BOIS EXOTIQUES DE SERVICE OU DE CONSTRUCTION
Le Plieh-pln ou plehepln. — Caractères et origi^ nés, — Ce bois, qui fait l'objet d'un commerce considérable entre les Etats-Unis et l'Europe, est produit par plusieurs espèces de conifères croissant en abondance dans les forêts de la Floride, del'Alabama, de la Louisiane et en général du Sud des Etats-Unis.
Trompés par la désignation de pitch-pin qui est donnée au Pinus rigida (1) dans les Etats atlantiques du centre des Etats-Unis, quelques propriétaires forestiers ont planté cette essence relativement rustique, dans nos pays, pensant obtenir le bois importé en Europe sous le nom de bois de pichepin ; il en est résulté des mécomptes, le Pinus ngida ne donnant qu'un bois blanc et faible qui est loin d'avoir les qualités du vrai bois de pichepin.
D'après M. de Vilmorin, cinq à six espèces différentes produisent ce bois en Amérique.
(1) Son bois est lourd, riche en résine, dur, mais il n*est point employé à faire les meubles fins portant le nom de pitchpin. Il sert à bien des usages dans son pays d origine et fournit notamment beaucoup de térébenthine et de goudron ; de là, le nom américain de Tarbrc.
BOIS EXOTIQUES D'IMPORTATION 985
Ce sont, en premier lieu, le Piniis palustris L. ou Pintis aiistralis (1) ou pin de Boston et le Pinus cubensis Grisebach, essences du sud-est des Etats-Unis qui ne réussissent pas en France.
En seconde ligne viennent, pour les Etats de l'Atlantique, le Pinus mitis ou pin jaune et le Pinus taeda^ le premier de croissance lente et médiocre dans nos pays, le deuxième d'une rusticité très relative et donnant d'ailleurs un bois un peu inférieur ; et, pour les Etats du Pacifique, le Pinus ponderosa {btdl pine des Américains), arbre de grande taille, rustique sous nos climats, et, surtout le sapin de Douglas, Abies Douglasii qui réussit très bien chez nous et produit un bois très rouge et très fort.
Les Américains désignent souvent ces pins à pitchpin sous le nom générique de Yellow pine.
Donnons quelques détails sur le Sapin de Douglas (Abies Douglasii Lindley), qu'il y aurait tout intérêt à multiplier chez nous étant données la valeur de son bois et la facilité avec laquelle il réussit sous nos climats.
Cet arbre, que Ton désigne encore sous le nom de Pseudo^ Tsuga Douglasii Carrière, est la principale essence des immenses forêts qui s'étendent depuis la Colombie britannique jusqu'au Nouveau-Mexique. Son bois mûri est de toute première qualité, il est fort, élastique, à grain fin, très résineux, de couleur foncée comme celle du bois de l'if; il entre pour une grande partie dans les importations du bois de pitchpin. Le Douglas est le seul arbre cultivable en France sur une grande échelle (2), qui puisse produire ce bois, les autres étant incapables de supporter nos hivers, ou bien difficiles à élever en raison de la rareté de leurs semences ou de la délicatesse de leurs jeunes plants.
Le bois de Douglas^ long, droit, avec peu de nœuds, est également employé pour la mâture. Le jeune bois, tout en étant de qualité moindre, a été utilisé avec avantage en Allemagne et en Ecosse.
Cet arbre croit rapidement, il lui faut des terres légères,
(1) Celle dernière dénominalion est préférée par Michaux, la première donnant, suivîint cet auteur, une idée fausse de l'habitai de l'arbre.
(2) Détails empruntés à M. Cannon. Co?npte-rendu du Congrès international de Sylviculture, Paris, 1900. Annexe 7, p. 257.
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un peu fraîches ; on le dit calcifuge. Il ne peut guère être exploité avant Tâge de 120 à 150 ans, il convient donc de le traiter à longue révolution ; il n'y a que les gouvernements qui puissent faire un placement à si long terme et c'est aux agents de l'Etat qu'il appartient surtout d'introduire dans nos forêts l'essence en question (de Vilmorin).
