‹ Les bords du RhinChapitre 15 sur 30 · I . Salve, sancta domtia, pacem populo generasti · texte numérisé non relu

I . Salve, sancta domtia, pacem populo generasti

Ghristicolas dum ponUflces très aclii«aiale ?exant ; Tanc omnes abigit gynodus, quem tu tenuisti; Ipse sedem Bcandit Martinus nomine quinliu, etc.

3" Ce qu'il y a de plus curieux dans cette salle, c'est une espèce de niche à chien , large de deux pieds huit pouces , haute de six pieds , et longue de sept ; c'est la prison d'inquisition où fut enfermé Jean Huss pendant son procès : il y languit trois mois. En sortant de là, il vomissait le sang. Elle se trouvait dans le couvent des pères dominicains ; on Ta transportée dans cette salle en 1827.

4« Une statue représentant Abraham: « Cette statue, dit naïvement une notice que l'on distribue aux visiteurs français , fut placée bien des années sous la chaire de la cathédrale, et souvent salie par les ignorants, qui la crurent être celle de Jean Huss. »

On montre encore de beaux vitraux et diverses antiquités plus ou moins remarquables.

On lit, sur les murailles de la salle du concile, les noms des personnages les plus illustres qui l'ont visitée : ces noms sont inscrits sur des écussons. On y remarquera des noms de princes, assez singulièrement associés.

La ville elle-même est peu animée , quoique bien bâtie , comme le remarquait Montaigne dès le xvi*' siècle : « Mous reconnûmes, ajoute- 1 -il, en arrivant à Constance, que nous perdions le pays de Suisse , à ce que un peu avant que d'arriver à la ville, nous vismes plusieurs maisons de gentilshommes ; car il ne s'en voit guères en Suisse. » On peut faire sur ce lac des promenades agréables dans l'île de Meinau (située sur le lac de Constance) , et dans celle de Reichnau (dans l'Untersee).

On y péché d'excellents poissons, des truites saumonées et des lavarets blancs et bleus. Le lac de Constance ne présente pas l'aspect grandiose de certaines parties du lac de Genève ; mais ses bords sont riants et semés de jolis villages.

Vue de Mulhouse.

PAR LE CHEMIN DE FER d'aLSAGB.

De Bâie à mnllioase.

Nous avons suivi le cours du Rhin depuis Cologne jusqu'au lac de Constance. Au delà de ce lac , le fleuve , après être descendu des montagnes du canton des Grisons, vient former la limite de la Suisse et du Tyrol. La description de cette partie de son cours est étrangère au plan que nous nous sommes tracé, et appartient aux itinéraires de Suisse.

Nous pouvons supposer maintenant que nos lecteurs re-

viennent de Constance à Bàle. Ils ont déjà visité avec nous cette dernière ville, où les a conduits le chemin de fer (badois) par la rive droite du Rhin. Il est à croire que, pour revenir à Strasbourg, ils voudront varier leur itinéraire, et suivre cette fois le Rhin par sa rive gauche, c'est-à-dire par le chemin de fer français qui relie Bâle à Strasbourg , en traversant les départements du Haut et du Bas-Rhin.

On trouve dans ce parcours trois villes plus ou moins importantes : Mulhouse , Colmar, Schlestadt ; le chemin de fer, après avoir traversé jusqu'à Mulhouse une plaine assez ennuyeuse,se rapproche des Vosges, dont les mamelons boisés sont couronnés de vieux burgs détruits, aussi pittoresques, aussi nombreux que ceux que nous avons visités entre Cologne et Mayence. Tout cet-admirable pays mériterait d'être parcouru et visité en détail. Mais nous n'oublierons pas ici que le voyageur qui revient des bords du Rhin commence à se blaser un peu sur toutes ces beautés; nous abrégerons nos indications, nous contentant de renvoyer à V Itinéraire de Strasbourg à Bâle (publié dans cette collection) ceux qui auraient envie de se reposer dans les fraîches vallées des Vosges et de grimper jusqu'à ces vieux châteaux. Ces belles ruines, par leur grandeur comme par les souvenirs qu'elles rappellent , mériteraient d'être aussi connues que leurs sœurs de la Prusse rhénane et du duché de Nassau. Elles sont de la même époque, elles ont été témoins des mêmes luttes; du sommet de leurs belles montagnes elles dominent aussi fièrement la vallée du Rhin. Mais elles ont un tort, c'est d'être en France; et comme, de plus, nul écrivain célèbre n'a encore songé à les mettre à la mode , elles restent négligées et solitaires : il est vrai qu'elles y gagnent quelque chose , c'est de ne pas être trop restaurées.

Nous laissons sur notre droite la forteresse d'Huningue , célèbre par deux sièges soutenus intrépidement à vingt ans de distance par le général Abbatucci , qui y fut tué en 1796,

et par le général Barbanègre, qui, en 18i5, avec cent trentecinq hommes, s'y défendit contre l'armée autrichienne. A peu de distance d'Huningue se trouve Saint-Louis , première station française, où Ton visite les passe-ports et les bagages. De là jusqu'à Mulhouse , nous ne rencontrons aucune localité importante.

mnllioase.

Mulhouse n'est une ville française que depuis 1 798. C'était alors une république indépendante, dont l'histoire était pleine de glorieux souvenirs. D'abord fief ecclésiastique au II" siècle , puis cité impériale , elle lutta courageusement contre la domination envahissante des évêques de Strasbourg, contre les nobles du voisinage, unis de cœur et d'intérêts avec ses constants adversaires. Libre et gouvernée par des magistrats élus, elle fit souvent appel, dans ses pressants dangers, aux Suissesses voisins, et, réunies aux bataillons de Berne et de Fribourgj ses troupes châtièrent rudement les nobles qui l'avaient provoquée. Elle tint tête à Charles le Téméraire; assiégée par le puissant duc de Bourgogne, elle fut sauvée par un débordement subit de l'IU, qui, en une nuit , changea en un vaste lac la plaine qui l'entoure. Sa constitution intérieure présente, dès le xiii" siècle, de remarquables dispositions : une charte , octroyée par l'empereur, lui accorde de nombreuses franchises. On y remarque surtout un respect extraordinaire pour l'inviolabilité du domicile : nul citoyen ne peut être arrêté chez lui. S'il s'y renferme, les juges doivent s'assembler devant sa porte, et l'accusé, de sa fenêtre, plaide sa cause; s'il est condamné, même pour un assassinat, il* peut encore quitter la ville clandestinement: si c'est un meurtrier, les parents de la victime ont seuls le droit de mettre la main sur lui. On sent assez combien d'abus pourraient naître de cette extension outrée du droit d'inviolabilité personnelle ; mais ce n'en est

' DE BÀtE A STRASBOURG. 2i9

pas moins un fait remarquable , surtout pour Tépoque où il s'est produit.

