‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 34 sur 114 · PALATINAT. BRANDEBOURG · texte numérisé non relu

PALATINAT. BRANDEBOURG

Les trois archevêques bénissaient la table :

le marquis de Brandebourg, archichambellan , s'approchait avec une aiguière et un bassin d'argent du poids de douze marcs, de l'eau et « une belle serviette » ; un genou en terre, il donnait à laver au roi des Romains.

Tous ces usages, prescrits et expliqués au chapitre xxvn de la Bulle d'or, s'observaient encore quatre siècles plus tard. Goethe, qui assista dans son enfance au sacre de Joseph II comme roi des Romains, les raconte dans ses

■Mi

Mémoires, et son récit s'éloigne à peine du cérémonial tracé par Charles IV. Rien ne l'étonna plus, déclare-t-il, que de voir des nobles et des princes, très fiers et très arrogants dans la vie commune, remplir ce jour-là l'office de marmitons et de porte-viandes dans les cuisines du Rœmer. Lui-même, ayant aperçu un ami de son père, officier dans la maison palatine, prit dans ses mains le plat d'argent qu'il portait, et se glissa, à la faveur de cet office, dans la salle du banquet. Quatre ou cinq électeurs, brouillés avec l'Empereur, manquaient à la fête. Leurs tables étaient néanmoins dressées, et tour à tour servies et desservies, comme pour des convives invisibles dans les festins des contes de fées.

Le nom de Gœthe est inséparable de Francfort. Le berceau du poète semble assez dépaysé au sein d'une ville qui cultive l'escompte plus que les muses. C'est dans cette ville pourtant, parmi ces comptoirs de banquiers et de marchands, que s'est éveillée, formée, développée une des plus riches imaginations d'artiste qui aient emprunté, pour s'exprimer, le langage des vers.

Page 1