‹ Les Borgia histoire du pape Alexandre VI., de césar et de Lucrèce BorgiaChapitre 74 sur 108 · MM. A · texte numérisé non relu

MM. A

.MATI et S.VMDM dan» U: Peritulico di Xumiimatiea e Sfragiitieaper la ttoria d'Itnlia. puhlif* à Florcnc<* Nons la din«ctioQ dn maranin C. Slroasi, t. III, p. 70-77, et t. IV, p. 257-2r>5.

(3) D<îpéchps di» GiusTiM.vMf, 78, W7, 9s, 100. — Alvisi. Cetare Borgia, etc., p. 216 et ««iv.

M. Grégorovtus reproduit, au sujet de la âllation de ce Jean, deux bulles dont il s'attribue ^honDeu^ de la découverte aux archives de Modène, quoique des copies de la première existent à peu près dans toutes les bibliothèques de Rome. Cette première bulle est la légitimalion de Jean comme lils de César. La seconde, réellement nouvelle, est une sorle de contre-lettre par laquelle Alexandre VI, après avoir attribué à César la paternité de Jean, « se reconnaîtrait ouvertement ensuite en être le père. »

Etudions cette nouvelle pièce introduite dans le débat.

u Si les actes n*étaient pas là pour rétablir, dit avec un air de triomphe M. Grégorovius, on ne pourrait pas croire à une effronterie aussi extraordinaire. Deux bulles, datées Tune et Tautre du !•' septembre 1501, sont adressées à ce ûls bien-aimé, le noble Jean de Borgia, infant romain (1). Dans la première, Alexandre déclare que Jean, alors âgé de trois ans, est le fils légitime de César Borgia, homme non marié, et d*une dame également non mariée. Il légitimait cet enfant en vertu de son pouvoir apostolique, et rétablissait dans tous les droits de ses parents. Dans le deuxième bref, il se réfère à la légitimation qu'il a conférée à l'enfant comme fils de César, et dit en propres termes : « Mais comme tu es entaché de ce vice (d'une naissance illégitime) non par le fait dudit duc (César), mais par le nôtre et celui de la dite dame non mariée, ce que nous n*avons pas voulu exprimer, pour de bons motifs, dans le bref précédent, nous voulons, afin que cet acte ne soit jamais déclaré nul et que dans la suite des temps il ne puisse en naître des difficultés pour toi, pourvoir favorablement à ton avenir, et nous te conârmons par la présente, par un effet de notre libre résolution, de notre générosité et de notre toutepuissance, la validité de tout ce qui est spécifié dans ledit acte. » Il renouvelle en conséquence la légitimation et déclare que si son fils, légitimé comme fils de César, était à l'avenir appelé et désigné comme tel dans des brefs et des actes de cette espèce, et même, s'il se servait des armoiries de César, il ne pourrait en résulter pour ledit enfant nul préjudice d'aucune sorte, mais que de tels actes joui-

(1) Dilecto Filio nohili Johaii:ii de R.ir^ia. Infanti Roniano.

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raient de la même validité qu'ils auraient eue si cet enfant avait été désigné dans Tacte de légitimation comme son propre fils et non comme celui de César (1). »

Raisonnons sérieusement un peu sur ces documents qui vous ont fait tourner la tête, Monsieur Grégorovius.

Vous avez bien fait d'Alexandre un u mauvais sujet », mais jusqu'ici vous n'avez pas osé en faire un <c sot. » Cependant ces deux actes sont la plus colossale sottise quil fût possible d'imaginer. Alexandre VI n'était pas homme à In commettre. Quel intérêt avait-il à se donner comme le père de Jean ? Aucun, excepté celui dé se faire passer pour un fanfaron de vices. .Mais alors, que ne déchire-t-il ce premier bref qui n'a pas eu le temps de sécher, et qui ne lui donne qu'un neveu, dont il est l'oncle légitime et vertueux? Direzvous qu'Alexandre, songeant au temps postérieur à sa mort, a voulu sauvegarder, de son vivant, la réputation de l'enfant et donner plus tard, par ce titre de fils du Pape, plus de sécurité à ses honneurs et à ses richesses. C'est simplement absurde. Jean, bâtard d'un fameux capitaine, était supportable dans un pays où, dit Commines, « ilz ne font point grant différence d'ung enfant bastard <^ ung légitime (2) ; M mais fils d'un Pape, il était repoussant, immonde. D'ailleurs vous avez pris soin de vous réfuter vous-même. « Alexandre VI, dites-vous,. avait eu la prévoyance d'obtenir de Ferdinand le Catholique et d'Isabelle de Castille un diplôme daté du 20 mai 1502, et conservé aux archives d'Esté, en vertu duquel la maison royale d'Espagne garantissait à la famille Borgia tous les domaines qu'elle possédait dans le royaume de Naples; et dans cet acte étaient désignés personnellement César et ses héritiers^ don Joffiré de Squillace, don Juan, fils du malheureux duc de Gandie, Lucrèce, à titre de duchesse de Biselli, et son fils et héritier Rodrigucz (3). »

