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TITRE VI

Des reboisements et expropriations pour cause d'utilité

publique.

TITRE VII Dé la constatation et de la poursuite des délits.

TITRE VIII De la police des forêts et des peines applicables.

TITRE IX De l'exécution des jugements

Appendice. — Arbres titilisés pour leur bois dans la région des Betsimisaraka-Betanimena, — Nous croyons utile de

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1246 CHAPITRE XII. — BOiS DES COLONIES PRANÇAtSES

donner ici l'analyse d'un travail récent se rapportant, partiellement, à la question qui nous occupe (1).

Le pays des Betsimisaraka est constitué par la région comprise dans Timmense quadrilatère dont les deux grands côtés sont : à TEst la côte de Tocéan Indien, de la baie d'Antongile à Mananjary, à TOuest Tarôte Est du bassin du Mangoro et enfin les montagnes difficiles et boisées du pays Tanala.

Celte région présente le plus grand intérêt au point de vue de la colonisation ; toutes les voies de communication reliant Tananarive à la partie centrale de la côte Est, la traversant. Déjà la route carrossable de Tamatave à Tananarive par Mohatsara est à peu près achevée. D'autres voies sont en train d'être créées.

Autrefois la forêt allait jusqu'à la mer, elle a dû reculer à l'Ouest devant les incendies périodiques et elle devient de plus en plus serrée au fur et à mesure qu'on gagne les montagnes de l'intérieur, où Ton trouve la grande forêt (Ala-Be).

Cette partie boisée de la région moyenne est distincte de la grande forêt qui borne l'Emyrne. Elle en constitue le contrefort vers l'Est. On y trouve de nombreuses essences précieuses. Les bois durs : ébènes, acajous et palissandres y sont abondants.

UHazomainty (ébénier), YHindramena (bois de rose) appelé aussi Hazonandriana, le Savoka ou Voamhoana (palissandre), le Hotra (acajou) et divers autres bois durs y sont communs. Les arbres à résine : Kijy> Rainy, Vintanina, Angivolo, Harongana ; les arbres à latex, Hazondrano, Lalotona, Tsibona, Tsiramramy et diverses autres essences y sont également abondantes.

Un fait caractéristique des arbres de la forêt de ces régions est que leur tronc s'accroît beaucoup en hauteur, pour gagner la lumière, tandis qu'il conserve un faible diamètre. C'est ainsi qu'il n'est pas rare de voir des arbres ayant plus de 30 mètres de hauteur et seulement 50 centimètres de diamètre.

Les bois sont presque toujours durs ; leur couleur varie du

(1) M. le capitaine B. Jeannot. « Les productions végétales de la région des Belsimisaraka-Belanimena », Revue des cultures coloniales, Paris,

MAbAGASCAR 124?

noir parfait au blanc pur, ou bien ils sont bruns ou rouges.

Dans de nombreuses variétés d*ébènes, il n'est pas rare de -*

voir des couches de bois parfaitement blanc entourant plus -^

ou moins régulièrement un cœur du plus beau noir. Un

fait à signaler est que les arbres à latex fournissent généra- ^

lement un bois blanc et tendre, comme par exemple THazon-

drano, le Lalotona, le Kangahazo du Tsimramy, etc.

A. Bois CONVENANT A l'ébénisterie, Hazonandriana Hitsiky (Bignoniacées). — Sorte de bois rose fréquent dans les forêts de la région moyenne. Bois brun ou noirâtre, dur, excellent pour la fabrication des meubles peu volumineux.

Hazoïnainty (littéralement : bois noir). — Sous ce nom les indigènes englobent plusieurs variétés d'ébène dont la couleur varie du noir parfait au noir verdâtre. Une variété est panachée. Le bois est dur, lourd, mais souvent cassant.

Merana (Composées), Vernonia merana, — Bois noir, très dur, connu sous le nom de bois de fer. Sert à faire des cannes et des ustensiles exigeant un bois de grande dureté.

Hintsina (Légumineuses), Afzelia bijuga. — C'est une variété d'ébène. La couleur noire du cœur tranche nettement sur la couleur claire de Taubier.

Savoka. — Bois noir, d'un beau grain, très dur.

Rotra (Myrtacées), Eugenia? — C'est une sorte d'acajou. II est abondant dans la région moyenne où il atteint de fortes dimensions. Bois dur, brun ou jeaunâtre.

Hazovola, — Bois dur, rougeàtre, souvent veiné de noir.

Voamhoana (Légumineuses), Dalhergia Baroni, — C'est une sorte de palissandre. Le cœur du bois est brun clair et quelquefois noir.

Harahara (Légumineuses), Neobaronia phyllanthoidcs. — Bois dur, d'une belle couleur rougeàtre ou bien noir.

B. Bois DE CONSTRUCTION (maisons, meubles grossiers, pirogues, etc.). — Nato (Sapotacces). Arbre à latex peu abondant. Bois rougeàtre, moyennement dur. Planches et membrures de bateaux.

Atodinga (Sapotacées). — Arbre habitant au bord des eaux courantes. Latex peu abondant. Bois rougeàtre et résistant. Membrures de bateaux. Construction des maisons.

Voapaka, — Bois dur, grisâtre. Constructions.

Hazinina, — Arbre à oléo-résine. Bois rougeàtre ou jau-

nàtre, moyennement dur. Constructions, planches, pagaies.

Tandroroho (Légumineuses), Hymenœa verrucosa. — C'est Tarbre produisant la gomme copale. Bois résistant, rougeàtre, souvent violacé au cœur. Constructions, membrures de bateaux, manches d'outils.

Vintanina (Calophyllum spurium), — Arbre produisant une sorte de résine ; employé pour la construction des pirogues.

Lalona^ espèce de WeAnmannia, — Bois blanc, assez résistant, mais pourrissant dans la terre.

Varongy (Lauracées), Ocoiea trichophlebia. — Bois blanchâtre de peu de dureté.

Bemafaitra. — Bois blanc, très léger, servant à faire des « lièges » pour soutenir les filets sur l'eau.

Pilao (Casuarinées), Casuarina equisetifolia. — Arbre très abondant dans la zone sablonneuse du littoral. Il croit jusqu'au bord même de la mer. Bois dur, jaunâtre, employé principalement pour faire des charpentes.

Lalotona, — Arbre à latex. Bois blanc, peu résistant.

Tsiramramy. — Arbre à latex. Bois blanc. Constructions.

Hazondrano, — Arbre â caoutchouc. Bois blanc, léger.

Kiji {Tamarindus indica ?) — Arbre à résine. Bois jaunâtre, atteignant de fortes dimensions. Constructions, pirogues.

Raphia {Raphia Riiffia). — Beau palmier très abondant dans les marais et dont on extrait une fibre, objet d'un important commerce d'exportation. La côte des feuilles sert à faire les parois et même certaines parties des charpentes des cases indigènes ; elles peuvent atteindre 10 mètres de longueur.

Ravenala (Musacées), Ravenala madagascariensis. — Arbre du voyageur. Abonde sur le versant des collines. Les pétioles des feuilles engainent les uns dans les autres, ce qui donne à l'arbre l'aspect très caractéristique d'un immense éventail. La tige présente extérieurement un cylindre fibreux et dur, et intérieurement une partie tendre peu résistante. Ces deux parties peuvent être facilement séparées. Le cylindre externe, développé horizontalement suivant une génératrice, constitue le plancher des cases Betsimisaraka (rapaka)\ les feuilles sont employées à la confection des toitures {j'avinpotsy) et les côtes à faire les parois des cases.

Volo (Graminées), bambou. — Le bambou est très abondant dans la région moyenne. Il ne dépasse pas ordinairement la grosseur de la cuisse. On l'emploie & des usages multiples : instruments de musique {Valihà)^ récipients pour Teau, palissades de clôtures, ustensiles de ménage, parois des cases. Pour ce dernier usage, le bambou est fendu et aplati. Les différentes parties, ainsi préparées, sont assemblées en clayonnagc serré.

