‹ Les Borgia histoire du pape Alexandre VI., de césar et de Lucrèce BorgiaChapitre 41 sur 108 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

LE JUBILÉ DE L'AN 1500. — aUERRE CONTRE

Alexandre VI, tout en se préoccupant d'assurer rindëpendance du Saint-Siège, ne néglige pas les intérêts spirituels de la chrétienté. — Annonce du Jubilé centenaire. — Le Pape retient les cardinaux à Rome pendant Je temps du Jubilé. — Solennité innaccoutumée de l'ouverture de la Porte-Sainte. — Alexandre YI forme le dessein d'une croisade contre le Turc. *— Ses divers appels aux princes catholiques pour se croiser. — Zèle que le Fape déploie pour faire réussir la croisade. — L'indifférence des princes est sans excuse. — La manie de tout incriminer ! — Le Pape échappe miraculeusement à la mort.

Alexandre VI, en se faisant homme dans l'intérêt temporel du Saint-Siège, ne négligeait pas la cause du peuple chrétien dont la conduite lui avait été confiée; -en songeant à reconquérir les pouvoirs usurpés par ses vassaux, il avait fait son devoir de prince temporel; comme chef de l'Eglise, il en avait un autre à remplir. On touchait à Tannée centenaire. Une tradition populaire, dont les titres ne se trouvent écrits nulle part, prétendait qu'au renouvellement de chaque siècle, des indulgences spéciales étaient accordées aux pèlerins qui visitaient, à Rome, le tomheau des Apôtres. A la fin du treizième siècle, Boniface YIII, a&n de régulariser pour l'avenir cette pieuse dévotion, publia la bulle célèbre qui instituait le Jubilé séculaire. Ce dé-

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cret excita, dans toute l'Europe chrétienne, un enthousiasme universel. Depuis ce jour, deux fois on avait vu, au retour du siècle nouveau, l'univers catholique s'ébranler et se mettre en marche pour Rome, afin de gagner l'indulgence de l'Année sainte,

Le Pape songea i inaugurer par le jubilé la naissance du XVI' siècle; ce siècle qui, hélas! enfanté dans les révolutions devait les enfanter avec une fécondité toujours croissante! Avant la fin de l'année 1499, le Pape annonça à toute la terre la prochaine rémission générale qui durerait, suivant les prescriptions de Boniface VIII, d'une solennité de Noël à l'autre. Peu après il retendit libéralement pour Rome jusqu'à la fête des Rois 1501, et jusqu'à la Pentecôte pour toute ritalie. Enfin, par une dernière attention de sa bienveillance pontificale, il étendit, par une bulle, la faveur de cette indulgence à ceux mêmes qui ne pourraient entreprendre la visite du seuil des saints apôtres^ à la condition qu'ils rachèteraient ce pèlerinage par des aumônes dont le produit serait employé à préparer une croisade contre les Turcs (1).

n fit en même temps un devoir aux cardinaux de ne pas quitter Rome pendant l'année jubilaire (2). Au milieu des événements politiques qui se déroulaient en

(1) Raynaldi, ana. 1499, n» 25-28.

(2) Petr. Delphini, lib. VI, epist. II : • Non improbo PontificU consilium, quod fluctuante Italia, et surgente nunc gente contra gentem, et regno adversus regnum, apud se patres detinere sapientia prœditos, cum quibus frequentiore coeunte senatu cogitatlones suascommunicet, et eorum sententiis nitatur in emergentibus rébus arduis, qui velint et sciant opportuno tempore prudentissime coasulere, salus enim est ubi multa consilia ;... •* V. Pièces justificatives, n»21.

Italie, il sentait sans doute le besoin de s'entourer de leurs lumières, mais il voulait aussi que leur piété servît d'exemple au peuple chrétien et le portât plus vivement à la pratique de la vertu. H prit encore d'autres mesures pour assurer le bon ordre et la sécurité des pèlerins qui accouraient à Rome. Cela n'a pas empêché Mariana d'écrire que la licence et le dérèglement régnèrent à Rome pendant le jubilé plus qu'en aucun autre lieu du monde; parce que, dit-il, le crime était sur le trône (1). Ce trait de satire a plus de piquant et d'éclat que de vérité. Sans doute, à cette époque de la Renaissance, le mal était grand, mais les historiens pleins de fiel n'ont vu que le mal, jamais le bien, même quand il se manifestait au grand jour.

Cette fois la solennité du jubilé fut célébrée avec une pompe extraordinaire. Malgré la guerre qui désolait l'Italie, le concours des pèlerins accourus à Rome de toutes les parties du monde chrétien fut immense (2). En présence de cette solennelle manifestation de la foi et de la piété catholiques dans ce siècle malade, Pierre Delfini laissait éclater toute sa joie (3) dans une de ces lettres c dictées par le cœur, dit Audin (4), où se

(1) Lîb. XXVII. n» 39.

(S) Ratnaldi, ann. 1500, n* 1.

(3) • Confluera ad orbem oopiosam populorum moltitudinem... et « gandeo non déesse Christianœ religioni hoc devotarum et piarum

• mentium testimonium, prœsertim in tanto defectu fidei ac bono-

• rum morum depraratione. . . Sit benedictus Deus qui in assertio-

• nem Majestatis su» atque Catbolicœ fidei tant» multitudinia •• adduzit testes, quique ad hsec usque tempora bonorum sibi semen « acreliquias haudquaquam ezig;nas reservaTit, etc.. Florentiœ, die

• xziv Januarii md. »

(4) JSist. de Léon X, ch. xvi. — Les lettres de P. Delflni, impri-

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