FABRICATION DU LIÈGE EN PLAQUE
à la presse hydraulique et sous forte pression, pour en faire des plaques dans lesquelles on découpe des morceaux que l'on imprègne de collodion dissous dans Tacétone pure. Après séchage dans une étuve chauffée à la vapeur, les morceaux sont tournés en cylindre et une chape, en liège naturel, est rapportée et collée sur la face supérieure du bouchon, de manière que celui-ci puisse résister à la pression des ficelles et fils de fer devant assurer son maintien sur le goulot de la bouteille et former le champignon.
Un kilo de pâte, contenant cinq parties et demie de poudre de liège pour dix parties de dissolution de nitrocellulose dans Tacétone, revient à 12 francs et fournit la matière de 350 bouchons. On voit que le cent de bouchons à Champagne, fabriqués en aggloméré, ne revient pas à moins de 0 fr. 06, sans compter le bénéfice du fabricant. Une célèbre marque n'emploie que des bouchons de ce genre pour l'obturation des bouteilles de Champagne.
t8â. Pabrlcatlon du liège en plaque — Cette industrie, quoique moins importante que celle de la fabrication des bouchons, occupe de nombreux ouvriers et se prête à des applications variées, telles que la fabrication des bouées de sauvetage et des appareils flotteurs; en outre on emploie beaucoup de plaques de liège dans la construction et Taménagement de l'intérieur des maisons. Cette dernière utilisation a pris, dans les années récentes, un développement imprévu.
Le liège étant mauvais conducteur de la chaleur, beaucoup d'architectes l'emploient pour Taménagement des mansardes. Grâce à lui on a fait un pas sérieux vers la solution du difficile problème qui consiste à préserver les locataires de la chaleur pendant les mois d'été et du froid pendant les mois d'hiver.
On est arrivé à avoir des combles mansardés à l'abri de ce double inconvénient, en employant dans leur construction des carreaux en liège aggloméré.
Ces carreaux sont d^une épaisseur de 3 à 6 centimètres sur 25 à 60 centimètres ; ils peuvent être réunis par n'importe quel mortier^ sciés et cloués sans difficulté. On procède avec ces agglomérés de liège comme avec des briques cuites quand on bâtit. Il faut seulement avoir la précaution de ne
point les mouiller avant Tapplication de l'enduit en plâtre.
Ces carreaux isolants constituent encore un revêtement utile aux toitures des ateliers où il faut conserver une température égale.
L'usage des semelles de liège ou des enduits isolants, appliqués aux conduites de vapeur, entraîne une économie appréciable de combustible. On a calculé qu'ils réduisaient la condensation de 90 p. 100, c'est-à-dire que, par mètre carré et par heure, ils empêchaient 3 k. 163 de se transformer en eau. Cet emploi des revêtements de liège pour les tuyaux de vapeur se généralise dans les manufactures et les fabriques, où ils remplacent les pâtes et mastics qui n'ont donné que des résultats fort imparfaits.
L'emploi du liège en plaque offre quelques inconvénients. Ces plaques présentent souvent des trous par lesquels l'air pénètre. Les surfaces à protéger ne sont donc qu'incomplètement garanties contre Taction du froid et de la chaleur, de plus le liège ne résiste pas suffisamment aux variations de température, il se dilate, se contracte, absorbe de l'humidité, bien qu'en faible quantité, et change de forme.
L'invention des agglomérés est venue remédier à ces inconvénients. Ils fournissent maintenant le revêtement protecteur que cherchait l'industrie, ils ont l'avantage de s'adapter à toutes les formes et donnent, comme calorifuges, de très bons résultats.
C^est avec ces agglomérés que l'on réalise le liège de construction, auquel nous avons déjà fait allusion (liégine).
t86. AB§;lownérém de llèffe. — La taille des bouchons laisse un déchet de plus de moitié, près de 60 p. 100 de poids, des bandes employées. On a donc cherché l'utilisation de ces débris vendus à bas prix, et de florissantes industries se sont fondées qui emploient ces rognures et déchets de taille plus ou moins forte. Telle est l'origine de la fabrication des agglomérés, du linoléum, des calorifuges et de nombreux produits analogues.
Nous avons dit les inconvénients que présentait le liège en plaque comme isolant protecteur contre le froid, la chaleur, etc., ou comme calorifuge autour des conduites de vapeur et autres usages.
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On reconnut cependant qu'on pouvait, par un traitement chimique, transformer le liège naturel en une substance appropriée. Il y a 30 ans, M. Grtïnzweig, le fondateur et promoteur de llndustrie des lièges agglomérés, arrivait à préparer une substance utilisable avec un mélange de liège broyé et de colle.
