‹ Les bois industrielsChapitre 8 sur 136 · PC · texte numérisé non relu

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mées par bris accidentel ou par élagage voulu, elles sont bientôt remplacées par d'abondants rameaux très vigoureux issus de ces bourgeons dormants. Les chênes rejettent facilement de souche et donnent aisément des bois taillis.

Ces végétaux possèdent une très grande longévité ; on les multiplie par semis.

Produits accessoires. — Ils sont très importants. En première ligne il faut placer le tannin. La plus grande partie du tan que Ton emploie en France pour la préparation des cuirs provient de chênes. Le tannin existe dans la plupart des organes de cet arbre, mais il abonde surtout dans Técorce ; on peut aussi Textraire du bois, des cupules de certains chênes tel que le chêne d'Orient appelé Ch. Vélani (Quercus Aigilops Lin.) dont les cupules sont connues dans le commerce sous le nom de Vélanèdes. Les galles produites par des piqûres de Cynips sur les chênes, notamment en Orient, sont également exploitées pour leur tannin (Q. infectoria Lin.). On utilise aussi celles de la cupule du gland du chêne pédoncule de nos pays pour préparer des teintures noires et particulièrement de Tencre. La richesse en tannin varie avec la latitude, les chênes des régions méridionales étant les mieux pourvus; elle croit encore, pour un même arbre, avec son âge et répaisseur de Técorce.

Les autres produits accessoires sont : le liège, dont nous parlerons dans un chapitre spécial, et les glands, parfois utilisés pour Talimentation des animaux à cause de leur richesse en amidon.

Ennemis et maladies des chênes, — Ces ennemis sont fort nombreux ; nous ne ferons guère que les énumérer ici, et nous renvoyons, pour les détails concernant ceux d'entre eux qui s'en prennent au bois, au chapitre traitant spécialement, des altérations du bois (Ch. VII).

Insectes. 1® Insectes s' attaquant aux feuilles. — Ces insectes sans produire promptement la mort de l'arbre, lui causent un dommage appréciable, surtout quand les attaques se répètent plusieurs années de suite. Les rameaux défeuillés, ou à feuilles rongées, s'aoùtent mal par suite de l'insuffisance de nutrition qu'^entralne la réduction de ses organes verts. Les rameaux mal aoûtés, c'est-à-dire insuffisamment lignifies, '

succombent facilement aux froids de Thiver. De plus, la production ligneuse totale du végétal est diminuée.

Signalons les Hannetons {Mfilolonthavulgaris), particulière uient friands des feuilles de chêne ; TOrcheste du chêne {(Jrchestes QuercusLin.) ; TAltise du chêne {Altica erucasOL)^

Fig. 360.— Ravages causés par la larve de VOrchestes Querctu sur les feuilles do chêne (1/1) (Ecks.)

et d'autres charançons à Tctat de larve ou d'insecte parfait ; la chenille du Bombyx processionnaire (Bombyx procession nea Lin.) qui pullule parfois en prodigieuse quantité ; la chenille de la Pyrale verte {Tortrix viridana Lin.), et un très grand nombre d'insectes.

Les insectes qui vivent aux dépens de Técorce, et surtout ceux qui habitent le bois lui-même, nous intéressent plus particulièrement ; nous les citerons simplement ici, renvoyant pour les détails au chapitre traitant de Taltération des bois (1).

2'' Insectes vivant^ soit dans fécorce, soit entre l'écorce et le bols, — Coléoptères : le scolyte embrouillé {Scolytus intri-

(1) f.e moyen le plus commode, pour retrouver au chapitre VII les détails ^ur les espèces nuisibles au bois que nous monlionîions ici, sera de se référer ii la table alphabétique.

calas Koch, Syn. Eccoptogaster iniricatns) ; le Bostriche velu (Tomicus villosusy syn. Dryocœtes viliosus Fab. ) ; le Corœ' bus undatus F. qui détériore le liège.

3® Insectes vivant dans le corps ligneux. — Coléoptères : le Bostriche monographe [Bostrichus ou Tomicus inonographus)^ le B. dryographe Xyleborus dryograjyhus)j le B. dissemblable {Xyleborus ou Tomicus dispar), le B, de Saxesen {Xyleborus Saxesenii)^ le Bupreste bifascié (Corœbus bifasciatus), le Cerf- volant {Lucanus cervus Lin . ), le grand Capricorne (Cerambyx heros)j le Platype cylindrique ( Platypus cylindricus)^ei le Lymexylon naval {Lymexylon navale) ; ces deux dernières espèces s'attaquent surtout au bois dans les chantiers, et même déjà débités. La chenille d'un Lépidoptère, le Cossus gàte-bois [Cossus ligniperda) ronge également le bois.

Les glands sont fréquemment véreux. Enfin il reste à signaler le cas de nombreux Hyménoptères du genre Cynips, qui, en piquant divers organes du chêne, notamment les feuilles, les bourgeons ou les jeunes rameaux, déterminent une irritation, avec suractivité des tissus et leur prolifération locale ; les galles, qui se constituent de cette façon, sont très riches en tannin et utilisées pour ce fait (noix de galle).

Parmi les végétaux, les ennemis des chênes appartiennent au groupe des champignons.

Principaux champignoiNS nuisibles aux chênes. Chaynpignons causant ^altération du bois. — Nous étudions ailleurs (Chap, VII) à ce point de Yue:\e Stereum frustulosumFi\ syn, Telephora Perdix^ R. Hartig (p 332) ; le Stereum hirsutum

Fig. 361. — Papillons mâle et feinello de nonnes {Bombyx processionea) dans la position de repos sur un tronc a'arbre.

L'individu inàie a une forme se rapprochant de celle d'un triangle k côtés égaux ; La Ç a un contour affectant la forme d'un triangle à côtés inégaux (Ni.).

Willd. Fries (p. 335) ; YHydmimdiversidens Pries (p. 338); le Polyponts annosus Frics, assez rare sur les chênes (p. 341) ; le Polyporiis siilphtireus Fries (p. 353); le Polyporns igniarius (L.) Fries, ou Faux-amadou vier, qui cause la pourriture

Fig. 3G2. — Dégâts de chenilles de nonnes : A, sur hôtrc (jeunes chenilles)-; 5, G. K, luHre et chône (chenilles plus âgées) ; D, rameaux de h(Hrj dont les feuilles, à peu près complètement dévorées, sont réduites aux nervures^l/l) (Ni ).

blanche du bois de chêne (p. 3o8) ; le Merulins lacrymans, qui peut attaquer le bois de chêne déjà mis en œuvre et constituant des charpentes (p. 363). Sur les arbres morts se développent de nombreux champignons; ce sont surtout, outre le Merulius^ des Telephora^ Pezisa^ Polyporus^ AgaricuSy

Hydnum, etc. Leurs filaments mycéliens vivent dans Taubier et parfois même dans le bois parfait dont ils hâtent la décomposition. Dans les chantiers, quand certaines conditions favorisent leur développement, ils causent encore la pourriture sèche.

Champignons s attaquant aux racines. — Ce sont divers pourridiés: Le Rosellinia queixina R. Hartig, qui est le Rhizoctone ou Pourridié du chêne, dont les filaments mycéliens tuent les jeunes plants de chênes dans les pépinières ; le Bosellinia aquila^ autre Pourridié (c'est-à-dire champignon faisant pourrir les racines), qui s'attaque à des sujets déjà de grande taille; une troisième espèce de ce genre, le Dematophora ou Rosellinia necatrix^ attaque encore les parties souterraines de cet arbre.

Il se produit parfois, sur Técorce du tronc, un écoulement muqueux blanc ou hrun d'un liquide riche en matières organiques, où les microbes pullulent et dont l'odeur butyrique est très désagréable.

Etude des principales espèces de chêne. — Passons en revue les principales espèces de chêne, en complétant les caractères que nous avons donnés à un point de vue général, au tableau de la page 736, et en nous arrêtant à Tétude du bois et de ses usages, dans les cas les plus intéressants.

Chêne pédoncule. (Quercus pedunculata, Ehrh.). — Noms vulgaires: Chêne commun ; chêne à grappe ; rouvre ; Gravelin ; chêne femelle; chêne blanc (Gironde, Landes, Picardie); chàgne (France centrale); chêne noir (dans le Blaisois).

Synonymie en langues étrangères : StielEic/ie, Sommer^ Eiche^ Frilheiche, etc. allem. \the common Oak, the peduncled Oak angl.

Caractères, — Cette espèce prospère dans les sols frais et profonds, sans exigences spéciales au point de vue de leur composition minérale. L'arbre peut atteindre 45 mètres de hauteur et 5 mètres de diamètre. Il est très abondant eu France où il forme avec le vrai rouvre la majorité des forêts de bois feuillus.

Les chênes pédoncule et rouvre prospèrent à Tétat de massif comme à Tétat isolé, en futaie comme en taillis.

En taillis simple ils fournissent un chauffage estimé, surtout

lorsqu'ils ont été écorcés. On os appelle alors bois pelard. Mais les qualités les plus remaïquables de ces bois de chêne étant celles qu'ils possèdent comme bois d'œuvpe, c'est principalement en futaie qu'on traite cet arbre, généralement mélangé avec le hêtre ou le charme. Ils peuvent aussi constituer les réserves des taillis sous futaie.

Fig. 363. — Gh^no pédonrulé.

Les taillis sont exploités à des révolutions de 120 à 200 ou 250 ans ; les taillis, de 15 à 33 ans.

Bois. — Le bois de cette essence est d'un fauve clair, avec un aubier blanc très distinct. Il est luisant, nerveux, dur, élastique. Densité 0,033 k 0,856. Accroissements très apparents, rayons nombreux, très inégaux, les plus larges abondants, plus satinés que le reste du bois.

Le bois de chêne possède à un haut degré les qualités de force, de durée et de résistance. Il résiste mieux que beaucoup d'autres bois aux alternatives de sécheresse et d'humidité, et, on signalait autrefois, lorsque l'usage des ponts de bois était encore général, des exemples nombreux de piles ayant résisté plusieurs siècles. Le bois de chêne, en. général,

se place en tête des bois les plus durables, encore qu'il ne soit pas à Tabri de certaines causes d'altération et de destruction, notamment par le Merulius lacrymans (voir page 392).

