DRAME DE SINIGAGLIA. — EXTINCTION DES VICARIATS
Alexandre VI visite Piombino. — Nouveaux projets de César contre Florence. — Mécontentement de Louis XII. — Une double version au sujet de la prise d'Urbin. — Prise de Camerino. — Sages règlements du Pape pour le gouvernement de la Romagne. — Orage contre Borgia à la cour de Louis XII, dissipé par le cardinal d'Amboise. — Ligue des vicaires pontificaux à la Maggione.
— Moment critique pour César. — Florence vient à son secours.
— César Borgia et Machiavel. — César fait la paix avec les Confédérés. — Préparatifs contre Sinigaglia. — Scène de Sinigaglia.
— Victimes et bourreaux ! — Les Confédérés sont tombés dans leur propre piège. — Mort du cardinal Orsini et accusation à ce sujet. — Anéantissement de tous les adversaires du Saint-Siège.
— César sur le point de devenir roi.
Pendant que Ferrare fêtait l'arrivée de sa souveraine, César continuait ses exploits militaires.
Après le départ de Lucrèce, Alexandre voulut visiter les dernières conquêtes. Il s'y rendit avec toute la pompe de sa royauté. Partout sur son passage il reçut les hommages des paysans accourus souvent de fort loin pour contempler leur souverain et qui s'agenouillaient pour recevoir sa bénédiction. Les Contadini pensaient comme les Allemands du moyen âge qu'il valait mieux vivre sous la crosse que sous l'épée. Le Pape assura la bonne administration de ces provinces, donna des ordres pour ajouter de nouvelles fortifica-
442 DRAME DE SIXIGAGLIA.
tions aux anciennes et répandit partout ses libéralités avec profusion. Avant de rentrer à Rome il fit don au duc de Romagne de la seigneurie du pays recouvré (1).
L'armée de celui-ci était maintenant imposante. La renommée avait attiré sous ses drapeaux tout ce cpui en Italie savait manier une lance. On voyait là, à côté des condottieri volontaires qu'attiraient une paie régulière et le droit de pillage, des capitaines renommés : Vitellozzo Vitelli , François Orsini . Pandolfo Petrucci de Sienne . Giovanni Paolo Baglione de Pérouse, Oliveretto da Fermo. César crut le moment venu de mettre à exécution ses projets de conquête contre la Toscane. Pour préparer son expédition, Vitellozzo. Giov. P. Baglione et Pandolfo Petrucci essaient de provoquer dans Arezzo un mouvement populaire en faveur de Médieis. César attend à Viterbe prêt à monter à cheval pour courir sur Florence si le coup réussit, mais secrètement disposé à le désavouer s'il avorte. La révolte éclata, en effet, le 4 juin 1502. Jamais Florence n'avait connu un plus grand danger : mais un patriote a deviné dans cette émeute la main de César. Tout récemment le roi de France avait promis sa protection à la république, le moment était venu de lui rappeler ses engagements. Mais en même temps que les doléances des Florentins parviennent aux oreilles de Louis XII, un courrier du gouverneur de Milan lui remet un rapport alarmant sur l'affaire même d' Arezzo qui l'invite à prendre des mesures de
(1) Gcich.yrdin-, Iib. V. c. m. — Nardi. lih. IV, p. 73-76. — To- M.A.SO Tomasi, p. 340. — BrRciiAïui. BttarauR, anno L592.
précaution. Le monarque pour qui les entreprises de César sur Florence étaient devenues un grave sujet de pensées, éclata en menaces contre Julien de Médicis et les agents de Pandolfo et de Vitellozzo qui se trouvaient à la cour de France et donna ordre au duc de laisser la république en repos. Un détachement de quatre cents lances devait appuyer cet ordre en attaquant Borgia s'il refusait de quitter la Toscane.
L'homme qui venait de déjouer le plan de César s'appelait Soderini. Il fut considéré comme le sauveur de la république et ses concitoyens, dans l'ivresse de la délivrance, lui conférèrent, sous le titre nouveau de gonfalonier à vie . une autorité plus étendue que celle dont aucun autre Florentin eût joui jusque-là (1).
César, pour ne pas paraître avoir trempé dans le soulèvement d'Arezzo, s'était hâté de faire sortir ses troupes de la Toscane avant même l'arrivée des ordres de Louis XII. Ainsi, les barons restaient seuls exposés à la colère du roi de France. C'est durant l'embarras où les jetait cette révolution avortée qu'eut lieu la prise d'Urbin. Cet important duché touchait aux possessions de Baglione et de Vitellozzo. Le voisinage du duc créait pour eux un grand danger qu'ils auraient combattu en tout autre temps. Cette campagne a sa légende que viennent détruire les documents récemment publiés.