Bien que cette substance fût loin d'être parfaite, elle acquit rapidement une certaine réputation, principalement pour isoler les conduites à vapeur. En effet, le liège est particulièrement propre à ces sortes d'emploi: il est très léger, très inaltérable ; il possède une très grande résistance à la pression, au choc et à la torsion ; c'est un isolant excellent pour la chaleur, le froid, le son et Thumidité. Mais la condition principale pour un matériel en liège de ce genre, c'est de résister absolument aux variations de température et d'humidité de Tair. Cette propriété, le mélange de liège et de colle ne la possédait pas; il se déformait sous Tinfluence de l'humidité et des hautes températures, de sorte que son emploi fut suivi de nombreux échecs. La plupart des agglomérés préparés avec des colles organiques présentent le même inconvénient, ils ne sont pas suffisamment stables à haute température, ou ne résistent pas à Fhumidité. On a essayé tous les agglomérants organiques possibles, les corps amidonnés, les farines, les dextrines, les diverses sortes de gommes, les albumines avec ou sans addition de formaline, la gélatine soluble ou insolubilisée par les chromâtes ou la formaldéhyde, les savons résineux, les mucilages, les diverses sortes de caoutchouc artificiel, les factices, les caoutchoucs naturels, la gutta-percha, le goudron, Tasphalte, les résines, le collodion et les diverses préparations de cellulose, en un mot, tout ce qui peut servir à coller, mais aucune de ces substances ne possédait les propriétés requises.
Alors on se tourna d'un autre côté, on rejeta les matières organiques pour essayer les ciments minéraux : la chaux, le plâtre, l'argile, les ciments romain et Portland, le silicate, la pouzzolane, les ciments de magnésie et de zinc, le soufre, etc. On obtenait ainsi, en employant ces corps à Tétat de pureté ou de mélange, des substances très résistantes ; mais l'agglomérant étant un corps de forte densité et collant mal, ces produits étaient trop lourds pour servir d'isolants et mal com-
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modes à employer en couche épaisse à cause de leur poids.
Néanmoins ces substances se répandirent, surtout celles à base de chaux, dans la technique du bâtiment et ouvrireat la voie à un développement rationnel du mode de fabrication. On est arrivé, au cours de ces dix dernières années en employant les ciments organiques et inorganiques, à obtenir une matière presque sans défaut, soit comme matériel de construction, soit comme agent isolant. Ces substances ont acquis beaucoup de réputation, et sont utilisées pour des buts très divers. On fabrique les agglomérés de liège pour les différents besoins de l'industrie, sous forme de plaques, de segments sphériques, carreaux et briques de liège.
ÏAipfUe de brique est composée de la poudre de liège la plus grossière agglomérée suivant les mêmes moyens. Elle sert exclusivement à composer des cubes et des parallélipipèdes rectangulaires qui forment d'excellents matériaux pour les constructions. Les briques ont environ 0 m. 50 d'épaisseur, les panneaux sont un peu plus minces. On s'en sert pour la construction dos refends, le revêtement des murs humides, des soupentes ou des versants d'un comble.
Dans la technique du bâtiment les agglomérés de liège sont employés : V pour la construction de caveaux isolés, de glacières; 2^ pour les toits des tisseriest des filatures, des magasins de vivres, des écuries, afin d*éviter les dépôts d'humidité ; 3® pour la construction de parois légères atténuant le bruit ou maintenant une température constante ; 4° pour consolider les parois minces des mansardes et des greniers et préserver ceux ci du froid et de l'humidité ; 5" pour rétablissement des cabines téléphoniques; 6° comme revêtement incombustible des supports et colonnes de fer, et dans tous les cas où Ton veut obtenir un bon isolement. En outre, on emploie ces agglomérés pour isoler les bouilleurs, les conduites et les grands appareils à vapeur. On fabrique des plaques de 10-70 millimètres d'épaisseur, longues de 900 millimètres et larges de 250 millimètres ; dans des cas spéciaux, où l'on craint une trop forte humidité, on les recouvre extérieurement d'une couche d'asphalte. On utilise, pour les placer sous les parquets, des plaques de 5-10 millimètres d'épaisseur. Elles servent aussi à rendre sèches les parois ; dans ce but on les recouvre d'uncôtéde carton bituminé, de résine ou d'une substance analogue.