L'altération se produit surtout lorsque l'aubier de certains chênes crûs en lieux humides n'a pas été enlevé; elle débute par celte partie du bois et finit par atteindre le cœur.

Le bois de chêne a beaucoup été employé autrefois pour la construction des navires. On en faisait déjà usage à Tépoque romaine, comme l'établissent les descriptions des historiens du temps. lia continué à être préféré, dans les régions tempérées des deux hémisphères, à tout autre bois indigène. Grâce àsadureté, écrit Loudon en 1844(1), le bois du chêne blanc de France (Ch. pédoncule) n'éclate pas lorsqu'il vient à être frappé par un boulet de canon et l'avarie produite est facile à réparer. Jaume Saint-Hilaire écrit que le meilleur bois de chêne pour bateaux ou navires est celui qui a crû dans le midi de la France, et que les navires les plus solides proviennent de Toulon ou d'Espagne. Le chêne convenant le moins pour cet usage est, toujours d'après cet auteur, celui qui est expédié de Dantzig ou des autres ports delà Baltique. Actuellement ce sont les chênes pédoncules provenant de la vallée de l'Adour et de la forêt de Saint-Amand (Nord) qui sont les plus estimés pour cet usage.

Le bois de chêne est un bois de premier ordre pour la charpente.

On a pu retrouver, soit en France, soit en Angleterre ou en Allemagne, etc., des charpentes de monuments anciens, et notamment de cathédrales gothiques, dont le bois de chêne^ qui les constituait à peu près exclusivement, était parfaitement conservé.

Outre la charpente civile et maritime, on l'emploie aussi en menuiserie où il est très estimé, en ébénisterie de luxe, en sculpture décorative, ainsi que pour le gros charronnage. Il donne, avec le rouvre, les meilleures traverses de chemins de fer et les meilleurs pilotis ; il donne encore des poteaux de mines. Comme bois de fente, on en fait des merrains, des

(1) Loudon: Arboretum et fruciicum Briiannicum, seconde édition, 1844. Londres. Vol. III, p. 4788.

Voir aussi sur ce sujet, Secondât: Mémoire sur l'Histoire naturelle du chêne 4785, p. 3.

CHAPITRK IX.

ÉTl'DE SPÉCIALE DES BOIS UTILES

échalas, etc. Le chêne de Hongrie est un bois de travail remarquable qui donne le merrain de Hongrie si estimé.

Dans les arsenaux militaires et dans le charronnage, on remploie pour les pièces d'affûts, les caissons, chariots, jantes, roues, moyeux, instruments agricoles, matériel roulant des chemins de fer, etc.

Il ne tient pas parmi les bois un aussi bon rang, comme combustible. D'après Hartig, sa puissance calorifique est à celle du hêtre comme 91 : 100. Il a, d'ailleurs, Tinconvénient d'éclater en brûlant et d'exiger un tirage actif . L'écorce est, par contre, excellente, à cela près qu'elle donne une flamme courte. Son pouvoir calorifique est à celui du hêtre comme 108 : 100. Elle laisse un charbon ardent qui se consume entièrement.

Le charbon de chêne est très estimé, il convient particulic'rement pour la réduction des minerais dans les hauts-fourneaux ; il présente, pour les foyers domestiques, l'inconvénient de pétiller au feu.

Produits accessoires, — L'écorce donne du tan de bonne qualité, mais généralement inférieure celui des autres chênes.

Le chêne rouvre {Quercus sessiliflora, Smith). — Noms vulgaires : chêne à trochets ; rouvre ; roure ; durelin ; chêne mâle ; chêne noir ; drille ou drillard (Compiègne) ; chêne blanc (Blaisois et Midi de la France) ; chêne commun de Bourgogne. Synonymie en langues étrangères : Traubeneiche^ Bergeiche, etc., allem. ; thered Oak, ChestmU Oak, Hay OaA:, angl.

Caractères. — Le chêne rouvre (de robur^ fort) est un arbre qui ressemble beaucoup au précédent, sauf les caractères que nous avons énumérés dans le tableau distinctif des espèces. On le trouve aussi très répandu dans nos forêts, mais, tandis que le Ch pédoncule préfère le sol frais et fertile des plaines et des riches vallées, le rouvre s'accommode mieux des collines, plateaux et contreforts de montagnes où il s'élève parfois près des sapins. Il se contente d'une humidité moindre que le Ch. pédoncule, ce qui lui permet d'atteindre une altitude plus élevée. Il dépérit d'ailleurs dans les milieuxhumides et peut très bien pousser sur un sol relativement sec. Cela est une diflérence fondamentale qu'il ne faut pas méconnaître lorsque l'on institue des peuplements.

Il lui faut un terrain meuble et, de préférence, silico-argileux, sans que la proportion deTargile aille jusqu'à maintenir une trop forte humidité.

Bois. — Les caractères sont ceux que nous avons énoncés aux généralités sur le bois des chênes, ils sont très voisins de ceux du Ch. pédoncule.

Fig. 364. — ChOno i-ouvih.

Quant aux qualités, elles diffèrent légèrement. On peut dire que, en général, le bois du Rouvre est moins nerveux, moins résistant que celui du Ch. pédoncule ; mais il est aussi moins noueux, plus droit de fibre, de grain plus fin, de couleur plus claire. En somme, si le premier tient le premier rang comme bois de construction, le deuxième prend cette place comme bois de travail (menuiserie et fente).

Ces différences tiennent d'ailleurs bien plus aux conditions respectives de végétations habituelles de chacune de ces essences quk leur nature spécifique.

Chêne pitbescent (Q. piibescens), — C'est une variété du Ch. rouvre végétant dans les sols secs et pierreux.

Pour mieux protéger l'arbre contre Tévaporation de l'eau qui lui est parcimonieusement fournie, il s'est produit sur les feuilles un aboudant tomentum. L^arbre a, déplus, un aspect noueux et tortueux. Cette variété, dont certains botanistes ont voulu faire une espèce distincte, s'observe dans les expositions les plus chaudes de la France et surtout dans l'extrême Midi.

Bois. — Les dimensions restreintes de cette essence, son trajet tortueux, restreignent les applications de son bois pour le travail. Par contre, il fournit un bon combustible et un excellent charbon. On l'emploie aussi comme traverses de chemins de fer dans les régions où il est abondant. La densité de ce bois est particulièrement élevée. L'ccorce de cet arbre méridional est fort riche en tannin, soit 16 p. 100 (Chatin).

Le c/tMe de Juin ou tardif est une variété intéressante qu'il faut signaler. Les bourgeons sont tardifs et ne s'épanouissent qu'un ou deux mois après ceux des autres chênes. Grâce à cela, cette variété n'a pointa redouter les gelées printanières. On Ta reconnue dans la vallée de la Saône où elle est commune (départements de Saône-et-Loire et du Jura) ; on l'a vue aussi dans la vallée de la Loire.

Des expériences faites à TEcole forestière de Nancy (1) tendent à prouver que le retard de la foliaison et de la floraison serait héréditaire. On conçoit Tintépét qu'il y aurait à propager cette variété rustique.

Le e/ime des Vosges, le c/iéne de Hollande et le chfine de Champagne (simples variétés des espèces que nous venons d'étudier) sont particulièrement connus dans le commerce et recherchés pour la charpente et la menuiserie.

Le chêne Tauzin {Quercus Tozzahm.). Syn. : Q. stolonifera Lapeyr. Bosc; Q, Pyrenaica ; Q. humilis D. G. Noms vulgaires : chêne noir (Landes) ; chêne brosse (Anjou) ; chêne doux (environs de Nantes) ; chêne des Pyrénées.

Caractères. — Arbre tortueux ne dépassantguère 20 mètres de hauteur et 3 mètres de circonférence. Les feuilles sont profondément lobées, pinnatifides et pubescentes ; elles ont 10 à 15 cm. de longueur. Cet arbre est plus trapu que le rouvre. Il

(t) Bulletin de la Société des sciences de Nancy, 1899.

préfère un sol siliceux et s*accommode de» terrains les plus ingrats.

Il existe dans la région littorale du Sud-Ouest de la France ; il ne se développe pas au Nord, ni au Centre, car il craint les hivers rigoureux. Son écorce est noire, d'où le nom de chêne noir qu'on lui donne dans les Landes.

Allures forestières. — Il ne doit pas être traite en futaie, comme cela convient généralement aux chênes rouvre et pédoncule, mais bien en taillis. Il n*y aurait pas intérêt à le traiter en futaie, parce que ses dipiensions, assez restreintes, et les caractères de son bois, le rendent peu convenable comme bois d'œuvre. Le traitement en taillis est encore motivé par ce fait, que cet arbre possède, à un degré remarquable, la propriété d'émettre des racines traçantes qui produisent elles-mêmes très facilement des rejets, de telle sorte que le taillis est très serré et s'étend indéfiniment.

Bois. — Il est de couleur fauve-clair, avec un aubier très distinct. Il est épais, nerveux, il se fend et se gerce facilement. Sa densité est : 0,786 à 0,919.

La structure de ce bois correspond au schéma général que nous avons tracé ; il se distingue de celui des espèces précédentes, par un parenchyme ligneux plus abondant et des rayons épais plus nombreux.

Emplois, — Il est employé comme bois de charpente, de menuiserie et de charronnage, mais il est peu estimé. Ses dimensions sont trop réduites, il est noueux et sujet aux attaques des insectes. Il est très souvent creusé de galeries faites par les larves de gros coléoptères xylophages (cerf-volant, grand capricorne). C'est, par contre, un combustible de premier ordre et son charbon est très estimé.

Produits accessoires.^— L'écorce est supérieure à celle des essences précédentes pour la quantité et la qualité de tannin qu'elle donne.

Les glands servent à l'engraissement des porcs dans la région du Sud-Ouest (1).

