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geait sans doute les sentiments du peuple; eUe se défendit mollement et capitula après quelques jours seulement de siège.
César alla aussitôt assiéger Forli. Cette place était gouvernée par Catherine Sforza, sœur de Tinfortuné Jean Galéas qu'avait &it mourir Ludovic le More. Cette femme, d'un courage au-dessus de son sexe, avait vu son mari Jean Riario, neveu de Sixte IV, assassiné sous ses yeux par les conjurés (1). Son habileté c<mserva à ses enfants leur héritage et son courage tira une terrible vengeance des meurtriers de son époux. Quand César l'attaqua eUe n'avait pour garnison que 2.500 soldats et les citoyens, et elle osa se défmdre. Le nège se prolongea pendant six semaines ; pendant tout ce temps Catherine ne prit aucun repos ; elle visitait le jour et la nuit les .travaux de défense, était partout avec les soldats et partageait avec eux les mêmes périls. Sa constance et son courage ne pur^it pourtant empêcher la ruine de ses murailles ; alors elle rechercha toutes les espèces de dangers pour y trouver la mort. Enfin, quand la ville fut prise, elle se retira dans la citadelle avec les vingt hommes qui lui restaient de la garnison, tous résolus à s'ensevelir sous ses ruines ; mais les Français y entrèrent en même temps et elle devint leur prisonnière. On raconte que César la fit attacher, comme une autre reine de Palmyre, avec des chaînes d'or, pour l'envoyer à Rome. Cette défense mérite place dans l'histoire par elle-même et par la
(1) Infessura, p. 1219etsec|. — Marino Sanuto, p. 1244. — Mura- TORi [Annali d'Italia, ann. 1488) rapporte que Catherine Sforza fut accusée d*avoir trempé dans la mort de son mari.
conduite toute cheyaleresque d'ÂIlègre, qui, témoin du courage héroïque de Catherine, demanda au Pape la mise en liberté de la prisonnière de César (1). Non seulement le Pape l'accorda, mais il la recommanda lui-môme à Tillustrissime seigneurie de Florence par une lettre que les nouveaux Tacite qui nous peignent les Borgia comme c les hommes les plus terribles de l'époque (3) » auraient bien fait de lire, c Notre c chère fille en Jésus-Christ la noble dame Catherine c Sforza, écrivait-il, à qui nous avons fait grâce après * ravoir, comme vous le savez, retenue prisonnière c un certain temps pour des raisons valables, est en c route pour se rendre auprès de vous. Ayant non « seulement usé de clémence, conformément à notre c habitude et à notre devoir pastoral, envers ladite € Catherine, mais voulant encore pourvoir à ses < besoins avec une bonté pastorale autant qu'il est en t nous avec l'aide de Dieu, nous avons jugé bon de € vous écrire pour recommander vivement à vos bons c soins ladite Catherine ; de telle sorte que, comme « elle a la plus grande confiance dans votre bienveîlt lance et qu'elle se rend auprès de vous comme dans € sa propre patrie, elle ne soit pas trompée dans les c espérances qu'elle fonde sur nos recommandations, t n nous sera donc très agréable d'apprendre qu'en « récompense du respect témoigné par elle envers
(1) OcicHAROXif, Ub. IV, c. V. — Narm, lib. HI, p. 64. — Diario di BiAOïo BdONACCORSi, p. 27. — Pbtiii Bembi Hiit. Vemt., Ub. V, p. 107. — > Marino Sanuto, Chron. Venet,^ p. 130-136.
(2) Grâoorovius, Lucrèce Borgia^ etc.
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« Totre TîEe et par égard po^ir ncas, elle a éié bien « rec'ie et bien traitée p«ar vous 1). »
Pourtant Catherine méritai: moins d'inlalgence- Barchard l'accuse d'avoir voulu faire emp^jisonner Alexandre VI, espérant sans doute par la mort du Pa{ie se débarrasser du Valentinois qui Tassiéjeait ;2*. Cest par la recommandation qu'on vient de lire qoe se vengent les Borgia, < ces hommes les pins terribles de l'époque. » C'^tte lettre loi ménagea un bon accueil à Florence où elle vécut jusqu'à sa mort arrivée en 1509. Elle s'était retirée im peu avant ce jour dans im couvent. Elle laissait un fils qui lui ressemblait et qui devint plus tard célèbre comme < chef des bandes noires. »
(1) Cette lettre porte la date da 13 juillet 1501. Ms. archiv. FUyrent. Reformagioni^ atti pubblici^ n* 237, ap. Grégorovius, Lucrèce Bargia, docaments : n* 28.
