‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 57 sur 240 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

raille livres , par exemple , je vous le remettrais les yeux fermés et sans vouloir passer d'écritures.

— Eh bien , alors , pourquoi te caches-tu de moi?

— Ah ! ça, c'est tout différent ; je n'aime pas qu'on connaisse mes affaires.

De Morvan , familiarisé avec les originalités du caractère bas breton , originalités dont il n'était peut-être pas tout à fait exempt luimême, comprit fort bien la susceptibilité de son domestique, et se rendit, sans insister davantage, à son désir.

Alain , dès qu'il fut seul , se mit immédiatement, non pas à creuser un trou , comme avait fait son maître , mais à démolir une véritable fortification casematée , construite avec autant de solidité que d'art.

Ce ne fut pas non plus un sac de toile qu'il retira, après un travail opiniâtre et acharné qui dura au moins un bon quart d'heure, mais bien un gros et vieux soulier ferré; ce coffre -fort d'une nouvelle espèce renfermait l'énorme somme, ramassée seulement en trois années, de six écus !...

Le maître et le serviteur, nouveaux Bias, regagné rent alors le château de Pennenrose.

Le cheval Bijou attendait, tout sellé et bridé, l'arrivée de son maître.

De Morvan se mit en selle , puis, après avoir donné, de l'air le plus dégagé du monde, et quoique ce sacrifice lui fût fort pénible, deux écus au valet d'écurie qui lui tint l'étrier, car il ne voulait pas passer devant les gens des seigneurs de Pennenrose pour un pauvre diable que l'on avait recueilli par charité, il piqua des deux et partit au petit galop de chasse.

Alain, écuyer incomplet , mais serviteur zélé et fidèle, le suivait derrière en courant à pied , et selon son habitude, ses sabots à la main. Dès qu'il fut éloigné d'une portée de mousquet du château, le jeune homme arrêta sa monture, et, se tournant vers le sombre édifice , à peine éclairé à des intervalles inégaux par les lumières des appartements , il adressa , avant de poursuivre sa route, un adieu passionné à sa bienaimée Nativa.

DePenmarckàBrest on compte une vingtaine de lieues. De Morvan mit trois jours et une nuit à franchir cette distance , que des chemins affreux rendaient, sinon impraticable , du moins fort difficile aux voyageurs.

Son cheval Bijou n'en pouvait plus; mais, par une heureuse compensation , son domesti-

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