Au xvi« siècle , Mulhouse adopta de bonne heure la réformation; Montaigne, qui visita alors cette ville, « prit un plaisir infini à voir la liberté et bonne police de cette nation, et son hoste du Raisin revenir du conseil de ladicte ville et d'un palais magnifique et tout doré , où il avait pré* sidé, pour servir ses hostes à table. >» x\u siècle suivant, Mulhouse résista aux Suédois pendant la guerre de Trente ans. Son commerce s'accrut et multipliia ses débouchés; mais, vers la fin du xvKi*' siècle , l'extension de son in* dustrie finit par alarmer la France, sa puissante voisine; un édit royal de i785 défendit absolument l'entrée en France de ses toiles de coton. La Révolution ne fut guère plus libérale envers elle, et, pour obtenir enfin que ses anciens débouchés fussent rendus à son commerce, il fallut que Mulhouse se donnât à la France en i798 : elle ne le fit pas sans de grandes hésitations ; quand il fallut signer le traité d'annexion qui rendait la vie k son commerce en sup* primant son existence indépendante, ses magistrats fondaient en larmes. Au reste, l'augmentation rapide de son industrie la dédommagea bientôt de ce qu'elle croyait avoir perdu. C'est aujourd'hui une ville d'environ 30 000 âmes, qui n'en est pas moins restée simple chef-lieu de canton (le chef-lieu d'arrondissement est Altkirch, ville de 3 à 4000 âmes). L'activité industrielle, avec toutes ses merveilles et, il faut le dire, avec toutes ses misères, répand la vie dans l'antique cité, aujourd'hui transformée par le travail. Mul« house n'a guère d'antiquités curieuses à montrer au voyageur; mais son quartier fleuf, dont les riches maisons, construites en 1828, présentent une suite d'arcades modestement comparées par les Mulhousiens aux arcades de la rue de Rivoli , mais son canal, ses vastes fabriques, méritent d'attirer l'attention de ceux qui préfèrent aux souvenirs et

aux débris des temps anciens Tactivité et les merveilles de l'industrie moderne.

L'hôtel de ville est à peu près le seul édifice qui ait conservé son antique caractère. Il renferme quelques curiosités, d'assez beaux vitraux, un tableau contenant la liste des bourgmestres, depuis 1383 , avec leurs écussons. Cet édifice, qui a été au moyen âge le centre d'une vie si active et souvent si tumultueuse, reste au milieu de la ville moderne comme le représentant du passé , comme le témoin de cette existence indépendante que Mulhouse ne peut plus regretter, mais dont elle aime toujours à se souvenir,

De nulliousc h «Jolinar*

A Lutêerbach, nous laissons sur notre gauche l'embranchement du chemin de fer, qui , après avoir parcouru 21 ki-

Vue de RoufTacb.

loniètres, vient aboutir à l'industrieuse ville deThann, à l'entrée de la vallée de Saint-Amarin.

Nous atteignons la Station de Rouffaeh^ petite ville ancienne, qui possède une intéressante église gothique. Les Vosges se sont rapprochées du chemin de fer, et déjà nous distinguons sur une hauteur les trois châteaux d'Eguisheim, débris d*un château fort qui appartenait au moyen âge à la maison d'Autriche : au xv* siècle , les maîtres de ce château molestèrent les bourgeois de Mulhouse , qui le prirent et le brûlèrent. Ces ruines devinrent alors naturellement la propriété du diable, et, en 1508, on fit le procès à une pauvre femme accusée d'y avoir marié sa fille à Belzébuth. Le repas de noces, qui consistait en chauves- souris rôties, avait été suivi d'un bal infernal , auquel une foule de diables avaient pris part. On s'y était fort amusé ; mais malheureusement le fait fut reconnu comme avéré par la justice du temps , et la belle-mère de Belzébuth brûlée vive , avec les cérémonies ordinaires.

A notre gauche s'ouvre, dans les Vosges , la belle vallée de Munster, dont le Hoh-Landsberg, l'un des plus importants des vieux châteaux d'Alsace, domine l'entrée. Nous croyons pouvoir recommander de visiter au moins cette belle ruine, voisine de Colmar^ où nous arrivons.

Colmar.

Cette ville , aujourd'hui d'un aspect si calme , où respirent l'aisance et l'amour du bien-être , a été au moyen âge une des cités les plus belliqueuses de la province , une des plus agitées par les révolutions. Mentionnée au ix* siècle comme un domaine de la couronne , elle possédait un atelier ou gynécée , où des femmes , la plupart esclaves , étaient occupées à la confection des habits impériaux. Il paraît que les enfants nés dans ces gynécées étaient considérés comme illégitimes. On raconte que Charlemagne, dans une expédition contre les Saxons, ayant remarqué la bravoure de deux jeunes gens qui servaient dans son armée, leur demanda

m ITINÉRAIRE DES BORDS DU RHIN.

quelle était leur patrie et leur origine; ils furent contraints d'avouer qu'ils étaient nés dans le gynécée de Colmar. L'empereur aussitôt, changeant de ton k leur égard , leur déclara que le métier des armes leur était interdit, et qu'il les consacrait au service du palais. Les deux jeunes gens gardèrent le silence; mais, sortant aussitôt du camp, ils s'élancèrent dans les rangs des ennemis, où ils succombèrent en combat* tant comme des hommes libres.

Sous le règne suivant, Colmar fut témoin d'un tragique événement. Ce fut dans ses murs que se réunirent les fils impies du malheureux Louis le Débonnaire. L'un d'eux, Lother, roi d'Italie, amenait avec lui le pape Grégoire IV. L'armée de Louis rencontra celle de ses fils près du mont Sigwald, dans une plaine appelée Rothfeld ou le Champ-Rouge. Le pape interposa sa médiation : l'empereur refusa d'abord de reconnaître l'intervention du souverain pontife, qui le menaça d'excommunication, ainsi que les prélats de son parti. Alors des pourparlers s'engagèrent entre les deux afmées; Lother en profita pour semer autour de son père la trahison, et un matin n presque tout le peuple qui était avec l'empereur s'écoula comme un torrent vers les fils de l'empereur. » Le malheureux Louis ne voulut point compromettre dans un combat inutile le sort de ceux qui lui étaient restés fidèles : il se soumit; une assemblée d'évêques et de seigneurs , présidée par le pape , le déclara déchu et donna l'empire à Lother. Le lieu où se passa cette scène prit, en mémoire de cette trahison, le nom de Lvgenfeld ou Champ du mensonge, » à cause de tous ceux qui faussèrent leur foi en ce lieu. » De grandes discussions ont eu lieu entre les savants pour préciser l'emplacement du Lugenfeld : les uns le placent près de Sigolsheim (à il kilomètres de Colmar); d'autres, plus près de Colmar. Enfin Schœpflin, le savant auteur de VAlsatia illustrata, croit retrouver ce lieu près de Cernay, dans la vallée de Thann.

Au im* siècle, nous voyons Colmar, ville impériale, lutter avec énergie contre la domination de Tévêque de Strasbourg, Walther de Géroldseck. Le héros de celte lutte est un plébéien , le fils d'un tanneur de Turckheim, Jean Rosselmann Appuyé par l'empereur, soutenu par la bourgeoisie, il résiste d'abord avec avantage contre l'évéque; mais Colmar finit par succomber. La ville est prise en i264, et Rosselmann contraint de fuir. Mais, de concert avec Rodolphe de Hapsbourg (depuis empereur), il y rentre secrètement, et se cache dans un tonneau. La nuit venue , il réunit ses partisans, s'empare d'une des portes, et élève en haut d'une lance une botte de paille enflammée; c'est le signal convenu avec Rodolphe, qui entre dans la ville avec ses hommes d'armes, et vient appuyer Rosselmann; ks gens de l'évéque surpris s'enfuient à la hâte, sans tenter une inutile résistance.

