les principaux sont : Polyporua annosus, Polyporus pini (pourriture rouge), Polyporus borealis, Polyporus vaporarius (pourriture rouge), et le Merulius lacrymans qui attaque le bois d'épicéa rais en œuvre (charpentes) comme la plupart des autres bois (1).
Bois. — Il ressemble beaucoup A celui du sapin, mais s'en distingue cependant facilement grâce à la présence de canaux résinifères qui sont visibles, sur une section transversale, soit à Tœil nu, soit plus facilement à la loupe. Ils apparaissent comme des points blanchâtres et opaques. Le bois possède une odeur légèrement résineuse, il est lustré, plus mou et léger que le sapin; il est généralement plus blanc. Quelquefois le bois d'épicéa est rouge très clair comme celui de certains pins, mais cette couleur décèle une qualité inférieure ; elle affecte le bois des arbres ayant crû dans des contrées marécageuses, comme le fait se produit pour beaucoup d'épicéas venant du Nord et surtout de la Sibérie. Aubier et cœur indistincts quand le bois est blanc, très tranchés quand il est rouge. L'aubier s'emploie dans l'industrie, comme le cœur. Nœuds très fréquents dans les planches et qui se détachent avec une facilité déplorable en laissant un trou à leur place. C'est un bois mou, élastique, peu homogène. — Densité : 0,337-0,579.
La qualité de ce bois varie beaucoup suivant les conditions de végétation dans lesquelles s'est trouvé Tarbre. Dans les régions basses, il croit vite et le bois est mou, spongieux. Aux plus hautes altitudes où il puisse végéter, il acquiert beaucoup de qualités; et son prix, d'inférieur qu'il est habituellement par rapport au bois de sapin, lui devient supérieur. C'est ainsi que dans les Alpes on le préfère à cette dernière essence pour tous usages. C'est, en somme, un bois do charpente et de travail de premier ordre.
On remploie pour la charpente, la mâture, pour laquelle la longueur et la rectitude de son fût le fait rechercher, la menuiserie commune; c'est un bon bois de fente, boissellerie, bardeaux. La simplicité et la régularité de sa structure anatomique rendent ce bois très propre à conduire les sons ; aussi
(1) Nous renvoyons pour plus de détails sur ces altérations du bois au chapitre septième.
Tépicéa fournit-il, avec le sapin, la presque totalité des bois dits bois de résonnance que l'on utilise pour fabriquer les instruments de musique, tables d'harmonie, pianos, violons, etc. On prend pour cet usage les plus beaux bois d'épicéa, ceux qui se sont formés lentement ; de plus, ces bois doivent être nécessairement débités sur mailles, ce qui entraîne la production de nombreux déchets ; pour tous ces motifs, ces bois de résonnance sont d'un prix élevé.
On fait encore avec le bois d*épicéa des allumettes et une pâte à papier blanc estimée.
C'est un combustible assez médiocre, mais très abondant. Il est considéré comme supérieur à ce point de vue, ainsi qu'en ce qui concerne le charbon qu'il produit, au sapin.
Au point de vue analomique, un caractère permettant de distinguer ce bois de celui du pin consiste dans ce fait que les cellules des rayons ne possèdent pas les grandes ponctuations et les épaississements déchiquetés qui caractérisent ceux de cette essence. Comme dans tous les conifères, les rayons sont très étroits, étant constitués par une seule épaisseur de cellules.
Les accroissements, bien distincts, sont irrégulièrement circulaires ; quelquefois un gros canal résinifère, placé à la face interne du liber, gêne en ce point le jeu du cambium et provoque dans le bois une déviation des couches qui, se répétant chaque année, finit par faire dans le sens radial une ligne bien tranchée. Ces accidents produisent, en débitant sur mailles, des inaillures analogues à celles du coudrier. Le fait en question est d'ailleurs assez rare.
