Les Bords du Rhin, de Mayence à Cologne
Spire. — Sépultures impériales; Rodolphe de Habsbourg. — Heidelberg. — Le château. — L'université. — Les étudiants.
Quand nous fîmes pour la première fois le voyage des bords du Rhin, les cruels événements de 1870 n'avaient pas encore passé sur la France; nous n'avions pas subi la dure loi de la défaite ; nous n'avions pas perdu ces deux belles, ces deux chères provinces. Au touriste français, il était alors permis de s'attarder sur la route, de glaner entre Moselle et Rhin, entre France et Prusse , mille intéressants détails.
Aujourd'hui, ce qui était source de gaieté est devenu source de tristesse et de deuil. Le cœur nous saigne en relisant les pages tracées jadis d'une main joyeuse, au début d'un voyage en terre allemande, qui avait la Lorraine et l'Alsace pour prélude.
Qu'on nous laisse donc retrancher de notre livre tout ce qui réveille de douloureux souvenirs. Qu'on nous pardonne si, passant d'un bond par-dessus l'antique Lorraine, nous pénétrons d'emblée et sans tourner la tête en plein pays rhénan, au cœur même du Palatinat.
L'horloge d'une vieille tour féodale sonnait midi, lorsque j'entrai dans Spire. L'heure achevée, je n'entendis plus rien. Une vieille femme à qui je fis signe ne me répondit pas; un marmot que j'appelai s'enfuit à toutes jambes; un chien dont j'effleurai la queue ne daigna pas aboyer. Un mendiant couché au soleil fut le seul être vivant qui s'aperçut de ma présence : il entonna sa complainte, je le pris pour guide. Précaution superflue : on ne peut s'égarer dans Spire. En trois pas j'avais parcouru la ville; au quatrième, j'étais dehors.