Bois. Usages. — Le bois de pitchpin est, avons-nous dit, un bois d'une couleur rougeâtre assez foncée souvent aussi d'une nuance jaune, mais zébrée de fortes veines rougeâtres ; son grain est fin, il est dur, élastique, plus ou moins résineux suivant l'espèce dont il provient, grâce à cette résine il se conserve bien, même sous l'eau, ce qui a permis de lutiliser dans la construction des portes d'écluses, barrages, etc. ; sa densité est 0,809 à 0,841. 11 a l'inconvénient de se fendre facilement et de jouer d'une façon très sensible.
Les variétés qui sont le plus répandues dans le commerce sont : le pin à courtes feuilles (Short leaved pine) qui est le Pinus mitis et le pin à longues feuilles {Long leaved pine) qui est le Pinus aiistralis appelé encore Pinus palustris. Ce dernier est le plus commun, on l'emploie pour les traverses de chemins de fer, la construction des ponts, des charpentes de maisons, les travaux hydrauliques tels que pilotis, la construction de navires aux Etats-Unis, le pavage, et, en un mot, partout où il faut un bois fort et résistant. L'autre variété a un grain plus fin, on la réserve pour des travaux plus délicats, meubles d'hôtel ou de résidences d'été pour lesquels le désignent son élégance et son prix peu élevé, les revêtements intérieurs, les caisses de voitures, les wagons de chemins de fer, les parquets, les lambris, les jalousies, etc. Le pitchpin se prête moins facilement que le noyer et le chêne à la sculpture; aussi donne-t-on généralement aux meubles faits de ce bois, des lignes droites et sobres. Le mobilier de pitchpin est d'un aspect gai et élégant, pour un prix modique, et d'une solidité supérieure à celle des meubles en plaqué.
Une troisième variété, moins appréciée que les précédentes, est celle désignée sous le nom de fat pitch-pin ou pitchpin gras^ elle est saturée de résine et brûle facilement. On la demande beaucoup moins. Il s'agit sans doute, dans ce cas, du bois du Pinus rigida^ dont nous avons parlé en tête de ce paragraphe.
BOIS EXOTIQUES D*IMPORTATION 087
Rappelons que tous ces bois sont généralement désignés SOUS le nom de Yellow Fine,
La résistance des bois de pitchpin àTécrasement par compression parallèle aux fibres est supérieure à celle de nos résineux : pins, mélèze, sapin, épicéa, etc., ainsi qu'à celle du chône, etc. Il est aussi parmi les bois les plus résistants à la traction et au cisaillement.
Ce bois nous arrive en poutres dressées, soit à la hache et ayant parfois 60 centimètres d'équarrissage à la base et 20 h 22 mètres de longueur, soit h la scie et mesurant alors 8 h 15 mètres de long sur 28 à 40 centimètres d'équarrissa.i;e.
Il se fait de ce bois d'énormes expéditions du Mississipi par le port de Pascagoula, de la Floride par le port de Mobile, en Europe et notamment en Angleterre et surtout en Allemagne, lorsque le fret est bas et le chargement de retour difficile, comme cela se produit généralement en été.
II en est envoyé aussi une quantité considérable du Texas par la ville de Beaumont, près de la frontière de la Louisiane. Le pitchpin de cette province est cependant le moins estimé, il est trop résineux et sujet à se fendre. Les chiffres suivants donnent une idée de la rapide progression de l'exportation de ce bois. En 1892, l'Etat du Texas en expédiait pour 17.000 dollars; en 1891, pour 70.000; en 1895, pour 231.000; 189t), 291.000; 1897, 791.000. Le chiffre baisse cependant en 1898, savoir : 528.000. Les principaux pays destinataires sont, par ordre décroissant : le Mexique, l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Allemagne et enfin la France avec un chiffre beaucoup moins considérable que les nations précédentes.
