CHAPITRE III
respect pour les personnes ici présentes. Quant à mon adresse, je suis loin de la cacher : je demeure...
— Il est inutile que vous donniez votre adresse à l'abbé , interrompit vivement de Noce. Qu'est-ce que vous voulez qu'il en fasse?
— M. le comte ! s'écria Dubois en regardant de Noce de travers.
— Eh bien! quoi, l'abbé, reprit de Noce, ne vas-tu pas me chercher querelle à présent, parce que j'essaye d'assoupir cette affaire ? Dame! que veux-tu, mon cher? au fond, M. le chevalier a raison. Tu ne vaux pas grand'chose, et il faut que nous soyons d'affreux corrompus comme nous le sommes, pour être de tes amis.
— Allons bon! voilà de Noce qui passe à l'ennemi, dit Dubois, qui, changeant tout à coup de ton et de figure, parut prendre la brutale franchise du courtisan pour une plaisanterie, et se mit à grimacer un sourire. Noce, à l'occasion je me ressouviendrai de cela...
Le misérable disait vrai : Noce devait payer de l'exil, vingt ans plus tard, le jour où Dubois fut nommé premier ministre, son intervention de cette soirée.
De Morvan se disposait à partir lorsque le marquis d'Effiat s'adressanl à lui :
— M. le chevalier, lui dit-il froidement, comme vous ne faites pas partie de la cour et que nous n'avons pas l'honneur d'être personnellement connus de vous, veuillez emporter les dix mille livres qui vous reviennent.
D'Elïiat prit à ses voisins cinq rouleaux d'or contenant chacun deux mille livres et les remit à de Morvan.
— Ma foi, toute cette discussion, survenue si mal à propos au beau milieu de nos plaisirs, a tourné mon esprit au sombre, dit de Noce. Mes amis, au revoir, je vais me coucher.
— Sans rancune, n'est-ce pas? cria Dubois en souriant à de Noce qui s'en allait.
— Te garder rancune, l'abbé! à Dieu ne plaise! N'es-tu pas heureux d'avoir pour compagne l'âme la plus noire et l'esprit le plus brillant du royaume? Je suis tout à toi !
De Noce et de Morvan sortirent en même temps.
— Chevalier, dit le premier, quand on porte dix mille livres sur soi, et que minuit sonne, il n'est pas prudent de courir à pied les rues de Paris. Voulez-vous me faire l'honneur d'accepter une place dans mon carrosse? Je vous jetérai en passant chez vous.
De Noce lui adressa cette offre avec une telle