Le bambou sert aussi au transport des fardeaux.

Exploitation des bois. Conditions d'établissement d'une scierie 7nécanique. — Jusqu'à présent les bois de la région n'ont guère été débités que par les indigènes, à la hache ou à la scie de long Quelques colons ayant obtenu des concessions forestières font également usage de cet outillage primitif. Il y aurait lieu de recourir à des procédés plus perfectionnés pour obtenir un rendement rémunérateur.

Le succès d'une telle entreprise dépend naturellement des conditions d'écoulement des produits. Voyons ce qu'elles sont :

A. Ecoulement des bois débités.

Une scierie devra être installée à proximité des débouchés et reliée aux centres de consommation par des voies commodes et peu onéreuses.

Cet emplacement pourra être choisi près d'une forêt et à proximité :

l*' Soit de la ligne des lagunes qui offre une voie fluviale presque ininterrompue parallèlement à la c6te ;

2^ Soit d'une artère fluviale de l'intérieur;

3** Soit enfin de la route carrossable Andévorante-Tananarive.

Les débouchés actuels sont les villes de la côte et les chantiers de la voie ferrée.

B. Production et exploitation.

La production dépend :

1^ De l'abondance de la matière première ;

2** De la machinerie adoptée et de son installation ;

3® De la main-d'œuvre.

Le bois est peu abondant dans la zone littorale et au contraire la forêt devient dense dans la zone montagneuse. De plus, les bois y sont plus beaux et sains. C'est donc là, ù

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proximité d'un fleuve ou d*une route qu'on devra installer la Bcierie.

Le matériel comprendra, un moteur, des machines-outils, des outils de réparation et divers accessoires. Ce matériel devra être mobile, facilement démontable et montable, pour être transporté facilement sur de nouveaux emplacements. Les chutes d*eau qu'on a pensé utiliser à Madagascar, comme force motrice, ne répondant pas à cette nécessité d'une facile mobilité, il faudra préférer le moteur à vapeur.

Voici, d'après un industriel compétent, ce que pourrait comprendre une installation, répondant aux desiderata ci-^dessus exposés :

1^ Moteur, type Weyher et Richemond, force 20 à 25 chevaux. Ces machines sont fixées sur roues ; leur foyer est disposé pour brûler la sciure de bois et les copeaux. Le prix en est d'environ 10.000 francs»

2® Les machines-outils suivantes : Une scie verticale alternative ; deux scies circulaires ; une scie à ruban ; un outillage de rechange, un outillage accessoire et un outillage de réparation.

Total maximum des machines^outils et accessoires, 10.000 francs.

Total général du matériel, environ 20.000 francs.

Dans cette somme ne sont compris ni les frais de transport, ni ceux d'installation.

Gomme personnel, cette scierie exigerait : Un chaufieurmécanicien, un chef de chantier, six ouvriers scieurs (Européens ou créoles), trente ouvriers bûcherons (Betsimisaraka).

Les Betsimisaraka excellent à travailler le bois à la hache et aiment ce genre de travail. Ils seraient employés à abattre et transporter le bois à la scierie.

Une scierie ainsi installée serait en mesure de produire 200 traverses de chemins de fer par jour, aux dimensions 2m. 60 X 0 m. 25 X 0 m. 15, soit sensiblement 20 m» de bois débité (1).

(I) Dans ce mémoire, M. le capilaine K. Jeannot passe ensuite en revue : Les arbres à gomme cl à résine ; Les arbres cl lianes à lalex ; Les végèlaux lextiles, elc.

Là récnion 1251

8ti. La IléMiloll (1). -^ I. SUPBRFICIË BES FORÊTS. — Il

est impossible de dire avec certitude quelle est encore actuellement la superficie boisée de llle de la Réunion. La propriété foncière n'y est pas cadastrée. Sous le bénéfice d'une grande incertitudci il n'est pas exagéré de dire que les bois et forêts recouvrent encore actuellement plus du tiers de la superficie totale de l'Ile, se répartissant, approximativement par moitié, entre le Domaine et les particuliers.

Les forêts des particuliers recouvrent les parties supérieures des pentes douces. Elles sont généralement comprises entre les altitudes de 400 à 1.200 mètres. Récemment, des forêts artificielles très importantes ont été créées par des particuliers dans les plaines basses du littoral. Ces dernières tendent à prendre de plus en plus d'importance pour servir à la création de vanilleries sous bois.

Les forêts domaniales s*étendent :

1*^ Sur les bauts plateaux de Fintérieur de TUe, situés au delà de la ligne dite du sommet des montagnes, attribuée comme limite supérieure aux concessions originaires faites dans la colonie ;

2® Sur les pentes d^encaissement des torrents qui ont servi de bornes à ces mêmes concessions ;

3^ Sur les pentes d'encaissement des cirques de Tintérieur de nie, et sur quelques plateaux, situés au fond de ces cirques, qui n'ont pas été concédés ou envahis.

Elles comprennent enfin, sur le littoral, la zone dite des pas géométriques, partout où celle-ci n'a pas été louée, et quelques plaines de sable ou savannes rachetées et reboisées par la colonie pour cause d'utilité publique.

II. Constitution des forêts particulières et domaniales. — Si la superficie boisée de la colonie est encore assez grande, il n'en est malheureusement pas de même de sa richesse actuelle en matériel ligneux. Celte richesse a été considérable lors de la première colonisation de l'Ile. Les forêts, qui la

(1) Elude empruntée à la « Notice suj* la Réunion^ rédigée sous la direction de M. A. G. Garsauil, commissaire de la Réunion à l'Exposition universelle de 1900 ». Paris, librairie africaine el coloniale, J. André, éditeur,

Celle notice est rédigée par M. G. Kerourio, clief du service des eaux et forêts de la Réunion.

recouvraieDt alors entièrement, étaient constituées par des peuplements de très grande valeur, composés d'essences pour la plupart spéciales à la colonie.

Un étage dominant était formé d'essences de haute futaie atteignant de très grandes dimensions. C'étaient, suivant les lieux :

Des petits nattes {Mimusops calophylloldes).

Des grands nattes {Mimusops imbricaria).

Des bois puants {Fœtidia maurùianà).

Des benjoins {Terminalia benzoin).

Des tacamacas {Calophyllum tacamahaca).

Du bois de bassin (Lomalium panictdatum).

Des bois rouges {Elœodendron orientale).

Des bois jaunes (Ochrosia borbonica).

Des bois noirs des hauts {Diospyros melanida).

Des bois de cannelle (Ocolea cupularis).

Des bois de cœur bleu (Linociera cyanocarpa).

Des tans rouges {Weinmannia tinctoria).

Des pêchere marrons {Securinega durissima).

Au-dessous d'elles, un sous-étage très dense était formé d*arbres de second ordre, atteignant des dimensions beaucoup moindres ; c'étaient suivant lés altitudes :

^ , . ,, ,. / Olealancea.

Des bois d olive > ^. , , ,,

\ Olea chrysophylla.

Des bois maigres [Nuscia veriicillata).

( Eugenia cymosa.

, \ Eugenia glomerata.

^ j Eugenia richardiana.

( Eugenia paniculala.

^ , . , , « ^ Eugenia cotinifolia. Des bois de nèfle < r» . l- r . I Eugenia orhiculata.

Des bois de judas [Cossiquia pinnata).

Des bois de gaulette (Cupœnia lavis).

Des bois de gaïac {Apodytes Fi^appieri).

Des bois blancs {Hemandia oviyera).

Des bois de gouyave marron {Psiloxylon mattriiianum).

Des bois de prune marron (Guya caustica),

^ , . \ Dombeya punctata.

Des mahots { ,, l l- .

Dombcya rechinata.

Des mapous {Monimia rotundifolia).

Ficus lucens.

rk ip i 1 Pictis cinerea. Des affouches < ^.

rtciis mauritiana.