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Pour rinstallation des machines, les manchons pour conduites à eau et à vapeur et pour les réfrigérants, les agglomérés de liège sont fabriqués sous forme de demi-cylindres, de 17-170 millimètres de diamètre, dans les dimensions ordinaires des tubes ; pour les conduites de plus forte dimension, on les prépare sous forme de segments cylindriques. Jusqu'à 7 atmosphères de pression, on peut les placer directement sur les tuyaux; pour des températures plus élevées, on intercale, entre le tuyau et l'aggloméré, une couche d'amiante.
On fabrique pour les conduites à eau, les réfrigérants et les cuves de brasseries, des couvertures très résistantes en agglomérant le liège avec de Tasphalte et en soumettant à la presse la masse obtenue. Il est évident que cet isolant ne peut être employé pour les conduites à vapeur, car il fond à la chaleur.
Ces agglomérés de liège se sont beaucoup répandus à cause de leur grand pouvoir isolant, de leur montage facile et de leur bas prix ; ils ont en grande partie remplacé les agents isolants autrefois employés, les déchets de soie, la terre àinfusoire, la laine de bois, etc.. On a établi, par des essais et par la pratique, que, pour des conditions normales de pression et de vitesse de circulation de la vapeur, l'on obtient un effet utile correspondant à une économie des 80 0/0 de l'eau de condensation. Pour le montage on commence par fixer sur les tuyaux les agglomérés au moyen de fils de fer galvanisés, qui se croisent de façon à ce qu'ils ne puissent tourner sur la conduite. On recouvre ensuite toute la surface d'une couche de plâtre de 5 millimètres d'épaisseur. Comme protection contre les chocs et les agents extérieurs, on enveloppe le tout de bandes de toile ou de jute, et les extrémités, de manchettes de tôle.
On isole de même les réfrigérants, mais en ayant soin, au moyen d'une garniture d'asphalte, de ne pas laisser d'air entre le tuyau et sa couverture, afin d'éviter que Tair humide ne produise un dépôt d'eau ou de glace.
La fabrication de ces produits nécessite de grandes installations à cause du volume considérable des substances à traiter : cette fabrication ne peut donner de bénéfices que si elle se fait très en grand. On reçoit les déchets de liège par ballots de 50-80 kilogrammes, par voie de mer ; on commence par
enlever le bois et les pierres qu'ils contiennent, puis les particules de fer en les faisant passer sur un électro-aimant. Les déchets de liège passent alors sous une meule, faisant environ 2.000 tours par minute et continuée avec un système de tamis de différentes grandeurs,de sorte que, suivant les besoins, les morceaux de liège qui sortent de la meule présentent des dimensions maxima plus ou moins fortes. Les morceaux de liège passent ensuite dans un tamiseur qui les répartit en 5-7 grosseurs différentes. La poussière qui s'est formée au cours de ces opérations est éliminée, grâce à des ventilateurs, de façon qu'on obtient un matériel absolument exempt de poussières. On recueille séparément les morceaux de liège de différentes grosseurs, et on les mélange en proportions déterminées. Le liège est ensuite incorporé à chaud et sous pression dans des mélangeurs Werner-Pfleider, à Tagglomérant, dont la composition est tenue particulièrement secrète dans toutes les fabriques.
Au sortir des mélangeurs, la masse est entraînée par un système de rouleaux sous des presses à vis ou des presses hydrauliques. Sous celles-ci le mélange est mis sous forme de plaques plates ou cylindriques et de blocs. Cette préparation nécessite un grand nombre de moules très coûteux. Après la presse, les agglomérés^ encore très fragiles, sont transportés, dans un wagonnet de fer, au séchoir. Celui-ci est constitué par une sorte de four à canal, Tair sec et chaud passe d'abord sur les wagonnets renfermant la matière la plus sèche et c'est un gaz presque saturé qui arrive sur les pièces qu'on vient d'enfourner. La circulation d'air est établie au moyen de ventilateurs; le chauffage de Tair se fait à la vapeur, au coke ou par du gaz de générateurs. Le séchoir est long de 20-25 mètres, sa section est de 1 mètre 1/2, et le séchage se fait d'une façon si rationnelle qu'il ne se produit pas de fentes dans les agglomérés et que la marche est absolument continue. Le séchage dure environ 48 heures, mais cette durée varie avec les dimensions des agglomérés et les conditions atmosphériques extérieures.
On asphalte les plaques, une fois qu'elles sont sèches, dans des locaux spéciaux; on les plonge dans de Tasphalte chaud, on laisse égoutter et refroidir dans des chambres fraîches. Quant aux agglomérés pour réfrigérants, on les prépare en
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mélangeant à de l'asphalte les morceaux de liège et en comprimant fortement la masse dans des moules de fonte.