Produits accessoires, — L'écorce renferme du tannin et sert, dans quelques régions où le chêne fait défaut, à la préparation des cuirs ; 10 kilog. de cette écorce peuvent faire Toffice de 3 kilog. d'écorce de chêne. On pourrait en retirer de la résine, mais on préfère en France l'employer comme bois d'oeuvre sans le détériorer par les opérations que nécessite l'exploitation de la résine ; cependant, quelques arbres sont exploités à ce point de vue, notamment dans les Vosges ; ils donnent la résine connue sous le nom de résine de Bourgogne.
188. Le wnéléme^ Larix europn^a D. C. — Syn. : Piniis larix de Linné ; Gemeine lârche^ ail. ; The cotnmon larch^ angl.
Fig. 4H2. — Méli*zo (Larix europœa).
C F., cCme fi'inello : C M , cône iiiàle coupé lon^itudinalcmerit ; E, élamino vu(^ do C(jt«;c, */, (îcaillo staininalo : sp, sac poUiniquo ; £', étamine vue de face.
les écailles séminales, opbi-
Caractères. — Famille des Abiétinées, genre Larix, C'est un arbre à longues branches, grêles, étalées, h rameaux d'ordre secondaire pendants; Taspcct de Tensemble est celui d'un arbre pleureur ; les feuilles molles, d'un vert gai, sont groupées par petits bouquets à Textrémité de rameaux courts (fig. 462) ; ces feuilles sont caduques, elles tombent <\ l'automne chaque année, à Tencontre de ce qtii se passe pour les autres conifères indigènes. Les fleurs mâles constituent de petits cônes globuleux ; les fleurs femelles forment des cônes dressés, ovoïdes, plus petits que ceux des autres abiélinées culaires, s'accroissent peu et sont de beaucoup dépassées par les bractées ou écailles lectrices qui se terminent en pointe.
C'est un arbre à tige droite, grêle, atteignant 30-35 mètres de hauteur, sur 0 m. 70 de diamètre. Il existe dans les Alpes jusqu'aux Carpathes; il s'élève, pur ou mélangé avec le pin Cembro, jusqu'à 2.000 mètres et même 2.900, c'est-à-dire jusqu'à Textrême limite de végétation des arbres verts. Il s'accommode de tous les sols : calcaires, dolomitiques, schisteux, siliceux, pourvu qu'ils soient frais, meubles et profonds. Il réclame de l'espace et de la lumière ; aussi l'état de massif lui est-il contraire, ses forêts sont toujours très claires, et leur sol, recouvert d'un beau gazon qui peut être pâturé ou fauché. On a essayé de le cultiver dans la plaine, il vient d'abord très vite, mais sa caducité est précoce et le bois produit est toujours de mauvaise qualité. Il rend cependant, dans ces conditions, des services pour certains usages, notamment pour la fabrication des perches à houblon.
if,'.463. — Gùne de mtXvzQ (Larix europœa).
rli^i
Fig. 464. — Le mélèze, Larix europœa D. C.
Ennemis. — Insectes : Les Bostriches curvidcnte, typographe du mélèze et liseré, THylésiae jaune, qui attaquent le sapin et Tépicéa (voir les paragraphes concernant ces essences), vivent aussi sur le mélèze mais sans y causer de très notables dégâts. Quelques autres insectes vivent sur les bourgeons ou les feuilles.
Champignons : Rouge des aiguilles du mélèze^ dû BxxCœma /artcw(Westend.) Rob. Hart. Cette rouille apparaît à la fin de mai sur la face inférieure des feuilles qui meurent et se détachent . Les jeunes plants peuvent être détruits par le Phytophiora omnivora.
Le Chancre du mélèze, di\ au Dos gscy plia Willkommi R. Ilartig. Ce chancre, de Técorce cause souvent de très graves dommages dans les massifs, surtout dans les régions basses et marécageuses, aussi estril bon de ne pas cultiver cette essence dans ces conditions.
Pourridiéy dû à VAnnil' laria mellea. I^es racines du mélèze peuvent être atteintes par le pourridié comme celles des pin, sapin et épicéa.
Altérations du bois : Elles sont le plus souvent produites par le Polyporus pini {voir p. 344, fig. 164-165).