Ficus terehrata.

Des bois de lousteau [Guettarda verticillata).

Des boisd'évi (Spondias borbonica).

Des andrèzes {Tréma Commersonii),

Des bois de rempart (Agauria salicifolia).

Des bois d'épongé {Gastonia cutispongia).

Des bois de banane {Panax repandum).

Et une infinité d'autres essences de moindre importance.

Au-dessous de ce sous-étage, des morts- bois innombrables formaient un sous-bois presque impénétrable. C'étaient, pour les plus répandus :

Des ambavilles {Senecio ambavilla).

Des fleurs-jaunes {Hypeircum lanceolatum).

Des bois de perroquet {Mallolus inlegrifolius).

Des bois de rat {Geniostoma borbonicum).

Des bois de quivi (Quivisia heterophylla).

Des branles {Stœbe passerinoîdes).

Des bois de merle (Schmidelia racemosa).

Des bois d'ortie {Obetia ficifolia),

P satura borbonica.

Des bois cassants , , ,

— polyantha.

Des mussœndas {Mussœnda landia).

Le sol, enfin, était recouvert de fougères, de mousses et d'herbes formant un tapis continu, ne permettant nulle part d'apercevoir le sol de la forêt. Telle était partout, dans la zone basse et dans la zone moyenne de Tlle, la constitution primitive des forêts. II n'y avait d'exception que pour les hauts plateaux de l'intérieur recouverts d'une essence spéciale à ces régions, le tamarin des hauts [Acacia helerophylla).

Etat actuel des forêts des particuliers, — Si à la forêt constituée comme nous venons de le dire on enlève tout l'étage dominant qui en faisait la richesse, et, dans le sous-ctage, la majeure partie des arbres pouvant fournir des matériaux de construction, on se fera une idée de ce que sont aujourd'hui, à de rares exceptions près, les forêts particulières de la colo-

nie. Ce sont, à proprement parler, des fourrés d'essences inférieures de faible valeur, ne présentant aucun avenir, parce que les éléments de leur régénération y font défaut. Ces forêts des particuliers vont, au contraire, s*appauvrissant chaque jour. Si Ton fait exception pour les forêts dépendant des propriétés exploitées par la Société du Crédit foncier colonial, qui s'occupe de leur amélioration, et pour quelques rares portions de forêt ayant toujours appartenu à quelques grands propriétaires, soucieux de leur conservation, on peut affirmer que dans un avenir très prochain il ne faudra plus compter sur les anciennes forêts privées de la colonie pour satisfaire aux besoins de la société créole. Les particuliers, dont les ressources vont en diminuant, ne peuvent pas s'intéresser à une production qui demande plus d'un siècle pour devenir utilisable. Il n'y a donc aucune probabilité de les voir s'occuper de la régénération de leurs forêts.

Etat actuel des forets domaniales. — Les forêts domaniales actuelles présentent trois types bien distincts :

\^ Les hauts plateaux de l'intérieur de TUe, situés au-dessus de la ligne dite du sommet des montagnes, sont généralement recouverts de tamarins des hauts {Acacia heterophylla). Ceiie essence est des plus précieuses pour la colonie, parce qu'elle est la seule qui puisse actuellement, et sans aucune difficulté, être aménagée en futaie régulière comme nos chênes et nos pins d'Europe. Le service des forêts de la colonie en a fait un essai dans la plaine de Bélouvre, et les résultats acquis sont merveilleux.

Ces forêts domaniales des hauts plateaux, comprises généralement entre les altitudes de 1.200 à 1.600 mètres, sont encore actuellement à l'état de forêt vierge, si Ton excepte cependant une partie de celle de Bélouvre, qui est soumise depuis 1889 à un aménagement régulier. On y rencontre, mélangés aux tamarins des hauts, quelques tans rouges, des mapous, des bois maigres, des bois de nèfle, des mahots, des palmiers, et en abondance des fougères arborescentes atteignant de grandes dimensions. Ces tamarins, crus à l'état de nature, ont généralement des formes défectueuses : ils sont tortueux et, le plus souvent, ramifiés à une faible distance du sol. Leurs branches latérales et d'innombrables troncs gisants recouvrent inutilement de grandes superficies de ter-

rain qui sont ainsi perdues pour la production forestière. Des morts-bois forment au-dessous d'eux un fouillis impénétrable, et le sol de la forêt est recouvert, sans discontinuité, sur une épaisseur de plus d'un mèlre, d'une variété infinie de fougères et de mousses qui défendent laccèsdu sol aux semences. Dans cet état, ces forêts sont presque improductives. Le matériel ligneux utile qui s'y trouve est beaucoup moins important que pourrait le faire croire un examen peu attentif des lieux.

Par contre, ces forêts présentent tous les éléments nécessaires à un aménagement rapide. Qu'on enlève tout le sousbois, qu'on réalise tous les bois gisants et les arbres tortueux qui occupent inutilement le sol ; qu*on fasse une coupe d'ensemencement très claire ; qu'on débarrasse enfin momentanément le sol des fougères et mousses qui le masquent^ et quinze jours après ce sol sera recouvert uniformément d'un semis très dense de jeunes tamarins des hauts, qu'il suffira de soumettre à des règles culturales appropriées pour conduire, en 80 ans au plus, jusqu'à la haute futaie exploitable.

Les forêts de tamarin des hauts pourront donc fournir un appoint considérable à la consommation du pays, lorsqu'elles seront aménagées et que des voies d'extraction y seront créées. Cet appoint sera d'autant plus important que le bois de tamarin des hauts se prête aux usages les plus variés. Il est à la fois bois de service, bois d'industrie et bois de marine. U produit, en efifet, des bois de charpente. A l'industrie, il fournit des bois de sciage employés dan3 la construction des maisons et dans Tébénisterie, des bois de fente ou bardeaux employés pour la couverture des toits et pour la protection des pans de bois. C'est encore lui qui donne le meilleur bois de marine de la colonie. Son bois carbonisé produit un bon charbon, et il peut enfin servir comme bois de chauffage, quoique sa valeur, sous ce rapport, soit beaucoup moindre.

La loi forestière du 25 février 1874, qui régit la colonie, interdit heureusement tout défrichement sur les hauts plateaux de l'intérieur de Tile. C'est à la végétation forestière luxuriante qui les recouvre et à Temmagasinement des eaux pluviales dans l'humus qui en résulte que l'on doit la permanence des eaux que débitent encore les rivières qui en sor^ tent.

1256 CflAPITRE Xn. — BOIS DES COLONIES FRANÇAISES

2^ Un secoua type de forêt domaniale est celui qui existe dans la zone moyenne de la colonie, entre les altitudes de 100 à 1.000 mètres environ Dans cette zone, qui est une région agricole par excellence, toutes les terres susceptibles d*ôlre cultivées ont été concédées. C'est dire que le Domaine y est très peu représenté.

Ces forêts sont constituées des mêmes essences que les forêts particulières qui les avoisinent et que nous avons déjà citées ; mais elles sont heureusement moins appauvries que ces dernières. Les essences précieuses de l'étage dominant n'y ont pas disparu complètement. Leurs derniers représentants sont, il est vrai, très disséminés et souvent dépérissants. Quelques essences, telles que le bois puant et le bois de fer, sont même devenues très rares et tendent à disparaître. Mais d'autres, telles que les nattes, les tacamacas, les bois de bassin, les bois de pomme, les bois rouges, les benjoins, les tans rouges, sont encore en nombre suffisant pour assurer la régénération de ces forêts. On peut dire que la valeur d'exploitation dépend beaucoup des essences qui constituent le sous-étage. Les bois d'olive, les bois maigres, les bois de nèfle, les bois de gaulette fournissent, en eflPet, des produits de grande valeur. Beaucoup d'essences de moindre importance fournissent également des produits appréciés par le commerce local. Mais, dans l'état actuel des choses, ces forêts domaniales de la région moyenne fournissent également très peu de matériaux à la consommation locale, et il faut, à cet égard, les distinguer en deux catégories : celles qui recouvrent les pentes abruptes des encaissements des rivières ou ravinesbornes et des remparts des cirques, et celles qui s'étendent sur les pentes douces des montagnes ou sur les plateaux situés au fond des cirques, ou encore dans les bas fonds des encaissements des grandes rivières de la colonie.