Incontestablement, Jean doit prendre place ici parmi les héritiers de César comme son propre fils. Si M. Grégorovius le conteste, que devons-nous penser alors de sa bonne foi lorsqu'il répète à satiété que « toute la pensée d'A-

(1) Gréoorotiub : Lucrèce Borgia, t. I, p. 351 -3j5.

(2) GoMMi>BS, liv. VII, cb. ii.

<3) Oiutoonovius : Lucrèce Borgia, «te, toni. II, 124.

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Icxandre était de rendre ses enfants grands » el qu' « il n'avait pas d'autre souci? »>

Du reste, le fait parle ici assez éLoquemment. « Le petit Giovanni passa réellement plus tard, après la mort d'Alexandre VI, pour le fils de César. » Qui parle ainsi?... M. Grégorovius lui-même (1). H ne se contente pas de cela, et cite des documents qui viennent appuyer la paternité du duc de Valentinois. Ainsi Alexandre appelle ce Jean « son neveu », dans un diplôme daté du 21 juillet 1502 : Nobilt Infanti Johanni Borgia nostro secundutn camem nepoti; dans un autre bref du 12 juin 1502, adressé à la commune de Gailèse, il le nomme « ûls de César » : Dil. filii nobilis infaniU Johannis Borgia ducis Nepesini dilecti filii nobilis viri Cœsaris Borgia de Franc ia^ etc. (2) »

Concluons : ou cette espèce de contre-lettre n'existait pas, ou bien on la tenait pour apocryphe. 11 n'y a pas de milieu possible.

Ce n'est pas le seul trait de fausseté que présente cette pièce. Que penser de cette distraction d'Alexandre, qui, dans le même jour, fait de César à la fois un « homme marié » et « non marié (3)?.» C'est le oui et le non identiques ! On ne peut se railler plus effrontément de tout bon sens. Est-ce par oubli que M. Grégorovius n'a pas traduit ce passage, ou par l'embarras de dissimuler l'invraisemblance monstrueuse de cetta contradiction sous la plume d'Alexandre VI ?

« Si les deux bulles n'étaient point là pour l'établir, dirons-nous en empruntant votre parole, Monsieur Grégorovius, on ne pourrait croire à une effronterie aussi extraordinaire. »

Enfin, comment avez-vous pu croire que César, que vous

(1) LucRÈCB BoROiA, iom. I, p. 353.

(2) Ibid.

(3) La première bulle dit : € ... Defeetum nataUum paterù de dilecto fiUo nolriH viro Ceaare Borgia de Fronda, Homanodiols et Valentim Dnee SoLcro geuitui et fo/aite... » V. ap. G&BQ<m«viC8, Doc m* 29.

La seconde : Non obttante defectu natalium, quem tu de dileeto filio nobilis viro Cetare Bw^gia de Francia, etc... Conjugato genilum et totuta pati expret^ ium fuit.,, eum autem tu defeetum prmdictum non de prmfalo Duce, $ed de mM* et dicta muliere ioluta patiarig, quod bono respectu in litteris prmdictie Itp«et/fe9 exprimere noiuimm, noty «te... Ap. Griqorov., Doc. n* 30.

accusez 4'ayoir assassiné son frère par jalousie (1), ait consenti à voir son père mettre un bâtard sur le même pied que lui, le fils légitime, quant aux droits de propriété? Gomment expliquer cela? Vous dites encore « qu'Alexandre était sous la domination de son terrible âls et redoutait César (2) », et néanmoins il lui endosse la paternité d'un enfant qui n'est réellement pas le sien? Mentir m'embrouille, a dit quelqu'un. Monsieur Grégorovius, vous vous embrouillez !

