CHAPITRE III
de la Convention, l'abolition delà république, le rétablissement de la royauté.
Cependant la garnison ne parlait pas de se rendre. Ces fiers soldats s'étaient juré entre eux de [s'ensevelir vivants sous les murs de Mayence. Quand Kléber et Dubayet, cédant à la nécessité, eurent signé les honorables conditions de la retraite, ils eurent plus de peine à les faire accepter de leurs troupes qu'ils n'en avaient eu à les obtenir des Prussiens. Il était stipulé pourtant que l'armée se retirerait avec les honneurs de la guerre, mousquets sur l'épaule, enseignes déployées. Gœthe, qui assista à ce défilé, en a laissé une narration animée :
Des cavaliers prussiens ouvraient la marche, la garnison française suivait. Une colonne de Marseillais, petits, noirs, bariolés, déguenillés, s'avançait à petits pas. Ensuite venaient les troupes régulières, sérieuses et mécontentes, mais nullement abattues ni humiliées. L'apparition la plus frappante fut celle des chasseurs à cheval. Ils s'étaient avancés jusqu'à nous dans un complet silence : tout à coup leur musique fit entendre la Marseillaise. Ce Te Deum révolutionnaire a quelque chose de triste et de menaçant, même lorsqu'il est vivement exécuté. L'effet fut saisissant et terrible, et le coup d'œil imposant, quand les cavaliers, qui étaient tous de grande taille, maigres et d'un certain âge, et dont la mine s'accordait avec ces accents, passèrent devant