Un coup de main hardi avait rétabli la liberté dans Colmar; un coup de main du même genre la renversa. Les partisans de l'évéque rentrèrent un matin dans la ville , au moment où on ouvrait les portes, et Rosselmann périt dans le combat.

Cependant le fils de Rosselmann fut investi de la charge de prévôt quelques années plus tard. Mais ayant tenté de défendre contre l'empereur la liberté de sa patrie , comme son père l'avait fait contre l'évéque de Strasbourg, il fut vaincu, contraint de fuir, livré à l'empereur; celui-ci lui promit la vie sauve, et, après l'avoir traîné plusieurs jours à sa suite , étendu sur une roue et la main fixée à un pal , faisant le geste du serment, le jeta dans un cachot où il mourut.

Nous ne raconterons point en détail ni les guerres que Colmar eut à soutenir contre ses voisins, ni ses agitations intérieures. Nous rappellerons seulement que le conseil des Neuf, qui gouvernail la ville au xv« siècle, sut assez s'af-

franchir des préjugés contemporains pour refuser de livrer aux paysans des environs, irrités contre les juifs , quelquesuns de ces malheureux réfugiés dans Colmar. Malheureusement, lors des désastres que la peste noire répandit dans le pays, le déchaînement contre les juifs, accusés d'empoisonner les fontaines, devint tellement général, que ceux de Colmar n'échappèrent pas plus que les autres aux fureurs populaires, et furent brûlés dans un lieu qui a gardé le nom de Fosse aux juifs.

Plus tard, Colmar résiste à Charles le Téméraire. En 1632, la place est prise par les Suédois. Elle fut donnée à la France par le traité de Westphalie. On garantit à la ville quelques privilèges et une certaine indépendance que Louis XIV ne respecta pas longtemps. Il faut convenir que , pour asseoir définitivement dans Colmar son autorité absolue, le grand roi ne s'y prit pas d'une manière parfaitement loyale. Voici comment son panégyriste, Pellisson, raconte cet événement dans une de ses lettres datée de Neuf-Brisach (1673) : « La manière dont on s'est pris pour eaXvQTplus doucement dans Colmar, a été de publier que le roi y voulait loger en allant à Brisach, ce qui ne se pouvait refuser. Ensuite, on fit entrer le régiment des gardes du roi, puis d'autres troupes , environ 3000 hommes eu tout. »

La ville ainsi' occupée, on rasa les fortifications, k la destruction desquelles 6000 hommes furent occupés , aux frais des habitants; on transporta à Brisach l'artillerie de la ville, 68 pièces, auxquelles les bourgeois étaient très-attachés : M Cela, dit Pellisson, leur a fait répandre beaucoup de larmes. »

Rien de remarquable ne s'est passé à Colmar depuis cette époque. C'est une ville riche et assez bien bâtie en général : des ruisseaux d'eau limpide, circulant dans les rues, y entretiennent la propreté. La porte de Rouffach conduit au champ de Mars et à une promenade charmante, oii se donnent les

DE BÀLE A STRASBOURG.

fêtes publiques. On remarque à Colmar quelques vieilles maisons , curieuses pour Tarchëologue ; mais le seul monument public digne d'être étudié est l'église de Saint-Martin. On y admire la beauté de la nef, quelques vitraux, un portail orné de figures grotesques , toutes d'une étonnante variété d'atti-

Porte Rouffach.

tude et d'expression. L'édifice est du xiv* siècle : quand il s'agit de l'élever, plusieurs évêques publièrent des indulgences pour subvenir-aux frais de construction ; mais l'argent manquant , on s'avisa , pour en trouver, de prélever sur les suo-

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cessions un impôt assez singulier. En 1382, il fut établi que le magistrat devait, pour la construction et l'entretieu de l'église, percevoir, dans les héritages, « soit le meilleur habit, soit le meilleur cheval du défunt , rachetable par les héritiers pour dix florins, soit la cuirasse, rachetable pour quatre florins. » La flèche fut détruite par un incendie, en 1572, et relevée pendant les années suivantes.

On remarque eudore à Colmar les restes d*un ancien couvent de dominicains, aujourd'hui transformé en musée parla

société artistique SeluBngauer. On y voit une mosaïque, récemment découverte dans les environs, une collection de gravures, etc. Cette société a été fondée, il y a quelques années, par M. Hugot, bibliothécaire de la ville et antiquaire distingué.

La bibliothèque de la ville, qui occupe une partie des bâtiments du lycée, contient quelques manuscrits précieux, un Albert Durer, des boiseries sculptées, un buste du poète aveugle Pfeff'el , enfin une curiosité d'un genre tout diff'érent, la tête du sire de Hagenbach, le farouche lieutenant de Charles le Téméraire ; ce fut le bourreau de Colmar qui fut chargé, h Vieux-Brisach , de la décollation; on conserve aussi le sabre qui servit à cette exécution.

Mais ce que la bibliothèque de Colmar renferme de plus précieux, ce sont des tableaux de Martin Schœn (ou Schœngauer),

Cathédrale de Colmar.

DE BÀLE A STRASBOURG.

peintre du xy* siècle, né à Colmar et mort dans la même ville en i 499. Ses œuvres sont rares ; elles sont un monument curieut de Tart à cette époque. « Martin Schœn, dit M. Viardot, réunit dans sa manière les couleurs du pinceau de Van Eyck et les délicatesses à la fois fines et dures d'un burin de ciseleur. » Les importantes filatures de Logelback sont une des dépendances de Colmar, et contribuent puissamment h la prospérité de cette industrieuse cité.

De Colnuur à mehklemUt&U

Nous longeons toujours de près les Vosges, sur lesquelles se multiplient les antiques ruines. Riheauvilléy la vieilleel

Vue de Saint-Hippolyle.

curieuse ville, dominée par les débris de trois burgs, le Rappolstein , le Saint-Ulrich et le Girsberg ; Saint-Hippolyte^ au-dessus duquel se dressent les admirables ruines du Kœnigsbourg, démantelé par les Suédois pendant la guerre dé Trente ans ; telles sont les principales stations

que nous trouvons avant Schlestadt. Cette dernière ville est située à l'entrée d'une des plus délicieuses vallées des Vosges, celle de Sainte-Marie aux Mines. •

Sclilesiadt.

Schlestadt : nous écrivons ainsi le nom de cette ville pour

Église Sainte-Foi , à Schlestadt.

nous conformer à l'orthographe historique et officielle ; mais dans le pays même on prononce Sélestat. Chose peu importable d'ailleurs ; car rien de plus contesté que l'étymologie

de ce nom, rien de plus douteux, quoiqu'elle ait exercé Térudition locale. Je me bornerai à citer la suivante : lad-hoff^ lieu de chargement, qui est devenu lad-stadt , puis, etc. Je suppose que celle-là suffira pour dégoûter des autres.

C'est une antique ville , mentionnée dès le vm* siècle : Charlemagne, en 775, y passa les fêtes de Noël. Sous Frédéric II, Schlesladt devint ville impériale et fut entourée d'importantes fortifications. Elle eut des guerres à soutenir contre les belliqueux évêques de. Strasbourg, au niT siècle, et fut deux fois assiégée par eux. Au même siècle ^ elle eut l'imprudence de protéger les juifs, auxquels l'empereur

Venceslas avait demandé une contribution extraordinaire, et n'échappa à la vengeance impériale qu'en payant une partie de la somme exigée des malheureux qu'elle avait prétendu secourir. On se demande par quelle bizarrerie, en plein moyen âge, elle s'avisa de protéger les juifs, de [tout temps impopulaires en Alsace, et ce fait semble d'autant plus singulier,queplusieurs fois dans le même siècle elle les persécuta, les bannit et s'empara de leurs biens; usage religieusement observé aux siècles suivants :

Abside de l'église Sainte-Foi. ^^us voyons un empereur d'Allemagne accorder au magistrat de Schlesladt le droit de recevoir ou de chasser les israéHtes, selon son bon plaisir. En

16^7, il n'en restait plus qu'un seul dans la ville ; il recul Tordre d'en sortir.