Les poutres et poutrelles de pitchpin, sciées suivant les dimensions commerciales, sont de 2 pouces d'épaisseur sur 4 de largeur ou de 6 sur 8, 8 sur 8, 10 sur 10, 2 sur 12, 12 sur 12. Les longueurs peuvent varier jusqu'à 24 pieds ; le pouce équivaut à Om. 0254 et le pied à 0 m. 3048. Le prix est de 9 dollars pour 1.000 pieds superficiels (le pied superficiel est de : un pied de long sur un pied de large et un pied d'épaisseur). Lorsque les longueurs dépassent 24 pieds, ce prix s'accroît de 50 centimes (0 fr. 50) par pied en sus ; pour les épaisseurs au delà de 12 pouces, de 50 centimes par pouce en sus.
Ces bois servent encore, aux Etats-Unis, à l'extraction de la résine et à la fabrication du goudron.
9iO. Le Teek. — Syn. : allem. : Teak holz\ angl. : Teak wood ; ital. : Legno teak.
Le bois de Teck est fourni par le Tectona grandis L. f.
C'est un bel arbre de la famille des Verbénacées. L'importance de ce hoîs fameux nous oblige à entrer dans quelques détails à son sujet :
Caractères botaniques. — Le Tectona grandis est un arbre qui a à peu près les dimensions du chêne, il atteint 30 à 35 mètres de hauteur sur 4 à fi de tour.
Le tronc en est droit, élance ; les feuilles sont grandes et larges, très entières; les fleurs sont petites, groupées en cymes dichotomes disposées en vastes panicules terminales ; le fruit est une petite drupe enfermée dans le calice.
Caractères de la végétation du Tectona grandis. — Cet arbre se propage avec la plus grande facilité et peuple rapidement de vastes espaces quand il se trouve dans son aire naturelle de végétation et dans de bonnes conditions, savoir: une température moyenne de 20 degrés, un sol argilo-sablonneux alluvionnaire ; il peut se contenter d'ailleurs, comme la plupart des essences vigoureuses, d'un sol maigre et d'une autre nature, il ne vient pas au bord de la mer. Les montagnes arrêtent ses graines, qui sont lourdes et donnent peu de prise au vent ; ce fait entrave parfois la dissémination de cette essence.
Le Tectona se développe avec une extrême rapidité pendant ses premières années, ce qui explique sa facile extension dans un pays donné, lorsque les circonstances lui sont favorables ; il prend alors aisément le dessus sur les autres végétaux.
Dès la première année, les graines donnent des sujets qui peuvent atteindre 5 à 15 décimètres et sont déjà robustes. Pendant assez longtemps cette croissance rapide se maintient, et chaque année les jeunes sujets croissent d'un mètre au moins. C'est seulement vers la 30° année que cette végétation étonnante se ralentit ; vers 70 ou 100 ans elle ne continue plus qu'en grosseur.
Avant la fin de cette période, qui est généralement la plus longue que puissent atteindre des arbres en pays chauds, le tronc se creuse souvent h la base de sorte que le meilleur moment pour exploiter parait être entre 50 ou 60
BOIS EXOTIQUES D IMPORTATION
ou 80 ans. A ce moment, Farbre a seulement 60 à 80 centimètres de diamètre, mais il est parfaitement sain, sa hauteur est d'environ 23 mètres, son tronc est cylindrique, très droit, légèrement plus gros à la base et dépourvu de branches jusqu'à la cime qui est globuleuse.
Fig. 478. — Le Teck (Tectona grandis). Inflorescence et feuille. /7, fleur; /r, fruit.
Le teck, à Tétat spontané, ne forme pas des forêts à lui seul, il est associé à d'autres arbres, bien souvent dans la proportion de 10/100, notamment avec des bambous; ou bien il forme des forêts clairières, car il est exigeant vis-à-vis de la lumière. Il croit souvent sur les pentes des collines et dans les régions montagneuses.
Répartition géographique. — L'aire de dispersion de cette espèce est assez limitée.
