‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 3 sur 114 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ils portaient un costume qui les sauvait du ridicule. Ces amples draperies, ces magnifiques étoffes leur donnaient une autre mine que nos vêtements étriqués et notre chapeau cylindrique.

L'intérieur est d'une architecture sérieuse, quoiqu'un peu chargée d'ornements. Des peintures d'un beau dessin, mais d'une médiocre couleur, l'encadrent dans de ravissantes arabesques. Quatre étoiles de marbre rouge, incrustées dans la dalle, marquent la place où se fit entendre saint Bernard , lorsqu'il prêcha la croisade devant l'empereur Conrad et toute sa cour. L'autel s'élève sous une coupole revêtue de peintures qu'inonde une éblouissante lumière. A l'entrée du chœur, qu'exhausse un escalier de marbre, deux statues sont agenouillées sur des tombeaux. C'est Adolphe de Nassau et Rodolphe de Hapsbourg, sculptés en marbre de Carrare par Schwanthaler. Le caveau impérial, objet d'une restauration pieuse, forme une immense crypte. On s'y dirige à tâtons , une torche fumeuse à la main; d'innombrables piliers d'une structure rude et grossière soutiennent une voûte surbaissée dont on heurte

du front les angles. Une longue suite d'arceaux s'entre-croisent dans l'ombre. Des lampes de terre cuite, de forme antique, pendent à des crochets de fer. Des tables de pierre, servant d'autels, sont posées sur deux colonnes brutes à peine ébauchées. L'esprit se souvient involontairement de ces lieux qui virent pour la première fois s'accomplir les mystères du Christ. Chaque année, dans la nuit de Noël, la crypte s'anime, les flambeaux s'allument, et l'évêque de Spire vient avec tout son clergé célébrer la naissance du divin Enfant.

Dans l'angle le plus obscur de ces catacombes repose le véritable tombeau de Rodolphe de Hapsbourg. Couronne en tête, le sceptre d'une main, le globe de l'autre, l'Empereur est couché sur sa pierre; le lion héraldique rugit à ses pieds; sur sa poitrine se détachent en relief les armes de la maison d'Aulriche et de l'Empire. Ses cheveux déroulés encadrent sévèrement sa face amaigrie. Sur ses lèvres est resté, comme le dernier pli de la vie, un sourire d'une tristesse infinie. Si cette statue n'était un portrait, on croirait voir l'image de la Mélancolie sous la robe impériale. Si elle pouvait

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