C'est à Louis XIY que l'on doit les fortifications actuelles de la ville ; elles sont l'œuvre de Vauban.

L'église paroissiale de Saint-Georges, édifice gothique du XIV' siècle , est un remarquable édifice : la tour carrée qui la surmonte, haute de 175 pieds, se distingue par son élégance; l'intérieur de l'église présente une jolie nef, une chaire en pierre ornée de sculptures curieuses , et quelques vitraux d'un admirable éclat.

Une seconde église, celle de Sainte-Foi, est plus ancienne ; elle fut bâtie au retour d'une croisade, en 1094, par Hilde-

garde, dont les fils étaient, l'un duc de Souabe, l'autre évêque de Strasbourg. Elle fut élevée sur le plan de celle du Saint- Sépulcre, à Jérusalem.

C'est une construction singulière , ornée à l'intérieur de peintures bizarres. L'abside est remarquable.

La tour de l'Horloge , reste des anciennes fortifications de la ville, est un édifice carré surmonté d'un clocheton et flanqué de quatre tourelles ; on passe sous cette tour par une porte ogivale.

Cette ville, assez peu animée , quoiqu'elle contienne 10 000 habitants , est surtout une ville de garnison. Ses environs sont charmants. Près de la petite ville de Dambach s'élève le château de Bernstein, et au-dessous la chapelle de Saint- Sébastien , lieu célèbre qui servit de sépulture à six

Tour de THorloge.

mille malheureux égorgés par l'armée des princes au xvi« siècle, dans la guerre des paysans. Un peu plus loin, le Ramstein , et sur un pic plus élevé FOrteuberg , dominant l'entrée du Val-de-Villé. Cette vallée se réunit à celle de Sainte-Marie aux Mines , que traverse une route menant de Schlëstadt à Saint-Dié et en Lorraine.

De Selilestodt h Strasbourg.

Durant ce trajet, le pays devient moins pittoresque; les montagnes s'éloignent du chemin de fer. Il en est une ce-

Cbapelle Sainte-Odile.

pendant qui attire longtemps nos regards : c'est la montagne de Sainte-Odile, pèlerinage très-fréquenté. Cette hauteur porte à son sommet un couvent célèbre. Il fut jadis fondé par la sainte qui lui a donné son nom. Sainte Odile

était là fille d'Attich , duc d*Âlsace. Avant sa naissance , Attich, désespéré de n'avoir pas d'enfants, avait fait vœu de vouer au service du Seigneur l'enfant qui lui naîtrait; Dieu lui donna une fille. Mais quand Odile fut devenue grande, Attich oublia son vœu et voulut la marier au comte Adelhart. La jeune fille apprit avec effroi la volonté de son père, et voulant accomplir l'engagement qu'il avait pris pour elle, s'enfuit dans la montagne. Mais son père accourt pour l'arracher à sa sauvage retraite; déjà il est près de la saisir, quand le rocher au pied duquel elle priait s'enlr'ouvre et se referme sur elle. Frappé d'épouvante , le duc tombe à genoux , priant Dieu de lui rendre sa fille , et jurant de respecter la volonté du ciel; le rocher se rouvre , la jeune fille en sort et, à cette place , fait élever un monastère dont elle fut la première abbesse.

De Schlestadt à Strasbourg il n'y a pas moins de huit stations ; ce trajet nous paraîtra d'autant plus long, que ces stations , comme le paysage lui-même , présentent assez peu d'intérêt. Enfin Strasbourg apparaît k nos regards, et, après avoir traversé les fortifications , nous nous arrêtons près de la porte de Saverne.

Le palais Impérial.

STRASBOURG

Cette antique cité, Y Argentoratumde&RomainSy rebâtie et fortifiée par Clovis, longtemps indépendante, n'est française que depuis deux siècles. Elle Test devenue surtout par le cœur ; elle est restée allemande par ses habitudes^ et même par son langage. L'allemand est encore la langue populaire. Aussi ne doit-on pas trop s'étonner si quelques Teutons de la vieille roche, de ceux qui « portent encore précieusement sur leur cœur, enfermés dans un médaillon, quelques crins de la queue du cheval de Blûcher , » comme l'a dit un de leurs

plus spirituels compatriotes, s'obstinent, en dépit des faits, des dates et de la géographie, à compter l'Alsace parmi les terres allemandes , et , convoitant toujours cette admirable province, en réclament encore la restitution. Nous conviendrons bien que les Strasbourgeois boivent de la bière et fument comme des Allemands; mais c'est peut-être à d'autres signes que l'on doit reconnaître une nationalité ; c'est surtout à la volonté d'un peuple, et, parmi les villes de France , nulle n'a donné plus de gages que Strasbourg à la cause de l'unité nationale pendant les guerres de la Révolution, au moment où d'autres cités sacrifiaient leur devoir à leurs rancunes et à leurs passions ; nulle ne s'est montrée plus française par l'énergie de son dévouement. C'est Strasbourg qui, en ces jours de crise, a donné k la patrie Kléber, Kellermann ; c'est au milieu de ses bataillons de volontaires, dans cette enivrante atmosphère de patriotisme et de guerre, que Rouget de Lisle trouva le chant improvisé de cette grande époque, l'hymne que, la première, Strasbourg répéta après lui : « Allons , enfants de la patrie ! >» En 1814 et en 1815 , Strasbourg soutint bravement un long siège contre les troupes alliées , et ne rendit les armes qu'avec le reste de la France.

De ses antiques monuments Strasbourg n'a guère conservé que sa cathédrale; mais c'est une des merveilles du monde, un des édifices lés plus accomplis que nous ait légués l'architecture du moyen âge.

« Lorsque je fus arrivé à Strasbourg, dit Goethe en racontant l'histoire de sa jeunesse, je sortis aussitôt de l'hôtel où j'étais descendu , pour contenter mon désir le plus ardent, et pour m' approcher de la cathédrale, qui m'avait été montrée de loin par mes compagnons de voyage, et sur laquelle mes yeux étaient demeurés fixés pendant une assez longue étendue de chemin. » Nous devons, comme Goethe, notre première visite au vénérable édifice.

STRASBOURG. 235

Commencée au xi« siècle, continuée au xiii* siècle et au

La cathédrale de Strasbourg.

