‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 90 sur 114 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

des plus piquantes révélations qu'ait vues notre siècle, si friand de ce genre de surprises. On sait quelle comédie se jouait entre la régente, mère de Louis XIV, et le cardinal Mazarin.

L'éloignement du dernier n'était qu'une feinte, une satisfaction apparente donnée aux partis, un sacrifice passager auquel l'intérêt politique forçait de se plier. Le cœur et l'esprit d'Anne d'Autriche avaient suivi Mazarin dans sa retraite, et l'on vit, spectacle peut-être unique dans l'histoire, un proscrit, chassé de France comme étranger, comme ennemi du bien public et de l'État, diriger, du fond de sa retraite, la politique du royaume avec la même autorité que s'il habitait encore le Palais-Royal. Nuit et jour des courriers se croisaient entre Bruhl et Paris, chargés des messages du ministre, de ses instructions, quelquefois de ses ordres. Rien ne se décidait sans lui dans le conseil du roi. Il était l'âme, éloignée, mais non absente, de la régente et de la cour. Exposé à voir ses courriers interceptés par des partis ennemis, Mazarin enveloppait sa pensée d'obscurité. Des chiffres au lieu de noms propres, des signes bizarres, de grandes lettres dénuées de sens, faisaient de ses billets de véritables énigmes. L'érudition sagace de notre siècle a percé ces

mystères, et, à travers tous les déguisements de la forme, restitué le fond. On lit maintenant cette correspondance à livre ouvert. On sait par exemple que :

21 signifie le roi.

22 et son multiple 44, la reine.

26 et 46, Mazarin.

62, le ministre Lelellier.

13, 23, 33, le prince de Condé.

89 , le parlement.

93, la Fronde.

47, la princesse palatine.

33, Paris.

(-3 et A désignent le président de Viole.

□ , Mercœur.

+ , M me de Longueville.

H, la reine.

P, Mazarin.

Souvent, au lieu de chiffres ou de signes, des épithètes transparentes désignent les personnages par leur caractère, et il faut reconnaître que dans le choix du mot la verve maligne du ministre s'est donné assez plaisamment carrière.

Ainsi le prince de Condé est tour à tour le Vaillant, le Crédide, l'Incertain.

Le parlement, c'est la Confusion.

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