Guidobaldo, fils de l'illustre Federigo de Montefeltro, avait hérité de son père du duché d'Urbin. Son
(1) Gltchardin, lib. V. c. ni. — Xardi, lib. IV, p. 77. — Ammirato, Hist. Fior., lib. XXVII. c. m. — Tomaso Tomasi, p. 324 et seq. — Machiavel, Décennale, lib. I.
palais, a dit le poète, était le séjour de la vaillance et de la courtoisie :
« Valore e cortesia poser soggiorno. »
Comme il fallait s'attendre de sa part à une vive résistance, César aurait feint d'en vouloir à Camerino qu'il fait assiéger par Paolo Orsini,le duc de Gravina et Oliveretto da Fermo. De Nocera où il était resté avec ses troupes, il aurait fait prier Guidobaldo de témoigner son attachement au Saint-Siège en secondant les entreprises de son capitaine. On était à Urbin dans une confiance parfaite, parce qu'on était sans crainte . Guidobaldo céda ses troupes et son artillerie que son talent pour les arts mécaniques avait portée à un degré de perfection jusqu'alors inconnu. Il s'apprêtait même à fêter l'arrivée du Valentinois ; tout à coup il apprend qu'une armée nombreuse qui saccage tout sur son passage approche d' Urbin ; c'était César qui, par un stratagème inique, ayant porté le prince sans défiance à dégarnir la ville de ses forces, venait fondre sur son allié sans défense. Guidobaldo n'aurait eu que le temps de monter à cheval et de fuir (1).
Tel est le récit de Guichardin et de ses copistes ; mais nous n'en sommes plus réduits au seul récit du haineux Florentin ; nous avons les dépêches de Giustiniani. Cet ambassadeur, malgré ses penchants à accuser les Borgia, n'attribue pas à la trahison la prise d'Urbin. En outre, la lettre que de Mantoue le
(1) Guichardin, lib. V, c. m. — Diario di Biagio Buonaccorsi, p. 58 et 800. — F. Matarazzo, La cronaca délia citta di Perugie. ap. Arch. stop*. Ital.
fugitif Guidobaldo adressa au cardinal de la Rovère. et que nous connaissons aujourd'hui, suffit seule à laver César de cette accusation.
Verano, seigneur de Camerino, avait donné bien des sujets de plainte au Pape ; son palais est devenu l'asile de quelques brigands qui de ce repaire fondent sur les terres de l'Eglise pour les piller ; lui-même avait naguère saccagé Nocera, violant le droit d'asile des monastères et des églises, et comme pour échapper au châtiment il s'était allié aux Colonna. César reçoit l'ordre de marcher contre Camerino. En route il a la preuve que Guidobaldo fournit des secours d'hommes et d'argent à Verano. Il se détourne aussitôt de sa route, et, sans même en donner avis au Pape, il fond sur Urbino pour tirer vengeance de cette félonie. Mais déjà Guidobaldo, peu confiant dans l'attachement de ses Urbinates, a pris la fuite. César en arrivant devant Urbin rencontre trois ambassadeurs du peuple qui viennent lui présenter les clefs de la place (1).
Pendant que César entrait dans Urbin où il séjourna un mois entier, ses lieutenants s'emparaient de Camerino. Le peuple, exaspéré au souvenir de ses anciennes souffrances, s'empare de ses maîtres, de Pandolfo Malatesta, de Trajan Colonna et de quelques autres personnages importants venus de Pérouse et les livrent aux lieutenants de César. Jules- César Verano était un vieillard septuagénaire, la fureur du peuple l'eût déchiré sans la protection des soldats.
(1) Dispacci di Giustinian, t. I, Disp. 23,25, 53. — Alvisi, Cesare Borgia, etc., cap. iv.
446 DRAME DE SIXIGAGLIA.
Les prisonniers furent envoyés à Rome où ils recouvrèrent bientôt la liberté (1).
Cette lettre qu'a reproduite M. Grégorovius, par laquelle César annonçait à sa sœur, et par elle à la cour de Ferrare. le succès de ses armes, prouve mie nouvelle fois qu'il ne commanda point en personne l'attaque de Camerino. C'est à Urbin qu'il acquiert la certitude de la prise de cette place.
« Illustre signora, notre très chère sœur, je tiens
pour certain que pour guérir la maladie dont souffre
Votre Excellence il ne saurait y avoir de médecine
plus efficace et salutaire que de recevoir de bonnes et
heureuses nouvelles. Nous lui faisons savoir que ?wus
avons en ce moment acquis la certitude de la prise de
Camerino (2). Nous la prions de faire honneur à cette
nouvelle par une amélioration réelle de sa santé et de
nous en informer. Car son indisposition nous empêche
d'éprouver aucun plaisir de cet événement et de tout
autre. Nous la prions aussi de vouloir communiquer
la présente à l'illustre seigneur don Alphonse son
époux, comme à notre frère bien-aimé, car le temps
nous manque pour lui écrire en même temps qu'à
Elle.
« De Votre Seigneurie, le frère qui l'aime comme
soi-même.
César.
« Urbin. le 20 juillet 1502. »
(1) Dispacci di Giustixiax ; 50, 51, 53, 56, 58, 97, 117, 221, etc.