Fi^. 465. — Larix europfPi {inrli'z»») avi^c chancn* rausc» par lu Pesjsa (l)aêi/sri/phe) Willwmmii (|)<3zizo do Wil-
CHAprrai-: ix. — ktude spkcialic dks dois UTrLES
Bois. — C'est un des plus précieux de nos forêts, on Ta
appelé le chêne de la montagne.
Il est rouge pourpre, veiné par le bois d'automne plus
serré ; Faubier, bien distinct, est blanc jaunâtre; il est très
résineux et par suite très durable.
Les accroissements sont minces, réguliers ; la disposition en zones cylindriques emboîtées, alternativement dures et minces, le rend très élastique et résistant. Il ne gerce pas et il est peu sujet aux attaques des insectes. Il est très estimé pour la charpente, les constructions navales, mâture et bordage ; on s'en est même servi pour faire la membrure des vaisseaux.
Il se conserve admirablement sous Teau où il acquiert même de la dureté. On en faitencore des poteaux de mines, des traverses, de la menuiserie. C'est un bois de
''%.^%:in^;^.l^'^ i^nte, on peut en obtenir des barcoupe tangentielle de mmibreux (leaux, des mcrrains et des tonlavons médullaires dont un est . i . traversé par un canal rùsinifôrc neaux qui laissent évaporer fort
^^ ^' ^' peu de liquide, des échalas très
durables, des conduites pour les eaux, de la sculpture grossière, etc. On Tutilise dans la Suisse, la Savoie et le Dauphiné en le débitant en plaquettes pour recouvrir les toits. On les dispose pour cela comme des tuiles. Elles forment une toiture imperméable et durable.
La densité de ce bois est, en montagne, de 0,557-0,668; en plaine, de 0,448 à 0,531. Il faut remarquer que ce bois, qui est peut-être le plus précieux de tous ceux que fournissent les conifères indigènes, devient de mauvaise qualité quand l'arbre a criY rapidement dans la plaine.
Comme combustible, il est supérieur aux autres abiétinées. 11 dégage une assez grande quantité de chaleur, mais il a rinconvénient de pétiller beaucoup. Le charbon produit est supérieur à celui du pin et de l'épicéa.
Au point de vue anatomique, on le distinguera par la pré-
-iliif
sence, dans le bois d'automne, d*nn épaississement spiral des trachées (fig. 466). Les rayons sont assez hauts (souvent 12 rangées de cellules), sans épaississements déchiquetés ni grandes ponctuations des cellules qui les constituent. Les canaux résinifères sont assez abondants.
Produits accessoires. — On retire du mélèze la térébenthine, particulièrement fine, dite térébenthine de Venise. Le résinage n en est pas pratiqué en France, mais il Test dans le Tyrol, le Valais, etc. On procède à cette opération d'une manière spéciale, bien différente du gemmage du pin maritime. La résine, tout en existant dans Técorce du mélèze, est particulièrementabondante dans le bois où une infiltration la conduit de la surface vers le centre et particulièrement dans la partie la plus basse de l'arbre. Connaissant ces faits, pour obtenir la résine, on procède, dans le Tyrol, de la façon suivante : on perce dans le tronc, à 30 cm. du sol, un trou horizontal de 3 cm. de large et pénétrant jusqu'au centre du bois. Ce trou est ensuite fermé par un bouchon de bois. On pratique ainsi un certain nombre de trous pendant la belle saison. On retire les bouchons de bois à l'automne, on extrait alors la térébenthine qui s'est accumulée dans le trou, puis on rebouche exactement pour l'hiver.
L^écorce de mélèze jeune parait excellente pour le tannage des peaux. On l'utilise à cet effet dans certaines parties de l'Allemagne.
194. Le cèdre da LUmn, Cedrus Libani Barrel. — Syn. : Piniis cedrus^ Lin. ; Ceder^ Allem. ; Cedar^ Angl.
Caractères. — Cet arbre n'est pas spontané en France., mais il y est cultive et rustique ; il y croit très rapidement et peut y atteindre de belles dimensions. Il est spontané en Algérie, dans l'Atlas, ainsi que dans le Liban et THymalaya.
