‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 35 sur 114 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

« Le 28 août 1749, au coup de midi, je vins au monde à Francfort-sur-le-Mein. La constellation était heureuse : le soleil était dans le signe de la Vierge, et à son point culminant pour ce jour-là. Jupiter et Vénus le regardaient amicalement, et Mercure sans hostilité; Saturne et Mars demeuraient indifférents. »

C'est sur ce ton enjoué que Goethe annonce lui-môme sa naissance dans ses Mémoires'. 11 faut lire dans les pages suivantes toute l'histoire de son enfance et de sa première jeunesse jusqu'à l'âge d'homme. Je ne connais pas de récit plus intéressant, je n'en connais pas qui fasse entrer plus profondément dans le secret de son génie. Ce génie, on voit sous quelles influences il s'est formé, façonné, nourri. Quel amour de sa ville natale, et quel tableau animé du vieux Francfort! Quiconque aura lu les pages que j'indique peut se dispenser d'aller à Francfort; qu'il reste au coin de son feu, qu'il hante en esprit les lieux décrits avec verve et tendresse par le poète : cette ville détruite vaut mieux; elle est plus belle que celle qui subsiste sous le même nom.

i Publiés sous le titre de Poésie et Réalité. Voir la belle traduction de M. J. Porchat. (Hachette, éditeur.)

La statue de Gœthe s'élève sur une promenade où on voudrait moins de poussière et plus d'ombrage ; elle fait pendant au monument médiocre de Gutenberg, médiocre elle-même. Le poète y est représenté drapé à l'antique et couronné de lauriers. C'est une œuvre lourde, disgracieuse, sans dignité, sans éclat, quoique signée du nom illustre de Schwanthaler. Ce Gœthe en bronze ne rappelle guère celui dont notre David a modelé le masque puissant, et de qui sa propre mère s'écriait dans un élan d'orgueil maternel : « Il est beau comme un fils des dieux. »

Le sculpteur aurait pu concevoir autrement son sujet. Au lieu de l'apothéose du poète, mieux placée à Weimar, il aurait pu représenter l'adolescent rêveur qui s'est peint lui-même dans le premier livre des Mémoires. Voilà le Gœthe qui convient à Francfort, celui qui fît Gœtz de Berlichingen, Werther, les premières scènes de Faust. Otez-lui sa couronne, il ne l'a pas encore gagnée; mais rendez-lui la jeunesse, la beauté, et cet air d'aimer et d'être heureux qui est le don des natures richement douées comme la sienne. Rien de pareil dans la statue.

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