(2) « Li facemo intendere che in questo punto Lavemo hanta nova et certeza de la presa de Camerino... » Ms. aux archives d'Etat, à Modène. Grégorov., Lucrèce Borgia, t. II, p. 94-05, et Documents, n° 43.
C'est donc encore un conte que le récit où Guichardin représente César commandant Tassant de la place au moment même où il paraît accueillir les négociations de Verano ; un conte aussi que cette mort violente qu'il aurait fait subir au tyran et à ses deux fils (1 ).
César laissa pour lieutenant général de la province un évêque, Giovanni Olivieri. De son côté le Pape fit de sages règlements, pour l'administration de tout le paya . Tout récemment , un historien italien , M. Alvisi, a démontré d'après des documents authentiques que les Romagnols virent, avec la domination des Borgia, naître la justice, l'ordre et l'abondance (2). Le paysan commence à vivre sous une rude main gantée de fer qui le protège ; aussi sa reconnaissance devait survivre aux malheurs de ses bienfaiteurs.
Cependant des nuages s'amoncelaient contre la puissance de César qui semblait vouloirtout envahir. Tous les princes dépouillés ou qui craignent de l'être ont travaillé mystérieusement à irriter le monarque français contre Borgia. Les liens qui unissaient le Valentinois et Louis XII paraissaient rompus. Le roi de France menaçait tout haut de dépouiller son allié de toutes ses conquêtes. Je veux commander en personne cette expédition et je traiterai Borgia comme s'il était le Turc(3). Ce revirement de sentiment alarma le hardi capitaine. Il se transporta aussitôt en Lombardie (4). Il était non moins séduisant par sa politique que redoutable par son
(1) Gi khardix, ibid.
(2) Ai.visi, Cesare Borgia, etc., cap. m, Documents, 70.
(3) Gi ichardin, lib. V, c. in. — Nardi, lib. IV, p. 80.
(4) Machiavel, Décennale, lib. I.
448 DRAME DE SINIGAGLDA.
audace et son habileté. Il s'apprêtait à faire usage des ressources de son esprit, mais déjà la situation de ses propres affaires avait fait encore une fois changer Louis XII de sentiment. Depuis la conquête de Naples, la division, par un juste châtiment du ciel, était entrée dans le conseil des deux rois coalisés contre Naples; ils ne s'accordent plus maintenant qu'est venue l'heure de se partager les dépouilles du vaincu. En outre, Maximilien est dans le Tyrol à la tête d'une armée formidable, prêt à entreprendre, sous prétexte d'aller se faire couronner à Rome, un voyage inquiétant pour la position de Louis XII en Italie. Mécontenter le Pape, ce serait le poussera se jeter entre les bras de l'empereur ou à se tourner du côté des Espagnols. L'intérêt acheva donc un rapprochement préparé déjà par le cardinal d'Amboise, désireux de conserver les bonnes grâces de Sa Sainteté. Le roi de France et le duc de Romagne se promirent une assistance réciproque et César regagna ses Etats plus puissant que jamais (1).
En apprenant l'abandon des Français sur l'appui desquels ils comptaient, les barons romains furent saisis de crainte. Ils se sentaient livrés sans merci au ressentiment de Borgia. Aussi le danger imposa-t-il silence à leurs défiances réciproques . Le cardinal Orsini fut l'âme de la conjuration qui allait s'ourdir. Il gagna secrètement chacun des lieutenants de César, Paolo Orsini son frère, le duc de Gravina, Vitellozzo Vitelli, Giov. P. Baglione, Pandolfo Petrucci et Oli-
(1) Guichardin, lib. V, c. iv. — Nardi, lib. IV, p. 80 et seq. — Machiavel, Décennale, lib. I.
veretto da Fermo et il leur donna rendez-vous à la Maggione, dans le territoire de Pérouse. Là. cette « diète de bandits », comme l'appelle Machiavel, forma une ligue ouverte contre Borgia, s'engageant à rétablir tous les barons dépossédés et particulièrement le duc d'Urbin. On réunit à la hâte toutes les forces disponibles, dix mille hommes environ, pour exécuter cette hardie résolution (1).
César se trouvait à Imola , se disposant à surprendre Bologne, quand ce premier coup de la fortune adverse tomba sur lui. Quel coup de foudre! Lui. accoutumé à surprendre les autres, était prévenu cette foispareux.il mesure d'un coup d'œil la situation; elle était pleine de difficultés et de dangers. Les Bentivogli de Bologne pouvaient fondre tout à coup sur lui, ses lieutenants sont révoltés, l'Ombrie est soulevée, la Romagne agitée par les émissaires des confédérés et les troupes que devait lui envoyer Louis XII n'arrivent pas. Il croyait toucher au faîte de la puissance et tout d'un coup son rêve menaçait de s'évanouir. Il y eut pour lui un moment d'indicible détresse !
