M A Y E N G E ET LE RHIN
Tableau nocturne. — La citadelle et le tombeau de Drusus. — Mayence un jour de foire. — Gutenberg. — Le Dôme et les tombeaux des électeurs. — Le monument d'un vieux [joète. — Le siège de Mayence en 1793.
Il était plus de minuit quand j'entrai à Mayence, venant de Francfort. La ville était profondément endormie ; j'errai comme une ombre sur le quai désert. Le Rhin coulait à trois pas de moi sur la droite. Mais, sans le murmure qu'il fait entendre, je n'aurais pas même soupçonné sa présence. Le quai de Mayence est coupé dans toute sa longueur par une muraille haute et noire qui sépare les maisons du fleuve, et cela sous prétexte de fortifications. Notez qu'une batterie placée sur l'autre
rive aurait en un clin d'oeil balayé ces murs de carton. Mais une routine, vieille comme la ville, les respecte : il en est de même dans beaucoup de villes arrosées par le Rhin.
Je coupai court à ma promenade nocturne en sonnant au premier hôtel venu. Les valets endormis se firent longtemps attendre. L'Allemand a le sommeil lourd ; il le doit à son repas du soir, trop copieusement arrosé de bière. Enfin un grand diable parut sur le seuil, une lanterne à la main, et me fit monter au quatrième étage, de quoi je murmurai ; j'avais tort. Les fenêtres de cet observatoire planaient sur le Rhin; il n'y avait plus de murailles pour moi. La nuit était splendide : le ciel avait allumé toutes ses étoiles, et ces lampes mystérieuses , suspendues par millions dans l'éther, laissaient tomber sur l'eau de flottantes clartés. Des fanaux allumés sur les rives et sur les ponts projetaient des traînées lumineuses, et le fleuve, éclairé sur toute sa surface, glissait silencieusement entre ses bords noyés dans l'ombre.
Mon sommeil fut de courte durée ; je m'éveillai les yeux frappés d'une vive lueur qui perçait mes rideaux et embrasait mes vitres ;