XIV*, par les trois Erwin de Sleinbach, le Munster vit élever

sa gigantesque flèche sous la direction successive d'Ulrich d'Entingen et de Jean Hultz de Cologne. Cette flèche ne fut terminée que vers le milieu du xv* siècle. C'est , de tous les monuments élevés par la main des hommes , le plus élevé , après la grande pyramide d'Egypte , qui compte 4 mètres de plus : sa hauteur est de 142 mètres à partir du sol. Mais ce qu'il faut admirer bien plus encore que cette prodigieuse élévation, c'est la légèreté de cette flèche percée à jour, délicate et majestueuse tout à la fois. On monte à la moitié de la hauteur par l'une des quatre petites tours qui sont placées aux quatre coins de la grande, et qui vous mènent à la plateforme appelée les quatre tourelles , d'où la vue s'étend sur les environs de la ville. Pour peu que l'on soit sujet au vertige, il est impossible d'y échapper, en montant l'escalier à jour de ces tourelles, et en mesurant entre ses pieds, à travers celte construction diaphane, l'espace qui s'étend de là au pavé de la ville : il n'y a pourtant aucun accident à craindre. Quant à la partie la plus élevée, la flèche proprement dite , dont l'extrémité supérieure s'appelle la Lanterne, l'ascension en est interdite au public, et l'on n'y monte qu'avec une permission spéciale, que l'on délivre à la mairie.

La façade, dont les sculptures ont été habilement restaurées , présente une gigantesque rosace de 44 mètres de circonférence.

Les statues des portails latéraux, celui du midi et celui du nord, sont presque toutes modernes ; elles ont remplacé les anciennes , détruites par le temps ou pendant la Révolution.

L'intérieur présente une grande variété de style. Le chœur, qu'on vient de restaurer, frappe les regards par un style sévère ; il date, dit-on, de Charlem'agne. Ati-dessous du chœur on voit une chapelle voûtée, à l'entrée de laquelle se trouve un groupe représentant Jésus au jardin des Oliviers. La chaire, construite en 1487, ornée de plusieurs rangées de figures, est d'une grâce et d'une élégance incomparables. On

STRASBOURG

remarque aussi des fonts baptismaux du xv* siècle, restaurés avec intelligence ; des vitraux du xiv* siècle; enfin, la fameuse. horloge de M. Swilgué, terminée en 1842. De toutes les merveilles de cette cathédrale, c'est celle qui excite Tad-t

L'Horloge.

miration la plus générale ; et quand midi va sonner, heure à laquelle toutes les figures de celte étonnante machine accomplissent leur complète évolution, on est assailli, près de la cathédrale » par des gens officieux qui vous invitent à en-

trer et s'offrent à vous fournir une foule d'explications inur tiles sur les différentes marionnettes que Theure solennelle met en mouvement. Du reste, chaque quart d'heure delà journée est sonné par des automates , et chaque heure voit le défilé des quatre Âges de la vie , pendant lequel la Mort frappe avec un os le timbre placé à côté d'elle. Mais à midi on a de plus le défilé des douze apôtres devant Jésus-Christ, et un coq, placé en haut de l'horloge, bat des ailes et chante trois fois. Ce coq est un reste de l'ancienne horloge , que celle-ci a remplacée. A toute cette conception chrétienne se mêlent des personnages mythologiques chargés de marquer le jour de la semaine qui leur est consacré; Diane pour le lundi {lunœ dies). Mars pour le mardi, etc. ; car ces souvenirs du paganisme sont une des nombreuses bizarreries de notre calendrier.

A droite du Munster se trouve la maison de Vcsuvre de Notre-Dame , édifice du xvi* siècle, qui appartient à la fabrique de la cathédrale. L'escalier est d'une élégance et d'une légèreté remarquables.

L'église Saint 'Thomas ^ qui sert aux protestants, est une église romane, qui a conservé plusieurs beaux vitraux et des tombes curieuses du moyen âge. Mais ce que le sacristain exalte par-dessus tout , c'est le tombeau élevé par Louis XV au maréchal de Saxe et sculpté par Pigalle. C'est une composition allégorique , dont il faut donner l'explication : le maréchal est représenté prêt à descendre au tombeau que la Mort entr' ouvre au-dessous de lui ; la France cherche vainement à le retenir, et Hercule gémit, la tête appuyée sur une main.... Que dites-vous d'Hercule, dans un monument destiné à être placé dans un temple chrétien ? Cet Hercule a en outre l'inconvénient de rappeler l'énergie physique du maréchal de Saxe, énergie que , comme son patron Hercule, il n'a pas toujours employée à dompter les monstres, et qui lui valut à la cour des succès d'un genre tout différent. Quant à

STRASBOURG

rinscription placée sur la pyramide , c'est un gros mensonge en latin, où Louis XV se déclare l'auteur des victoires du maréchal de Saxe : Victoriarum cmetor et ipse dux. Peut-être le Bien-aimé avait-il réussi , les flatteurs aidant , à se persuader que c'était lui-même qui avait ( à distance ) gagné la bataille de Fontenoy ; mais il eût été plus convenable de ne point s'en vanter sur la tombe même de celui qu'on dé-

L'église Saint-Thomas.

pouillait ainsi de sa victoire au moment où on faisait semblant de l'honorer.

On montre dans une chapelle latérale deux momies que Ton croit être un comte de Nassau du xvi* siècle et sa fille : en 1802, on les a trouvés embaumés dans une des caves de l'église ; et maintenant placés sous verre , ils servent à faire gagner quelques pièces de monnaie au surveillant du temple.

Le Temple neuf, ancienne église des dominicains, con-

struite au xin* siècle , contient plusieurs tombes , et des fresques, probablement du xv* siècle, représentant une danse des morts. Malheureusement cette peinture est en partie effacée.

Près de là se trouve la bibliothèque de la ville, et une collection d'antiquités.

Sur la place du marché aux herbes , on voit la magnifique statue de Gutenberg *, de David d'Angers. Pour ceux

La place Kléber.

qui ont VU la statue de Thorwaldsen à Mayence , il y a là une curieuse comparaison à faire, et, si le patriotisme ne nous aveugle pas, cette comparaison sera tout à l'avantage de la France. Les bas-reliefs , qui représentent les bienfaits de

1 . On sait que c'est à Strasbourg que Gutenberg a fait les premiers essais de l*art dont il est rinyenteur.

STRASBOURG. U

r imprimerie, contiennent un grand nombre de portraits, exécutés avec cette vérité pleine de vie et de mouvement que l'on admire dans la collection des médaillons de notre grand sculpteur.

Sur la place Kléber s'élève la statue de ce. noble enfant de Strasbourg. C'est l'œuvre d'un Strasbourgeois, M. Grass. L'attitude du général est pleine de fierté ; l'artiste l'a représenté au matin de sa victoire d'Héliopolis, au moment où, après avoir lu à son armée les inacceptables propositions de lord Keith, Kléber ajoute pour toute allocution : « Soldats, k de telles insolences on ne répond que par des victoires ; pféparez-vous à combattre ! » Les deux bas-reliefs représentent , l'un la bataille d'Altenkirchen (î26 juin 1 796), l'autre celle d'Héliopolis (20 mars 1800).

On peut visiter encore h Strasbourg l'arsenal, un des plus riches de la France , la fonderie de canons , enfin les deux promenades appelées le Contade et la Roberisan.

yGo^gk

Vue de Sayerae.

DE STRASBOURG A FROUARD.

De Straslioarfl^ k nmmcf.

Si Ton en excepte les bords de l'Oise , le trajet de Paris à Bruxelles a pu nous paraître assez insignifiant. Des plaines fertiles ou des marais , ce n'est pas là assurément ce qui réjouit les regards; mais, quand nous avons traversé ce pays peu intéressant pour qui ne le voit que parla portière du wagon , nous partions ; l'espérance nous soutenait, et l'on peut supporter le paysage des plaines de la Picardie, de l'Artois et de la Flandre, quand on se promet la vallée de la Vesdre,

v^oogle .