Pour toute explication, M. Grégorovius ajoute :

« On est frappé devoir que ces deux actes ont été rédigés le môme jour; mais cette circonstance s'explique par ce fait que les lois canoniques interdisaient au Pape de reconnaître son propre enfant. Alexandre se tira donc de cette difficulté en déclarant qu'il avait énoncé une fausseté dans la première bulle. Cette assertion con trouvée permettait de légitimer l'enfant ou de le doter de biens réguliers et, une fois cela fait par acte authentique, le Pape pouvait, sans qu'il en résultât désormais de préjudice pour son ûls, substituer la vérité au mensonge (3). »

Cette explication n'explique rien et ne sert qu'à voiler l'embarras de l'auteur, plus « fi*appé » qu'il ne veut le dire de ce qu'il y a ici d'invraisemblance. Il est si peu satisfait de son explication, qu'il met son esprit à la torture pour en trouver une seconde, qu'il a soin lui-même de déclarer « sans autre valeur que celle d'une hypothèse. » Vous vous prenez à douter, mais lisez plutôt.

« On ignore quelle était la mère de cet enfant mystérieux. Burkhard la désigne seulement comme « une certaine Romaine. » Si Alexandre disait vrai en l'appelant une femme non mariée, il ne faudrait pas penser à Julie Famèse. On peut encore supposer que la seconde assertion du Pape était également mensongère, et que « Vinfant romain » n'était pas son fils, mais bien un enfant illégitime de Lucrèce, y* M. Grégorovius appuie sa supposition sur un par commérage auquel il n'accorde d'ailleurs aucune créance, et il ajoute aussitôt après : « Les deux actes relatifs à sa légiti-

(2i Ibid.

i3i Orkoorov., Lucrèce BorgiUy «te., t. I, p. 353.

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mation (de Jean), aujourd'hui aux archives d'Esté, prayieDDent de la chancellerie de Lucrèce, qui les avait emportés avec elle en quittant Rome pour Ferrare, ou se les procura plus tard. (Toujours de pures suppositions!) — Nous verrons enfin l'infant paraître à la cour de Ferrare, où il passait pour son fï*ère. Toutes ces circonstances peuvent donner à croire que le mystérieux Giovanni Borgia était fils de Lucrèce, mais cette opinion nb sauraff jamais Avom d'autre valeur que celle d'une hypothèse (1). »

Ce roman explicatif satisfera-t-il le lecteur? L'histoiro ne sera-t-elle désormais qu'un tissu d'hypothèses ? Qu'est devenue cette « méthode historique sévère que promettait l'auteur au début de son livre ? Pour résoudre une si gross<' question que la paternité douteuse de cet enfant, il faudrait des preuves palpables et non point des suppositions gratuites, des documents authentiques et non point des papiers incertains, douteux, suspects à plus d'un titre. Les esprits sérieux n'hésitent pas à proclamer que cette époque nous a transmis une foule de pièces apocryphes.

Un juge bien compétent, M. de Bréquigny, que nous avons déjà cité, dit, au sujet de certains documents supposés de cette époque qu'on avait négligé de détruire : « Combien de cas semblables où cette sage précaution a pu être négligée, et par conséquent combien de faux actes ont dû passer à la postérité! Ce n'est donc pas sans raison que les diplomatistes sont en garde contre les chartes qu'on leur présente, puisque, indépendamment de celles que les faussaires modernes continuent de fabriquer, on a lieu de soupçonner qu'il subsiste un grand nombre de colles que leurs prédécesseurs ont forgées (2). »

Voilà l'origine de la contre-lettre en question ; elle a étô évidemment composée après coup par quelqu'un de ces faussaires nombreux, au moment où l'histoire commençait à devenir cette grande conspiration contre la vérité, si justement flétrie par Joseph de Maistre. Cela montre une nouvelle fois à quoi en sont réduits les ennemis d'Alexandre VI, à la recherche de documents authentiques contre sa mémoire. Avec un peu moins d'animosité contre Alexandre, M. Grégorovius se fût épargné ce ridicule.

(1) Ohbgobovius, Luerêee Borgia^ etc., t. I, p. 354.

(2) Op. cit. p. 89'90, ap. Gbnnarilli, Diar. Ûtirchardi, p. 1S9, note.

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