CHAPITRE V
qui semblait me repousser comme si j'étais indigne d'elle.
Depuis lors, si ce n'est deux voyages que j'ai faits en Islande en qualité de volontaire, et pour accompagner un brave capitaine de la marine marchande, de mes amis, je suis resté plongé dans la désolante solitude où vous m'avez trouvé!...
Nativa , au début de l'histoire de Morvan , et quoiqu'elle eût sollicité elle-même ce récit, n'y avait apporté qu'une faible attention ; mais, à partir du moment où le jeune homme parla du secours si providentiel et si inattendu qui lui était venu des îles d'Amérique, la contenance de la charmante Espagnole changea comme par enchantement : elle pâlit d'une façon visible, ses yeux brillèrent de lueurs étranges, et elle dut, pour ne pas laisser paraître son agitation, comprimer avec ses deux mains les gonflements de sa poitrine. De Morvan, tout entier aux tristes souvenirs de sa jeunesse, ne remarqua pas cette émotion aussi violente que fugitive , car, lorsque Nativa lui adressa un peu après la parole, sa voix était calme et assurée.
— Mon indiscrétion , chevalier, lui dit elle, m'a mise à même, grâce à la franchise avec laquelle vous y avez répondu , d'apprécier toute
la noblesse de votre caractère. Vous avez même oublié d'ajouter, en mentionnant votre solitude, que vous avez su vous venger de l'injustice de la société à votre égard, en exposant et en consacrant votre vie à sauver celle des malheureux naufragés ! J'ai appris par les seigneurs de Pennenrose le courage et le dévouement que vous montrez pour secourir les navires en détresse !
— J'ai moins de mérite, en agissant ainsi, que vous voulez bien m'en supposer, mademoiselle ; je suis chrétien, et je considère le suicide comme un crime et un péché mortel, répondit de Morvan d'une voix sourde et à peine intelligible.
— Et à présent, monsieur, reprit l'Espagnole, quelle nouvelle direction comptez-vous donner à votre vie?
— A présent, répondit-il en appuyant sur ce mot, qui établissait un lien entre la jeune fille et lui, à présent, mademoiselle, j'atlends des ordres, car je ne m'appartiens plus !...
— Mais si je vous disais : « Chevalier, je veux que vous réussissiez, que vous deveniez puissant et riche! » que feriez-vous?
— Je mettrais à exécution un projet qui, depuis longtemps déjà, torture mon imagination et trouble le calme de mes nuits ; je m'embar-