‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 52 sur 114 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

On sait que, Mayence étant tombé en 1793 au pouvoir des armées françaises, les Autrichiens et les Prussiens s'unirent pour le reprendre. De là un siège mémorable qui occupe une belle place dans les annales militaires de notre révolution.

Les Français n'avaient que vingt mille hommes contre les soixante mille de leurs ennemis; mais c'étaient les plus intrépides soldats de la république, commandés par deux braves, Dubayet et Kléber.

Le bombardement commença le 27 juin, et continua pendant les jours et les nuits suivants. C'était, dit un témoin oculaire, un étrange spectacle. Le ciel resplendissait d'étoiles; les bombes semblaient rivaliser avec elles '. Quelques jours auparavant, les Français avaient dû chasser de leurs murs les femmes, les enfants, les vieillards, les malades. Mais l'ennemi, usant de représailles, les repoussa vers la ville, et l'on yit pendant quelques heures ces infortunés errer avec désespoir entre les canons des Prussiens et ceux des Français.

Ces derniers avaient de tristes raisons d'en venir à ces extrémités. Étroitement bloqués

1 Gœlhe, Siège de Mayence.

depuis le commencement du siège, ils souffraient de la plus cruelle famine. La ration du soldat fut diminuée du quart, puis de moitié , puis il dut pourvoir lui-même à sa subsistance . Ils allaient, dans l'intervalle des factions, pêcher sur les bords du Rhin les animaux morts que le fleuve entraînait. La nuit, de grands filets tendus retenaient au passage ces tristes épaves. Le fourrage étant épuisé, on tua les chevaux pour en manger la chair. Il y en eut un marché dans la ville; elle se vendit jusqu'à quatre et cinq francs la livre. Une chasse assidue fut faite à tous les animaux domestiques. Les caves, les greniers, les gouttières furent dépeuplés de leurs habitants. Il faut avoir connu un de ces vétérans et avoir entendu ses récits pour se faire l'idée de ces scènes terribles et burlesques. Un jour Kléber invita son étatmajor à venir manger sa part d'un chat, accosté de douze souris, sur un fond d'avoine bouillie.

Les tortures de la faim n'étaient pas les plus rudes. Privés de toutes communications avec la France, nos soldats ignoraient ce qui s'y passait. Les Prussiens imaginèrent d'imprimer de faux Moniteurs, qu'ils jetèrent par-dessus les murs de la place : on y annonçait la chute

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