(2) BcRCRARD. Diarium, etc., ap. Ratxaldi, ann. 1499. n* 24. La lettre sairaDie de P. Delphini fait allasioa à cette tentative :
• Scripsisti mibi ante compJnres dies delatas fuisse ad Pontifioem
• Domine Comitissae litteras Teneno infectas, ut contactu îDaram « necaretor, deprehensum tamen fuisse a pmdentibus facinus, ten-,
• tosque latores, et eonfessos scelus, cnjus erant conscii, conjectos
• fuisse in Tincula, ut ultimum paulo post de iis snpplicîum sume- « retnr. Juste id quidem, qui enim fodit foveam incidit in eam, seà « non fuit satis qnod Pontifex in Domine Domini oltns foerit in « eos, qui ministri fnemnt sceleris, nisi etiam novissime diebus « istis de auctore ipsius seTerins se vindicasset. Allatus est heri hue « Dontins, captam fuisse illam ab exercitu Francorum, qui Ponti- «• flcis nomine urbem ejus obsederant, Tenisseque in bostium po-
• testa tem : ausa mittere manum in Christum Domini, cedere tan-
• dem coacta est justo Dei judicio, qui yicarii sui injuriam minime « inultam tulit, et licet rari ezempli flagitium admiserit, non mul- « tum tamen miror, dicente sacro eloqnio : Brevis est omnis mali- « tia super malitiam mulierum, etc. Vale. Florentise, die XV Ja- « nuarii MD. n
P«TR. Drlph., lib. VI, Epist, XXII ; ap. Ratkal, ann. 1499, n«24.
Un éyénement inattendu vint interrompre le cours des succès de Borgia : c'était la restauration de Ludovic dans ses États et la retraite précipitée des Français. J.-J. Trivulce, que Louis XII avait laissé dans Milan pour gouverner en son absence, n'avait pas tardé à rendre la domination française insupportable aux Italiens. Rappelé au secours de ses compatriotes, Yves d'Allègre abandonna la Romagne. Ce départ diminuait sensiblement les forces de César et le mettait dans l'impuissance de rien entreprendre. Mais le triomphe du More ne fut pas de longue durée. Louis envoya aussitôt de France une nouvelle armée sous le commandement de la Trémouille. Il fit appel en même temps aux Suisses, et ces montagnards s'enrôlèrent avec ardeur sous les drapeaux français ; mais pendant qu'un traité régulier les attachait à nos armes, des bandes d'aventuriers du même pays étaient accourues sous la bannière de Ludovic. Celui-ci aurait pu se mesurer avantageusement avec les ennemis, quand, au siège de Novare, il se vit tout à coup abandonné par eux. On a écrit qu'ils avaient été corrompus par l'argent du roi de France. On leur laissa la liberté de regagner leurs montagnes . Ludovic essaya de sortir avec eux sous im déguisement, mais il fut trahi et livré à la Trémouille qui l'envoya au roi à Lyon (15 avril 1500) (1). Ses crimes servirent de prétexte à Louis XII pour traiter son prisonnier avec une
(1) GuicH., lib. IV, c. V. — Naedx, lib. IV, p. d5. — Diario di BiAQio BuoMACCOiisi, p. 29. — Panégyrique de Loys de la Tré' mouille, par Jban Boucbbt, c. xiv. — Pbtrx Martyr., lib. XIII, Epitt, 2U.
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rigaeur qui n'était qoe YeBe^ d'un ressentiment per- 8<Hmel. n le fit enfermer dans le château de Loches o& il vécut encore dix ans. liette sévérité du roi changea l'indignation publique en pitié. Tel est le pouvoir du malheur, qu'il attire la sympathie lors même qu'il est mérité.
Pendant que ces faits se passaient en Lombarde, César Borgia s'était rendu à Rome, n y fit le 26 février 1500 son entrée publique. Le Pape avait sans doute réglé le cérémonial de cette réception qui laissa bien loin derrière elle l'entrée des anciens triomphateurs. C'était le siècle des cavalcades ; on déployait dans ces spectacles une magnificence dont les détails que nous en ont conservés les chroniqueurs font rêver. Ces fêtes durèrent plusieurs jours et le vainqueur d'Imola et de Forli y joua le rôle des anciens empereurs. Ses enseignes se déployèrent partout avec cette fastueuse devise qui marquait beaucoup d'orgueil ou beaucoup d'ambition : Cmsar oui nihil ; c ou César ou
rien. » Le quatrième dimanche de Carême le Pape le nomma solennellement général et gonfalonier de la Sainte Eglise , et lui donna le bâton et l'étendard, insignes de cette dignité, après les avoir bénis de sa main. César prêta le serment traditionnel, mais on remarqua qu'en le prononçant il avait affecté de prendre le nom de c César Borgia de France, i Enfin le Pape lui donna la rose d'or comme au défenseur du Saint-Siège (1). •
(1) Toukao ToMABi, p. 2il'2o7, -^ Burchaed, JHarium^ etc., ap. EocARD, etc., p. 2115.