Maïs l'étoile de César n'avait pâli qu'un moment. Le secours lui vint d'où il devait le moins l'attendre, de la République de Florence que son ambition avait plus d'une fois alarmée. Il semble de prime abord que son intérêt eût dû porter la république à se réunir aux confédérés. Elle y fut invitée, mais Florence nourris-
(1) GlICHARDIN, lib. IV, C. IV. — N.VRDI, lih. IV, p. 83. — Tomaso Tomasi, p. 355-360, — Raynai.d., ann. 1502, n° 13. — Dispacci di Giustiman, 133-138.
LES BORGIV. -ij
150 DRAME DE SIXIG.UiLIA.
sait deux haines presque égales : d'un côté, les Yitelli et les Orsini: de l'autre. César Borgia. Les Orsini étaient parents des Médicis et devaient rêver la restauration du fils du Magnifique. Yitelli ne pardonnait pas aux Florentins la mort ignominieuse de son frère. Paul Yitelli. Le triomphe de la ligue la préoccupait davantage que l'ambition de César; d'ailleurs, pour mettre celui-ci à la raison, elle aurait la France. Bien loin donc de répondre aux propositions des ennemis du due de Romagne. elle embrasse sa cause et lui envoie un ambassadeur pour lui offrir l'amitié de la Seigneurie. Cette mission fut confiée au célèbre Nicolô Machiavel. Ces deux hommes étaient bien faits pour se comprendre !
L'ambassadeur de la Seigneurie trouva César affectant une tranquillité parfaite, mais au fond très alarmé de sa position. Que se passa-t-il dans cette entrevue ? Nous l'ignorons. Ce qui n'est pas douteux, c'est que César sortit de cette conférence armé de courage et de résolution. Demandons aux actes ce que le récit du Florentin a laissé dans le silence.
Le premier succès de la ligue fut la rentrée de Guidobaldodans son duché d'Urbin. Si les confédérés eussent poussé l'exécution de leur dessein avec vigueur, il leur était facile de précipiter Borgia dans l'abîme qu'ils avaient creusé sur sa route. Mais César feignit si bien la plus entière soumission qu'ils pensèrent l'avoir réduit à l'impuissance et atteint leur but. En outre, le Valentinois endormit ses ennemis en leur ménageant le plaisir de lui dicter des conditions par les négociations auxquelles il eut recours : pendant ce
temps, il envoyait de toutes parts faire do nouvelles levées et pressait l'arrivée des troupes françaises.
Le danger était un peu relâché. L'assoupissement •les barons servait admirablement les intérêts de Borgia. Celui-ci connaît bien les confédérés; une jalousie profonde les divise et la peur seule a été assez puissante pour réunir un instant leurs forces en un seul faisceau; des hommes comme lui n'ont d'autre morale que l'intérêt personnel et ne doivent pas résister à la tentation d'une offre qu'on sait rendre séduisante. Il s'applique donc à calmer l'alarme commune; il se montre tout disposés laisser aux alliés leurs possessions et, satisfait du titre de prince, il ne leur disputera ni le territoire ni la souveraineté : puis il ouvre avec quelques-uns d'entre eux de secrètes négociations et introduit peu à peu des défiances et des querelles sans nombre parmi les alliés (1).
Ces habiles manœuvres jettent l'hésitation parmi les confédérés. Réunis à Ghinazzano, ils lui députent Paolo Orsini pour excuser et justifier ce qui s'était passé à la Maggione et pour connaître ses intentions. Dès ce moment, la ligue n'était plus qu'un vain fantôme (2).
César déploya toutes les séductions de son esprit; il s'accusa lui-même d'avoir éveillé la défiance de ses anciens alliés, mais il espérait bien que ce nuage ne laisserait pas de trace dans leur esprit et que rien à l'ave-
(1) Machiavel, Légation près le dite de Valentinois. — Nardj. lib. IV, p. 83 et seq.
(2) Machiavel, Légation, etc., Epist. 14. — Nardi, lib. IV, p.
nir ne romprait plus la bonne harmonie. Gagné par ce grand art de la persuasion que nul ne possédait à un si haut degré que lui, et aussi par de riches présents (1) et par des promesses séduisantes, Paolo Orsini devint à partir de ce moment son plus efficace instrument (2).
Cependant cinq cents lances françaises et les nouvelles levées viennent d'arriver à Imola (3). César pourrait maintenant aller de pair avec ses assaillants, mais le lion préfère se faire renard. Peut-être sa confiance en des mercenaires et en des auxiliaires n'était plus aussi ferme. Il songe à frapper soudainement et d'un seul coup tous ses adversaires (4).
César avait eu soin de distribuer ses troupes, au fur et à mesure de leur arrivée, dans différents postes. Il avait ainsi une armée puissante quand les alliés le croyaient à la tête de quelques centaines d'hommes seulement. Aucun symptôme n'annonçait que César eût le dessein de se départir de la soumission qu'il avait affectée dans sa détresse. On conclut une paix générale (18 octobre 1502). César oubliait les torts des conjurés à son égard, reprenait à son service les Orsini et les Vitelli , renonçait à ses desseins contre Bologne. Pour aller au-devant de toute défiance, il suggéra qu'un seul des chefs de la ligue servirait en personne et commanderait sous lui toutes les troupes
(1) Machiavel, Le Prince, ch. vu.