(1) On trouve abondamment en Algérie, notamment de la Kabylie en Tunisie, une espèce voisine : le chêne Zeen (Q, Mirbeckii, Durieu, tyn, : Q. Lusitanicat (3. Bœtica, Webb).

Il donne un bois de môme nature que celui du rouvre, qui peut être

CHAHTIU: IX.

ÉTUDE SI»ÉCIALK DES BOIS UTILKS

Chêne cmevelii {Quercus Cerris, Lin.). — Noms vulgaires : Ch de Bourgogne ; Gh. Lombard (environs de Besaneon) ; Ch. crinite ; Ch. cerris.

Ce chêne est abondamment répandu dans tout le Sud-Est de TEurope et dans une partie de l'Asie ; il est rare et disséminé-en France, sauf dans le département du Doubs.

Bois. — Bois fauve clair,, aubier blanchAtre. Cœur teinté de rose ou veiné de brun ; nerveux, moins dur et durable que le rouvre et le pédoncule, sujet à se déjeter, se pique facilement, fente difficile. Densité : 0,853-0,9118.

3^5. — Chrrir rlM'V.'Ill.

Emplois : charpente, menuiserie et charronnage de deuxième qualité ; beau débit sur mailles, placage de premier ordre. Est emi)loyé dans lo Doubs, surtout comme bois de chauffage.

Caractères anatomiques : acci'oissements très distincts,

employé comme bois de rleuxièmc qualité, pour la charpente, la menuiserie et le charronnage. t^etle espèce est constiluéc par de très grands arbres. L'écorce prodail un Lan excellent.

rayons inégaux, moins larges et moins hauts que ceux des espèces voisines, mais aussi plus nombreux et serrés, moins inégaux; il en résulte, en débit sur mailles, une maillure très accentuée ressemblant beaucoup à celle du hêtre, mais plus large.

Vaisseaux inégaux, isolés ; les plus gros forment vers le bord interne une zone moins poreuse que dans les espèces précédentes. La disposition radiale est assez nette. La décroissance du diamètre des vaisseaux est lente d'un bord à l'autre.

Tissu fibreux très dense, surtout sur le bord externe. Parenchyme ligneux abondant, apparaissant en lignes concentriques mates dans Tépaisseur des accroissements.

Produits accessoires. — L'écorce est épaisse et meilleure pour le tannage que celle des chênes rouvre et pédoncule.

Gbêne de Fontanes {Q, Fontanesiiy Guss.). Syn. : Q. Pseudosuberj Reich. non Desf. ; chêne faux-liège de Santi.

Cet arbre de belle taille est rare en France où on le rencontre surtout en Provence. Il se retrouve en Algérie, dans la Kabylie. Il prospère dans des sols secs et pierreux.

Bois, — Ressemble à celui du Q. cerris^ il en a les avantages et les inconvénients (1).

Chêne a feuilles d'yeuse (Qiiercus Ilici folio). — Syn. : Quercns Banisteri^ Michaux.

C'est le chêne de Banister des pépiniéristes et forestiers. Cette essence, originaire des Etats-Unis, a été naturalisée chez nous. C'est un arbrisseau de 1-8 mètres ou un petit arbre.

Le bois possède un abondant aubier. Le cœur est brunrougeàtre avec zones plus foncées. Il est très dur et rappelle le bois du chêne rouge. Sa densité est considérable, elle atteint 0,950 et 1,200.

A raison de sa faible taille, cet arbuste ne peut guère fournir que du menu bois de chauffage. On pourrait l'employer à peupler les sous-bois des forêts de Pins Sylvestres, à l'ombre desquels il pousse bien.

(1) Citons, dans ceUe section, le Ch. à feuilles de chàlaignier, C^. castaneifolia, C. A. Meyer, Afdrez en Algérie. Cette espèce constitue de belles forêts en Kabylie où l'arbre atteint 25 mètres de haut. Son bois, très semblable à celui du Ch. chevelu, est estimé pour le chauftage et aussi pour les constructions* le travail et la fente (merrains).

Chêne rouge {Quercus rubra^ Lin.).

Cet arbre, originaire du versant atlantique des Etats-Unis et du Canada {redoak des Américains), a été naturalisé chez nous où on le trouve dans quelques forêts et dans les parcs et jardins.

C^est un très bel arbre de première grandeur, bien filé, de croissance rapide, même sur les sols les plus pauvres tels que

Fig. 366. — Ch<^ne rouge [Quercus rttàra). Pousse de deux années avec, en p, dos fruits de l'année et, en «, des fruits de deuxième année. Rameau coupé el dessiné en juillet (D N Schwarz).

le sable pur. Il peut rendre des services pour le boisement des sols sablonneux, pourvu qu'ils soient meubles et profonds. Il atteint son maximum de développement sur les sables argileux frais et profonds où prospèrent nos chênes indigènes. Il résiste admirablement aux froids les plus rigoureux. Il donne abondamment des glands et se ressème tout seul (1). Toutes ces particularités doivent faire recommander cette essence.

(i) Le chêne rouge en France, par M. E. Henry.

BOIS mDIGÉl<(E8 OU NATURALISÉS

Bois. — Il a été fortement discrédité, il est cependant moins mauvais que sa réputation. Tout en étant d'une qualité inférieure à celle de nos meilleurs chênes indigènes, il est cependant supérieure nos essences de second ordre. Il est propre à tous les emplois des chênes de notre pays.

Sa couleur est rosée ou rougeàtre, sa densité est relativement faible (0,654).

Il est médiocre pour le chauffage, mais convient bien pour l'ébénisterie et la menuiserie, car il se travaille avec facilité, prend un beau poli et présente un bel aspect. Il se fend bien et peut faire du merrain. Comtne il est dur, on peut en fabriquer aussi des pièces de machines. On peut Tutiliser encore comme bois de chauffage.

L'étude anatomique de ce bois a été faite par Nordlinger : ses caractères le rapprochent beaucoup du bois du chêne pédoncule. Il existe pourtant entre eux cette différence que, même à Tœil nu ou à la loupe, on peut s'apercevoir que le calibre des vaisseaux décroît moins régulièrement dans Tespèce américaine, qu'ils tendent à s'isoler et que le parenchyme ligneux est un peu moins accusé. Il ne se produit pas de thylles venant obstruer les vaisseaux. L'aubier est moins distinct que chez nos rouvre et pédoncule (Mathieu et Fliche).

Chêne yeuse {Querctis Ilex, Lin.). — Noms vulgaires :

yeuse, chêne-vert, éousé.

Cette espèce, à feuillage persistant, est indigène du Midi de l'Europe ; on la trouve surtout dans la Provence et elle remonte jusqu'à Montélimar et même Valence ; elle existe au Nord de l'Afrique. Elle préfère les sols calcaires^ aussi manque-t-elle à peu près dans les massifs granitiques des Maures et de TEsterel et sur le bord de l'Océan, sauf dans la région calcaire de la Charente. C'est un arbre trapu, ayant, le plus souvent, de 8 à 12 mètres de hauteur sur 1 m. à 1 m. 20 de diamètre, mais pouvant

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Fig. 367. — Répartition du chônevert (d'après Boppe et Jolyet).

d*ailleurs dépasser de beaucoup ces dimensions. 11 est d*un tempérament très robuste. Le traitement en taillis simple est celui qui convient le mieux.

Bois. — Ce bois est extrêmement dur et compact, très pesant; sa densité est : 0,903 à 1,182. 11 est rougeàtre clairet devient plus ou moins brusquement brun au cœur, parfois marbré de rose ; l'aubier passe insensiblement au bois parfait. Ce bois est largement et richement maillé. Il est malheureusement sujet à se gercer et ù gauchir en se dessé-

Fig. 368. — Ghèno vert ou chôno yeuse.

chant ; on propose, pour éviter ces inconvénients, de le laisser préalablement séjourner quelque temps sous Feau.

Il peut convenir aux mêmes usages que le rouvre, en tenant compte cependant des défauts que nous venons de signaler, de ses faibles dimensions et de son poids élevé. Il constitue un bois de charpente de second ordre ; on l'emploie pour le charronnage, les pièces de machines, et il est spécialement recherché en ébénisterie, car il reçoit un poli comparable à celui du marbre ; sa maillure et sa coloration chaude en font un beau bois de placage.

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BOIS INDIGÉNElS OU NATURALISÉS 753

Comme combustible, il n'a pas d'égal ; soq charbon est aussi très estimé. II donne en brûlant une flamme claire et ses charbons restent ardents.

Voici les caractères anatomiques de ce bois qui permettent de le distinguer aisément des autres bois de chêne :

Les vaisseaux étant presque égaux, très fins, se continuant à travers les accroissements successifs, il en résulte que ceuxci sont très peu ou pas visibles et qu'on n'aperçoit plus les zones poreuses si nettes chez les espèces dont nous avons parlé antérieurement. Les rayons médullaires sont très iné-

Fig. 369. — Chêne liège.

gaux, nombreux, les gros rayons sont extrêmement épais. Le tissu fibreux est très dense et très corné. Le parenchyme ligneux est en lignes minces, très nombreuses, concentriques, festonnées, bien visibles.

Produits accessoires. — Ecorce produisant du tan très estimé, il n est guère inférieur qu'à celui du chêne Kermès. L'exportation de Técorce de cet arbre équivaut en Algérie à 55 0/0 de l'exportation totale des écorces à tan du pays, soit environ 80.000 ou 90.000 quintaux.

Chêne liège {Quercus suber^ Lin.). — Syn. : Kork Eiche^

allem. ; Thecorktree^ angl. ; Aicornogue^ espagn.

Chêne occidental (Quercus occidentalisa Gay).

Nous donnons des détails sur ces deux espèces, qui fournissent le liège du commerce, au chapitre traitant spécialement de cette production des arbres (chap. X).

Chêne kermès {Quercus coccifera^ Lin.). — Noms vulgaires ; chêne à cochenilles, chêne garrigue.

Cette espèce ne donne en France, où elle végète dans la zone de Tolivier, que de la broussaille, susceptible de pro-

Fig. 370. CWno kermùs.

duire seulement du bois de chauffage et quelquefois de menues pièces de mécanique. Il atteint une plus forte taille dans les pays chauds, comme TAlgcrie.