DE STRASBOURG A FROUARD. 243

les bords du Rhiù , la forêt Noire. Maintenant jious revenons , nous sommes rassasiés de paysages splendides , et je crains bien que le passage des Vosges , d*une beauté si sévère, les environs charmants de Nancy, la riante vallée de la Marne, ne nous trouvent assez indifiérents. Nous devons cependant vous prévenir que tout ce parcours mériterait bien votre attention ; maintenant regardez ou ne regardez pas » c*est votre affaire : nous avons fait notre devoir de cicérone, notre conscience est en repos.

Par exemple, il se pourrait d'abord que vous fussiez tentés de nous donner tout simplement un démenti; la plaine qui s'étend de Strasbourg jusqu'aux montagnes est d'une fertilité parfaitement insipide, et ne possède guère d'autres mérites que ceux qu'on apprécie à la halle aux blés. Mais bientôt apparaissent les Vosges et leurs sommets boisés , et les ruines qui les couronnent. En passant à Saverne, nous donnons un coup d'œil à l'ancien palais des évêques de Strasbourg. Par une pittoresque vallée, nous entrons dans la montagne ; les tunnels, dont l'un , celui de Hommarting, n'a pas moins de 2678 mètres , se succèdent et nous donnent le plaisir singulier que l'on éprouve à passer ainsi brusquement des ténèbres à la lumière, plaisir qu'ignoraient nos pères, quand la classique diligence les traînait si lentement sur ces côtes ^ au travers desquelles nous passons aujourd'hui.

Au sortir des Vosges , voici Sarrebourg , une vieille ville, cité importante au moyen âge, et, par conséquent, souvent dévastée par la guerre, qui l'a rajeunie. Voici Emberménil^ dont l'abbé Grégoire était curé , quand la Révolution vint l'y prendre pour le jeter au milieu des orages populaires ; il s'y maintint pourtant ferme et inébranlable dans sa double conviction, démocratie, christianisme, et le curé d'Emberménil, qui siégeait aux bancs de la Montagne, ne cessa pourtant de confesser le catholicisme à la tribune de la

2i4 ITINÉRAIRE DES BORDS DU RHIN.

Convention. Voici enfin Lunéville, une bien belle ville, à ce que disent de bons bourgeois, aux rues régulières, ornées d'églises Pompadour, de vastes casernes de cavalerie , où Stanislas tenait sa cour, où naquit le chevalier de Boufflers,

Vue de Lunéville.

OÙ sa mère, la trop sensible marquise, charma les loisirs du vieux monarque, — accompagné de plusieurs autres.

Quand Boufflers parut à la cour, On crut voir la mère d'Amour, Et chacun Tavait à son tour.

Ainsi chantait le comte de Tressan, un des héros de cette cour, et cette chanson lui valut une paire de soufflets de la jolie main de la marquise. Stanislas avait à Lunéville

D£ STRASBOURG A FROUARD. 245

un château coquet qui existe encore aujourd'hui, et que hanterait certainement l'ombre du chevalier de Boufflers, — un poète classique doit avoir une ombre, — si ce château n'était occupé aujourd'hui par un régiment de cavalerie.

Au sortir de Lunéville, le paysage, assez triste, redevient charmant près de Varangeville'-Saint'-Nicolas y dont la belle église s^aperçoit au delà de la rivière.

Cette station est la dernière avant Nancy.

Waney.

Cetle ville , toute propre et toute coquette aujourd'hui , d'une régularité vraiment moderne, a pourtant, dans le mojen âge ,. un passé tragique et glorieux.

L'événement le plus important de son histoire est le siège qu'elle soutint contre Charles le Téméraire , et qui se termina par la mort du duc et la délivrance de Nancy. Dans la ville comme dans le camp des Bourguignons , on souffrit cruellement pendant le rude hiver qui fut témoin de ce siège ; mais René de Vaudemont arrivait avec ses amis les Suisses au' secours de ses fidèles Lorrains. Le duc de Bourgogne alla au-devant d'eux : la neige tombait en abondance, le terrain était mauvais. «- Charles n'avait pas lui-même beaucoup d'espérance, dit M. Michelet; comme il mettait son casque, le cimier tomba de lui-même : Hoc est signum Dei^ » dit-il. Et il monta sur son grand cheval noir. Les Bourguignons trouvèrent d'abord un ruisseau grossi par les neiges fondantes ; il fallut y entrer , puis tout gelés se mettre en ligne à attendre les Suisses; ceux-ci, gais et garnis de chaude soupe largement arrosée de vin, arrivaient de Saint-Nicolas. Peu avant la rencontre, «xun Suisse passa prestement une étole, » leur montra une hostie et leur dit que , quoi qu'il arrivât ,^ ils étaient tous sauvés. Ces masses étaient tellement nombreuses ,- épaisses , que, tout en faisant front aux Bourguignons, et les occupant tout entiers , il fut aisé de détacher

derrière un corps pour tourner leur flanc, comme à Morat, et pour s'emparer des hauteurs qui les dominaient. Un des vainqueurs avoue lui-même que les canons du duc eurent à peine le temps de tirer un coup: Se voyant pris en flanc , les piétons lâchèrent pied. Il n'y avait pas à songer à les retenir. Us entendaient là haut le cor mugissant d'Underwald, l'aigre cornet d'Uri ; leur cœur en fut glacé, « car, à Morat , ils l'avaient entendu. »

Dès lors ce ne fut plus qu'une déroute , au milieu de laquelle le duc de Bourgogne disparut, tué, selon les uns, par un boulanger de Nancy qui était sorti des murs pour se mêler à la fête , selon d'autres , par des traîtres de sa propre armée apostés par son lieutenant Campobasso. Le lendemain au soir on trouva son cadavre , que l'on eut d'abord grand'peine à reconnaître. Le duc René lui fît faire des funérailles solennelles ; après lui avoir jeté l'eau bénite, saisissant la main du cadavre par-dessous le poêle , il dit : « Hé! beau cousin, Dieu ait votre âme! mais vous nous avez fait moult maux et douleurs, m

Une croix fut plantée à l'endroit où l'on avait retrouvé le corps du duc. On la voit encore à l'étang Saint-Jean.

Cependant la ville s'accrut rapidement sous les successeurs de René. Mais un de ses ducs, Charles IV, s'étant allié aux ennemis de la France, Richelieu, en 1633 , fit occuper Nancy par les troupes royales, et Louis XIII y entra en triomphe. On raconte qu'un des plus illustres enfants de Nancy, le graveur Callot, qui avait jusque-là souvent représenté les victoires de Louis XIII , reçut de ce prince l'invitation de graver la prise de Nancy. Aussi bon patriote qu'éminent artiste , Callot refusa : « J'aimerais mieux me couper le pouce, répondit-il, que de rien entreprendre contre l'honneur de ma ville natale. »•

Le temps le plus brillant de l'existence de Nancy, celui qui a laissé le plus de traces, c'est le gouvernement paternel

m s'i;rai^isoijrg A frouard. 247

et doux de Stanislas e^u xviii* siècle. Beau-père de Louis XV, roî de Pologne dépossédé , ce prince se consola de la perte

Porte du palais ducal.

d'un trône en vivant tranquille dans sa petite cour , qu'anima le goût des lettres et des arts. Malheureusement Stanislas ,

îizedby VjOO'^:

%4K ITIKËRAIRE bES BORDS DU RHIN.

en embellissant beaucoup Nancy selon le goût de son temps, détruisit un assez grand nombre de monuments anciens. On lui doit la place dont Tamour-propre local est fier avant toute chose , la place Stanislas , entourée de somptueux édifices, décorée de fontaines élégantes. Stanislas y fit élever un arc de triomphe en l'honneur de son gendre Louis XV , et une inscription affirme que Louis XV fut :

HosMuni terror, Fœderum cul ton, Geniisquc decus et amor.

