CHAPITRE V
si dangereusement attaquée, que mon maître, le roi Charles II, s'adresse à Votre Majesté.
Cette réponse du comte de Monterey parut produire et produisit en effet une grande impression sur l'esprit de Louis XIV et sur celui de madame de Maintenon.
— Comte, reprit le roi, le monde entier connaît le respect et le dévouement sans bornes que je professe pour tout ce qui touche à la religion. Mon cousin d'Espagne a bien fait de s'adresser à moi. Toutefois, avant de prendre un parti, et de vous donner une réponse définitive, je désire examinera loisir cette affaire, et prendre connaissance du mémoire que vous me remettez.
— A présent, le roi veut-il bien me permettre d'ajouter aux observations que j'ai eu l'honneur de lui communiquer, au nom de mon maître, quelques paroles qui me sont personnelles?
— Je vous répète, comte, que je vous tiens en grande estime, et que je serai toujours heureux de vous être agréable. Parlez!
— Sire, reprit Monterey, je crois pouvoir ajouter, sans trahir en rien les intérêts de mon pays, que l'acceptation, par Votre Majesté, du projet qui lui est proposé influerait extrêmement sur la disposition du roi, mon maître,
dans le choix de son successeur ; qu'il est même probable que cela ferait peser la balance du côté de la France... Si je m'exprime avec autant de liberté devant Votre Majesté, c'est qu'en mon âme et conscience l'avènement de l'archiduc au trône d'Espagne serait un malheur immense pour la gloire et la prospérité de mon pays! La maison d'Autriche ne peut que nous être fatale.
Le roi, voyant l'importance et la tournure qu'allait prendre cette discussion à laquelle il n'était pas préparé, ne répondit pas.
Il s'avança vers Nativa, lui adressa avec cette grâce si pleine de respect dont il usait toujours envers les femmes, quelques mots aimahles et touchés au coin de la plus pure galanterie, puis retournant ensuite vers Monterey :
— Comte, lui dit-il, j'espère avoir d'ici à fort peu de temps le plaisir de vous revoir. Nous nous entretiendrons alors plus longuement de toutes ces choses. Veuillez , je vous prie, ne pas vous étonner de la manière dont vous avez été amené près de moi. J'ignorais recevoir un chargé d'affaires de mon bien-aimé cousin d'Espagne, et j'ai voulu vous traiter avec l'affection que vous méritez et que je vous porte depuis que vous vous êtes montré sous un si beau jour auprès de ma chère nièce, votre reine.