Bois. — Le bois a une structure ressemblant à celle de l'yeuse : accroissements peu visibles, vaisseaux sensiblement égaux et lins, par suite, bois très homogène et compact.

Hayons inégaux, les uns très gros, les autres très minces.

Tissu fibreux très compact. Parenchyme ligneux parfaitement apparent en étroites couches concentriques.

Produits accessoires. — Ce sont : le tan, qui est très estimé et dont l'exploitation a malheureusement entraîné une destruction abusive de cette essence en Algérie, et la cochenille, insecte vivant sur les rameaux et dont le corps était autrefois broyé pour obtenir une teinture écarlate.

Fig. 371. — Le hèlre ou Fayard, Fagus sylvalica, L,

169. Le Hèire on Fayard [Fagus sylvatica). — Noms vulgaires : hêtre, faucc ou foutau, fayard ou foyard. Syn. : Fagus sylvestris^ Gaertn.; Caslanea Fagus, Scop. ; Gemeine Rothbuche, allein. ; Rood benke, holland. ; the wood ou common Beech^ angl.

Caractères. — Le hêtre (genre Fagus, Tournef.) appartient à la famille des Cupulifères. L'involucre, au lieu de former si^nplement une cupule à la base du fruit, comme chez le chêne, Tenveloppe complètement et s'ouvre à maturité *en quatre valves (fîg. 372, /;•). Le fruit ainsi entouré est appelé faine, SR forme est trigone.Les feuilles sont entières ou abord sinueux, ondulé et soyeux. L'écorce est lisse. La seule espèce européenne est le Fagus sylvatica ; c'est une des essences forestières les plus répandues et les plus importantes.

Le hêtre peut atteindre une taille élevée, soit 40 mètres de hauteur sur 6 mètres de tour (au maximum). Sa longévité

est inférieure à celle du chêne, néanmoins il peut vivre en moyenne de 300 à 400 ans.

L'enracinement de cet arbre est relativement peu profond, par contre il est très étendu en surface et les racines font en partie saillie hors du sol.

L'écorce de Tarbre est d'un gris cendré qui le rend facilement reconnaissable, elle reste lisse et mince.

L'aire géographique du hêtre est très étendue, sans toutefois dépasser au Sud la Méditerranée. Les sols où il se plaît le mieux sont les sols calcaires non humides, mais il peut habiter d'autres terrains.

Dans les régions septentrionales, il occupe les plaines ; dans les Vosges, il s'élève jusqu'à 1.300 mètres, et jusqu'à 1.500 mètres dans le Jura ; dans les Alpes, on le rencontre encore à 1.600 mètres ; il recherche d'ailleurs toujours la fraicheur. Sou aire d'extension dépasse beaucoup les limites de l'Europe à Test, car on le retrouve jusqu'en Afghanistan, au nord de la Chine et au Japon.

Fiff. 372. — Lo hùlre ou layard [Fagus sylvatica).

— //, capitule femelle.

— /m, capitule mâle. — /r, fruit (faîne).

Allures forestières. — Il se traite à Tétat de massif plein : soit en futaie régulière, soit en futaie jardinée. La futaie de hêtre a une durée de 80 à 120 ans ; elle se régénère par semis, cette opération étant facilitée par ce fait que les jeunes plants s'accommodent très bien d'un couvert épais.

Cette essence ne saurait être traitée en taillis simple parce qu'elle rejette peu de souche ; à Tétat de réserve dans les taillis composés, elle donne une cime trop ample au détriment du fût.

Fig. 373 et 374. — Répartition en France du chêne Tauzin et du hôtro (d'après Boppe et Jolyet).

Ennemis du hêtre. — Insectes. — Ils causent peu de dommages ;. aucun n'habite profondément dans le bois. Citons un coléoptère bupreste, YAgrilus fagi, Ratz., qui creuse des galeries sinueuses à la surface de l'aubier et peut causer la perte de jeunes plants ; le Scolytus intricatus, Fab., dont la larve se développe entre le bois et Técorce des arbres dépérissants.

Champignons (1). — Ils sont plus dangereux. Citons : VHi/dnum diversidens, le Polyporiis fomentarius ou Amadou vie r, qui tous deux produisent une pourriture blanche du bois ; le Polyporus annosus, qui, pénétrant par les racines, altère également le bois.

Le Phytophtora omnivora est un champignon filamenteux qui détruit les semis du hêtre ; le Nectria ditissima cause des chancres qui rongent l'écorce, sans que les plaies puissent se

(i) V. aussi chap. VII.

cicatriser ; il atteint surtout les branches et ses filaments pénètrent parfois jusque dans le bois. Quoi qu'il en soit, il fait beaucoup de mal à ces arbres, et, en plusieurs points de l'Est de la France, des peuplements entiers ont été dévastés par ce champignon.

Le Peziza œntginosa vit sur le bois mort et produit la pourriture verte.

Uécorce du tronc laisse parfois suinter un liquide mucilagineux, noir, riche en matières organiques et en microbes, notamment en bactéries, qui constitue l'écoulement muqueux noir du hêtre.

De nombreux lichens s'installent de bonne heure sur l'écorce, où ils vivent de la décomposition des couches extérieures, et lui donnent sa coloration d'un blanc grisâtre.

Rendement des futaies et des taillis de hêtre. — Une futaie de hêtre peut produire, dans les conditions ordinaires, à Tâge de 90-100 ans, 5 me. de substance ligneuse à l'hectare et par an, soit, pendant la révolution (90-100 ans), 450 à 500 mètres cubes, dont environ les deux tiers propres à faire du bois d'œuvre, et un tiers du bois de chauffage et des fagots ; ce dernier tiers contient 66 0/0 de bois de chauffage et 34 0/0 de fagots et bourrées. Ces chiffres peuvent d'ailleurs être dépassés.

Voici, d'après M. J. Cathelot, quelle est la production des taillis de hêtre du Morvan : elle peut être évaluée à 5 stères par hectare et par an en bois de inouïe (1). Par suite, si nous admettons une révolution de 9 ans, on retirera de la coupe 9 X »> = 45 stères.

Le prix moyen du stère, rendu au port de flottage le plus voisin, pouvant être évalué à 8 fr., le prix en argent est donc 45 X 8 = 360 fr., soit par an et par hectare, 360 : 9 = 40 fr. Ce chiffre correspond à l'exploitation par le furetage appliqué depuis fort longtemps dans le Morvan ; l'exploitation à blanc étoc, pratiquée dans quelques parties de la même région, est moins rémunératrice et ne donne qu'un revenu de 30 à 33 fr.

Bois. — 11 est fort différent de celui des chênes et du châtaignier, malgré la parenté botanique.

(1) Rappelons que le bois de moule est constitué par des bûches marchandes ayant 1 m. 14 de long sur 20 à 30 cm. de circonférence.

Il est blaac lorsqu'il vient d'être coupé, mais il ne tarde pas à prendre à Tair une teinte rosée ou rougeâtre clair. L'aubier est peu distinct, le cœur des vieux arbres est souvent coloré d'une façon irrégulière. Ce phénomène est dû à une altération produite par un champignon (le Polypore amadouvier généralement).

La densité varie de 0,683 à 0,907 ; elle dépend des conditions de végétation, et, avec elles, se modifient aussi les qualités du bois.

Le bois de hêtre est un des bois les plus employés. Il est homogène, il se coupe bien et n'est pas très dur. On l'utilise fréquemment pour le tour. Il manque de souplesse et est sujet à se fendre ; il se polit aisément, mais sans présenter une belle surface. Il se laisse attaquer facilement parles vers: c'est pourquoi on ne peut remployer dans les constructions, à moins, toutefois, qu'il n'ait été injecté ; on peut en faire, dans ces conditions, des traverses de chemins de fer. Ce bois est un de ceux qui s'injectent le mieux. Il se conserve assez bien sous l'eau et peut être utilisé pour les constructions hydrauliques. On s'en est beaucoup servi pour la confection des quilles de navires ; par contre, il s'altère promptement lorsqu'il est soumis aux alternatives de sécheresse et d'humidité.

Si le hêtre ne convient pas comme bois de construction, il est du moins très propre à servir de bois de travail, particulièrement pour le charronnage, la fabrication des essieux, roues et jantes de voiture, pour les roues de moulin, les brosses, la lutherie. C'est de ce bois qu'on confectionne, en France et en Allemagne, les jeux de cricket, tandis qu'on utilise plus particulièrement le bois de saule en Angleterre pour cet usage. Beaucoup de jouets sont tournés ou sculptés dans ce bois.

Le bois de hêtre est particulièrement estimé pour le sabotage. La consommation du bois de hêtre dans les districts montagneux de la France, pour la fabrication des sabots, est extrêmement importante. Ils sont, le plus souvent, faits avec du bois coupé depuis peu de temps et par suite presque vert ; mais les fabricants le sèchent très rapidement au moyen de la chaleur et de la fumée produites par la combustion des déchets résultant de la confection des sabots. Cette fumée contient une notable quantité de vapeur d'eau, grâce à laquelle les sabots ne se fendent pas par l'action de la cha-

leur ; de plus, la fumée provenant du bois de hêtre contient, plus que celle produite par n'importe quel autre bois, de Tacide pyroligneux ; celui-ci pénètre dans le bois des sabots, et, grâce à son action antiseptique, il le rend inattaquable par les insectes. Les sabots ainsi traités prennent une teinte brune. Notons que depuis fort longtemps la constatation de ces faits a donné Tidée d'imprégner les bois de construction par Tacide pyroligneux afin de les rendre inaltérables.

Rappelons, en passant, que les relieurs allemands ont, dès Torigine du livre, employé de fines plaquettes de ce bois au lieu de carton, pour former les plats de volumes épais ; c'est de là que serait venu le nom allemand du livre : buch\ celui du hêtre étant huche.