La loi forestière du 25 février 1874 interdit toute exploitation des premières, à cause des éboulements qu'elle pourrait produire sur des pentes abruptes, et de l'utilité de ces bois pour la conservation des sources. Quant aux secondes qui, par leur situation, pourraient être exploitées, il faudra attendre des années encore avant de pouvoir les aménager régulièrement dans ce but. En effet, dans l'étage dominant, les âges intermédiaires entre le semis et r%e

d'exploitation n*cxistaient plus. Une exploitation abusive a fait disparaître ces âges intermédiaires qui constituent la richesse d*une forêt en assurant son rapport soutenu. Pour le moment, le service forestier se contente de réaliser dans ces forêts les arbres très dépérissants qui ne grainent plus et dont la conservation conduirait à la détérioration complète du bois.

3® Un troisième type de forêt domaniale nous est fourni par les massifs créés artificiellement par le service des forêts de la colonie ; nous en parlerons plus loin.

III. Produits des forêts de la colonie. — Faute de statistique et d*un contrôle quelconque sur le commerce des bois dans la colonie, il est impossible, même approximativement, d'évaluer le chiffre auquel s'élève la consommation du bois dans le pays. On peut dire que cette consommation a été et est encore très grande. Jusqu'à ces dernières années, presque toutes les maisons et bâtiments quelconques étaient construits entièrement en bois : charpentes, bordées, toit. La plupart des ponts sont également construits en bois. L'exploitation du chemin de fer est venue ensuite demander aux forêts de grandes quantités de traverses.

La consommation du pays en bois de chauffage n'est pas moins considérable. La houille et ses dérivés y sont très peu consommés; bien rares sont les usines qui les utilisent. Toutes les usines à sucre brûlent du bois de chauffage, et toute la population n'emploie, pour les besoins du ménage, que le bois h brûler et le charbon de bois. L*industrie de Textraction des essences, installée dans la colonie depuis quelques dizaines d'années, a consommé une quantité considérable de bois de chaufl'age. C'est à cette industrie, principalement, qu il faut imputer les défrichements opérés sur une grande échelle, ces dernières années, dans les forêts des particuliers.

La grande étendue primitivement boisée de la colonie, la très grande richesse des peuplements qui recouvraient ces surfaces boisées, et la force de végétation spéciale aux régions intcrtropicales expliquent comment il se fait que l'Ile de la Réunion ait pu, jusqu'à ces dernières années, satisfaire presque entièrement à tous ses besoins en bois de construction et en bois de chauffage.

Ses forêts fournissaient des bois de premier ordre à toutes les branches de la consommation.

Les bois de charpente de première qualité étaient fournis par le bois puant, le bois de fer, le petit natte, le benjoin, le bois noir des hauts, les bois d'olive. D'autres essences, telles que le bois de bassin, le bois de nèfle, le tamarin des hauts, le pêcher marron, le bois rouge, le tacamaca, fournissaient également des bois de charpente très estimés, quoique de qualité inférieure aux premiers.

Des bois de sciage de tout premier ordre étaient fournis par le bois de fer, le petit natte, le grand natte, le bois de bassin, les bois d'olive. D'autres, de qualité moindre, étaient tirés du tamarin des hauts, du bois rouge, du tan rouge, du bois de cannelle.

Les bois de charronnage étaient fournis par le petit natte, le bois de gaulette, le bois noir des bas (Acacia Lebbeck), cette dernière essence importée dans la colonie depuis de nombreuses années et aujourd'hui complètement naturalisée.

Les bardeaux, dont sont recouvertes les maisons, constituent les seuls bois de fente utilisés dans le pays. Ils sont fournis par le petit natte, le bois de fer, le bois maigre, le tamarin des hauts, le mapou, le bois d'olive, le bois de rempart.

L'ébénisterie avait h sa disposition un choix des meilleurs bois connus pour cette industrie, dans ceux du grand natte, du bois de fer, du petit natte, des bois d'olive, du tamarin des hauts.

Le tacamaca et le tamarin des hauts nous fournissaient enfin d'excellents bois de marine.

Telle était, il n'y a pas très longtemps encore, la situation très prospère de la colonie, au point de vue de la production du bois. Il faut faire remonter à quarante ans environ le commencement des exploitations à outrance qui ont amené la ruine des forêts du pays. Jusque-1^, la colonie avait été très prospère ; les produits de son agriculture abondants et vendus à des prix rémunérateurs suffisaient au delà du nécessaire aux besoins des habitants ; l'aisance était partout. Si l'on touchait aux riches forêts qui existaient encore à cette époque, c'était pour en retirer les matériaux indispensables à l'entretien des maisons et aux constructions nouvelles. Bien

pares éfaîent ceux qui exploitaient alors leurs forêts dans un esprit de lucre. On s'adressait bien à la forêt, également, pour avoir le bois de chauffage nécessaire aux usines et aux besoins des ménages ; mais alors la main-d'œuvre était abondante, et Ton n'hésitait pas h s'en servir largement pour ne retirer de la forêt que les bois morts gisant accumulés par les siècles. Depuis lors, arrivèrent les mauvais jours. La valeur marchande des produits du pays est allée s'avilissant chaque jour. La main-d'œuvre se fit de plus en plus rare. UHemileia vastatrix fut ensuite importée et détruisit les caféières si riches autrefois. Pendant ces temps de crise aiguë il fallut vivre, cl, comme toujours en pareille occasion, la forêt en fit les frais dans une large mesure. On Texploita de tous côtés et sans méthode. Des équipes d'ouvriers étaient envoyées dans la forêt, sans surveillance, avec mission de façonner le plus de matériaux possible. Livrés à euxmêmes, ceux-ci remplirent à merveille leur mission de destruction. Ils s'attaquèrent d'abord aux arbres les plus faciles à exploiter, c'est-à-dire aux jeunes et à ceux des âges intermédiaires d'un débit facile. Les autres, plusieurs fois centenaires, aux dimensions très fortes, ne furent exploités que plus tard, lorsque tous les âges intermédiaires avaient disparu, et avant qu'un nouveau semis eût pris possession du sol. Ces arbres très âgés et dépérissants avaient passé Tàge de la fructification, et il ne fallait plus compter sur eux pour la régénération de la forêt. On ne songea d'ailleurs jamais à cette régénération. L'étage dominant détruit, on s'attaqua au sous-étage qui disparut à son tour. Les défrichements vinrent ensuite pour livrer des terres nouvelles à l'agriculture. La hache et le feu firent conjointement leur œuvre pour faire reculer sans cesse la limite de la zone boisée.

Dans l'état actuel des choses. Ton ne trouve en assez grande abondance sur le marché que des bois fournis par le tamarin des hauts, le tan rouge, le bois de bassin, le bois maigre et quelques autres essences du sous étage. Le bois puant a disparu du marché. Le bois de fer y est devenu très rare. Les nattes s'y raréfient de plus en plus. Il en est de même du benjoin, du bois d'ébène et des autres essences précieuses qui faisaient autrefois la richesse de nos forêts.

Le tableau ci dessous donne les prix courants actuels des

bois façonaés sur le marché de Saint Denis. La vente des bois en grume n'est pas usitée dans le pays.

Bois de fer — Très rare, prix suivant convention.

/ Débit en bois de charpente, 150 fr. le m*.

-.,.,,. \ — traverses, 150 fr. le m^

Peut natte < u • j • oaa r i a

i — bois de sciage, 300 fr. le m^.

