‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 26 sur 240 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

taille de la jeune femme, et de sa main droite se soutenant aux haubans il attendit qu'une nouvelle lame amenât le canot à la hauteur du pont du navire.

— Mon père, s'écria la pauvre et généreuse enfant en essayant de se débattre sous l'étreinte de Morvan, je ne veux me sauver qu'avec vous ! Si vous restez, je reste.

— Je te suis, Nativa, ne crains rien! lui répondil-il ; mais au nom de ta mère, n'oppose pas de résistance aux efforts de ce généreux étranger.

Le père de la jeune fille parlait encore quand de Morvan, saisissant un moment favorable qui se présentait, s'élança dans la barque avec son précieux fardeau.

L'équipage du navire naufragé oublia un moment son affreuse position , pour ne s'occuper que de la hardiesse de Morvan et du danger que courait la jeune fille. Un double cri d'effroi d'abord, puis de joie ensuite, poussé spontanément par trente bouches, retentit lorsque de Morvan atteignit l'embarcation et y déposa sans accident celle que l'homme vêtu de noir avait appelée Nativa.

— Mon père, dit la jeune fille en tendant ses bras vers lui, venez, venez, je vous en conjure.

I/homme à l'air fier et aux cheveux grisonnants imita la manœuvre suivie par de Morvan ; il se cramponna, se tenant en dehors du navire, à un hauban, puis s'élança, lorsqu'il se vit à portée du canot.

Le maquignon Mathurin,soit maladresse, soit un funeste hasard, poussa alors violemment la barque au large, en appuyant son aviron contre le flanc du navire, et le malheureux tomba à la mer. Un cri retentit, etNaliva s'affaissa évanouie au fond du canot.

Les quelques secondes qui suivirent cet affreux accident furent solennelles. De Morvan qui, au premier moment, avait paru hésiter sur le parti qu'il devait suivre, se dépouilla de son manteau, et avant que son serviteur Alain ni le maquignon pussent songer à le retenir, il franchit d'un bond le bord de la barque et se jeta à l'eau.

— Mille tonnerres de tonnerres, s'écria Mathurin en sortant pour la première fois du sangfroid qu'il avait jusqu'alors montré, ce n'est pas là de la générosité, c'est de la démence.

Déjà le maquignon, se reprochant le malheur, involontaire sans doute, dont il était cause, se dépouillait à la hâte de ses vêtements, probablement dans lintention de commettre une folie

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