Lorsqu'il est encore vert ce bois peut se contourner facilement, et servir à la fabrication des cercles, boisselleries, mesures de capacité. On en fait divers instruments de cuisine : cuillers, fourchettes, boites à sel, etc. Il est très employé par les menuisiers pour les tables et chaises communes, etc. On en confectionne encore des bois de brosses, des arçons de selles, des jougs, des formes pour les cordonniers, des pelles à grains, etc. Il donne un merrain de qualité inférieure. Les copeaux ou râpés sont employés pour la clarification des vins et la fabrication du vinaigre. On en fait encore de la pâte à papier. C'est un des meilleurs bois pour la distillation en vue d'obtenir de Tacide pyroligneux, de l'alcool de bois et autres produits empyreumatiques.

Puissance calorifique, — Comme combustible, le hêtre est au premier rang de toutes nos essences. C'est d'ailleurs là son emploi le plus important. Son pouvoir calorifique a été pris comme unité par les auteurs qui se sont occupés de la question (voir p. 161 et suiv.). Ce n'est cependant pas le plus élevé (il est dépassé par le charme, le sorbier, etc.), mais c'est le mieux connu. La flamme produite est vive et claire, et le charbon formé se maintient incandescent jusqu'à la fin de la combustion. Il passe un peu vite au feu, inconvénient que l'on ressent surtout avec les cheminées à fort tirage des foyers domestiques dans les grandes villes.

Le charbon de bois de hêtre est particulièrement estimé. On s'en sert non seulement dans l'économie domestique mais encore dans l'industrie pour la réduction des minerais.

BOfS INDIGÈNES OU NATURALISÉS 761

Caractères analomiqxtes. — Accroissements peu distincts les uns des autres. Rayons nombreux, inégaux, larges à fins, les larges beaucoup plus nombreux et aussi beaucoup plus courts que dans le chêne ; ils déterminent chez les fibres un cours beaucoup plus contourné. Les rayons minces se composent d'une ou deux rangées de cellules et ont rarement plus de 12 cellules de longueur. Ces rayons sont très faciles à voir en coupe transversale ainsi qu'en coupe longitudinale où ils se présentent sous l'aspect de taches courtes brunes, fusiforraes, verticales, qui permettent de déterminer immédiatement ce bois. Us donnent, en débit sur mailles, des maillures assez grandes^ mais peu serrées.

Les vaisseaux sont inégaux, moyens à fins ou très fins, isolés ou par 2, 3, 4 ou 5 ou plus, les plus gros sur le bord interne, décroissant en calibre et nombre vers Vautre bord, où se trouve presque exclusivement du tissu fibreux. Le tissu fibreux est peu dense, sauf au bord externe, comme il vient d'être dit, et forme là une zone un peu plus colorée qui délimite bien les anneaux d'accroissement. Les fibres sont généralement étroites et fortement incrustées.

Le parenchyme ligneux, visible parfois et seulement à la loupe, est dessiné de petites et nombreuses lignes courbes concentriques, plus serrées vers le bord externe.

169. Ije Chfttolffnler. — Syn. : Kas tante j Edelkastanie, allem. ; Chestmit, angl.

Caractères botaniques. — Le châtaignier appartient au genre Castanea Tournef. et à la famille des Cupulifères.

L'involucre, au lieu de former simplement une cupule à la base du fruit, comme dans les chêneâ, enveloppe complètement celui-ci et s'ouvre en quatre valves, ce qui rapproche au point de vue botanique le châtaignier du hêtre. Ce fruit porte le nom de châtaigne ; il est arrondi au lieu d'être trigone comme la faine du hêtre. Les feuilles sont allongées, ovales, pointues, bordées de dents un peu recourbées à l'extrémité.

La seule espèce européenne est le :

Châtaignier commun. — Castanea vulgaris, Lam. ; Syn. : Castanea vesca, Gaertner ; Fagus castanea^ Lin.

Distribution géographique, — C'est un arbre de l'Europe

méridionale et tempérée. On Je rencontre de TAsîe Mineure jusqu'en Portugal. On le trouve aussi au Nord de l'Afrique, en Tunisie, Algérie et au Maroc, ainsi que dans les lies de la Méditerranée, comme les Canaries et Madère. Dans les régions méridionales, il peut croître à une altitude élevée : on le trouve sur l'Etna à 900 mètres et à 1.620 mètres sur la Sierra Nevada dans la province de Grenade ; en France, dans THérault, on le voit encore à 800 mètres, mais il recherche les plaines dans les régions plus septentrionales de son aire d'extension.

Il existe sur de nombreux points de la France, mais il est douteux qu'il y soit spontané. Cultivé depuis la plus haute antiquité, il est devenu très difficile d'établir sa limite septentrionale. On le trouve en abondance dans les Cevenues, les montagnes d'Auvergne, le Dauphiné et les Vosges, en Bretagne, Champagne, Alsace et même plusau Nord, en Belgique, à Gand et dans les montagnes de la Prusse rhénane. Il existe, mais à l'état isolé et surtout dans les parcs, au sud de l'Angleterre ; il y mûrit rarement ses fruits.

Soi, — C'est un arbre essentiellement silicicole et redoutant le calcaire, autrement dit, calcifuge. Il lui faut des terrains meubles, frais, granitiques, schisteux ou sablonneux.

Tempérament, — Il exige moins de lumière que les chênes à feuilles caduques et peut former, par suite, des massifs plus serrés. Il est cependant un peu plus exigeant à ce point de vue que le hêtre. Il repousse très bien de souche.

C'est un arbre de première grandeur. Il peut atteindre un diamètre extraordinaire, à savoir jusqu'à 15 mètres de circonférence, et 30 ou 40 mètres de hauteur. Il est vrai que ces dimensions sont exceptionnelles. Sa longévité est considéra-

Fiff. 375. — Répartition du châtaignier. Les chiffres indiquent l'ordre d'importance des départements producteurs de châtaigniers. La Corse est également un des départements qui renferment le plus de châtaigniers.

blc et on a pu évaluer à plus de mille ans l'Age de certains de ces arbres.

Il fructifie vers 25-30 ans, s'il est isolé, et vers 40-60 ans, S'il est en massif.

Traitement, Rapport avec les produits obtenus (1). — Le châtaignier peut être exploité en taillis ou en futaie. Ce dernier mode est très peu adopté, car le chAtaignier a une tendance déplorable à se carier, à se creuser, de telle sorte que les sujets intacts sont tout-à-fait exceptionnels, et le bois d'œuvre perd presque toujours sa valeur. Le régime en tail* lis convient au contraire très bien à cette essence qui repousse facilement de souche et donne promptement des produits variés d'une grande valeur. C'est le régime le plus répandu et le seul vraiment avantageux ; il est appliqué surtout dans les bois appartenant aux particuliers.

Le taillis de châtaignier est à courte révolution, le plus souvent. Si Ton se propose d'obtenir des perches de mines, des échalas ou des cercles, la durée de la révolution est de 10 et 20 ans ; pour le merrain, 30, 40 et même 50 ans.

Les taillis sont très productifs relativement à, ceux des autres essences. Ils peuvent donner 3.000 francs à l'hectare, tandisqu'un taillis de chêne ne donne souvent pas plus de 1.800 francs. Un taillis de châtaignier bien entretenu peut durer 100, 120 ans et plus, en remplaçant les souches au fur et à mesure de leur disparition.

Les tiges provenant des taillis de châtaignier ont des diamètres plus ou moins forts suivant FAge de l'abatage ; de là, plusieurs catégories de produits, correspondant aux durées des révolutions :

1* De 5 à 8 ans, on obtient du feuillard, c'est-à-dire des produits de fente de bois destinés à faire des cercles, des dagues ou lattes de palissage, des échalas de petites dimensions. Les tiges ont de 4 à 5 mètres de haut et un diamètre de 3 à5 cm. ;

2** De 8 à 14 ans, on produit des feuillards de grande longueur, des carassonnes, des échalas, des lattes, des

{{) Nous avons utilisé, pour rédiger ce paragraphe, le mémoire de M. Vilcoq : Le chAtaignier, sa culture, son exploitation (Mémoire couronné par la Société des agriculteurs de France). Paris, 1903, et Mouillefert : Traité de sylviculture, t. II, 1904.

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764 CHAPITRE IX. — ÉTUDE SPÉCrALE DES BOIS UTILES

tuteurs pour jardins, des perches à houblonnières, du treillage. Les brins ont de 7 à 8 m. de longueur et de 8 à 12 cm. de diamètre ;

3* Au delà de 15 ans, uu de 15 à 30, on retire du merrain, des pieux à treillage^ des échalas, des lattes, du bois de mines. Les rejets arrivent alors à 8 à 10 m. de haut et à un diamètre qui peut osciller entre 18 et 25 cm.

Les sous-produits ou piétons servent à préparer le fameux extrait du châtaignier, si couramment employé actuellement pour le tannage du cuir, la teinture de la soie, etc.

Le rendement en argent d'un taillis de châtaignier varie naturellement suivant les produits obtenus (cercles de tonneaux, treillages, échalas, pieux, perches, lattes ou merrains). Voici quelques exemples, que nous citons d'après M. Mouille fert.

En Alsace, avec des révolutions de dix-huit ans, on compte qu'un taillis peut donner jusqu'à 20.000 perches ou échalas à 200 fr. le mille, soit 4.000 fr. ou 220 fr. par hectare et par an. A Ribeauvillé, on compte 180 fr. par an, de même qu'à Guebwiller.

D'après M. Clavé, des expériences faites à Meudon ont établi qu'à l'âge de vingt ans un hectare de châtaigniers bien complet peut donner jusqu'à 199 m. c. de matière ligneuse, correspondant à 67.000 échalas, 8 stères de bois fin et 2,200 bourrées valant ensemble 3.350 fr., soit 167 fr. 50 par hectare et par an. A cet âge, le chêne ne fournirait que 103 stères de bois de feu, dune valeur de 1.730 fr. ; à trente ans, la différence serait plus forte encore, car l'hectare de châtaignier vaudrait 7.000 fr, tandis que celui de chêne n'atteindrait pas 3.000.