Il existe encore d'autres produits intéressants, fabriqués avec des déchets de liège ; en particulier les plaques de liège artificiel préparées à l'aide d'une forte pression et d'une température élevée, avec ou sans agglomérant.
Si Ton fait bouillir le liège avec de l'eau et qu'on soumette la masse chaude obtenue à une pression de 200-300 atmosphères à la température de 200-250**, on obtient des plaques analogues au liège naturel qui peuvent servir pour fabriquer des bouées, des bouchons, des poignées de vélocipèdes, etc.
Quelques fabricants mélangent à du liège, de l'albumine qui, à haute température, se coagule ; d'autres, des résines, du collodion, etc.
Les plaques sont plus denses que le liège naturel, le poids spécifique de ce dernier est 0,2, celui des plaques 0,3 et plus, en outre elles ressemblent plus à du bois. Elles n'offrent pas beaucoup de résistance à la chaleur et à l'humidité. Aussi est-on un peu revenu des espérances qu'on avait fondées sur cette fabrication. Il n'existe pas d'agent agglomérant qui permette d'obtenir avec des déchets de liège, une matière qui puisse lutter avec le liège lui-même. D'après Nefzger, on pourrait sans doute y arriver, au moyen des diverses préparations de cellulose découvertes ces dernières années, la viscose, le xanthogénate et surtout le tétracétale de cellulose, mais les prix élevés de ces produits n'en permettent pas remploi. Si l'on arrivait à préparer à bon marché le tétracétate, on ouvrirait dç nouvelles voies à l'industrie des déchets de liège car la substance qu'on obtient par son mélange avec le liège possède une résistance et une légèreté, qu'on n'a pas encore obtenu jusqu'ici. En tout cas, Tindustrie du linoléum, qui s^est si rapidement développée, et celle des divers agglomérés de liège sont actuellement assez étendues pour utiliser tous les déchets de la fabrication des bouchons, etc., et nous fournissent des produits industriels de valeur au moyen de matières jadis inutilisables.
Outre les usages des agglomérés de liège qui viennent d'être signalés, nous citerons les suivants, moins importants mais fort curieux, qu'expose la Bévue scientifique (1).
(l) Hevue scientifique, 1" semestre 1903, p. 573.
t054 CHAPITRE X. — LE LIÈGE
Les industriels qui exploitent les agglomérés de liège, y est-il dit, sont parvenus à des résultats slupéflants. Non seulement les moulages remplacent avec avantage le liège naturel dans nombre de circonstances^ mais, suivant la nature de l'agglomérant, ils présentent des qualités toutes particulières et fort différentes de ce que Ton pourrait espérer obtenir avec le tissu subéreux naturel. C'est ainsi qu'on a fait des anneaux, en aggloméré à base de liège pouvant remplacer les chambres à air, des bandages pneumatiques pour roues d'automobiles de tous poids. L'élasticité du produit égale presque celle d'un pneu gonflé à bloc, et le poids du cercle n'a rien d'exagéré. On voit facilement les avantages de ce système, les clous ne sont plus à craindre, on n'est plus à la merci d'un éclatement ou d'un dégonflement subit, Ton peut aller sans crainte et exécuter des virages à toute allure sans redouter d'accident.
La nouvelle locomotion utilise de plus en plus les objets en liège moulé, qui sont supérieurs aux produits similaires, tels que celluloïd, ivoire artificiel, bois durci, etc. Les volants de direction et les poignées de levier en aggloméré de liège monté sur une carcasse en aluminium sont d'une extrême légèreté et fournissent une plus grande adhérence. La matière peut d'ailleurs être recouverte d'un enduit de couleur quelconque et vernie. On peut alors la confondre avec du bois, et la densité seule du produit permet de le différencier de ce dernier.
L'électricité commence à utiliser également les agglomérés de liège dans plusieurs circonstances, comme pour la fabrication de socles d'appareils, poignées, rondelles, etc.
Le coefficient d'isolement atteint presque celui de la fibre.
93e. Le linoléuni. — Autrefois, les déchets de liège provenant de la fabrication des bouchons demeuraient inutilisés, ou du moins servaient à des usages restreints et de peu d'importance pour lesquels on les livrait à vil prix ; nous en reparlerons plus loin. Mais il y a quelque quarante ans, le linoléum fut inventé en Angleterre et ce mode d'emploi suffit du coup à faire employer plus de liège que toutes les fabriques de bouchons réunies n'en auraient pu fournir.
Le linoléum constitue des tapis faits avec de la poudre de liège agglomérée au moyen de l'huile de lin siccative.