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CHAPITRE VI

de son époux, tué dans un combat, la plongea, elle et son fils, dans une détresse profonde. Affamée, couverte de haillons, elle vint comme une mendiante rôder avec Roland dans la cour du palais, où Gharlemagne, assis à une table somptueuse, fêtait dans un banquet une glorieuse victoire. Tout à coup Roland lui échappe et fend la presse des courtisans.

Il entre dans la salle comme si c'était sa propre maison. Il enlève un plat, et l'emporte sans rien dire.

Qu'est-ce que cela? pense le roi. Voilà une singulière façon. Cependant il laisse aller l'enfant , et les autres font comme lui.

Au bout de quelques minutes, Roland revient, marche droit au roi et prend sa coupe d'or.

« Oh là! oh là! petit drôle, » s'écrie Gharlemagne. Mais Roland, loin de lâcher la coupe, regarde le roi dans les yeux.

Le roi commence à froncer le sourcil; mais soudain il se met à rire : « Tu cours dans ma salle d'or comme si c'était une forêt verte. Tu prends les plats sur ma table royale comme on cueille les fruits d'un pommier.

— C'est pour ma mère, répond l'enfant.

— Ta mère est donc une bien noble dame? Elle a donc un beau château et une cour brillante? Dis-moi quel esl son écuyer tranchant. Quel est, dis-moi, son échanson?

— Ma main droite est son écuyer tranchant; ma main gauche, son échanson.

— Dis-moi quels sont ses gardes fidèles.

— A toute heure ce sont mes yeux bleus.

— Dis-moi quel est son gai ménestrel.

— C'est ma bouche vermeille.

— Par ma foi , dit Charlemagne, la clame a de vaillants serviteurs. » Puis regardant l'habit de Roland, formé de pièces de quatre couleurs : « Mais elle aime les livrées bizarres et les couleurs mélangées comme un arc-enciel. Une si noble dame ne peut rester loin de ma cour. Allons, trois dames, trois seigneurs, amenez -la près de moi. »

Roland, la coupe à la main, traverse les pompeux portiques. Sur un signe du roi , trois dames et trois seigneurs le suivent.

Quelques minutes après, le roi voit revenir en hâte dames et seigneurs.

« Dieu du ciel! s'écrie-t-il, vois-jc clair? Ceux que j'ai raillés dans ma cour, c'est mon propre sang! Dieu du ciel! ma sœur Bertha en habit de pèlerin, et, dans mon riche palais, un bâton de mendiante à la main! »

Bertha tombe à ses pieds, comme une pâle statue de marbre. Le vieux courroux du roi se réveille ; il la regarde d'un air sombre.

Bertha baisse soudain les yeux : elle n'ose proférer une parole. Roland lève vivement les siens, et adresse à son oncle un joyeux bonjour.

Alors le roi, d'un ton plus doux : « Lève-toi, ma sœur; à cause de cet enfant chéri, il faut te pardonner. »

Bertha se relève pleine d'allégresse : « Cher frère , merci ! Roland te payera tout le bien que tu me fais. Il deviendra comme son roi, il portera sur sa bannière et sur son bouclier les couleurs de plusieurs royaumes. Sa main dépouillera la table de plusieurs rois. II donnera gloire et honneur à sa ville natale '. »

i Petit Roland, ballade d'Uhland.

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