Le cèdre se reconnaît facilement à son port; les branches et leurs rameaux forment des assises horizontales et le tronc est tortueux. Les feuilles sont groupées en bouquets à l'extrémité de rameaux courts, comme chez le mélèze; mais, de plus, il s'en trouve d'autres directement insérées sur les rameaux longs, en outre elles sont dures, piquantes et ne tombent pas ù l'automne. Les cônes ovoïdes, volumineux, ont leurs écailles caduques parce que l'axe pourrit sur l'arbre.
926 CHAPITRE IX. — ÉtlDE SPÉCIALR DES fiOlS tTILES
Bois. — Le bois du cèdre a des qualités quand l'arbre a crû dans sa région naturelle. Il n'a plus de valeur quand il a crû en dehors. La densité qui, en Algérie, est de 0,606*0,808, descend en France à 0,460.
II est jaune roux, avec aubier plus clair, abondant et nettement tranché ; odeur persistante, aromatique spéciale et forte, gênante, due à la résine qui Timprègne ; il ne possède pas de canaux résinifères, mais de grosses cellules résinifères en chapelets très allongés, remplies d'une résine jaunâtre. Il ressemble par sa couleur au sapin ; son homogénéité est plus grande, par suite de la moindre différence existant entre les bois d'automne et de printemps et ses couches d'accroissement sont plus minces, du moins quand il a crû aux hautes altitudes des pays de son aire naturelle. Il est utilisé dans ces régions pour la charpente, la menuiserie, Tébénisterie, la sculpture décorative.
Les Hébreux ont écrit que le temple de Saloraon était construit en bois de cèdre, mais Jes travaux des historiens et des linguistes, appuyant les hypothèses des botanistes, tendent à prouver qu'il ne s'agissait pas du bois de cèdre du Liban, de réputation surfaite, mais des bois de cyprès, de genévriers, souvent appelés improprement cèdres, et de quelques autres essences.
Le bois des cèdres poussés en France est, avons-nous dit, de très peu de valeur comme bois d'œuvre ; c'est aussi un mauvais bois de feu qui passe vite et pétille beaucoup ; son charbon noircit rapidement.
ISft, Le» seuèTrlers, Jtmipefus — Syn. : Wachholdery al le m. ; Juniper^ angl.
Caractères, — Famille des Cupressinées, genre Juniperus. Ce sont des arbres ou des arbrisseaux i\ feuilles persistantes, tantôt petites, écailleuses, mélangées de feuilles piquantes, comme dans le genièvre sabine des Alpes et Pyrénées ; tantôt toutes piquantes, non écailleuses, comme dans le genévrier commtm, répandu un peu partout en France, ou comme le genévrier oxychlre de la région méditerranéenne, qui se distingue de l'espèce précédente par la couleur rouge de ses fruits, ceux du G. commun étant bleuâtres. Le fruit est globuleux et en forme de baie.
L* wm
BOIS INDIGÈNES Ot MATI'RALISÉS
geDÔvriiT commun ; A, cAne femelle de cyprès ; B, fleur mâle de cyprès ; G, une écaille isolée do fleur femelle avec graine ; D, étamino isolée ; K, cône femelle de Thuya.
Bois. — Ijù bois est aromatique, demi-lourd ou lourde homogène, très doux à travailler. Bois parfait souvent très coloré, aubier blanc très distinct, couches minces par suite de la grande lenteur de la croissance.
Au point de vue anatomîque, il faut retenir que ce bois ne possède pas de canaux résinifères, mais de simples cellules résinifères. Les trachéides n*ont pas les épaississements spirales qui caractérisent le bois dlf.
Principales espèces : Genévrier commun ^Jimiperus cornmunis Lin. — Ses faibles dimensions rendent ce bois peu important; il est cependant compact, très tenace, durable, légèrement aromatique, difficile à fendre. Densité : 0,550. Son emploi est accidentel : menues sculptures, cannes, tabletterie. Bon combustible.
Genévrier oxycèdre^ Juniperiis oxycedrus Lin. — Syn. : genévrier cade. Il peut atteindre 0-9 mètres sur 2 de circonférence. Il est assez commun en Algérie.
