‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 46 sur 240 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

prit de Morvan, le motif qui vous a fait m'adresser cette question ?

— Certes. Je réfléchis que ma rencontre prouve que vous êtes né sous une influence heureuse. Oh ! pas de fades protestations et de mauvais compliments... Vous vous méprenez sur le sens de mes paroles , chevalier de Morvan, continua la jeune fille avec une espèce de solennité; vous désirez la gloire et la fortune? Eh bien ! sivousvoulez m'aider dans l'accomplissement d'un noble et vaste projet que je sais, et que la réussite couronne vos efforts, retenez bien ce que je vous dis, il n'y aura pas un homme en France qui ne s'inclinera devant vos richesses et votre gloire.

— Il n'y a pas un homme qui ne s'inclinera devant ma richesse et ma puissance ! dites-vous, mademoiselle, répéta le chevalier de Morvan avec un étonnement qu'il ne chercha pas à dissimuler. Je ne vous comprends pas ; expliquezvous, je vous prie.

— Je ne puis vous révéler un secret qui n'est pas à moi, qui ne m'appartient pas. Vous avez bien voulu, M. de Morvan, me promettre une obéissance absolue à mes volontés, vous m'obligerez beaucoup en n'insistant pas sur ce sujet. Et puis, qui sait, ajouta Nativa pensive, si ce

projet, le rêve de mes nuits et la pensée de mes jours, recevra même jamais un commencement d'exécution? Nous autres femmes, ne prenonsnous pas presque toujours nos plus folles espérances pour des certitudes? Nous ne tenons jamais compte des obstacles ou des impossibilités; nous nous aveuglons à plaisir. Après tout, ce qu'il m'importe pour le moment de savoir, c'est que le jour où je vous dirai : « En avant ! » vous marcherez sans faiblir, sans retourner la tète, sans hésiter; enfin, comme un vrai gentilhomme qui a engagé sa parole, et qui ne recule pas à sacrifier sa vie à son honneur.

— Trop heureux , mademoiselle , s'écria de Morvan avec feu, si je réussis, au prix de ma misérable et obscure existence , à vous éviter le moindre des chagrins.

— Je vous crois, monsieur !

La belle Espagnole resta pendant quelques instants silencieuse; bientôt, grâce à cette mobilité ou cette vivacité d'impression qui semblait lui être habituelle, et qui la rendait si séduisante, elle remplaça par un air enjoué l'espèce de tristesse solennelle qui assombrissait son visage , et s'adressant de nouveau au jeune homme :

— Savez- vous, chevalier, lui dit-elle, que

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