(2) Guichardix, lib. V, c. IV.
(3) Machiavel, Légation, etc., Epist. 17. — Rosmini a prouvé par des documents que la lance se composait de huit personnes {delV ist. di Trirulzio, t. II, p. 209.)
(4) Machiavel, Le Prince, ch. vu.
des barons. De leur côté, les confédérés promirent d'aider le duc à reconquérir le duché d'Urbin, la seigueurie de Camerino et à le seconder dans toutes ses expéditions, et de ne faire la guerre à aucune puissance,, de ne prendre parti pour qui que ce soit, sans son consentement (1).
L'infortuné duc d'Urbin, placé ainsi entre le Valentinois et ses perfides alliés, dut fuir une nouvelle fois. Il se réfugia à Venise. Il avait auparavant eu soin de détruire la plupart de ses forteresses, afin d'enlever à ses ennemis les moyens de s'établir solidement au milieu de ses vassaux .
Au commencement de décembre. César se rendit à Césène où l'attendaient les envoyés des confédérés que la paix semblait' combler de joie. Pour lui donner une marque de leur confiance, ils mirent sans réserve leurs forces à sa disposition, demandant qu'il utilisât leur dévouement; mais en réalité, s'il faut en croire des documents dont il sera bientôt question, cherchant à faire naître l'occasion de s'emparer de sa personne. Oliveretto da Fermo proposait de marcher contre la Toscane ; mais César fut fidèle à ses alliés et repoussa ce dessein. Ils convinrent alors de concentrer leurs forces contre Sinigaglia possédée par la Rovère. un neveu du duc d'Urbin, et de faire pour César la conquête de cette ville. Mais, par un reste de défiance simulée ou réelle, ils exigèrent qu'il ne se joindrait pas personnellement à eux. César resta à Fano à quinze milles de Sinigaglia.
(1) Machiavel, Epist. 22 de la Légation.
Le siège fut mené rapidement, les remparts étaient faibles, les habitants mal disposés, les soldats à peine assez nombreux pour garnir les remparts ; en peu de temps la ville tomba au pouvoir des alliés. La citadelle résistait toujours. Le gouverneur était résolu à ne se rendre qu'au seul duc de Romagne.
Les alliés invitèrent donc César à venir lui-même recevoir les clefs de la place. Le duc crut-il l'occasion favorable à son projet ou simplement avait il deviné une pensée secrète chez les confédérés ? Quoi qu'il en soit, pour rassurer pleinement les confédérés il congédia les troupes françaises, n'en retenant avec lui que cent hommes d'armes. C'est avec un faible corps d'armée qu'il paraissait remettre sa personne entre leurs mains ; mais quand le matin du 30 décembre il arriva sur les bords du Métauro . à cinq milles en avant de Fano.sur la route de Sinigaglia, comme si les soldats avaient tout à coup surgi de terre , César avait une armée de 10.000 fantassins et de 2.000 cavaliers.
On se dirigea vers Sinigaglia. « Votre Seigneurie sera aujourd'hui contente de moi », dit Césarà Machiavel qui chevauchait à ses côtés (1). « La république allumera des feux de j'oie lorsqu'elle apprendra des événements aussi agréables », dut répondre le secrétaire florentin. Les barons avaient tout disposé pour recevoir honorablement le duc. Il avait été convenu qu'ils céderaient la ville à César et à son escorte. En conséquence, ils avaient logé la masse principale de
(1) Nardi, lik IV. p. 85.
EXTINCTION DES VICARIATS. — 1502-1503. tô5
leurs propres forces dans les villages voisins. Seul, Oliveretto avait occupé avec ses hommes le Borgo. faubourg du côté de Fano. Un escadron d'hommes d'armes qui marchait en avant et avait reçu les instructions nécessaires, en arrivant à rentrée du faubourg, fit halte tout à coup, se retourna et ouvrit ses rangs.
Cette manœuvre instruisit les barons de l'approche de leur visiteur. Vitellozzo. Paolo Orsini et le duc de < «ravina accoururent au-devant de César, suivis seulement d'une faible escorte. Ils le saluèrent avec courtoisie et en furent accueillis d'un air joyeux et bienveillant. Vitellozzo était sans armes, couvert d'un simple manteau, l'air triste et comme abîmé sous l'empire d'un funeste pressentiment. Ses amis qui connaissent sa bravoure et son intrépidité naturelles raillent sa tristesse. Il avait un moment songé à éviter la rencontre de Borgia. mais Paolo Orsini avait réussi à lui faire partager sa confiance.