Ce sont là des illusions que Ton doit passer à un beau-père.

Cette place est ornée aujourd'hui d'une statue de Stanislas, de M. Jacquot. Cette statue a remplacé en 1831 celle de Louis XV.

Les pavillons qui entourent la place sont cohsacrés aux services publics. Dans l'un d'eux se trouve un musée qui mérite d'être visité. On y voit plusieurs bons tableaux italiens, et une collection de toiles de l'École française, tant ancienne que moderne, parmi lesquelles on doit signaler V Ivresse de Silène , par Wanloô ; la Bataille de Nancy , par Eugène Delacroix, etc.

Nancy , ville amie des arts, qui avait donné h la France le talent si original et si fécond de Callot, a produit de nos jours un éminent artiste, plein de verve et d'entrain. Grandville , né en 1804 , mort en 1847.

Nancy n'a guère conservé de ses vieux monuments qu'une partie de son ancien palais ducal, terminé par le duc René II, le vainqueur de Charles le Téméraire, Stanislas le fit démolir en grande partie; mais il en reste encore une porte d'une merveilleuse élégance.

Il faut citer encore l'église des Cordeliers (du xv* siècle), qui contient plusieurs tombeaux curieux , la plupart de la Renaissance. Dans une chapelle , qu'on nomme la chapelle

DE STRASBOURG A FROUARD.

Ronde , et qui est de récente construction , on a réuni les tombeaux des ducs de Lorraine , auparavant dispersés dans différentes villes^ Il en est qu'on a été chercher jusqu'en Belgique.

La cathédrale a été bâtie au xviii* siècle , dans le goût de l'époque.

Outre ces artistes célèbres dont nous avons parlé et aux-

La cathédrale de Nancy.

quels il faut ajouter les noms de Claude Lorrain , notre plus grand paysagiste , du graveur Israël Sylvestre et du peintre

Isabey, Nancy s'honore d* avoir donné le jour au général Drouot , Fane de nos gloires les plus pures : elle lui élèye un monument dont Texécution est confiée k David d* Angers.

Nancy a également élevé une statue au savant agronome Mathieu de Doqibasle,né dans cette ville en 1777, mort en 4843.

Les environs de Nancy sont charmants; on. trouve aussi à rintérieur de la ville d* agréables promenades. Nous devons mentionner le jardin public qu'on appelé la Pépinière ^ et où Ton entre par la place Stanislas. C*est k Textrémité de la promenade qu'on appelle la place de Grève, nom resté sinistre ailleurs , c'est à la porte de Metz que s'est livré , au commencement de la Révolution , le combat où Desilles fut tué.

La première station après Nancy est Frouard , où aboutit le chemin de fer qui vient de Forbach et de Metz. Nous interrompons notre route de Strasbourg à Paris pour indiquer les principaux points du parcours de Forbach à Frouard.

La cathédrale de Metz.

DE FORBACH A FROUARD.

De Forbaeh h mets*

De Forbach à Metz , le chemin de fer rencontre peu de stations importantes. Les plus considérables sont :

Hambourg y jadis appelé Hombôurg-l'Èvêque , pour distinguer cette ville des autres localités du même nom ; sa petite église gothique ne manque pas d* élégance ;

Saint- Avold , dans une jolie vallée , vieille ville k laquelle ses fortifications donnaient jadis une certaine importance;

252 ITINÉRxVIRE DES BORDS DU RHIN.

Fauquebnont (mont du Faucon, mon s Falconis^ Falkenberg), également fortifié au moyen âge; on voit encore les débris de ses remparts.

Peltre est la dernière station que ncus trouvions avant d'arriver à Metz; elle en est éloignée de 6 kilomètres.

mets*

Cette ville, une des plus anciennes de la France, existait au temps de la conquête des Gaules, et les Romains la désignaient sous le nom de Divodurum, A partir du x* siècle, elle se constitua en ville libre, sous la protection des empereurs. Son organisation était républicaine; son gouvernement, qui se composait d'un échevin et d'un conseil, était fondé sur l'élection. Metz parvint à un très-haut point de grandeur; mais, épuisée par les luttes qu'elle avait à soutenir contre ses puissants voisins , la fière cité se mit sous la protection du roi de France au milieu du xv" siècle, et, comme il arrive toujours en pareil cas , son protecteur devint un maître. L'année 4552 fut signalée pour elle par un , événement qui fait époque dans nos annales ; elle fut assiégée pendant soixante-cinq jours par l'empereur Charles- Quint k la tête d'une armée de 100 000 hommes , et défendue par le duc de Guise , qui s'y était jeté avec des troupes françaises et un grand nombre de gentilshommes. Ce siège , dont un des témoins et des acteurs, Bertrand de Salignac, nous a laissé un récit circonstancié, fit le plus grand honneur au duc de Guise , et contribua à accroître sa popularité. Il fit élever des remparts , dont la ville avait grand besoin , et , pour donner l'exemple à tous , y travailla lui-même : « Il entreprit l'œuvre avecques les princes , seigneurs et gentilshommes qu'il avait en sa compagnie, portant quelques heures du jour la hotte, et monstrant être bien convenable à uu chef de soubstenir au besoing le travail et la sueur ea sa personne , comme la vigilance en l'esprit, »

BE FORBACH A FROUARD. 2S3

Une partie de 1*enceinte bâtie à cette époque subsiste encore ; et Ton montre à la muraille de la tour d'Enfer les trous des boulets lancés par les impériaux ; cette tour servit pendant six mois de prison aux cordeliers, qui avaient pendant le siège formé le complot de livrer la ville à Charles- Quint.

C'est pourtant à partir de ce siège , si glorieux pour elle , que Metz perdit peu à peu ses institutions républicaines , et avec elles sa puissance et sa prospérité. Au moment du siège, suivant Salignac • la ville avait de huit à neuf mille pas de tour ; >» 60 000 habitants vivaient dans cette vaste enceinte. Ils furent bientôt réduits à 20 000. Mais Metz avait conservé la gloire, dont elle est restée fière, de n'avoir jamais été prise de vive force, et elle put conserver dans ses armoiries une pucelle couronnée de tours. Je ne sais pourtant si l'on a réellement le droit de se croire pucelle, quand, pour n'être point prise par un de ses prétendants , on se hâte de se livrer à un autre.

Mais il y aurait peu de patriotisme à discuter ce point; si Metz perdit ainsi son indépendance, la France y gagna une noble ville de plus.

Metz est aujourd'hui une de nos places fortes les plus respectables; ses fortifications ont été construites en grande partie au xviii* siècle.

