‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 4 sur 114 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

parler, ce serait pour soupirer quelque lugubre élégie.

Elle ne fut pas gaie, en effet, l'existence de ce fondateur d'une dynastie impériale.

D'une naissance et d'une fortune médiocres, il est élu de mauvaise grâce- en 1275, après deux ans de vacance du trône impérial , au lendemain presque du grand interrègne. Les princes, les grands vassaux s'accommodaient fort d'un état d'anarchie qui leur permettait toutes sortes d'usurpation. A quoi bon se donner un maître? Celui sur lequel se portèrent leurs suffrages, fut contre eux un rude jouteur. 11 y a dans la destinée de Rodolphe de Hapsbourg, quelque chose de celle de Hugues Capet, mais elle se meut sur un théâtre bien plus vaste. « Qui t'a fait roi? » demandait-on insolemment à Hugues Capet. Ottocar, roi de Bohême, ne traitait pas Rodolphe, son suzerain, avec plus de révérence : « Que me veut-il? je lui ai payé ses gages d'écuyer, je ne- lui dois rien. » Plus énergique et plus âpre que le capétien, Rodolphe lui fit chèrement payer cette bravade. Quelques années plus tard, Ottocar, vaincu et dépouillé, s'agenouillait devant son

Page 1