L'absence de Baglione et d'Oliveretto frappa aussitôt César. Le premier, qui soupçonnait César d'avoir revêtu la peau de l'agneau, s'était prudemment éloigné de Sinigaglia. Oliveretto était avec ses soldats. Sur un signe du duc on lui lit adroitement entendre que le moment de l'arrivée du duc ne pouvait être celui d'une manœuvre et il vint prendre place auprès du Valentinois.
be cortège entra dans la ville. Pendant sa marche. César se montra aimable pour ses lieutenants, s'entretenant avec chacun d'eux des choses les plus indifférentes. Ils étaient déjà ses prisonniers. Au moment
de la rencontre, huit chevaliers armés de la suite de César, huit complices initiés à ses projets, s'étaient rangés deux par deux pour servir d'escorte à chacun des barons et les observaient attentivement. Arrivés à la maison préparée par le duc ils furent entraînés aussitôt dans un appartement retiré où ils furent enfermés sous bonne garde
Le duc remonta presqu'aussitùt à cheval. Les troupes d'Oliveretto furent aisément surprises et un sanglant carnage commença. Celles des Vitelli et des Orsiai cantonnées plus loin eurent le temps de s'échapper. Non contents du butin qu'ils avaient fait sur les troupes d'Oliveretto, les soldats du duc se mirent en devoir de saccager Sinigaglia : la ville eût été mise au pillage si le duc désireux de s'attacher la population n'avait tué de sa propre main plusieurs pillards.
La nuit suivante Vitellozzo et Oliveretto furent étranglés. Ces deux hommes qui avaient si souvent et toujours froidement donné la mort se montrèrent faibles. Vitellozzo confessa tout haut ses crimes, et demanda grâce à son bourreau, et Oliveretto. versant des larmes, imputa au premier les torts qu'il avait eus à l'égard de Borgia. Quelques jours après Paolo Orsini et le duc de Gravina subirent le même sort. Le duc différa seulement la mort de ces deux chefs parce qu'il voulait être assuré de l'arrestation du cardinal Orsini et de quelques autres membres de cette famille (1).
Machiavel a décrit minutieusement les détails de ce
(1) Mai HiAYEr.. Relation de la prise des vicaires et E}>ist. 43, 44 el 4.") de la Légation. — G un iiauuin. ]il>. V, c. iv et v. — Xaiuu.
drame sanglant ; sa narration est aussi froide que s'il eût parlé d'une expédition des Yolsques. Dans les vingt pages de son récit il n'y a pas une parole de pitié pour les victimes ni d'indignation contre le bourreau ; il en parle en homme qui a été l'impassible conseiller d'un drame dont le récit ne peut plus l'émouvoir.
Sans doute les f'eudataires immolés par César étaient des hommes souillés de toutes sortes de crimes, et cette pensée diminue considérablement la compassion pour leur sort : c'étaient des scélérats châtiés par un autre scélérat si l'on veut ; mais de pareils exploits n'en outragent pas moins la morale publique et le devoir de l'histoire est de les stigmatiser.
Florence se hâta d'envoyer à Borgia un de ses plus grands citoyens, Jacques Salviati, pour le féliciter (1). Du moins ici Machiavel nous vient en aide pour commenter la joie de la république en nous rappelant, ce que nous savions déjà, que la plupart de ces condottieri étaient perdus de débauche et souillés de toutes espèces de crimes et la terreur de Florence.
Ajoutons aussi l'effroi de l'Italie.
L'un d'eux, Oliveretto, un an auparavant, jour pour jour, avait invité son oncle Jean Foglianià un souper, et, le repas fini, l'avait conduit dans une chambre voisine de la salle du festin, où des soldats armés le poignardèrent. Le crime commis, Oliveretto monte à cheval, parcourt Fermo, force le palais du gouverneur,
lib. IV, p. 85 et seq. — Diario cli Biagio Blonaccorsi, p. f)7-74. — Burchard, Diarhtm, etc. (ap. Eccard, etc.), p. 2148-2150. (1) lliz/.i. Vita di Pietro Soderiid, p. 7, Padoua, 1737.
DRAME UE SINIGA.GLIA..
tue les partisans de son oncle, et arbore son étendard sur -les murailles de la ville (1).
Vitellozzo était, au témoignage du même écrivain, le maître d'Oliveretto dans l*art de la guerre et de l'homicide (2). Quant aux deux Orsini. Paul et le duc de Gravina, ils étaient de ces princes brigands qui se Taisaient un jeu du pillage et du meurtre.
Aux yeux de la morale qui croit en Dieu et respecte sa loi, César fut grandement coupable. Machiavel posa un principe scélérat. César en poursuivit l'application : associés dans le crime , l'histoire doit les vouer à la même indignation. Mais aux yeux de la politique moderne qui repousse les principes de la morale et de la religion pour se fonder exclusivement sur le principe d'utilité. César et Machiavel ne doivent paraître que de fortes têtes vaillamment trempées pour des entreprises hardies. Admettre le principe et les blâmer d'en tirer les conséquences, c'est aussi déraisonnable que planter des épines pour y récolter des raisins ! Bien des écrivains et des orateurs en sont là ! Nous entendrons encore demain prôner cette politique et flétrir César Borgia.
On ne nous accusera pas de dissimuler la vérité : nous avons raconté le drame de Sinigaglia d'après la version populaire où César apparaît sous le jour le plus défavorable. Nous devons à la vérité de dire que la. critique moderne lui donne un rôle moins odieux.