M. Mouillefert a trouvé pour les bois de Saint-Cyr (révolution de vingt-sept ans) un produit brut de 3.396 fr. par hectare en treillages, lattes et échalas, et 2.462 fr. nets moins les frais de vidange, soit 91 fr. par hectare et par an. En Sologne, on laisse 3.000 souches par hectare, qui produisent en moyenne quatre rejets ; chaque rejet est fendu en deux, de sorte qu*on obtient 24.000 cercles ou 960 rouelles de 25 cercles à 1 fr. 75 la rouelle, soit 1.680 fr. ; frais déduits, 885 fr., il reste 795 fr., soit, pour une révolution de six ans, 132 fr. 50 par hectare et par an.

Il faut noter que la plupart des sols qui donnent ces revenus sont de médiocre qualité et donneraient tout au plus 25 à 30 fr. avec d autres cultures.

Ennemis et maladies des châtaigneraies, — Animaux : Les mulots dévastent les semis des pépinières. Les vers blancs des hannetons endommagent les racines et sont fort nuisibles aux arbres jeunes. Les feuilles sont attaquées par le banneton et par la chenille du Liparis dispar. Dans Tintérieur des feuilles, le Balaninus elephas (Curculionides), et surtout la chenille du Carpocapsa splendana (Torlricides), causent des ravages considérables et compromettent la récolte. Ces insectes piquent la châtaigne en y déposant leurs œufs dont il sort des vei»s qui déprécient totalement le fruit.

Le bois est atteint par plusieurs xylophages dont les larves creusent des galeries : le Platypus cylindrus, le Bostrichus monograghiis^ le Callidium elongàtum, le Cossus ligniperda, le Valgiis hemipteruSy etc.

Végétaux : Ils appartiennent au groupe des champignons qui causent diverses maladies dont Tune, connue sous le nom deJavart, produit dans le Limousin, aux environs de Limoges où l'exploitation des châtaigniers en taillis pour la fabrication des cercles et lattes a une grande importance, des dégâts considérables. Le Javart est dû au Diplodina Castanea?, Prillieux et Delacroix, qui attaque surtout Técorce des jeunes rejets sur laquelle il forme des taches allongées très apparentes, commençant presque immédiatement au-dessus de la souche et arrivant bientôt à faire le tour complet de la tige ; le rameau périt au bout de quelques années. Le bois luimême est atteint et les ouvriers savent bien qu'il est alors impossible de refendre les perches.

Le préjudice causé par le Javart dans un taillis, dit M. Prillieux, peut être évalué au tiers du prix de vente sur pied. Tandis que la coupe se vend sur pied de 440 à 460 fr. Thectare quand elle est saine, le prix de vente s'abaisse à 300 fr., 280 fr. et même 2i0 fr. quand le bois est atteint par le Javart. Le cercleur lui même éprouve une perte de 25 à 28 0/0 lorsqu'il exploite un taillis malade, car il est obligé de rejeter comme rebut nombre de perches atteintes. On ne connaît pas de remède contre cette affection.

Le Sphaerella maculiforniis (Fers.) Auersw., cause la mala-

die des feuilles du châtaignier. Quand Tannée est pluvieuse et humide, les feuilles se couvrent de petites taches brunes et desséchées ; elles jaunissent, brunissent et tombent prématurémeat. Les fruits avortent et la récolte peut être anéantie. Le bois n'est pas directement éprouvé, mais^ comme toujours lorsqu'une cause quelconque vient ralentir la végétation, il se forme peu abondamment, donnant un anneau d'accroissement plus étroit que les autres; de plus, les jeunes rameaux s'aoûtent mal.

LAgdricus melleus, agaric du miel ou pourridié, fait pénétrer parfois ses cordons mycéliens entre le bois et Fécorce des racines et de la base du tronc.

(( La maladie du châtaignier » : On désigne sous ce nom une maladie qui attaque d'abord les radicelles, puis se propage à la racine et enlSn à la tige ; la cause en est connue depuis très peu de temps. Cette maladie est venue jeter la consternation parmi les propriétaires. « Cette affection, dit M. Vilcoq, a une marche presque aussi rapide et aussi foudroyante que le phylloxéra. Les sujets atteints sont voués à une mort certaine ».

On appelle encore cette maladie tantôt « maladie de l'encre », à cause de la coloration très foncée, ressemblant à de Tencre, que présentent les racines malades, tantôt <y pied noir » à cause de la teinte noire que revêt la base du tronc de l'arbre.

On Ta signalée, depuis un certain nombre d'années, en Bretagne, dans les Cévennes, la Marche, le Limousin, l'Auvergne, le Périgord et les Pyrénées et aussi en Italie, en Espagne et en Portugal ; elle a attiré l'attention des savants ainsi que des pouvoirs publics, car ses ravages, avons-nous dit, sont considérables.

Ou a attribué successivement cette maladie au parasitisme de divers champignons ; mais ou a dû prendre pour cause de la maladie ce qui en est seulement le résultat, car, sur le tronc dépérissant de l'arbre, ne tardent pas à se montrer de nombreuses végétations, qui ne doivent de pouvoir se développer qu'à ce fait que l'arbre malade ne leur oppose plus ses moyens habituels de défense. Nous nous contenterons de nieutionncr ici les résultats obtenus dans leurs recherches, par M. Delacroix et par M, Mangin, dont les travaux sont les pi us récents concernant le sujet.

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Pour M. Delacroix, l'éminent directeur de la station de pathologie végétale, la « maladie du châtaignier » serait due à ramoindrissement du systènie mycorhizien provoqué par la disparition de Thumus des châtaigneraies. Pour comprendre cette explication, il faut savoir que des recherches récentes ont établi qu^il existe dans la plupart des racines des arbres (surtout à Tétat forestier) des filaments de champignon qui les relient avec le sol et Thumus environnant ; grâce à leur intermédiaire, les racines reçoivent des substances alimentaires que le champignon produit en décomposant rhumus. C'est cette association de champignon et de racines que Ton a appelé mycorhize. Le défaut de mycorhize, résultant du manque d'humus, entraîne le dépérissement de Tarbre qui est bientôt envahi par divers parasites.

M. Delacroix continue ses intéressantes recherches sur ce fléau qui dévaste les châtaigneraies dans de nombreuses localités. Il préconise d'ores et déjà, comme moyen préventif, rcnfouissement des racines dans une couche de terreau au moment de la plantation, afin de constituer une réserve d'humus favorable à la multiplication des mycorhizes.

D'après M. Louis Mangin (1), on a confondu sous le même nom deux maladies bien distinctes :

La première n'est autre chose que la maladie d'épuisement ou de décrépitude, qui correspond aux phénomènes dont parle M. Delacroix. Elle règne dans un grand nombre de châtaigneraies dont les arbres sont âgés et que les cultivateurs affament en enlevant la couverture de feuilles mortes, si nécessaire à la nourriture des arbres, et qu'ils mutilent en cassant les branches pour avoir des feuilles et du bois.

Cette maladie n'a aucun caractère épidémique et elle frappe les arbres isolément. Dans plusieurs départements, la Gorrèze et le Morbihan notamment, certains propriétaires ont réussi à l'enrayer par quelques soins de culture et surtout en renonçant à enlever les feuilles mortes, les bogues ou pelous.

La seconde, qui est la véritable maladie du châtaignier, a une tout autre allure.

D'après M. Mangin, elle se rencontre dans les sols les plus

({) Lonis Mangin : Sur la maladie du châtaignier causée par le Mycelophagus Castaneœ (Comptes-rendus de TAcadémie des sciences. Paris, 16 février 1903) et ; Le châtaignier et sa crise. Revue de viticulture, 1904.

variés, les plus pauvres comme les plus riches, dans les châtaigneraies délaissées aussi bien que dans celles qui sont bien entretenues. Elle frappe tous les arbres sans distinction, jeunes et vigoureux, vieux et décrépits.

Lorsqu'elle apparaît dans une région, on voit d'abord un ou deux arbres dépérir; puis du point d'attaque, la maladie gagne peu à peu les arbres voisins en formant une tache qui s'agrandit peu à peu comme une tache phylloxérique ; c'est ce caractère, nettement épidémique, qui a valu à la maladie le nom de phylloxéra dans certaines régions.

M. L. Mangin établit que le siège de cette affection est dans les racines, et l'origine en est due à un champignon parasite nouveau, de Tordre des Oomycèles^ qu'il désigne sous le nom de Mycelophagtts Castaneœ (1).

Ce parasite détruit les organes d'absorption du châtaignier, c'est-à-dire les niycorhizes^ au fur et à mesure de leur apparition, et il provoque ainsi une nécrose progressive des racines qui se propage jusqu'à la base du tronc.

La maladie du châtaignier sévit dans un grand nombre de départements.

Une enquête^ faite en 1902 sur l'initiative de M. Daubrée, Directeur des eaux et forêts, a révélé que, sur 64 départements qui ont été l'objet de cette enquête, la maladie était inconnue dans 37 d'entre eux.

Les 27 départements où elle a été signalée se décomposent ainsi :

10 ne la connaissent qu'exceptionnellement, elle n'y a pas fait encore de ravages appréciables ;

8 présentent une étendue dévastée ne dépassant pas 50 hectares : Ardèche, Côtes-du-Nord, Gers, Lozère, Tarn-et- Garonne ;

Dans les cinq suivants : Dordogne, Gard, Ule-et-Vilaine,

(1) Ce parasite passe d'une mjcorhize à l'autre, en se logeant dans les rhizomorphes d'autres espèces. C'est dans ces rhizomorphes qu'il fructifie.

Le thalle, très irrégulièrement cloisonné, ayant 1-2 /x de diamètre et des renflements de 3-4 p, présente les réactions de la cellulose, comme celui des Mucorinées. Les fructificaiions rappellent plutôt les Péronosporées : ce sont tantôt des vésicules de 6 à 8 /x de large terminant des rameaux latéraux, tantôt des vésicules plus grosses de âO /x de diamètre, renfermant une spore sphérique, à membrane mince ou épaisse offrant les réaclious de la callosc.