De la même époque date une véritable profanation artistique, dont un accès de piété de la part du roi Louis XV fut la causé , dont la cathédrale de Metz fut la victime. Ce prince tomba malade à Metz en i 743 ; il fut bientôt à l'extrémité. Dans cet état qui l'alarmait plus que tout autre, car jamais homme n'eut plus peur de la mort , il promit deux choses : Tune, de renvoyer sa maltresse, Mme de Châteauroux; l'autre, de donner à la cathédrale un riche portaiLdans le goût du temps. Il guérit , et ce fut alors qu'il reçut de ses peuples, comme disent les courtisans , le surnom de Bien-

aimé. Une fois guéri, le Bien-aimé reprit sa maîtresse, première faute, et fit construire le portail promis, seconde faute, plus grave pour nous; car les amis de l'art gothique en souffrent encore aujourd'hui. Et voilà comment k cette admirable cathédrale , si élégante, fut adapté un lour,d por* lail, en style dorique.

Ce n'est pas la seule dévastation qu'ait dû subir ce bel édifice. Les luthériens avaient brisé les vitraux et quelques images; mais la cathédrale devait subir le vandalisme d'autres iconoclastes , qui s'inspiraient , non plus de l'intolérance religieuse , mais des passions académiques et des fureurs du bon goût. Il faut dire aussi que les figures bizarres , les allégories satiriques , qui raillaient les moines et donnaient à des animaux plus ou moins immondes des costumes de chjEtnoines, alarmèrent quelques consciences timorées et leur inspirèrent des scrupules que n'avaient point ressentis les pieuses imaginations du moyen âge. Ce fut ainsi que disparurent les stalles et le jubé , dont les antiques sculptures parurent immorales et irréligieuses tout à la fois. Enfin la Révolution survint et compléta l'œuvre de dévastation. De tout cela il est résulté que les murailles de cette belle église, à l'intérieur, ont perdu leur ornementation si riche et si variée. Néanmoins la hardiesse et la beauté de ces voûtes élancées, la dimension et la délicatesse de la rose , charment et surprennent encore les regards , et, malgré tant de vandalismes accumulés, la cathédrale de Metz est encore un des plus précieux monuments que nous aii légués le moyen âge.

A l'extérieur, l'ensemble de l'édifice est d'une légèreté et d'une richesse ravissante. Malheureusement il est entouré de constructions qui en cachent la partie inférieure. La flèche, taillée à jour, est d'une rare élégance , ainsi que les petites flèches qui l'entourent. Quant à la cloche , qui porte le nom de Dame Mut le , c'est une des curiosités de Metz;

DE FORBAGH A FROUARD. 355

elle pèse 13 000 kilogrammes. L'inscription qu'elle porte rappelle le temps où Metz était ville libre :

Dame Mutte suis baptisée ,

De par la cité ci-posée ,

Pour servir à la cité,

Aux jours de grand' solennité;

Et aussi pour crier justice ,

Prendre ban de bonne police ,

Les contredire, quand bon me semble,

Et pour convoquer gens ensemble.

Nous citerons encore l'église Sainte-Ségolène , dont le portail et les vitraux méritent d'intéresser là curiosité du voyageur; l'église Saint 'Eucaire^ du xin' siècle, comme la précédente; l'église Saint-Martin l qui réunit dans sa construction divers styles depuis le roman jusqu'au gothique fleuri; enfin la place Sainte-Croix, dont les antiques constructions reposent sur des constructions plus antiques encore , sur des voûtes et des aqueducs romains.

Parlerons-nous maintenant des places, des casernes , du palais de justice , enfin de tous les monuments publics que possède nécessairement une ville aussi importante que Metz? ce sont là sans doute dès édifices fort utiles , mais qui n'intéressent guère le voyageur. Ce qu'il recherche avant tout, ce sont les monuments qui ont un caractère , et malheureusement ces édifices utiles , pour l'ordinaire , n'en ont aucun.

De mets k Frouard.

En quittant Metz, nous suivons la Moselle jusqu'à Frouard, où elle se réunit à la Meurthe.

Nous apercevons bientôt les restes gigantesques d'une construction romaine ( près de la station d'Ars , ou Arches , sur Moselle); ce sont les arcades d'un aqueduc bâti, dit-on, parDrusus, et qui conduisait à Metz les eaux nécessaires aux bains et aux naunjachies.

A Pagny-sur^Moselle y s*élèvent sur une hauteur les ruines du château de Priuy ou Prëuy, une des forteresses les plus importantes du pays , et d*où les ducs de Lorraine tiraient leur cri de guerre : PrimjlPriny ! C'était l'usage en efiFet au moyen âge dans quelques provinces de prendre pour cri dans les combats le nom d'une des places fortes du pays; c'est ainsi que les ducs de Bretagne criaient : Saint-Malo au noble duc! Les Normands et les Gascons criaient Rouen ou Bordeaux!

Pont'à'Mousson, antique cité, jadis université importante , vous laisse le regret de ne point visiter ses églises , dont l'une, l'église Saint-Martin, est un beau monument gothique, dégradé par des restaurations inintelligentes exécutées par les jésuites.

Dieulouard el Marbache sont les deux dernières stations avant Frouard.

Vue de Liverdun.

DE FROUARD A PARIS.

Après avoir dépassé la station de Froiuird, où le chemin de fer de Forbach vient rejoindre celui de Strasbourg, on arrive à la petite et ancienne ville de Liverdun, juchée sur une hauteur que couronnent ses antiques remparts. C'est là une excursion que Ton doit faire pendant son séjour à Nancy. Le pays est charmant, la ville curieuse : sou église , qui contient quelques sculptures dignes d'attention , ses constructions du XV* siècle y doivent arrêter le voyageur; mais à côté de ces restes des anciens âges, u il est, dit M. Moléri dans

son Itinéraire de Paris à Strasbourg, il est des travaux modernes dont l'importance et la beauté ne permettent pas de rester indifférent : de ce nombre sont le souterrain et le pontcanal de Liverdun *. Le souterrain a 500 mètres de longueur; la voûte est un plein-cintre dont l'ouverture est de 8 mètres ; la maçonnerie a une épaisseur moyenne de 90 centimètres. Les deux têtes s(«t en pierre de taille ; deux escaliers en pierre donnent un aspect monumental k la tête d'aval. Ce souterrain a été percé au travers de bases calcaires d'une excessive dureté et fissurés en tous sens^ ce qui a renditt l'excavation aussi difficile que dangereuse. Eo sortant dut soitterrain, le canal entre dans une tranchée courbe, très-profttoàe y garnie de revêtements d'une forte épaisseur ; el, tWBBtsxké sur la Moselle, après un cours de iO€i mètres., il la Inverse au moyen d'un pont en pierre de 136 mètres d'ouverture, qui le soutient à 10 mètres au-dessus des plus basses eaux.

« Le pont, y compris les culées, est long de 175 mètres, large de 10 mètres 60 centimètres; il a douze arches en plein-cintre de 13 mètres de diamètre, à l'exception de deux arches , qui n'ont que 3 mètres , et sous lesquelles se fait la circulation des deux côtés de la Moselle. »

De Nancy ou de Metz k Paris , notre billet de parcours circulaire ne nous permet plus de nous arrêter. Nous nous contenterons d'énumérer les stations principales; ce sont :

Tout y dont la belle cathédrale nous montre de loin ses deux. tours. Nous quittons à Toul les bords de la Moselle, et bientôt nous longeons la Meuse, que nous quittons à Commerçai y ancienne ville dont on aperçoit en passant le château , bâti au commencement du xviii» siècle par le prince de Vaudeniont et embelli par Stanislas;

Bar-le-Duc y qui s'élève sur une hauteur; il y a ici un

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