( — bois de fente (bardeaux), 55 fr. le millier.

^ , J Débit en madriers, 210 fr. le m».

brand natte , planches de 320 à 360 fr. le m\

„ . . . ( Débit en bois de charpente, 90 fr. le m'.

Bois de batnil ] i, - a • ànn e I s

f — bois de sciage, 160 fr. le m'.

Tamarin des ( Débit en madriers, 105 à 126 fr.

hauts I — planches, UO à 160 fr.

( Débit en bois de charpente, 80 fr. le m'.

Tan rouge | bois de sciage, 120 fr.

Bois rouge — Débit en bois de charpente, 80 fr. le m*. Bois maio • i Débit en traverses, 100 fr. le m*.

( — bois de fente (bardeaux), 30 fr. le millier. Bois de lousteau et autres essences, formant le tout l)ois du commerce, 70 à 90 fr. le m«.

i> ;. .^« j i Débit en jantes, 315 fr. le m'.

Bois noir des \ c . . i r .. j <-fi* .

. i "^ ^^^ propre À la confection des moyeux, 175 et

( 200 fr. le m».

Il ressort de ce tableau que les bois de sciage ont dans la colonie une valeur beaucoup plus grande que celle des bois de charpente et de menu service. La raison en est que les troncs ayant le diamètre voulu pour être débités en madriers et en planches deviennent de plus en plus rares, tandis que les bois de charpente que Ton trouve dans le commerce sont généralement confectionnés avec des bois bruns de faible diamètre qui sont plus communs dans les forêts des particuliers. Ces bois de charpente confectionnés avec de tout jeunes arbres contiennent généralement une grande proportion d*aubier et n'ont dès lors qu'une .faible valeur.

IV. Importation dks bois dans la colonie. — Par suite de la diminution de la production, l'importation des bois étrangers dans la colonie augmente d'importance chaque année. L'importation du bois de sapin remonte à une époque déjà reculée, car presque toutes les essences fournissant des bois durs et denses, difficiles à travailler, les bois de menuiserie analogues au sapin faisaient défaut. Mais depuis quelques années la colonie importe également d'assez grandes quantités de bois de pin et de pitchpin qui sont aujourd'hui couramment

LA RÉUxMON 1261

employés dans la charpente, dans la menuiserie et dans Tébénisterie. Cette importation s'est élevée :

En 1845, à 37.998 madriers de sapin et de pin, à 551 pièces et 150 planches de bois dur ;

En 1896, à 37.615 madriers de sapin et de pin, à 2.012 planches et 122 pièces de bois dur ;

En 1897, à 23.610 madriers de pin et de sapin et à 5.298 planches^ 754 traverses et 15 pièces de bois dur ;

En 1898, à 33.358 madriers de pin et de sapin et à 374 pièces, 943 planches et 1.738 traverses de bois dur.

Le sapin vient principalement de Norvège, et les bois durs de l'Inde qui fournit le bois de teck, de l'Australie qui envoie du bois de jarrah, et de Madagascar qui envoie des bois provenant d'essences appartenant à la famille des Sapotacées, très voisines de nos essences indigènes.

Il va sans dire que la Réunion n'exporte pas de bois.

V. Reboisement. — De tout ce qui précède l'on pourrait conclure que, dans un avenir prochain, les marchés de la colonie seront dépourvus de bois de construction et de bois de chauffage provenant du pays. On peut affirmer, aujourd'hui, que cette éventualité n'est plus à craindre, grâce au reboisement qui prend de jour en jour de plus grands développements.

Certes, les bois des essences précieuses, le tamarin des hauts excepté, se feront de plus en plus rares pendant de longues années encore. Les forêts des particuliers s'épuiseront de plus en plus au fur et à mesure que la propriété se morcellera. D'autre part, le Domaine, pour conserver les essences précieuses du pays, pour améliorer ses forêts et arriver à leur aménagement, sera tenu à des périodes de transition assez longues pendant lesquelles il ne pourra livrer à la consommation que les bois provenant d'arbres dépérissants devenus inutiles pour la régénération. Or, les produits de ce genre ne suffisent déjà plus pour satisfaire aux besoins des services publics coloniaux et municipaux.

Mais des esprits éclairés et soucieux des véritables intérêts du pays avaient vu depuis longtemps le danger que les dérrichements immodérés feraient courir tôt ou tard à la colonie.

Les pouvoirs publics d'une part, durent légiférer, à plu-

I26â CHAPITRE XII. — B0I8 DKS COLONIES FRANÇAISES

sieurs reprises, pour mettre un frein à ces dévastations, et le Règlement forestier du 25 février 1874, devenu le code des eaux et forêts de la colonie, a édicté à cet égard les prescriptions les plus utiles.

Dès sa création, le Service des eaux et forêts s'est attaché au travail de reboisement. Les essais portèrent d'abord sur les terrains dénudés et arides du littoral.

Le filao. — Une essence importée dans le pays en 1763, le filao {Camarina equisetifolia), semblait y prospérer. On la propagea dans diverses localités ne possédant qu'un sol aride : sable, lave, plaines caillouteuses, et Ton obtient les meilleurs résultats.

On a estimé à 1.900 hectares la superficie des terrains autrefois arides qui ont été reboisés à ce jour avec le filao par le Service des eaux et forêts de la colonie.

Si à ce chiffre on ajoute 2.000 hectares environ de laves qui ont été reboisés naturellement, par le filao, dans les communes de Saint-Philippe et de Sainte-Rose, on voit que le service local, à lui seul, possède actuellement 8.900 hectares environ de forêts de filaos.

Mais en même temps que le Service local, les propriétaires de la colonie multiplièrent également le filao sur les par* ties les moins fertiles de leurs domaines, et purent ainsi s'approvisionner facilement en bois de chauffage* Plus récemment, on s'aperçut que, dans les régions humides, le filao constituait un excellent tuteur et abri pour les plantations de vanilliers. Le reboisement par le filao prit alors un nouvel essor, et Ton peut voir aujourd hui des peuplements consi^ dérables de cette essence sur tout le littoral de la colonie.

Ces forêts de filaos particulières et domaniales fournissent aujourd'hui presque tout le bois de chauffage consommé dans la colonie. Le bois de filao (t), très dense, est l'un des

(1) En voici les caractères : aubier blanc grisâtre, bois parfait brunrougeâlre; rayons méduHaircs, les uns gros bien visibles à Toeil nu, d'autres plus Bas ; ces rayons sont hauts et produisent une maillure qui rappelle le chône. Les gros vaisseaux forment une zone poreuse au bord interne de raccroi8senient,puis sont disséminés par deux ou quatre dans la masse; malgré cela les couches annuelles sont assez peu dishnctes. Le fait s'explique par la végélalion continue de l'arbre, d'où résulte aussi l'homogénéité du bois. Il existe un parenchyme ligneux abondant formant des arcs divisés concentriques; qui se détachent sur le fond par leur couleur brua-roux«

meilleurs bois de chauffage connus ; le charbon qu'il fournit est également de première qualité. Jusqu'à ces dernières années, il n'était employé que comme bois à feu; mais depuis la raréfaction des bons bois de construction sur le marché, on l'utilise couramment pour la charpente et Ton peut dire qu41 est apte à tous les usages du chêne. Employé à l'état Agé et à Pabri de Thumidité, il constitue en effet un bon bois de charpente, car il ne le cède en rien aux bois des bonnes essences du pays pour la dureté et les qualités de résistance. Son principal défaut est de se détériorer rapidement lorsqu'il est exposé aux alternatives de sécheresse et d'humidité. Injecté, le bois de filao pourrait peut-être fournir d'excellentes traverses et rendre ainsi de grands services à l'Etat, qui ne trouve plus dans la colonie les traverses nécessaires à l'exploitation du chemin de fer local. Il est regrettable que des expériences n'aient pas encore été faites & ce sujet. Au prix actuel du bois de filao âgé de 25 à 30 ans, la traverse reviendrait sur pied à 0 fr. 70, au plus. Si Ion estime que le façonnage de la traverse coûte un franc et t|ue le prix de revient d'une bonne préparation à la créosote serait ici de