(1) Machiavel. Le Prince, ch. vin, De ceux qui parviennent att pouvoir pur des crimes.
(2) Ibid.
Il résulte des documents publiés récemment que les confédérés auraient joué la comédie pour attirer à Sinigaglia 1«' Yalentinois et s'emparer de sa personne: César aurait flairé le danger et les aurait pris à leur propre piège en feignant de se fier à eux. Une lettre ibelle deMantoue rapporte ainsi le fait d'après des
témoins bien renseignés : « Quoique convaincue,
rit la marquise à son mari, que vous connaissez déjà la prise et la mort des confédérés de la Marche,
• je ne résiste pas au désir de vous mander ce que
• j'en ai appris par Le seigneur Giovanni, notre i parent.
t II m'écrivait dans sa lettre du 3, que l'illustrissime seigneur dur do Romagne se réjouissait avec G.Ben-
" tivoglio de la prise qu'il avait faite à Sinigaglia de la personne du seigneur Paolo Orsini. de Vitellozzo, du duc de Gravinaet de Liveretto da Fermoiil excu-
■ sait cette prise sur ce que ces seigneurs, malgré le pardon qu'ils avaient déjà obtenu de leur première
• révolte, contre Sa Sainteté et Son Excellence, en i apprenant le départ du camp de César des troupes
françaises, avaient, sotis prétexte d'aider à la prise
de Sinigaglia, rassemblé toutes leurs forces dans le
dessein de s'emparer de la personne de Son Excel-
. lence; mais le duc ayant eu connaissance de leur
• dessein les avait prévenus et leur avait fait subir le « sort qu'ils lui réservaient.
« Dans une autre lettre en date du 5. il me donne
• sur cette événement les détails qu'il tient du chevalier Orsino et de Marin Rainiero délia Sassetta qui
! < étaient prudemment enfuis de Sinigaglia et réfugiés
« à Ravenne : ce récit est de tout point conforme à « celui de Ferrara da Stefano.
« Ces seigneurs, sur l'ordre et munis du sauf-conduit « de César, étaient allés avec leurs troupes assiéger « Sinigaglia au nom de Son Excellence ; puis tous les « quatre furent à sa rencontre, le duc leur prit les « mains, les embrassa et entra dans la ville au milieu « du duc de Gravina et de Yitellozzo causant amicale- « ment avec eux. Mais arrivé dans l'appartement qui « lui était destiné, César les arrêta de sa propre main, « les fit aussitôt charger de liens, instruisit leur pro- « ces et le matin du jour suivant il fit décapiter Vitel- « lozzo et Liveretto (1). »
L'historien moderne de César , Alvisi , rapporte plusieurs documents, qui tous unanimement présentent l'exécution de Sinigaglia comme le juste châtiment d'un complot tramé contre la vie du Valentinois (2). Machiavel s'est contredit mieux que tout autre sur ce point ; sa lettre au Conseil des Dix, pour les instruire de l'événement (3), dément la fameuse Relation de la prise des Vicaires, dite officielle, parce que sans doute elle fut écrite longtemps après l'événement. Dans la préoccupation d'accuser Borgia on n'a pas pris garde que toutes les chroniques romagnoles louent César d'avoir frappé si soudainement les traîtres de Sinigaglia ; un poète, Francesco Uberti, qui a célébré dans ses vers la « clémence » de César, alla
(1) Arch. Stor. Ital., Appendice, II, p. 262. — V. Pièces Jnstif., n° 22, A.
(2) Alvisi, César, etc., p. 355.
3) V. Pièces Justif:, n° 22, B.
jusqu'à le féliciter publiquement dans la langue des dieux d'avoir vaincu la trahison.
Fortiter et vitulos sternens ursosque furentes (1).
Encore un de ces faits avérés dont on charge la mémoire de César Borgia et dont tout le fondement est une première assertion.
Le cardinal Orsini qui avait conspiré contre la vie du Valentinois ne tarda pas à être arrêté etfut enfermé au château Saint-Ange. Il était sujet à des accès de frénésie, le Pape lui fit prodiguer les soins de plusieurs médecins (2). Il succomba aux suites de son mal un matin de février 1503. On n'a pas manqué de prétendre que le poison avait abrégé ses jours et on a fait peser ce crime sur Alexandre VI. Pourtant Burchard ne l'accuse pas. Giustiniani, partisan dévoué des Orsini, qui tenait le doge au courant de tout ce qui intéressait le prisonnier, en lui annonçant le 22 février que le cardinal était à l'extrémité et que les médecins désespéraient de le sauver, ne dit rien qui puisse faire soupçonner un crime dans cette mort (3). L'ambassadeur de Ferrare, Beltrando. et celui de Florence, Soderini, dans leurs dépêches, ainsi que Brancatalini dans son Diario (4), mentionnent simplement la mort du cardinal sans en dire la cause. On ne voit pas trop quel intérêt aurait eu le Pape à user du poison envers un sujet rebelle auquel il pouvait faire son pro-
(1) Alvim, Urid.
(2) Bubchard, Diarîum, févr. 1503.
(3) Disjmcci di Giustini.yn, 286, 293, 294, 296.
(4) Mb. de la liibliothèq. nat. à Naples, marqué X. D, 43
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ces. Il est clair qu'une fois prisonnier le cardinal n'était plus un danger. Sa mort violente eût été un crime absolument inutile et par conséquent inexplicable. Informé cependant des bruits que ses ennemis propageaient contre lui, le Pape fit réunir les médecins qui avaient soigné le prisonnier pour attester si la mort avait été naturelle ; l'enquête repoussa l'idée du crime. Alexandre voulut encore qu'on lui fit des obsèques solennelles ; il fut porté au tombeau en plein midi, le visage découvert (1). C'est précisément dans cette circonstance, bien faite pour dissiper tout soupçon, qu'on a voulu trouver une preuve évidente que la mort du cardinal n'avait pas été naturelle ! On serait trop malheureux si ce qui doit éloigner le soupçon le faisait naître d'habitude !
César ne perdit pas un instant de vue la poursuite de ses projets après le coup terrible frappé à Sinigaglia. Il se précipita sur Citta di Castello que les héritiers effrayés de Yitellozzo lui abandonnèrent aussitôt. Il marcha ensuite sur Pérouse pour surprendre Baglione; mais la défiance qui l'avait fait sortir à temps de Sinigaglia lui inspira encore de fuir devant son ennemi. Le Valentinois rétablit la domination du Saint- Siège à Pérouse, puis il envahit le territoire de Sienne. En apprenant son arrivée, Pandolfo Petrucci s'exila lui-même (2).
Alors César, du camp pontifical d'Aquapendente,
(1) Mlratori. Annali d'Italie, ann. 1503. .
(2) Gliciiardix, lib. V, c. v. — Nardi, lib. IV, p. SU. — Tomaso Tomasi, p. 367-380. — Rayxaldi, ann. 1503, n° 9. — Machiavel, Légation près le duc de Valentinois, Ep. 1. 2, G ot 8 Jartuarii I
— Giustinian, Dépêches, 230.
EXTINCTION I>Es VICAMATS. — 1502-1503. Mi-".
adressa à la marquise de Mantoue une lettre datée du 1 ,,r février 1503 et conservée aux archives des Gonzague, où on lit ce bulletin de la campagne qu'il vient de terminer :
«Illustrissime signora, Nous nous sommes
emparé, Le même jour, de la ville et du territoire de Sinigaglia . ainsi que des forteresses : nous avons infligé la punition que méritait la trahison perfide de nos ennemis, puis nous avons délivré de la tyrannie les villes de Çastello, Fermo, Cisterna, Mantone et Permise; nous les avons ramenées à l'obéissance qu'elles doivent à Sa Sainteté notre Seigneur et nous avons ainsi dépossédé de la puissance tyrannique que s'arrogeait à Sienne Pandolfo Petrucci, qui avait fait
preuve à notre égard d'une inimitié si implacable
Nous ferons mettre en liberté le prisonnier, comme Votre Excellence en exprimé le désir. Nous écrivons pour être informé tout de suite à cet égard et dès que dous le serons nous ne perdrons pas un instant pour donner satisfaction à Votre Illustrissime Seigneurie à laquelle nous nous recommandons. De Votre Excellence, le compère et frère, le duc de ELomagne, < n (1). »
A ce moment il reçut des nouvelles fâcheuses des progrès des Orsiniet des Savelli qui avaient repris les armes et qui, maîtres de lacampagne, menaçaient même la ville de Rome. Il s'empressa de revenir avec son année dans l'Etat de l'Eglise et eut bien vite raison des révoltés. Ce fut le coup de grâce des vicariats qui
il; Grégorovii -. Lu r ce Borgia, t. II. p. 101-103, >'t Documents,
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depuis des siècles étaient la plaie des Etats Pontificaux. L'abaissement de tant de princes couronnait la prépondérance des Borgia et donnait aux Etats de l'Eglise leur constitution moderne. Jules II ne fer;) qu'affermir l'œuvre d'Alexandre VI. On comprend dès lors l'importance considérable du rôle d'Alexandre dans l'histoire de l'Italie. Son népotisme, blâmable en soi si l'on veut, délivra les populations d'une féodalité dégénérée en tyrannie. Si les moyens employés n'eussent été accompagnés quelquefois d'une trop grande cruauté qui trouve en partie son excuse dans les mœurs et les usages du temps, si César Borgia n'eût pas dû recueillir pour lui l'héritage de tant de tyrans abattus , ses succès eussent définitivement affermi l'autorité pontificale et couronné l'œuvre la plus politiquement glorieuse. Mais déjà Alexandre rêvait d'ériger en royaume la Romagne, la Marche et l'Ombrie en faveur de César ; il aurait apparemment obtenu le consentement du Sacré-Collège (1) : mais il comptait sans la mort. Celle-ci frappait à la porte du Vatican.
(1) Muratori, Annali d'Ital., ann. 1503.