On ne connaît d'arbres à teck qu'en Birmanie, au Siam, en Indo-Chine (Cambodge, Laos, Cochinchine), à Malacca et à Java.
Le bois, — Le bois de teck est d'une belle couleur brunrouge foncé, il se prête bien au polissage, ce qui le rend précieux pour l'industrie du m'euble ; il est dur et très résistant
9d0 CHAPITRE IX. — ÉTUDE SPÉCIAtE DES BOIS UTILES
et malgré cela il est facile à travailler ; ni la sécheresse, ni riiuinidité n'ont de prises sur lui; il est rarement attaque par les insectes; il ne se fend, ni ne s'éclate. Il doit sa grande durabilité à une huile résineuse contenue dans ses tissus.
La densité du teck varie de 0,632 à 0,850 (moyenne 0,760); elle est de 10 p. 100 inférieure à celle du chône.
Ce bois est surtout renommé pour la construction des I navires de guerre et les constructions navales en général ; les
\ marines de divers pays en font une énorme consommation. Il
* est propre à beaucoup d'autres usages, et des industries très
f diverses tendent de plus en plus à remployer : matériel rou-
? lant des chemins de fer, fabrication des escaliers, portes
'- cochères, installations de magasins, d'écuries, etc.
L'Angleterre a reconnu avant nous les avantages très considérables de ce bois quand il y a séjour forcé dans un milieu humide. 11 n'est pas rare de trouver dans ce pays des immeubles dont toute la menuiserie extérieure : portes, fenêtres, etc., est en bois de teck.
Depuis quelques années^ le Jarrah et le Karri font une sérieuse concurrence au teck, des qualités duquel ils se rapprochent.
On étudie actuellement la possibilité de faire rentrer le bois de teck dans la construction des bâtiments, et la Société centrale des architectes a examiné les qualités de ce bois considéré à ce point de vue.
On peut tirer de larbre des pièces ayant jusqu'à 12 mètres de long et de 0 m. 30 à 0 m. 60 d'équarrissage. Il faut noter que remploi de ces grosses pièces doit être fait avec prudence, car elles ont parfois, à l'intérieur, des cavités produites par certains vers et que rien ne trahit à l'extérieur.
Les qualités de résistance dont nous parlons plus loin, jointes à la légèreté (10 p. 100 moins dense que le chône) et à la belle apparence du teck employé comme revêtement, ont déterminé la Société centrale des architectes à recommander ce bois dans la construction. Toutefois son prix, supérieur de 2ë à 35 p. 100 à celui du chêne, en restreindra l'emploi à des cas particuliers ; les charpentes apparentes exposées à Thumidité ou ayant à supporter un poids considérable ; les parquets exposés à la chaleur ou k l'humidité, le teck étant insensible à Tune comme à Fautre^ et enfin les escaliers, panneaux, plinthes, lambris.
BOId EXOTIQUES D^lMPORTÀtlON 991
Pour les escaliers, on peut obtenir, avec le teck, des plateaux assez larges pour avoir toutes les marches d'une seule pièce ; leur surface restera plane et l'usure se fera moins vite qu'avec le chêne ; le prix de revient est d'environ 30 à 35 p. 100 plus élevé que celui d'un escalier en chêne.
La ville de Paris s'est aussi servie des bois de teck pour le pavage des rues ; une partie de la rue de Chàteaudun a été ainsi pavée.
Résistance du bois de teck. — Voici les résultats des essais de résistance faits sur ce bois aux laboratoires d'essais physiques et mécaniques de l'Ecole nationale des ponts-et-chaussées. Ils nous sont communiqués par M. Thil.
A. — Compression parallèle à la direction des fibres : Pour des bois pesant 719 et 603 kilos par mètre cube,
les charges d'écrasement ont été respectivement, en kilos et par centimètre carré, de 760 et 600. Le Teck mis en expérience était le Teck de Java.
Le Teck de l'Indo-Chine (Laos), d'une densité de 976, s'est écrasé sous 710 kilos.