Morbihan, Lot, la surface ravagée oscille entre 200 et 500 hectares.

Enfin, la dévastation n'atteint pas 1.000 hectares dans les Hautes-Pyrénées ; mais elle dépasse ce nombre dans les Basses-Pyrénées, la Corrèze et la Haute-Vienne.

L'étendue dévastée s'élève à environ 10.000 hectares sur une surface totale de 350 à 380.000 hectares de châtaigneraies, non compris les taillis (100.000 hectares).

Ces ravages sont assez considérables pour que Ton cherche à les enrayer. Malheureusement, les remèdes qu'on pourrait employer sont inapplicables ou trop coûteux.

M. Mangin montre que le sulfure de carbone ne peut être employé que dans des sols meubles nourrissant des châtaigniers à fruits recherchés pour l'exportation. Dans la plupart des cas, la nature du sol rend impossible la pénétration des vapeurs toxiques, et, de plus, le faible rendement des châtaigneraies ne couvrirait pas les frais destinés à les protéger.

Le seul remède consiste dans l'arrachage de tous les arbres malades et surtout dans Textraction et la combustion des racines pour supprimer toute contamination par le sol.

Ajoutons que l'on a préconisé aussi le grefiPage sur chêne, notamment sur le Quercus palustris d'Amérique, réfractaire à la maladie. On a proposé encore le repeuplement en châtaignier d'Amérique. Ces deux moyens n'ont pas encore fait leurs preuves.

— Des Polypores attaquent parfois aussi les châtaigniers, et leur mycélium pénètre profondément dans le bois qu'il désorganise ; ce sont surtout : le Polyponis sulpAureus qui produit la pourriture rouge du bois (voir p. 353) et la Fisêulina hepatica, vulgairement langue de bœuf y qui cause égale* ment une carie.

Bois. — U ressemble beaucoup à celui du chêne, mais s'en distingue cependant sûrement par les caractères suivants : les rayons sont invisibles à l'œil nu, il n'est jamais maillé. C'est en méconnaissant ce caractère que l'on avait à tort longtemps considéré, comme étant en bois de châtaignier, bien des charpentes anciennes qui sont en bois de chêne.

La couleur du bois est celle du chêne, soit fauve jaunâtre ou brunâtre clair, souvent bistre. L'aubier est très réduit, ce qui est un avantage ; il est nettement tranché. Le bois a une

grande disposition à la roulure et il s'altère facilement au cœur, c'est pourquoi on peut difficilement obtenir des pièces saines d'un fort équarrissage. 11 pourrit promptement, s'il a à subir des alternatives de sécheresse et d'humidité. Il dure assez longtemps lorsqu'il est abrité contre les intempéries. Il est fort durable sous Teau. Sa densité de 0,Sdl à 0,743, est bien inférieure à celle du chêne.

Usages. — Il est peu utilisé comme bois de charpente, car l'arbre se creuse avant d'avoir atteint les dimensions qui le rendraient propre à ce service.

On constate cependant parfois la présence du bois de châtaignier dans de vieilles constructions, et M. Vilcoq dit l'avoir rencontré dans plusieurs constructions rurales actuelles. On a cru pendant fort longtemps que les charpentes remarquables de la Sainte- Chapelle et de Notre-Dame de Paris, des cathédrales de Troyes, Sens, Chartres, Reims, etc., étaient de bois de châtaignier; Daubenton a reconnu le premier l'erreur en établissant qu'il s'agissait en réalité du bois de chêne blanc (Quercus pedunculata).

Le châtaignier est propre aux travaux de menuiserie. On prépare avec lui des lamelles de jalousies et de jolis parquets.

Duhamel du Monceau, dans son classique traité : Des arbres et des arbrisseaux de France^ signalait qu'à Bordeaux le bois de châtaignier servait à fabriquer des commodes, des armoires et d'autres beaux ouvrages d'ébénisterie.

L'aubier, qui correspond à deux ou quatre couches seulement, est relativement résistant, ce qui permet de Tutiliser dans les produits et principalement dans les cercles; on peut aussi le débiter en lanières, pour confectionner des harnais de fatigue ou des caisses d'emballage.

On traite le châtaignier généralement en taillis, car c'est sous cette forme qu'il donne en France les meilleurs produits. Il occupe en effet le premier rang comme bois de fente (merrains) et pour la confection des échalas, pieux, lattes, bois de clôtures, treillages ; son aubier étant toujours très mince, il y a une forte proportion de bois de cœur, même lorsque le sujet est encore jeune. Il est payé, en Alsace, plus cher que le chêne pour constituer des échalas. On en fait encore des cercles de futailles et des montants d'écheUes

recherchés ; en Italie, toutes les futailles sont faites avec ce bois qui résiste très bien à Thumidité des caves.

Le bois avarié, à cœur noir, est employé pour teindre les soies tout en leur donnant plus de corps ou de poids.

Considéré comme combustible, ce bois a Tinconvénient d'éclater et de produire un charbon qui noircit vite. Il est inférieur, pour cet usage, au chêne, comme peut le faire prévoir la différence de densité existant entre les deux bois.

Le charbon est quelquefois employé à la forge, dans les pays producteurs (autrefois surtout, dans les fabriques de fer de la Biscaye, établies selon la méthode catalane). Il a peu de valeur pour les usages domestiques, il pétille en projetant des étincelles comme le bois lui-même.

Caractères anatomiques. — Accroissements très apparents. Les vaisseaux inégaux, plus forts vers le bord interne, produisent là une zone poreuse. Les rayons sont égaux, nombreux et étroits^ ils ondulent légèrement pour contourner les gros vaisseaux. Le tissu estdense, surtout vers le bord externe. Le parenchyme est en courtes lignes concentriques, rarement distinctes à la loupe.

Produits accessoires (1). — Le bois de châtaignier est encore employé comme matière tannante. Le bois vert contient 4 0/0 de tannin et le bois sec, en moyenne, 10 0/0. Cette teneur varie suivant les régions : les châtaigniers de Flsère et de la Savoie titrent 8 à 9 0/0 ; ceux de TArdèche, 10 à 11 0/0 ; ceux du Gard, des Basses- Alpes, de la Corse, 12 à 13 0/0. Il existe même dans des régions plus méridionales, comme en Italie et en Espagne, des châtaigniers dont la richesse en tannin dépasse 13 0/0. Ce bois contient une forte proportion de matières sucrées et, par suite, gonfle beaucoup les peaux. Le bois de châtaignier se vend en bûches à raison de 17 à 18 fr. la tonne, rendu à Tusine.

On emploie parfois directement le bois pour le tannage, il donne alors au cuir une couleur grise ; mais il est bien plus souvent utilisé à la fabrication de l'extrait de châtaignier. Dans ce dernier cas, on peut admettre que 100 kg. de bois de châtaignier de France donnent environ 18 kg. d'extrait à 25* B. En Corse, on peut obtenir jusqu'à 24 kg. d'extrait pour 100 kg. de bois.

(i) L. Meunier et Cl. Vaney. Loc. cit.

L'extrait liquide à 24* B. coûte environ 26 fr. les 100 kg. rendu généralement à Tusine en fiits pétroliers de 220 à 230 kg. net. Il donne un cuir de très bon rendement et de couleur plus claire que l'extrait tannique que Ion obtient au moyen du chêne et du sapin.

f &S. nfoyer eominaii {Juglans regia Lin ). — Syn. Gemeiner Wahmssbaumy Edelniiss, Welschnuss, allcm. ; The royal ou common Walnuliree, angl.

Caractères botaniques. — Cet arbre appartient à la famille des Juglandées, dont les caractères sont les suivants : arbres à feuilles composées pennées ; fleurs monoïques, les fleurs mâles groupées en chatons pendants latéraux, les fleurs femelles groupées, par trois le plus souvent, au sommet des jeunes rameaux ; le fruit est une drupe spéciale, appelée noix.

L'arbre atteint 20 m. de hauteur, sur 5 et 6 m. et plus de grosseur.

Le noyer croît spontanément dans les montagnes de l'Asie mineure, de la Perse et de Cachemire, il est également spontané au Japon. 11 a été introduit depuis fort longtemps en Grèce et en Italie.

On le cultive maintenant dans toutes les régions tempérées de l'Europe, jusqu'en Angleterre, en Hollande et certaines parties de l'Irlande ; partout, en somme, où un climat marin lui assure une température clémente.

Il ne résiste pas aux hivers rigoureux et une température de 20^ le fait périr jusqu'à la racine.

Le noyer préfère les sols frais, substantiels, même peu profonds, car ses racines sont superficielles. Il donne les plus beaux produits à l'état isolé.

Bois, — Le bois est de couleur gris-brun lorsqu'il est sec, plus

Fig.376. — Noy4;r coiiuiiun (Juglans reaia). 1. Rameau avec cnatons niàlos nendaiiLs (çf) et chaton ft'inrile dressé fQ). — 2. Une Ileur femelle coupée en long. — 3. Kcailli; ne chaton mâle avec ses fleurs. — 4. Klamine isolée, vue de face et de profil. — 5. Le fruit (noix).

— G. La noix coupée longitudinalement .

Fig. 377. — Noyer, Juglans regia L.

noir lorsqu'il est mouillé. Le cœur est plus ou moins flambé ou veiné de noir ou roussâtre ; aubier faible, plus clair. La couleur du noyer varie d'ailleurs beaucoup suivant la région dans laquelle il a crû. Dans le nord, il donne un bois de teinte pâle ; dans les Alpes, au contraire, certains arbres ont un bois avec des veines et flammes et une teinte presque aussi foncée que Tébène. Le bois de noyer est considéré à juste titre comme le plus beau des bois indigènes. C'est un bois très liant, souple, homogène, à grain serré, un bois plein comme on dit ; il se gerce rarement mais résiste peu aux efforts de flexion. Sa densité est : 0,579-0,800. Usages : ébénisterie de haute valeur, beau placage, marqueterie, sculpture, tour, boissellerie ; carrosserie, panneaux de voiture ; supérieur à tous les autres pour Tarmurcrie; on en confectionne parfois des sabots, des formes et des galoches. Le noyer noir d'Auvergne est préféré au noyer blanc qui est plus mou.

