‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 41 sur 114 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

cercle parfaitement dessiné, dont la courbe est formée par les fortifications et dont le fleuve est la corde. Chaque extrémité de la ligne fortifiée vient s'appuyer au fleuve, qui lui prête son formidable fossé. Un pont de bateaux et un pont de fer lient les deux rives. Mais une redoutable citadelle, fièrement attachée en amont au flanc de la ville, commande le passage et se tient prête à foudroyer l'assaillant. Sa gigantesque étoile fait front de quatre côtés, et ses quatre bastions, hérissés d'artillerie, portent ces noms héroïques ou sinistres : Drusus, Germanicus , Tacite et Alarme. Ce dernier, à demi engagé dans le faubourg de la ville, a la mine qui convient à son nom. C'est une farouche sentinelle qui de loin ou de près dit : Qui vive ! au passant.

La même enceinte renferme un monceau de pierres écroulées qu'une tradition assez constante désigne sous le nom de Tombeau de Drusus. C'est là que le gendre d'Auguste, que le fondateur de Mayence vint mourir de cette mort mystérieuse et funeste qui semble appartenir à la légende plus qu'à l'histoire. Vainqueur, il avait chassé devant lui les hordes germaines,

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et, du Rhin, pénétré avec ses aigles jusqu'à l'Elbe. Les forêts de ce fleuve tombaient sous les haches romaines, et des chemins s'ouvraient aux légions à travers les chênes sacrés de Teutatès. Tout à coup une femme, une prêtresse, sortie des profondeurs de ses bois, les cheveux épars, l'œil ardent, amère et furieuse en son langage, s'élance à la bride de son cheval, le détourne avec une sauvage violence, et prononce contre le général de longues imprécations. Drusus revint à pas lents vers son camp , l'esprit frappé et le cœur ému d'un invincible effroi. Peu de jours après, une chute de cheval l'ayant gravement blessé, il fut rapporté mourant à Mayence, où il expira dans les murs du fort bâti par lui.

Comme toutes les villes populeuses que leur situation érige en ville militaire, Mayence étouffe dans ses murs. Ses rues sont étroites, autant que tortueuses et boueuses; ses maisons, hautes, sont dépourvues de beauté et de caractère. Une population nombreuse et affairée s'y coudoie. C'est justement l'époque de la foire. Les boutiquiers ont nettoyé leurs vitres, endossé leurs meilleurs habits, étalé leurs plus se-

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