0 fr. 90 au plus par traverse, comme en Europe, on verra que la traverse de filao injectée ne reviendrait qu'à 2 fr. 60 l'une, alors que TEtat paye actuellement o francs en moyenne les traverses faites avec les bois des essences indigènes. Il n'est pas tenu compte ddns le calcul des frais de transport qui se-

. raient très minimes, car les forêts appelées à fournir ces traverses sont toutes desservies par la voie ferrée. L'exploitation du chemin de fer pourrait donc les prendre à pied d'œuvre. Le développement de la voie ferrée locale est de 115 kilomètres. Si l'on admet qu'il faille 1.250 traverses pour construire

1 kilomètre de chemin de fer à voie unique, y compris les voies de garage et que la durée des traverses soit de 10 ans, il faudrait une consommation annuelle de 15.000 traverses environ pour assurer l'entretien de la voie ferrée locale. Au prix de 2 fr. 60 la traverse, l'Etat réaliserait donc une économie annuelle de 36.000 francs environ, s'il pouvait substituer le bois de (ilao injecté au bois maigre et au bois de petit natte qu'il a employé jusqu'ici. Ces bois disparaissent d'ailleurs rapidement, et nous avons vu plus haut que déjà l'exploitaition du chemin de fer était obligée de faire venir des traver ses du dehors.

Les terrains de prédilection du filao sont les sables et les terrains d'alliivion du littoral ; mais cette essence n'est pas difficile ; on la retrouve sur tous les terrains jusqu'à l'altitude de 400 mètres environ. Son habitat préféré est la zone basse du littoral ; plus il s'éloigne de cette zone et plus ses dimensions se restreignent.

Le filao croit très rapidement et peut être exploité à Tâgc # de 15 ans. Il rejette alors de souche, et peut être aménagé en

t taillis. Exploité à un âge plus avancé, il rejette beaucoup

j plus difficilement de souche. A Tàge de 2o ans, les forêts du

j, littoral de Saint- Paul et de Saint-Gilles fournissent par hec-

tare 200 cordes de bois de chauffage qui est vendu au prix de 15 francs la corde sur pied ; ce qui constitue un produit de 3.000 francs, soit un revenu brut annuel de 120 francs par hectare. Ce revenu est beaucoup plus faible dans les autres régions de Tlle, dont le sol, plus ou moins compact, lui convient moins que les sables du littoral de Saint-Paul et de Saint-Gilles.

Il résulte de tout ce qui précède que le filao est la plus précieuse de toutes les essences qui ont été importées dans la colonie; les services qu'il rend sont considérables (1).

Deux autres essences, importées également vers la même époque que le filao, ont contribué, quoique dans une mesure beaucoup moindre, au reboisement du littoral de la colonie. Ce sont, le bois noir des bas (Acacia Lehbeck) et le lilas de rinde {Melia Azedarach). On les rencontre à l'état disséminé dans les bois et forêts du littoral. Elles fournissent toutes deux du bois de charronnage et d'ébénisterie très estimé. Ces deux essences ont le défaut de se ramifier à une faible distance du sol et de ne donner ainsi qu'une faible hauteur de fût. Ce défaut serait sans doute corrigé en conduisant les peuplements en massif serré dans le jeune Age. Les essais entrepris dans ce sens sont trop récents pour qu'on puisse en parler. Une autre essence, importée plus récemment et beaucoup moins importante, le tamarin de Tlnde {Inga

(1) Le niao est aussi recherché pour le reboisement de certaines parties de Madagascar, de TAlgérie et de la Corse. On pianlc quelquefois ces casuarina dans le midi de la France f région de l'oranger) comme végétal d'ornement à cause de leur port singulier.

LA RÉLNION 1265

indica), rend également des services pour le reboisement du littoral.

Dans les cirques de Fintérieur de File, dans les encaissements des torrents et dans la zone élevée des terrains concédés, de grandes superficies de terrain étaient devenues incultes, soit par manque de fertilité naturelle du sol, soit par suite de Tépuisement des terres dû principalement à Térosion, car ces terrains sont généralement très accidentés ou situés sur des pentes rapides, soit encore par défaut des bras nécessaires h leur culture. Le Service forestier de la colonie, et quelques grands propriétaires, parmi lesquels il faut citer en première ligne la Société du Crédit foncier colonial, ont entrepris de reboiser ces terrains. Là^ comme ailleurs, on ne pouvait pas songer à utiliser les essences indigènes, qui ne peuvent vivre et prospérer que dans l'humus de la forêt et k Fabri d'un couvert. On s'adressa d'abord au filao de la Nouvelle-Hollande (Casuarina lemnssima ) et à l'acacia Bernier (Acacia dealbatà). Le premier, qui vient bien sur les terrains argilo-ferrugineux et pauvres des altitudes élevées, croit rapidement et rejette facilement de souche, plut d^abord aux particuliers qui visaient à la production du bois de chauffage. Le second, par sa faculté de drageonner, a rendu des services pour le reboisement des pentes d'encaissement des torrents. Le bois de ces deux essences, très répandues aujourd'hui entre les altitudes de 300 à 1.200 mètres, fournit un excellent charbon ; il est moins estimé comme bois de chauffage.

D'autres espèces d'acacia qui furent successivement introduites dans la colonie y prospèrent également ; mais leurs peuplements sont encore peu nombreux et l'on manque de données précises sur leur avenir. Quoi qu'il en soit, le forestier a, dès maintenant, à sa disposition dans la colonie, les Acacia dealbatà^ Acacia vera. Acacia decurrensy Acacia pycnanla^ Acacia saligna^ Acacia salicina, Acacia robinia.

Quelques-unes de ces espèces ont une écorce assez riche en tannin ; elles pourront peut-être rendre des services à cet égard dans Tavenir. On reproche aux acacias de ne pas résister à la violence des cyclones qui fréquentent ces régions ; mais leur faculté de drageonner répare bien vite les dégâts occasionnés par les cyclones.

C'est également en vue de la production rapide du bois de chauffage qu'une troisième espèce de 61ao, le Casuarina quadrivalvis^ a été répandue depuis quelques années par la Société du Crédit foncier colonial et par le Service des forêts. Cette espèce, qui n'atteint pas de grandes dimensions, croit très rapidement, drageonne et fournit un bois de chauffage supérieure celui du fflao de la Nouvelle-Hollande, dont il partage Thabitat. Elle prospère, en effet, jusqu'aux altitudes élevées, et est appelée, à cet égard, à rendre des services aux propriétaires de la colonie. Elle sera également très utile au Service des forêts pour le maintien des terres sur les pentes abruptes des cirques et des torrents. Malheureusement, il semble résulter des effets du cyclone qui a visité la colonie le 6 mars 1899, que cette espèce résiste mal à la violence des vents.

On conçoit que dans le travail de reboisement des terres incultes de la colonie Ton ait songé tout d'abord à multiplier les essences propres à fournir du bois de chauffage. C'est lui, en effet, qui, à la suite des défrichements, a fait, le premier, défaut aux usines et aux agglomérations d'habitants situées toutes primitivement sur le littoral.

Les bois d'œuvre devenant de plus en plus rares, on dut songer aussi à en produire rapidement, et Ton s'adressa, également dans ce but, aux essences exotiques à croissance rapide. Parmi elles, ce sont les Eucalyptus, les Pins, les Araucaria, le Grevillea rohusla, le camphrier, le bois noir des bas (Acacia Lebbeck) qui ont été le plus propagées par le Service des forêts. Une essence indigène, le benjoin, qui peut être plantée en terrain nu, et dont le bois est excellent, a également été multipliée par le service.

