MINA
c'était le nom de la nouvelle bonne de Sophie, ne savait pas du tout le français, ce qui obligea Sophie et ses frères à apprendre beaucoup de mots a 1 1 emands; ils firent des progrès si rapides, qu'au bout de deux mois ils furent en état, non seulement de comprendre ce que leur disait Mina, mais de lui demander en allemand tout ce qui était nécessaire à leur vie habituelle. Léonce était devenu bon, de méchant qu'il avait été; mais il lui était resté un peu de malice et du goût pour la taquinerie.
Un jour il y avait plusieurs enfants chez Mme de Chattemur : ils jouaient à se costumer de différentes façons; ils avaient la permission de prendre les robes, châles, manteaux, bonnets, etc.,
de Mme de Chattemur, qui aidait même à les déguiser. Quand ils étaient habillés, ils allaient se faire voir au salon; quelquefois ils j jouaient une charade.
La bonne et la maman achevaient de déguiser Sophie en garde-malade.
« Une serviette sur le bras, dit Mme de Chattemur; Mina, donnez-moi une serviette.
— Que demande madame? je n'ai pas compris, dit Mina en allemand à Léonce.
— Elle demande un vase de nuit, répondit-il de même.
— Oh! est-ce possible, monsieur Léonce?
— C'est très vrai, et vous devez l'apporter au salon, car Sophie va faire la garde-malade de Valentine, et il lui faut un vase de nuit. »
Mina sortit avec quelque répugnance. En attendant son retour, qui se faisait attendre, Sophie et Valentine entrèrent au salon; leur apparition, l'une en garde-malade et l'autre en malade coiffée d'un bonnet de coton, vêtue d'une veste de chasse faisant robe de chambre, provoqua un accès de rire au salon. La gaieté redoubla quand la porte en face s'ouvrit presque en même temps et fît voir Mina, troublée et rougissante, qui arrivait avec son vase à la main et se dirigeait vers
« Je n'en veux pas ! je n'en veux pas ! » criait Sophie en riant et en se sauvant.
Mina, rouge et embarrassée, la poursuivait sans parler ; ne pouvant lui faire accepter son meuble,
elle le présenta à Valentine. Les rires redoublèrent ainsi que l'embarras de Mina, qui expliquait en allemand à M. de Chattemur qu'elle exécutait un ordre de sa maîtresse. Personne ne comprenait le langage de la pauvre fille ; on croyait qu'elle jouait un rôle; les enfants riaient à se tordre; Léonce était enchanté du succès de son espièglerie; il se mit à sauter autour de Mina; la malade, la gardemalade et les autres enfants se joignirent à lui, et la pauvre Allemande, entourée, enveloppée, perdit contenance, laissa échapper de ses mains le vase, dont elle ne pouvait se débarrasser, et, le voyant brisé, elle jeta sur Léonce un regard suppliant et se mit à pleurer.
LE PÈRE
Qu'est-ce? Je crois que Mina pleure; ce n'est, donc pas une scène arrangée entre vous? »
Léonce, qui ne s'attendait pas du tout à cette fm de comédie et qui croyait ne faire qu'une plaisanterie innocente, fut très peiné du chagrin de Mina, et, s'approchant d'elle, il lui expliqua en allemand que ce n'était qu'une plaisanterie; que sa maman n'avait pas demandé un vase de nuit, mais une serviette, et que c'était lui qui avait voulu un peu égayer le jeu. 11 fit en français la même explication à son papa.
LÉONCE
Je suis bien fâché, je vous assure, papa, que la pauvre Mina s'afflige pour une chose si simple; si j'avais cru devoir la chagriner, je ne l'aurais certainement pas fait.