Bois fauve ou jaune-brun, toujours très clair, avec miroitement produit par l'ondulation des couches ; aubier réduit, bois assez tendre, d'odeur agréable, persistante, particulière. Densité : 0,651. Emplois: menue ébénisterie, placage (coffrets, etc.), bois de crayon. Bon bois de chaufiFage, il a Tineonvénient d'éclater.
Le bois, brûlé dans un fourneau sans courant d'air, donne l'huile de cade employée en médecine.
Genévrier Sabine^ Juniperus sabina Lin. — Syn. : G. fétide, Sabine.
Dimensions très réduites.
Bois dun joli rouge cramoisi ou brun rouge foncé vif, devenant brun à Tair ; aubier blanc, net, réduit ; assez dur, homogène, odeur très forte, persistante ; bois très durable. Densité : 0,461-0,566. Emplois : tabletterie, crayons.
Une espèce américaine, le G. de Virginie, possède un bois tout semblable^ mais atteint une forte taille, aussi est-il très
recherché pour les constructions, pieux, poteaux ainsi que pour la marqueterie, le tour ; on fait très souvent en Europe,
Ip avec ce bois importé, des enveloppes de crayons.
\ Les bois des divers genévriers cités peuvent se reconnaître
i de la façon suivante (Thii) :
^ { Bois jaunâtre G. commun.
Bois bruniUre ou rougeâlre.
Bois à odeur agréable persi;
Bois à odeur forte, pénétrante, désagréable . G. sabine.
?; l Bois à odeur agréable persistante G. oxycédre.
} Nous parlerons ailleurs (art. 200) du bois de Callitris qua-
i drivai vis ou thuya articulé, bois très voisin de celui des gené-
vriers, mais plus dense. C'est lui (jue les anciens estimaient si fort sous le nom de Citrus (par corruption du mot Cedrus),
Il abonde en Algérie.
180. I^evoyprèfl Cupressus. — Famille des Cupressinées, genre Cupressus,
Ce sont des arbres ou arbrisseaux à verdure sombre et dense, à feuilles petites, écailleuses, opposées en croix et soudées à leur base avec le rameau qui les porte. Le fruit (cône ou strobile) est globuleux et ligneux. La seule espèce existant en France est le Cjjpy^p s pyramidal (Cupressus fasiigiata DC.) ou C. d'Italie, C. toujours vert. Originaire d'Orient, il est souvent planté en France et en Algérie. Il peut atteindre 2o mètres de haut sur 2 de circonférence.
Le bois est blanc ou très faiblement jaune-brun ; grain fin, homogène ; susceptible d'un beau poli, dur; odorant, agréable ; imputrescible. Densité : 0,616-0,646. Les anciens s'en servaient pour construire leurs temples et édifices et le désignaient (comme tous les bois de résineux) sous le nom de bois de cèdre, ce qui a créé une confusion sur l'emploi du vrai cèdre dans les temps historiques. Il est actuellement très estimé pour la charpente, la menuiserie ; on on fait des échalas extrêmement résistants. Use conserve indéfiniment sous Tcau. Ce bois se vend en tiges et en planches.
Au point de vue anatomique, pas de canaux résinifèrcs, mais des cellules résinifères isolées, fines, remplies de résine jaune un peu rousse.
BOIS INDIGENES 0(J NATURALISES
tM. lies ihatiM Thuya. — Fam. des Cupressinées, genre Thuya.
Ce sont des arbrisseaux ou des arbres à feuilles semblables à celles des cyprès, dont ils sont très voisins, avec un cône, ou strobile, oblong ou ovoïde. Deux espèces sont plantées chez nous : le Th. d^Occident [Th. occidentalis Lin.), dont les
Fig. 468. — Thuya occidentalis : i, rameaux avec jeunes fruits ; 2, extrémités de rameaux grossies ; 3, variétés Ellwangeriana et ericoïdes.
rameaux sont étalés en éventail dans des plans horizontaux et le Th. orientalis ou Biola, dont les rameaux sont disposés suivant des plans verticaux.