B. — Résistance à la rupture par traction :
Teck de Java après plusieurs années de dessiccation : La charge en kilogrammes par millimètre carré a été en moyenne de 12,6.
Teck de Tlndo-Chine : La charge de rupture est un peu plus faible, soit de 8,6 à 11,6.
En somme, ce bois arrive aux premiers rangs des divers bois pour la résistance à l'écrasement par compression parallèle ; il est surpassé cependant par le liem du Tonkin, mais il est généralement supérieur au charme, à l'hickory, au karri, au jarrah, à l'orme, etc., qui sont cependant parmi les bois les plus résistants.
Il se comporte un peu moins bien à la traction, à laquelle il résiste moins facilement que l'hickory, le robinier, le frêne, le jarrah et le karri, le charme; il est un peu inférieur au chêne, etc.
Exploitation du teck. — Nous donnons, au cours des paragraphes suivants, des détails sur la manière dont l'exploitation se pratique dans les pays où le teck est le plus abondant.
Quand l'arbre a atteint l'Âge que nous avons indiqué anté*
rieurement, il est abattu ; mais auparavant, on lui fait subir généralement une opération spéciale qui a pour but de le rendre plus sec, plus léger, et de prévenir la pourriture de Taubier ; elle se pratique 1 année ou 2 avant le moment prévu pour Tabatage. Elle consiste à faire autour du tronc une large incision affectant l'écorce et Taubier. Le développement de Farbre s'arrête, il meurt bientôt ; on le laisse ainsi sur pied pendant le laps de temps que nous venons d'indiquer; cette opération est appelée parfois girdling (ceinturage). Il doit se passer dans ce cas des phénomènes analogues k ceux que produit Tannélation des chênes préconisée par M. Maire (voir p. G13 et s. et 621).
Le teck une fois abattu est flotté ou transporté à dos d'éléphant au lieu de destination ou au port d'embarquement.
Le teck dans les divers pmjs de production. — Le Siam. — Le Siam est le pays qui produit la plus grande quantité de teck réputé de la meilleure qualité. Celui de Java est de moindre valeur; quant au Teck exporté par la Birmanie, qui fait partie maintenant de Tlnde anglaise, il provient, pour une large part, du Siam de la façon suivante : les bois descendent au port de Moulmein par le Salouen, ils arrivent même au port de Rangoon, où ils sont achetés par les Anglais.
Le teck est Tobjet d'un commerce très considérable au Siam où il entre pour 10/100 dans le total des exportations.
Il s'en expédie annuellement 35 à 40.000 tonnes de Bangkok, soit pour une valeur de 7 ou 8 millions de francs par an.
Tableau des quantités de teck exporté de 1893 à 1900 :
Tonnes
Voici le détail des exportations en 1897 et en 1898, le picul pesant GO kilos et la piastre valant 2 fr. 50 :
BOIS EXOTIQL'KS D IMPORTATION
Bois do Teck . .
Teck en planches Teck carré. . . .
Equarrissage. . .
Poutres do Teck .
Teck non équarri.
Teck pour navires Teck en bûches .
En 1898, Singapour a reçu principalement des planches : 25.099 piculs, 72.028 piastres; des poutres: 16.576 piculs, 13.644 piastres; du teck équarri : 7.921 piculs, 41.576 piastres ; du bois de teck : 4.175 piculs, 19.808 piastres.
Pour Hambourg, les chiffres de l'importation du teck du Siam sont : planches : 20.585 piculs, 53.116 piastres; teck équarri : 53.551 piculs, 250.000 piastres. Pour Bombay : bois de teck: 134.788 piculs, 318.000 piastres. Pour l'Europe et les autres contrées : teck équarri : 49.610 piculs, 296.000 piastres ; planches de teck : 39.000 piculs, 155.250 piastres ; bois de teck : 12.000 piculs, 60.000 piastres.
