‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 42 sur 114 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

duisantes marchandises. Où le luxe va-t-il se nicher ? J'ai vu se balancer à un crochet des morues sèches dont chaque face était dorée !

J'ai vu, sur une place, un palais du siècle dernier, avec un blason , des devises et une pompeuse façade, servir de magasin à un débitant d'épiceries! Auspice deo, dit une devise encore lisible sur la muraille. Admirable enseigne, s'il n'en est du maître comme de tant d'autres, chez qui l'acheteur se fait dépouiller sous les auspices de la bonne foi.

Un bruit de fanfares m'appelle sur une place. C'est la place Gutenberg. J'y retrouve mes musiciens ambulants, qui traînent sur leurs talons tous les gamins de la ville. Un air de valse qu'ils exécutent met aux fenêtres une moitié des servantes du voisinage. L'autre moitié accourt, sans plus de façon, le balai à la main. Les soins du ménage sont suspendus pour tout le temps qu'il plaira à l'orchestre. On dit que le ranz des vaches entendu dans le lointain fait déserter le drapeau au Suisse enrôlé comme soldat. Il n'y a pas de cuisinière allemande qui ne déserte deux ou trois fois le jour ses fourneaux pour courir après la ritournelle d'une

valse que jouent dans un carrefour trois Orphées en guenilles.

Aux joueurs de trombone succède un baladin, homme important et populaire, si j'en juge à l'accueil qu'il reçoit. Son théâtre est bientôt dressé : une pancarte au bout d'une perche fichée en terre, voilà tout l'appareil. La pancarte présente une série de scènes grossièrement enluminées, avec cette annonce en lettres plus que majuscules :

Venez voir, petits et grands,

Page 1