‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 48 sur 240 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

à ceux qui m'aiment, car, peu de temps après, M. de Plœuc mourut.

Mon éducation achevée, je voulus essayer de mettre à profit les connaissances que j'avais acquises, mais hélas! je m'aperçus bientôt que monter passablement à cheval et tirer l'épée d'une façon remarquable, du moins le disaiton, ne constituait point un avoir exploitable ou productif. On m'avait enseigné les arts d'agrément qui accompagnent d'ordinaire la fortune, mais on avait oublié de m 'apprendre à gagner ma vie. Comme, d'un autre côté, mon nom, mal noté à la cour, ne me permettait de solliciter aucun emploi , j'allais, en désespoir de cause, m'engage? en qualité de simple soldat, lorsque je reçus du fameux banquier et armateur de Brest, le sieur Cointo, une lettre par laquelle il me priait de me rendre auprès de lui.

Jugez de mon étonnement, quand le banquier, après avoir constaté mon identité, me remit un rouleau de cinquante louis en me disant :

« M. le chevalier, cet argent m'a été envoyé, à votre nom, des îles d'Amérique. On me prie rfj vous compter également chaque mois une pension de cinquante livres. Or, comme la personne qui m'adresse cette recommandation m'est I. 11

parfaitement connue et m'offre sous tous les rapports une sécurité complète , vous pouvez être assuré que votre pension vous sera trèsexactement payée au domicile que vous voudrez bien m'indiquer. »

Cette offre mystérieuse répugnait à ma délicatesse : je refusai.

— Je vous jure sur mon honneur d'honnête homme et sur le salut de mon âme, me dit alors l'armateur, que vous pouvez accepter sans crainte : cette pension vient d'un de vos parents et n'a rien de blessant pour votre amour-propre.

En vain je priai , je suppliai même le sieur Cointo de me nommer ce parent, il n'y voulut jamais consentir; ce secret ne lui appartenait pas.

Peut-être aurais-je dû persévérer dans mon refus, mais que voulez-vous, mademoiselle! j'étais si abandonné de tout le monde, si malheureux, la loyauté proverbiale de l'armateur Cointo m'inspirait une telle confiance, que je cédai.

Avec mes cinquante louis j'achetai une petite maison solitaire, située à une portée de mousquet du village de Penmarck, et je résoiu^de supporter dignement mon abandon, sans jamais descendre jusqu'à faire des avances à une société

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