Le prix moyen du teck était, en 1897, de 70 piastres la tonne anglaise pour la première qualité et 40 piastres pour la qualité inférieure ; il s'est élevé respectivement, en 1898, à 90 et 60 piastres, hausse qui n'a cessé de se maintenir, par suite du renouvellement des concessions en 1901, renouvellement effectué à des conditions plus onéreuses.
Il faut noter, comme nous Tavons déjà dit, que tout le teck du Siam ne descend pas sur Bangkok par le Mênam, mais que beaucoup de radeaux sont amenés par le Salouen dans les ports de la Birmanie d'où on expédie le bois aux Indes et en Angleterre.
On a pu remarquer que les chiffres d'exportation de 1893- 1900, que nous avons donnés plus haut, varient beaucoup d'une année à l'autre, ce qui s'explique simplement par ce
fait que le nombre de troncs arrivant chaque année de Tintérieur, dépend absolument de Tétat des rivières résultant luimême de l'importance et de la longueur plus ou moins considérable de la saison des pluies.
La région du teck au Siam est au Nord, à plusieurs centaines de kilomètres de Bangkok. Le gouvernement siamois a donné des concessions de ces forêts à des Européens, parmi lesquels les Anglais tiennent le premier rang^ ils sont d'ailleurs à la tête du département des forêts au ministère intérieur ; étant grands acheteurs ils avaient intérêt à posséder la haute main sur l'exploitation; ils s'efforcent de la réglementer pour empêcher la destruction irréfléchie à laquelle se livrent les indigènes.
Voici comment on procède à cette exploitation :
La première opération est le ceinturage ou girdling dont nous avons déjà parlé, il se pratique deux ans (uu peu plus ou un peu moins) avant labatage.
Uabatage et le transport par. éléphants aux ruisseaux les plus proches réclament encore 2 ans environ ; de là aux petites rivières et de ces rivières au grand fleuve le Mênam, il faut effectuer un nouveau transport dont la durée dépend de l'importance des pluies tombées ; peu à peu les troncs d'arbres sont réunis en trains de bois, qui descendent le Mênam jusqu'à Bangkok. Ce transport ne s'effectue pas sans de nombreux incidents qui en augmentent la durée : désagrégation des trains, passage de rapides, tentatives de vol, etc. En somme, il faut un minimum de 4 ans pour que le bois arrive à Bangkok et une moyenne de 5 à 6 ans.
Cette exploitation exige le débours de fortes sommes qui restent immobilisées pendant plusieurs années, ne rapportant pas d'intérêt.
Il faut un personnel considérable pour procéder à l'abatage, à la conduite des troncs vers les petits cours d'eau^ puis le longs des cours d'eau plus importants. A ces frais, il faut ajouter le prix de location à l'Etat ou aux concessionnaires, les taxes de passage sur le fleuve et l'eniretien coûteux d'éléphants nombreux.
Ce genre d'affaires ne convient donc qu a des capitalistes : pour 52.000 francs de bois vendu par an, soit mille troncs à 52 fr. 50, il faut 210.000 francs de capital environ. Les petites
BOîs EXOTIQUES d'importation 995
maisons qui avaient entrepris le commerce du teck ont toutes disparu.
Au nord-est duSiam, existent de magnifiques forêts de Teck, encore peu exploitées, situées sur la rive droite du Mékong dans la région de Xieng-Kong et de Pak-Laï. Ce fait a une importance particulière, pour nous Français, car ces produits ne peuvent avoir d'autre issue que le Mékong, qui traverse nos possessions du Laos, du Cambodge et de la Cochinchine. Réunis en trains ou abandonnés au fil de Teau, ces tecks ne pourraient relever que de nos marchés de Phnom-Penh et de SaTgon. Il est vrai d'ajouter que Ton croit* généralement l'expédition des bois impossible par ce fleuve, par suite des rapides et des cascades qui y sont nombreux ; la question n'est pas encore éclaircie,nous verrons cependant, en parlant du teck au Laos, que des essais ont été tentés et couronnés de succès. Quoi qu'il en soit, des personnes bien informées disent que le Mékong pourrait être, sans trop de frais, rendu navigable pour des trains de bois. 11 y aura là une source très importante de prospérité pour notre Indo-Chine.
