CHAPITRE I
Qu'est-ce donc qu'on y vient voir? La sépulture des empereurs, le Saint -Denis de l'Allemagne : dix siècles réduits en poussière dans des tombeaux. Le Dôme les renferme, mais non pas tous. La guerre étrangère a cruellement maltraité ces lieux. Le canon, la mine et l'incendie n'ont pas même épargné l'édifice. Ce temple, fondé et embelli par trois empereurs, au commencement du siècle n'était plus qu'une ruine. C'est le roi Louis de Bavière, qui, de concert avec les souverains d'Autriche et de Nassau, entreprit de le réédifier. L'œuvre est aujourd'hui terminée. Elle est belle, savante, bien conduite ; mais ce n'est plus le vieux Dôme : nulle vénération ne s'attache à ces pierres si bien ciselées; aucune trace des ancêtres, point de passé, point d'histoire. Une chapelle délabrée, qu'on a laissée subsister par piété ou par oubli , touche bien autrement le cœur. Devant la Curie édifiée sur un plan superbe par ses contemporains, Cicéron regrettait la sombre masure du temps d'Hostilius, celle qui avait vu les Caton, les Scipion, les Paul- Emile. Pareil regret nous prend ici.
Le nouveau Dôme est de style roman, comme
son aïeul, mais modifié par le goût moderne.
La façade est médiocrement belle. Elle manque d'élévation, de légèreté, d'ampleur. La surface, bariolée de couleurs diverses, forme une mosaïque d'un effet détestable.
L'entrée principale est précédée d'un porche appelé Kaisersaal, ou chambre impériale, à cause des huit statues d'empereurs qui la décorent. Ces images représentent les huit princes autrefois ensevelis dans le Dôme. Ils sont de marbre blanc, de grandeur naturelle, empreints d'une dignité souveraine. C'est Conrad II, Henri III, Henri IV, Henri V, Philippe de Souabe, Adolphe de Nassau, Albert d'Autriche, Rodolphe de Hapsbourg. Ces huit monarques, debout et revêtus des insignes de l'Empire , semblent dire au visiteur, par la voix de l'histoire : « Souviens-toi, et pense. » Un Christ couronné d'épines lui dit : « Agenouille-toi, et prie. » Plus loin, une fresque présente aux yeux une fort belle madone. Mais pourquoi le peintre, qui est un Bavarois, s'est-il placé lui-même aux pieds de la Vierge, en paletot noisette et en pantalon blanc? Quand les vieux maîtres se donnaient place dans leurs propres tableaux,