LES CONTRADICTIONS
DE M. GRÉGOROVIUS AU SUJET DE l' t INFANT ROMAIN »
Les contradictions de M. Grégorovius au sujet de la filiation de Jean Borgia, 1* « Infant romain », méritent un chapitre à part.
Cet Allemand est tourmenté du besoin d'accuser le Pape. Depuis la première page de son livre jusqu'à la dernière, il tend à cela. 11 jette l'ombre sur les faits louables, dénature les actes indifférents ou même bons, exagère les torts et accepte bénévolement, sans aucun contrôle, les accusations les plus invraisemblables, et, comme si la chose ne lui semblait jamais assez établie, il recommence sans cesse. Pourquoi ce perpétuel labeur, qui rappelle l'antique Sisyphe aux prises avec son éternel rochor ?
Pourquoi ?
M. Grégoroyius, peut-être à son insu, nous a laissé échapper son secret, quand il a écrit à la première page de son livre : « Le fond sur lequel la ûgure de Borgia nous apparaît constamment est l'Eglise chrétienne », c'est-à-dire catholique. Ah ! oui, je comprends ce sentiment du sectaire. << Les Borgia sont, dit-il encore, sous une forme ou sous^ une conception très grossière, la satire de l'Eglise universelle qu'ils ont ruinée ou reniée (1). » C'est le sectaire qui se débat dans une froide fureur. Dès lors, tout acte qui accuse Alexandre devient pour lui un document incontestable.
En 1501, Alexandre VI donna en apanage, à Jean Borgia, enfant de trois, quatre ou cinq ans, le duché de Népi. Que) est ce Jean Borgia ? Quelques savants avaient cru reconnaître, dans le duc de Népi, le âls du malheureux duc de Gandie (2). Depuis, la Civilta Catiolica^ dans une vive attaque dirigée contre le P. Olivier, dominicain, n'a pas eu honte de ramasser de simples commérages défavorables au Pontife, et de les donner pour l'histoire (15 mars 1873). Nous ne citons cet article que pour montrer que nous ne l'ignorons pas. La vérité nous oblige à nous séparer ici de la savante Revue, malgré notre vénération pour ses illustres rédacteurs. Nous sentons que le nom du journal doit produire une impression de surprise, mais il faut bien convenir que tout savants que soient les Pères Jésuites, ils ne sont pourtant pas infaillibles. Pour n'avoir pas tenu assez compte du caractère malveillant des récits de la un du quinzième siècle contre la Papauté, ils se sont montrés injustes à l'égard d'Alexandre VI. Hâtons-nous de dire que de nouvelles publications ont porté la savante Revue à mo-: difler son premier jugement. (Voy. 2'' fasc., août 1880.)
Les documents publiés dans ces dernières années tendent à établir que Jean Borgia, le troisième duc de Gandie, et Jean Borgia, duc de Népi, sont distincts, et que ce dernier était un fils naturel de César (3).
(1) LrcRfeCB BonotA. Introdmetion.