Voici la liste des principales maisons se livrant au commerce du teck à Bangkok en 1901 (1) :
Bombay, Burmah,Trading Corporation. dirigée pardes Anglais
Bornéo Company Limited, — —
Siam Forest C** Limited, — —
East Asiatic C*, — Danois
Clark et C^, — Anglais
Windsor et C% — —
A. Markwald et C^, — —
Denny, Mott et Dickson, — —
Jourdan et C®, — Français
La Siam Forest C** a des concessions sur d'importantes forêts du district de Muang-ngow, province de Lakone ; la Clarke, la East Asiatic opèrent dans la même région. Lorsqu'il arrive à Bangkok, le bois est débité en planches ou en blocs par de nombreuses scieries. Parmi les plus importantes, citons celles
{i) Bulletin économique de Vlndo-ChinCy mars 1902. « La situation économique au Siam en 4900-4901 », p. 223. (Renseignements extraits, pour la plupart, des rapports consulaires anglais sur le Siam).
de: Akhon-Teng, riche Chinois protégé français ;. celles de Denny, Mott et Dickson, fort bien installées ; celle de Clarke et C°; celle de la Bombay, Burmah, Trading Corporation et celle de M. Jourdan, industriel français depuis 16 ans à Bangkok.
Il est difficile de juger d'avance ce que contient un tronc. 11 existe de nombreuses causes qui déterminent des défauts intérieurs, impossibles à prévoir, aussi 25 0/0 seulement du bois apporté à Bangkok donne-t-il la première qualité ; pour l'Europe, il obtient d'ailleurs un prix bien supérieur à celui des qualités dites non européennes.
11 faut noter que le prix de la main-d'œuvre pour l'exploitation du teck au Siam s'est élevé ces dernières années ; cette hausse a été accompagnée de celle du prix des éléphants : voici comment s'explique cette élévation du coût de Texploitation. Les ouvriers employés appartiennent, pour la plupart, à une tribu de Laotiens, les Kh^s Kmons, qui sont nos protégés ; ces Laotiens étaient exploités par des traitants qui leur faisaient de belles promesses et les renvoyaient incomplètement payés. Le gouvernement indo-chinois y a mis bon ordre en exigeant pour nos protégés des garanties sérieuses et une paie suffisante. 11 s'est, de plus, opposé à l'exportation des éléphants cambodgiens qui prenait des proportions inquiétantes. Les concessionnaires remédient actuellement à ces entraves, justement apportées à un trafic irrégulièrement conduit, en employant des coolies chinois et birmans et en faisant venir les éléphants de la presqu'île de Malacca. L'acclimatation de ces animaux ne parait pas, d'ailleurs, devoir réussir.
Birmanie. - Cette province de l'Empire anglais des Indes produit une importante quantité de teck, mais nous avons fait observer déjà qu'une bonne part de ce bois qu'elle exporte provient des régions septentrionales du royaume de Siam. Le teck est, après le riz, la production la plus importante de la Birmanie. 11 est exploité surtout par la Bombay Burmah C** dont nous avons signalé le rôle au Siam.
Les ressources forestières de la Birmanie furent d'abord gaspillées par l'administration birmane ; le premier acte de l'administration anglaise fut, en 1826, de déclarer les forêts propriété domaniale et d'en réglementer l'exploitation ; de
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nombreuses pépinières de teck furent installées dès 1857 et cette essence propagée le plus possible. Le pays recueille maintenant les fruits de la prévoyance anglaise et, malgré les frais considérables que coûte au gouvernement Tentretien de très nombreux agents, les revenus sont actuellement fort élevés.
Les exportations en teck ont été, en 1896-98, d'une valeur de 9.271.353 roupies (de 1 fr. 70), et de 9.096.191 roupies en 1898-99.
Dont: