LA RÉFORME CATHOLIQUE ET ALEXANDRE YI
prêtres OU de moines sont toute l'Eglise ? Comment ne [pas comprendre qu'une société livrée sans réactif à la consomption eût péri inévitablement et n'aurait pu vaincre l'insurrection du siècle suivant ?
On n'a donc pas vu se mouvoir, au milieu des agitations de cette époque mauvaise, les douces et majestueuses figures qui consolaient l'Eglise ; à Rome , sainte Françoise Busco ; à Sienne , saint Bernardin ; à Bologne, sainte Catherine ; à Gènes, une autre sainte Catherine plus illustre encore; tandis que Florence admirait les vertus de son archevêque saint Antonin ; Venise, celles de son patriarche saint Laurent Justinien, et que la sainteté de saint François de Paule illumine toute l'Italie!
Nous ne parlons ici que de l'Italie, car c'est surtout cette Eglise qu'on a peinte et le reste du monde catholique a été jugé par analogie. Mais chaque Eglise a sa pléiade de saints. L'incrédule ne s'inclinera pas devant cette auréole dont nous entourons la tête de ces personnages , mais il ne pourra leur refuser d'avoir atteint la perfection de la dignité morale. Or c'est là le couronnement de la pratique sincère du catholicisme. Est-il donc réellement inférieur à ceux qui l'ont précédé ce siècle dont le firmament est constellé de saints ?
Assurément, la corruption de ce siècle était grande, et l'Eglise n'était pas exempte de tout mal. La discipline ecclésiastique n'avait plus sa pureté primitive, il y avait dès lors relâchement dans les mœurs. L'exemple venant des pasteurs pouvait infester toute la famille chrétienne et découler sur les générations
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futures. Le besoin d'une réforme était avoué et généralement senti par l'autorité religieuse. Les esprits sages et prudents la réclamaient énergiquement. • Ou rejettera, disait déjà à Eugène IV le cardinal Julien, on rejettera la faute de tous les désordres sur la cour de Rome, qu'on regardera comme la cause de tous les maux , parce qu'elle aura négligé d'y apporter le remède nécessaire (1). •
Au moment où Alexandre montait sur le trône pontifical , les princes séculiers faisaient entendre les mêmes plaintes. Ferdinand le Catholique, quoiqu'il eût lui-même plus d'une fois violé les règles de la discipline ecclésiastique (2). venait de s'adresser au Pape pour le supplier de réprimer les abus qui entachaient la promotion aux grandes dignités et la coUation des bénéfices (3). Le roi de Portugal essaya même d'y remédier de sa propre main dans ses Etats (4). H n'y eut pas jusqu'à Charles VIII, à qui il ne vint en pensée de rappeler l'ordre ecclésiastique à la discipline. « H mettait, dit Commines, grant peine à reprimer les abuz de l'ordre de sainct Benoît, et d'aultres religions. . . 11 avait bon vouloir, s'il eust peu, que nul evesque n'eust tenu que son evesché, s'il if eust esté cardinal (et ces-
(1) Epist. Jttl. Card. ad Eug, IV, in Op. .Bn. Syl., p. 67, 68. 77. — BossiET, Hist. d^s Variatiotis, t. I, p. 3.
(2) Une fois entre autres il avait, malgré la rire résistance de Sixte IV, nommé comme administrateur perpétuai du siège archiépiscopal de Saragossc un de ses enfants naturels Agé seulement de six ans. Mariana, lib. XXIV, cap. xvi. — Ferreras, Ifist. d* Espagne, tom. VII, p. 11.
(3) IxFEsscRA, p. 1248. — Rayxald.. ann. 1498, n« 20.
(4) Ray.nald., t6id.