PETIT PEINTRE BIDOIS
Le petit peintre Bidois ne ^,,'^^^^ manqua jamais %^ ■ de se présenter
renoncer à ses habitudes.
Il fallait voir Bidois partant pour la campagne avec son grand carton vert. Chacun dans Paris se disait : — Comment ce pauvre petit bonhomme ne succombe-t-il pas sous la charge? Mais le peintre Bidois se moquait de ces propos. S'il venait à pleuvoir, il déployait son carton et faisait la nique à la pluie.
V -'J}^0 aiix cours de l'Ecole des beauxarts sans son lîi \grandcartonvert, ' un carton presque aussi grand que
Les rapins se moquaient de
Bidois et de son grand carton
vert ; mais c'était déjà un petit
homme convaincu et rien ne l'eût fait
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Un jour, dans la cam-
^^=k ^~-^ S^^^^^^^/ pagne , Bidois ne trouva ^^^■y.: pas de pont; sans hésiter, il s'assit sur son carton vert et traversa la rivière comme sur un radeau.
Ses études terminées à
^ l'École des beaux-arts, le
^, peintre Bidois, qui s'était
voue au paysage, son-
f .X '' :^' fÊWk S^^ à. entreprendre quelques voyages , et il débuta
V/ '/ par l'Afrique.
■ i • Surpris un soir dans le désert, le petit Bidois, qui \, n'avait pas emporté de j' tente, passa une nuit tran- Ml quille sous son grand carton vert. On entendait aux
v\^\) X *^ ^^ lion; mais les cordons i 'VWX s^, ^ fermés du grand carton \ î^ étaient une barrière aux ent)-c[)risi's du terrible animal.
Dans une tournée en Suisse, il s'agissait de descendre
une montagne de glace; pour tout autre, cette descente eût été impossible. Le petit Bidois fît p' un traîneau de son grand 1^ carton , et , son appuimain lui servant de pique, il franchit une distance considérable sans \ aucun danger.
Dès lors, le petit Bidois ne craignant plus rien, s'abandonna à sa passion des voyages. Et ainsi il rapporta chaque année de merveilleuses études prises dans les pays chauds et froids, dans les déserts, dans des
y^ endroits escarpés où jamais nul peintre n'avait osé pénétrer.
Son grand carton vert lui servait de talisman et le poussait à des audaces qu'on n'aurait jamais cru pouvoir prendre racine dans un si petit homme.
Ayant obtenu une commande du gouvernement, à l'occasion d'un tableau qui devait représenter un glacier dans toute sa vérité, Bidois partit pour l'Italie et se trouva sur le Vésuve au moment où la montagne volca-
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nique en courroux lançait '^ ,)'/7:.^des flammes et des pierres.
lV^'v^^ De son grand carton solidement plante en terre , le peintre fit un mur inexpu- ' gnable, et, installé derrière, il put contempler la sublime horreur de ce spectacle et échapper à la lave Inùlante qui répandait la désolation dans les alentours.
Une autre année , le petit Bidois entreprit de peindre la mer en courroux, et perclié tout en haut d'un énorme rocher il semblait fort tranquille. Au bas, d'énormes vagues se dressaient irritées contre un peintre qui avait l'audace de les délier. Bidois, poignant toujours, narguait la tempête, chantait et siftlait tour à tour. Dans sa mansarde, il n'eut pas été plus tranquille , et c'était avec insouciance qu'il regardait le ciel sombre, les vagues en courroux <|ui se brisaient contre le roclier.
La nature irritée ne l'empêchait pas déposer d'adroites touches de pinceau l'une à côté de l'autre.
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Tout à coup une elïroyable bourrasque emporta le grand carton vert, et le petit Bidois eût péri dans les flots s'il n'avait eu la présence d'esprit de s'accrocher aux cordons.
Ainsi fit-il un long trajet, franchissant les espaces par une nuit noire. Déjà le petit Bidois recommandait sjon àme à Dieu, ses mains fatiguées étant prêtes à lâcher le cordoU;, lorsqu'un arbre vint heureusement se mettre en travers de la folle course du carton. Le petit Bidois s'accrocha aux branches, se demandant dans quelle partie du globe il se trouvait.
Au petit jour, les oiseaux chantèrent, et le petit Bidois reconnut le cluuit des oiseaux de France. Un chien aboya au pied de l'arbre, et bientôt parut un paysan normand
Hî 40 ]^ qui , à l'aide d'une lojigue fourche , décrocha le petit Bidois et son grand carton vert.
Après de si singulières aventures, Bidois revint à Paris où, pendant nombre d'années, il obtint les plus beaux succès aux expositions de peinture, grâce aux motifs variés qu'il avait rapportés de ses voyages.
Le peintre fut comblé d'honneurs et de décorations. Le roi de Hollande lui fit cadeau d'un splendide carton chinois recouvert de soie jaune; mais, quoique le carton vert fût fatigué, défraîchi et atteint d'éraillures, le petit Bidois ne voulut jamais se séparer de ce fidèle serviteur, et, dans cette même Ecole des beaux-arts où jadis Bidois entrait en élève^ on voit aujourd'hui le peintre entrer comme professeur et toujours portant avec lui sou grand carton vert.