‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 111 sur 114 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

dans un reliquaire d'une richesse et d'un travail inouïs. L'or est ici ce qu'il y a de moins précieux, et c'est le cas de dire que le travail surpasse la matière. Les topazes, les rubis, les améthystes, les émeraudes, le cristal, les perles éblouissent et fatiguent le regard. On voit, enchâssés dans des émaux merveilleusement ciselés, des camées et des pierres antiques qui font pâmer les connaisseurs. J'ai vu, dans le nombre de mes compagnons de visite , des yeux s'allumer d'une admiration pleine de convoitise, et qui me faisaient trembler pour l'honnête gardien du trésor. « Mon Dieu! qu'il y a des occasions où il est fâcheux d'être honnête homme ! » confessait le président de Brosses, à propos d'une petite toile qui était juste de la dimension de sa poche.

Quelques souvenirs de Charlemagne ont été mis à part : c'est son bras, dont les téguments desséchés portent cette inscription : Brachium sancti .Caroli magni ; son crâne énorme; un fac-similé de sa couronne, qui coiffe jusqu'aux épaules les hommes d'à présent ; son cor de chasse, superbe dent d'éléphant curieusement sculptée, avec ces mots en langue basque :

A toi! enfin son sceptre (ou du moins le modèle), surmonté d'une colombe d'or, symbole

de la paix. Ces objets sont enfermés dans une

vulgaire armoire, sous la garde d'un bedeau.

La vue en coûte un thaler.

Le sarcophage et le trône de Charlemagne

sont déposés dans une tribune haute. Le sarcophage provient, dit-on, du tombeau d'Auguste. Il est en marbre d'une éblouissante blancheur, et porte sur sa face l'Enlèvement de Proserpine, sculpté avec grâce. Les restes de Charlemagne y furent recueillis, quand Frédéric Barberousse eut pour la seconde fois violé son tombeau 1 .

Le trône est une chaise de marbre poli, sans

i Victor Hugo décrit ainsi les sculptures, dix fois séculaires: « Quatre chevaux frénétiques, à la fois infernaux et divins, conduits par Mercure, entraînent vers un gouffre entr'ouveri un chasseur, lequel i rie, lutte et se tord arec désespoir. Proserpine saisie par Pluton. La main robuste du dieu presse la jeune fille, qui se renversa en arrière, et dont la tète échevelée rencontre la figure droite et impassible de Minerve casquée. Pluton emporte Proserpine, à laquelle Minerve, la conseillère, parle bas à l'oreille. L'Amour, souriant, est assis sur le char! entre les jambes colossales de Pluton. Derrière Proserpine se' débat, selon les lignes les plus fiéres et les plus sculpturales, le groupe des Nymphes et des Faunes. Les compagnes de Proserpine s'efforcent d'arrêter un char attelé de deux dragons ailés et ignivonies. qui esl là cm, .me une voiture de suite. Une des jeunes déesses, qui a saisi hardiment un dragon par les ailes, lui fait pousser des cris de douleur. Ce bas-relief est un poèsio. »

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