Les bois du Th. orientalis est dur et durable ; celui du Th. occidentalis, originaire de l'Amérique du Nord, est connu
aussi SOUS le nom de bois de c^W;t é/anc qu'il partage avec celui du bois de Ciipressus thyoides Willd., et de bois de cèdre des Canaries. Il est très employé en menuiserie fine, il es^ brunâtre, très tendre, facile à fendre, d'une odeur camphrée, très résistant aux influences atmosphériques. Densité : 0,38-0,54.
18S. If eonimun Taxus haccata Lin. — Syn. : T, nucifera Wall.. Gemeiner Eibenbaum, Eibe, Taxtisbaiim^ TaX' batim, allem. ; Common Veto, angl. ; Taxo^ ital. ; Texo, espagn. — Famille des Taxinécs, genre Taxus.
Caraclhes, — Ce sont des arbres de faible taille, h croissance extrêmement lente, capables cependant d'atteindre 12-15 mètres de hauteur. Les feuilles, disposées en réalité en spirale autour des rameaux, sont étalées dans un plan horizontal et paraissent placées sur deux rangs ; elles sont d'un vert noir en dessus et d'un vert clair en dessous ; le fruit est rouge, brun lorsqu'il est mûr. Il est presque complètement entouré d'une enveloppe charnue qui lui donne sa J '^ "^^ couleur d'un beau rouge; elle laisse au
P'?- *^^- —Rameau d'If doie*t un liquide gluant, quand OU lecrase.
[Taxus baccaia) avec ^^ . ^ , r^ -
des truits. Cet arbre, quoique appartenant aux Coni-
fères, a un fruit qui ne rappelle en rien le cône caractéristique de ces végétaux ; d'autres caractères, tels que la présence de trachéides k ponctuations aréolées et de cellules résineuses dans le bois, ont motivé ce rapprochement.
L'if croit dans toutes les régions montagneuses de l'Europe, où il est devenu rare aujourd'hui par suite de la destruction irraisonnée qu'on en a fait au moyen-âge. Il est planté, aussi, un peu partout.
Bois, — C'est un très beau bois d'ébénisterie, malheureusement rare ; c'est un des plus compacts et tenaces parmi nos bois indigènes. Couleur d'un l)eau rouge amarante, légèrement marron, veiné de brun par le bois d'automne, marbré dans les vieux arbres ; aubier blanc-jaunàtre, étroit, très distinct ; bois dur, homogène, sans odeur sensible ; susceptible d'un
BOIS EXOTIQUES D IMPORTATION
très beau poli ; incorruptible ; devinât pourpre après u^ séjour sous Feau, prend bien le noir, ressemble alors à Tébène (ébène allemand). Densité : 0,670-0,896.
Il est très recherché par les sculpteurs et tourneurs en bois. On a souvent retrouvé, dans les anciens châteaux, de vieilles armes ou objets sculptés faits de ce bois et parfaitement
Fig. 470. — Coupe longitudinale da bois de l'If commun (286 diamètres). D'après A. Thil.
conservés après plus de 500 ans. On rutilisait,au moyen-àge, et dans les temps beaucoup plus anciens, à faire des arcs. On s'accorde à reconnaître que c'est le plus fin des bois d'Europe que Ton puisse employer en ébénisterie. Malheureusement la croissance de l'arbre est extrêmement lente et le bois produit, par suite peu abondant.
Ih PARTIE. - BOIS EXOTIQUES D'IMPORTATION
Les bois exotiques d'importation sont ceux qui, par leurs qualités spéciales, répondent à des besoins auxquels ne peuvent pas satisfaire les bois indigt^nes. Malgré leur prix élevé, auquel s'ajoutent les frais de transport, beaucoup sont
recherchés parce qu'ils n'ont pas d'homologues chez nous. On peut les subdiviser en bois exotiques :
1^ d'ébénisterie (Bois des lies) : acajou, ébène, palissandre, gayac, etc.
2^ de service ou de construction : pitchpin, eucalyptus, teck, liera du Tonkin, etc.
3° de teinture : bois de canipêche, b. de sappan, etc.