Les espèces d'Eucalyptus importées dans la colonie sont très nombreuses. Celles qui ont été le plus répandues par le service des forêts, sont :

Sur le littoral et dans la région moyenne de l'Ile, les Eucalyptus robusta, rostrata, resinifera, et sur les régions élevées YEucaif/plt/s globulus. Il possède également des représentants des espèces suivantes :

Eucalyptus cilriodora.

— gunnii.

— amygdalina.

LA RÉUNION laet?

Eucalyptus kœmastoma.

— calophijlla,

— macronhynchay etc.

Ces espèces croissent très rapidement et fournissent un matériel ligneux considérable dès l'Age de 15 à 20 ans. Mais on reproche au bois de certaines d'entre elles de travailler beaucoup en se desséchant. D'autre part, il en est beaucoup qui résistent mal à la violence des vents, à en juger par les effets du cyclone de 1899. Il faudra donc, dans l'avenir, faire un choix judicieux des espèces à propager, car il est prudent de compter d'une façon permanente avec les cyclones.

Le Service des forêts possède actuellement 85.000 eucalyptus environ répartis dans diiOférentes régions de la colonie.

Une essenciB appartenant à la famille des Protéacées, le Grevillea robusta^ récemment introduite dans la colonie, est précieuse pour le reboisement des terrains dénudés de la région moyenne de Tlle. Cette essence est très rustique, elle croit rapidement et donne un fût droit et élevé. Les données pratiques manquent sur les qualités de son bois ; mais tout fait espérer que ces qualités seront au moins égales, sinon supérieures à celles des bois fournis par les eucalyptus.

Le benjoin {Terminalia beiizoin) est une des rares bonnes essences indigènes qui puissent servir au reboisement des terrains dénudés. Il vient bien dans la région moyenne de nie et dans les sols divisés et assez riches. C'est principalement dans les bas fonds des torrents qu'il prospère le mieux.

Le bois noir des bas [Acacia Lebbeck)^ que nous avons déjà cite pour le reboisement du littoral, rend également de grands services au forestier dans les parties sèches et arides du cirque de Cilaos, jusqu'à l'altitude de 600 mètres environ. Peu difficile sur le choix du terrain, 1res rustique et se dépouillant pendant la saison sèche, cette essence résiste facilement aux plus grandes sécheresses. Il est vrai que dans ces conditions elle n'atteint pas un grand développement, mais elle est précieuse pour créer un couvert là où aucune autre essence ne pourrait s'installer. Son feuillage est d'ailleurs très recherché pour la nourriture des Bovidés et des Ovidés.

Parmi les pins, les essais ont porté jusqu'à ce jour sur le pin maritime, sur le pin noir d'Autriche et sur le pin des Cana-

ries. De ces trois espèces, c'est le pin maritime qui a donné les meilleurs résultats dans les parties élevées des cirques de Cilaos et de la Nouvelle. Le pin maritime est montagnard pour la colonie, et rendra de très grands services pour le reboisement des régions élevées. Là, il s'élève jusqu'à la zone des tamarins des hauts dont il partage Tbabitat. Le Service des forêts a été naturellement tenté de créer des futaies mélangées de ces deux essences, et il a entièrement réussi.

Le Service des eaux et forêts a fait également des essais d'autres espèces. C*est ainsi qu'il possède des peuplements, récemment créés et de faible importance, de chênes, de camphriers yd' Araucaria Cookii^ à' Araucaria Bidwelli, d'acajou, de santal, de teck, de niaouli et d'autres essences. Parmi celles-ci, V Araucaria Cookii ou pin colonnaire de Nouvelle-Calédonie donne dès maintenant les plus grandes espérances.

Le camphrier, dont quelques particuliers possèdent d'ailleurs des peuplements déjà âgés, rendra également des services pour le reboisement de la zone moyenne de Tile.

Des particuliers avisés, et surtout le service forestier, s'efforcent de propager diverses espèces de quinquina, le thé et plusieurs plantes à caoutchouc.

8tt. Indo-Chine françalfte. — Répartition des bois et forêts. Essences principales. — Du nord au sud, du Tonkin au Cambodge, les montagnes de la chaîne annamitique sont couvertes de forêts dont les essences sont de qualités inégales.

Les bois sont utilisés sur place par une population assez dense. Les importations de bois dépassent les exportations. La production n'est donc pas tout-à-fait suffisante ; il faut ajouter que Texploilation des forêts est encore peu avancée et que la création d'un régime forestier est de date récente pour ces colonies. On a déjà fait des plantations de teck en Cochinchine (1); cette précieuse essence existe en outre, à Tétat sporadique, au Laos et au Cambodge. Outre le teck, on trouve encore en Indo-Chine des bois durs, tels que le LietUy le Trac {2), etc., qui sont de très beaux bois que la

(i) Sur le Icck en Indo-Chine, voir p. 997.

(2) C'est en bois de Trac qu'était construit, à TExposilion de 4900, le Pavillon forestier de l'Indo-Cliine.

INDO-CHINE FRANÇAISK 12G9

colonie pourrait exporter en Europe et, de fait, on les a essayés et employés déjà chez nous pour le pavage des villes. Les ingénieurs de la ville de Paris, dans leurs essais comparatifs, ont placé en première ligne, pour la résistance à Tusure par frottement et au choc, ces « bois de fer » de rindo-Chine. Il ressort également des expériences faites tout récemment aux laboratoires d'essais de TEcole nationale des ponts et chaussées, que ces bois se placent au tout premier rang pour leur solidité.

Les forêts les moins bien partagées sont celles du ïonkin : les arbres de grande taille et de belle qualité y sont rares, et ce qui domine sur les montagnes bordant le fleuve Rouge, la rivière Noire et la rivière Claire, ce sont les broussailles inextricables, les bambous ou de petits arbres tortus, bons tout au plus comme bois de chauffage (de Lanessan). On trouve tout juste au Tonkin les bois nécessaires aux constructions locales. Les importantes forêts qui s'étendent dans les régions montagneuses du nord à l'est, dans les territoires militaires, sont de difficile accès par suite du défaut de voies de communication. Il est vrai que ce défaut s'atténue de plus en plus, et l'exploitation forestière prend de jour en jour plus d'importance (province de Vinh-Yen).

L'Annam est le grand fournisseur des bois de Tlndo- Chine. Pour trouver les beaux arbres, il faut franchir la ligne de partage des eaux et pénétrer sur le versant laotien de la chaîne annamitique. La difficulté des transports augmente le prix de ces bois. Il faut constater aussi que, dans plus d'une région, les montagnes se dénudent par suite de la funeste habitude qu'ont les indigènes d'incendier chaque année les forêls pendant la saison sèche pour chasser le tigre.

Pourtant de certaines provinces de l'Annam, principale mont celle de Nghé-An (Vinh), quelques beaux bois sont exportés en Chine et, depuis 1889, une exploitation importante, avec scierie à vapeur, fonctionne à Benthuy (Société Mante and C*^). Les madriers exportés sont du go, du trac, du lim^ du sao et des Dipterocarpiis. On exporte aussi de l'Annam des bois de teinture.

La Cochinchine, le Cambodge et le Laos sont particulièrement favorisés au point de vue de la végétation forestière. Il existe beaucoup d'arbres utiles, dont le bois est propre à la

construction ou à Tébénisterie, dans la région où la Don-NaT et ses affluents prennent leur source. Les rives du Haut- Mékong sont bordées de riches forêts. L'exploitation est entravée par le défaut des voies de communication, leur établissement coûterait d'ailleurs fort cher ; seules sont exploitables celles qui bordent les cours d'eau navigables ou seulement flottables, tel est souvent le cas au Cambodge et au Laos.

