CHAPITRE VI
le fondateur du nouveau dôme en souleva pour la première fois la pierre, et l'empereur saxon se trouva face à face avec le carlovingien. Le corps de Charlemagne, admirablement conservé, semblait vivre encore. Il était assis dans une chaise de marbre revêtue de lames d'or.
Il portait le manteau impérial par-dessus la robe franque semée d'étoiles. A sa ceinture pendait la panetière du pèlerin, qu'il avait coutume de porter en Italie, comme s'il ne visitait cette terre qu'en pèlerinage. Il avait la couronne sur la tête, une croix d'or sur sa poitrine. Ses mains n'avaient pu retenir le globe du monde ni le sceptre; mais son épée était le long de sa cuisse, un exemplaire des Évangiles était ouvert sur ses genoux. Ses pieds chaussés reposaient sur un bouclier 1 .
Auguste, étant à Alexandrie, se fit ouvrir le sépulcre d'Alexandre. Il porta la main sur la face du mort, et le nez du héros macédonien tomba en poussière 2 . Othon, plus respectueux, s'inclina avec vénération devant le mort, et contempla longuement sa face. Mais, avant de faire de nouveau sceller le tombeau, il enleva
i Dithmardi Chronica. Ap. Pertz, Monumenta germamicse historise.
1 Dion Cassius, LI, 16.
la croix d'or, le sceptre, la couronne, l'épée et le trône de marbre. Ces objets, confiés à la garde du chapitre, servirent au sacre dfs empereurs , qui eut lieu pendant plusieurs siècles à Aix-la-Chapelle.
La cathédrale d'Aix renferme, comme celle de Cologne, un riche trésor. Il se divise en grandes et petites reliques, enfermées sous triples clefs dans la sacristie. Les grandes reliques ne sont exposées que tous les sept ans, et nulle exception n'est faite dans l'intervalle , si ce n'est en faveur des têtes couronnées. Cette exposition attirait jadis de toute la chrétienté des milliers de pèlerins. En 1494, un seul jour vit se succéder dans le dôme cent quarante mille personnes. Toute l'année 1839 n'en a envoyé que cinquante- quatre mille.
Les petites reliques sont montrées tous les jours moyennant une rétribution; car, ici comme à Cologne, il faut payer beaucoup et payer souvent. Elles sont enfermées dans une châsse du xn e siècle, présent de l'empereur Barberousse et merveille d'orfèvrerie. Les battants présentent sur leur panneau intérieur des peintures d'une exquise délicatesse, qu'on peut, malgré l'absence de signature, attribuer à Albert Durer. Chaque relique est enfermée