Le bois de noyer est un bon combustible fournissant un charbon estimé.

Caractères anatomiques, — Accroissements assez distincts, à bords flexueux, rayons égaux et nombreux, fins, sinueux au niveau des vaisseaux ; plus colorés que le reste du bois.

Vaisseaux assez gros ou gros, abondants et peu inégaux, isolés ou groupés en très petit nombre, disposés en lignes radiales dendritiques traversant les accroissements.

Tissu fibreux dense surtout au bord externe.

Parenchyme ligneux formant des petites lignes finement sinueuses, disposées régulièrement et plus foncées que le reste du bois.

Produits accessoires, — L'écorce renferme du tannin ; elle est employée en teinture.

Ennemis. — Le bois de noyer n'est pas attaqué par les insectes Un champignon, le Polyporiis sulphureus (v. p. 353) à chapeau d'un jaune soufre, se développe sur les arbres morts et cause la pourriture rouge du bois.

fSO. lie Frêne eommaii (Fraxinus excelsior Lin.). — Syn. : Gemeine Esche, allem. ; The common Ash, The Taller, angl. ; Frassino, ital. ; Fresno, espagn.

Caractères botaniques. — Famille des Oléacées, genre Fra-

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BOIS IND!GÈ?fES OU NATURALISÉS

(i*^bk^'.>^ . %â^^.

Fig. 378. — Le Frône, Fraxinus excelsior L.

xinus. Les frênes sont des arbres à feuilles opposées^ composées imparipennées, à folioles ordinairement dentées. Fleurs petites, disposées en grappes ou en thyrses.

Il existe plusieurs espèces indigènes, mais le frêne commun est de beaucoup la plus importante de toutes. C'est un des arbres les plus élevés de nos climats. Il présente un tronc droit, bien proportionné, à écorce grisâtre fendillée, et il est terminé par une ample cime élargie. Les fleurs sont dépourvues d'enveloppe florale, les fruits sont ailés (samares) et elliptiques.

Cet arbre est indigène d'une grande partie de TEurope, il existe à Tétat disséminé dans les diverses parties de la France. Il croit surtout dans les plaines basses et les vallées à sol frais et fertile. Il accompagne généralement Taulne, le chône pédoncule et Forme.

Sa croissance est rapide dans sa jeunesse. Il vit au moins aussi longtemps que le hêtre.

Ennemis du Frêne. — Insectes : Signalons sur les feuilles la Cantharide Litta vesicatoria Lin., qui s*abat en masse sur les cimes et en détruit la verdure.

Parmi ceux qui attaquent le corps ligneux il faut signaler les suivants :

Coléoptères : THylésine du frêne Htjlesinus Fraxini Fab., THylésine crénelé Hylesinus crenatus Fab., qui s'attaquent surtout aux arbres mal venus, dépérissants ou abattus. Le grand Capricorne Cerambyx héros dont la larve s'installe même dans les jeunes tiges. Lépidoptères : la Zeuzère du marronnier d'Inde Zeuzera .Esculi ou Cossus jEscuH Lin. dont la chenille préfère le frêne aux autres essences et se loge dans Taxe même des jeunes rameaux qui ne tardent pas à périr. La chenille du Cossus gàte-bois Cossus ligniperda L. qui creuse des galeries de la souche aux branches. Les lapins, les rats et autres rongeurs rongent Técorce des jeunes tiges.

Champignons : Le chancre des arbres dû au Nectria ditissima rongp parfois les branches de cette essence au niveau des rameaux comme il le fait de nombreuses autres essences forestières ou d'arbres fruitiers. Il cause le dépérissement des rameaux qu'il atteint.

Bois. — Bois blanc nacré, quelquefois rose, bistré ou ver-

dàtre flambé de brun au cœur, aubier indistinct. Très dur, tenace, souple, très élastique, lisse au toucher, susceptible d'un beau poli, se tourmente peu, faiblement exposé à la vermoulure mais se pourrit facilement lorsqu'il subit des alternatives de sécheresse et d'humidité. Densité : 0,626 à 0,950.

La valeur du bois de cet arbre augmente en même temps que la rapidité avec laquelle il a crû, et le bois des arbres jeunes est plus estimé que celui des arbres âgés, comme cela a lieu aussi pour le châtaignier.

La texture du bois est, dans les couches annuelles, alternativement compacte et poreuse, et, lorsque la croissance a été vigoureuse, la portion compacte de la couche annuelle prend beaucoup plus de développement que la partie poreuse, le bois est par suite comparativement plus dur, plus élastique et plus durable. La durabilité de ce bois, et aussi sa rigidité, sont inférieures à celle du chêne; mais le frêne est supérieur à celui-ci, et à la plupart des autres bois indigènes, au point de vue de la dureté et de l'élasticité ; de là vient son universel emploi pour toutes les pièces ayant à subir de brusques secousses, telles que les pièces de Fig. 379. — Frêne à petites feuilles, sec- , tion transversale du bois (20 diamè-

cnarronnage. tres) (A. Thii.).

Peu propre pour la construction à cause de son élasticité, mais très recherché comme bois de travail, surtout pour le charronnage et la carrosserie : flèches, timons, rais et brancards de voitures (déchets 18 à 19 0/0), panneaux courbes pour le charronnage de luxe, crosses de fusils, rames el avirons, pièces de wagon

(déchet 25 0/0) ; bâtis de machines agricoles, bois à tourner, chaises et menuiserie, chevilles, queues de billard, manches de cannes, parapluies, balais, pinceaux, fouets, outils, porte-plumes (déchets 40 0/0) ; merrain spécial pour les liquides incolores ; sabots (t stère donne 75 paires), etc. Il est très utilisé pour la confection de tables de cuisine, car il peut être lavé plus aisément que n'importe quel autre bois, ne laissant pas d'esquilles susceptibles de blesser les doigts. On remploie, pour la même raison, k la fabrication des rampes d'escaliers ; des escaliers entiers sont d'ailleurs parfois construits avec ce bois.

Les racines et les loupes du tronc sont recherchées par les ébénistes à cause des curieuses figures de nuance sombre formées par les veines du bois, qui lui donnent un aspect singulier lorsqu'il est poli ; il est désigné parfois dans ce cas sous le nom de « ébène gris ».

C'est un très bon combustible qui se rapproche du hêtre quoique inférieur à lui, surtout pour le chauffage des appartements en foyer ouvert, car son pouvoir rayonnant est peu élevé.

Le charbon produit est d'une valeur assez discutée.

Caracthes anatomiques, — Accroissements bien distincts, irréguliers dans les jeunes tiges, bien circulaires dans les vieux arbres. Rayons très nombreux, un peu inégaux, étroits -et très fins. Vaisseaux très inégaux, isolée ou groupés en très petit nombre (2, 3 ou l). Les gros sont nombreux sur le bord interne où ils forment une zone poreuse ; ils sont ensuite plus rares et très fins. Ils forment sur le bord externe de petits arcs courts concentriques. (La figure 379, quoique se rapportant au frêne à petites feuilles, donne parfaitement Tidée de cette structure).

Tissu fibreux assez dense, à parois épaisses, dominant. Parenchyme autour des vaisseaux accentuant encore, en les réunissant entre eux, les lignes concentriques du bord

Fig. 380.— Frêne commun.— p, parenchyme court.— P, parenchyme long. — /", fibres (A. Thil).

externe ; les cellules de ce parenchyme sont plus ou moins aUongées (fig. 380).

Le frêne oxyphxjlle {Fraximis oxyphylla, Bieb.) semble remplacer le frêne commun dans toute la région méditerranéenne où il habite des sols plus secs. On le retrouve en Algérie, notamment sur le Djurjura. Son bois est plus compact, plus dense (de 0,756 à 0,860). Très recherché et employé lorsqu'il atteint des dimensions suffisantes.

Le frêne à petites feuilles (F. parviflora, Lamarck) est un petit arbre du Midi, très voisin du précédent.

Le frêne à fleurs {F. ornus, Lin.). — Cette espèce se distingue des autres frênes dont nous avons parlé en ce que les fleurs, qui apparaissent après les feuilles, sont pourvues d'un calice et d'une corolle, au lieu d'être nues. Le tronc est couvert d'une écorce grise, lisse, non gerçurée. Cet arbre croît

Fig. 381. — Rameau fleuri de Fraxinus ornus^

spontanément dans tout le Midi de l'Europe ; en France, on le trouve dans les Alpes-Maritimes et en Corse où il est commun dans les endroits humides. Le bois est rosé et même légèrement rougeàtre au cœur, généralement plus dense (0,780), plus dur et plus nerveux que celui du frêne commun. Comme arbre d'ornement, le frêne à fleurs est cultivé jusque sous le climat parisien où il se montre rustique.

f ai . Ormes, Ulmus. — Sya. : Ulme^ Kuster^ allem. ; JbVm, angl.

Caractères botaniques, — Les ormes appartiennent à la tribii des Ulmées, famille des Urticacces (Apétales).

La tribu des Ulmées comprend des plantes à fleurs généralement hermaphrodites, développées avant les feuilles, lesquelles sont alternes et distiques. Les anthères sont dressées dans le bouton, Tovule unique est suspendu et Tembryon droit.

Le genre Ulmus a comme caractères particuliers les suivants :

Il est constitué d'arbres à feuilles alternes, dentées, pen-

ninerves, inéquilatérales à la base, à stipules caduques.

Les fleurs sont polygames (fleurs hermaphrodites et unisexuées existent sur le môme pied) et disposées en faisceaux aux nœuds des feuilles tombées de Tannée précédente. Le fruit est une samare ; il possède autour de lui une aile réticulée membraneuse. La graine peut être plus ou moins au centre de la samàre, et ce caractère est utilisé pour la distinction des espèces.

Les espèces (ro?*mes. — Il existe trois espèces indigènes : Torme champêtre, Tormc de montagne et Tonne ditTus.

Il est assez facile de les distinguer an moyen des caractères suivants :

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