Au Laos, malgré la pénurie de la main-d'œuvre, on pourrait installer certaines industries, telles que des scieries mécaniques utilisant les forces naturelles considérables fournies par les chutes de Khône. Ces scieries débiteraient les bois si nombreux, de charpente ou d'ébénisterie du bief moyen, qui peuvent être amenés sans difficulté par la voie du fleuve Après leur débit, les bois seraient facilement transportés, soit au Cambodge, soit en Cochinchine, où il en est fait grande consommation, soit même en Europe comme bois de luxe.

En Cochinchine, les forêts se trouvent surtout dans les arrondissements de Baria, Bien-Hoa, Tay-Ninh, Thu-dau- Mot.

Les forêts de la côte de la Cochinchine donnent principalement des bois destinés au chauffage. Elles sont constituées surtout par des palétuviers qui forment d'épais massifs, au bord de la mer, dans les arrondissements de Baria, Rach-Gia et Hatien. Ces arbres n'atteignent pas de grandes dimensions. Ils sont débités en bûches décortiquées, car les Annamites se servent de l'écorce pour le tannage du cuir.

Les bois de constructions navales, de charpente, de menuiserie et d'ébénisterie proviennent de la Haute-Cochinchine et du Cambodge.

Le bambou doit être signalé comme un des produits les plus utiles de Tlndo-Chine. Il rend tous les services : les maisons des indigènes pauvres en sont constituées de toutes pièces ; on en fait les mâts et vergues des jonques, les perches des bateliers pour pousser les barques, des ustensiles de ménage et d'industrie, et même du papier, etc. (1).

(t) On a étudié tout récemment plusieurs plantes à caoutchouc de Tlndo- Chine ; ce sont des Pararneria. Ecdysantlicra, Micrechites et Xjlinabria (Apocynacées). Elles constituent des lianes que l'on rencontre surtout dans

Organisation d'un service forestier de Plndo-Chine. -^ Jusqu'en 1899, la Cochinchine était restée le seul pays de rindo-Chine doté d'un service forestier organise (1).

Le Cambodge, ensuite, empruntait à la Cochinchine une partie de son personnel pour former le noyau d'un futur service de ce genre Mais, ni le Tonkin, ni TAnnam, ni le Laos ne possédaient, soit un service forestier, soit une réglementation forestière.

Cet état de choses a paru préjudiciable aux intérêts économiques de la colonie. On a reconnu que, dans cette colonie, l'exploitation des richesses forestières qui abondent, pouvait être mieux conduite, surveillée et dirigée, dans les régions où elle se faisait d'une façon intensive et inconsidérée, et qu'elle pouvait être inaugurée dans celles où ces richesses dormaient, faute de connaissances et de moyens d'action. 11 a paru également qu'une direction compétente et unique pouvait et devait se substituer à Téparpillement de l'autorité, de l'initiative et de la gestion en matière fores^ tière, tel qu'il se produisait jusqu'alors.

C'est pour modifier cet état de choses que le Gouverneur général prit, à la date du 8 juin 1900, un arrêté en Conseil supérieur portant organisation d'un service forestier de rindo-Chine, arcêté qui fut suivi d'un décret à la date du 7 février 1901 et d*un autre arrêté, le 3 juin 1902 (2). Voici les dispositions de ce dernier arrêté :

Article premier. — Ne peuvent se livrer à l'exploitation des produits des forêts au Tonkin, que les Français et les sujets ou protégés français.

Exceptionnellement pourront être admis à cette exploita-

les forêts de TAnnam et du Laos (Voir sur ce sujet : Pierre, <« Sur les plantes à caoutchouc de Tlndo-Chine », Rev, des cuit, colon. , 1902, t. XI, nos m et suivants).

(1) Décret du 31 juillet 1896, portant sur l'organisation du service forestier en Cochinchine (Journ. off. col , p. 937). Le premier arrêté réglementant les exploitations forestières en Cochinchine date du 16 septembre

(2) G. Capus, Directeur de l'agriculture, des forêts et du commerce de rindo-Chine : Noie sur les progrès de Vagriculture et de la colonisation française en Indo-Chine de 1897 à 1901. — Hanoï, Schneider,

tion les étrangers demeurant au Tonkin et y acquittant régulièrement les charges communales et autres.

Art. 2. — Toute personne qui désire se livrer, en dehors des massifs réservés, prévus à l'article 16 du présent arrêté, à l'exploitation des bois d'essences classées, soit pour son usage personnel, soit pour en faire le commerce, devra en faire la demande sur papier timbré.

Cette demande peut être adressée soit directement aux agents du service forestier, soit, dans les provinces où il n*en existe pas, aux chefs de province et de territoires, ou à leurs délégués désignés à cet effet.

Ceux-ci acceptent ou refusent la demande, sauf recours de l'intéressé à la Direction de l'agriculture et du commerce.

Ils mentionnent, dans le premier cas, Tacceptation sur la demande elle-même, qui servira de titre de recouvrement pour le prix du permis de coupe prévu à l'article 4.

Art. 3. — La demande de permis de coupe indiquera les noms, prénoms, qualités et domicile du pétitionnaire, la nature des produits à exploiter et le lieu où doit se faire l'extraction (province, phu, huyên, ou châu, territoire, cercle ou secteur).

Art. 4. — Le prix du permis de coupe est fixé à cinquante piastres (50 ^), pour six mois.

Il pourra être délivré pour quatre-vingts piastres (80 $), des permis de coupe valables pour un an.

Art. 5. — Exceptionnellement, pourront être exemptés du permis de coupe, les services publics et les particuliers habitant les régions forestières qui en auront fait la demande au Service forestier, pour des besoins urgents et limités, dont le service reste juge.

Cette demande peut être adressée sur papier libre, mais elle contiendra les mêmes indications que la demande visée à l'article 3.

Art. 6. — Les prix visés à l'article 4 sont payables d'avance, tant aux caisses du Trésor qu'entre les mains des fonctionnaires des douanes et régies, désignés d'un commun accord entre le Directeur des Douanes et Régies et le Directeur de l'Agriculture et du Commerce.

Le paiement a lieu^ au vu de l'autorisation visée à Tart, 2,

INDO-CHINK FRANÇAISE 1273

contre délivrance d'une quittance détachée d'un registre à souche.

Art. 7. — An vu de cette quittance, les agents du service forestier, désignes à cet effet, délivrent le permis de coupe. Ce permis rappelle les nom, prénoms, qualités et domicile du pétitionnaire, la nature des produits dont l'exploitation a été accordée elle lieu de l'exploitation projelée.

Art. 8. — Les porteurs de permis de coupe doivent, en même temps qu'ils Tobtiennent, ou par la suite et avant tout travail d'exploitation, faire commissionner par le service forestier le ou les ateliers de bûcherons qu'ils désirent employer. Chaque atelier ne pourra pas comprendre plus de dix hommes et chaque permis de coupe ne donnera droit qu'à cinq ateliers.

Les noms des bûcherons employés figureront sur la commission.

Art. 9. — Le droit que donne le permis de coupe ou l'autorisation gratuite visée à larlicle 5 est personnel, incessible, sauf consentement du service forestier, et ne peut être exercé que dans le lieu pour lequel il a été demandé et délivré.

Art. 10. — Aucun arbre destiné à donner des bois d'ébénisterie, de menuiserie ou de charpente ne peut être abattu, s'il n'a au moins 1 m. 20 de circonférence au petit bout. Les pièces de bois équarries ne seront acceptées à la vérification que si elles ont au minimum 0 m. 30 d'équarrissage sur la plus grande de leurs faces.

Pour les bois d'essences secondaires, exploités hors des réserves forestières et destinés à donner des bois de feu ou de charbon, les tiges à abattre ne devront pas avoir moins de 0 m. 60 de circonférence au petit bout.

Art. 11. — Des autorisations spéciales de coupe pourront être accordées par le service forestier, dans le cas de demandes faites pour des usages spéciaux nécessitant des bois de moindre dimension.

Art. 12. — Les redevances à percevoir comme prix de vente des produits du domaine forestier du Tonkin, sont fixées ainsi qu'il suit ;

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