VIII PRÉFACE
« croire à l'histoire fantastique des coupes empoi- « sonnées qui circulent de mains en mains dans cette « famille, à l'inceste, au fratricide, ce n'est point « de l'histoire sérieuse (1). »
Cette page d'un spirituel écrivain est en quelque sorte le programme de notre ouvrage.
On a accumulé contre les Borgia, les fables sur les légendes, les récits les plus erronés sur les accusations les plus folles. Nous avons tenté de substituer l'histoire à la légende.
Mais la sottise et la mauvaise foi colportent journellement avec tant d'audace et d'impudence la légende des Borgia par les journaux, les brochures, les romans, les recueils anecdotiques, les dictionnaires de toute espèce, et l'esprit de l'homme,
De glace pour la Vérité
Et de feu pour le Mensonge,
accorde une telle faveur aux affirmations les plus gratuites, que l'on se sent presque ridicule à vouloir penser autrement que ceux qui n'ont rencontré les Borgia qu'en ces recueils ou au théâtre. Eh bien nous aurons le courage de ce ridicule après Audin et Roscoë qui ont les premiers versé quelques gouttes de vérité sur le front des Borgia (2).
(1) Capefigue, Histoire de VEglise pendant les quatre derniers siècles.
(2) Audin, Histoire de Léon X. — Roscoe, Vie et Pontificat de Léon X. Trad. franc. Paris, 1808.