‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 56 sur 240 · CHAPITRE VJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VJ

le gentilhomme en éclatant de rire. Au fait, pourquoi pas? La même pensée peut bien traverser deux cervelles à la fois. Veux-tu que je te dise, Alain, poursuivit le jeune homme, le motif qui t'a conduit ici?

— C'est inutile , M. le chevalier, répondit le serviteur d'un air mécontent ; je le sais, moi, et ça me suffit.

— Tu es venu déterrer un trésor!

— Oh! un trésor ! répéta Alain tout décontenancé, c'est une manière de parler!

— Voyons, ne rougis point et ne te trouble pas ainsi ! Moi aussi j'ai quelque chose à ramasser dans le sable ! Nous sommes à deux de jeu.

— Ah bah!. .. Eh bien, foi de Dieu, maître, je suis content de ce que vous m'apprenez là ; j'avais cru jusqu'à ce jour que vous donniez votre surplus aux gars du village, et je suis heureux d'apprendre que je me suis trompé.

— Pourquoi cela, Alain?

— Parce qu'un jeune homme qui n'est pas économiseur n'arrive jamais à rien , quelque mouvement et quelque mal qu'il se donne.

— Et tu tiens , à ce qu'il paraît , à ce que j'arrive?

— Dame ! c'est bien naturel, puisque je vous accompagne.

— Le temps passe, et je devrais être parti. Prête-moi ta pioche.

Le domestique s'empressa d'obéir.

Le chevalier, prenant l'instrument de fer et regagnant la place où il s'était arrêté en premier, eut bientôt creusé un trou de deux pieds environ de profondeur.

Se baissant alors , il ramassa un tout petit sac de toile grise, secoua la couche de sable qui le recouvrait et le mit dans la poche de son pourpoint; ce sac contenait vingt-cinq louis, c'est-à-dire toutes les épargnes ou la fortune du gentilhomme.

— A ton tour maintenant, Alain, dit-il à son serviteur en lui rendant la pioche.

Le bas Breton resta immobile comme une

statue.

— Ne m'entends-tu pas?

— Je vous demande bien pardon, mon maître, mais je ne puis rien faire, vous me regardez.

— N'aurais-tu pas confiance en moi, drôle? Oh ! mon bon Dieu du ciel ! comment

osez-vous dire de pareilles choses ! s'écria Alain les larmes aux yeux. Vous savez bien, M. le chevalier, que si je possédais tout l'or de la chrétienté et même celui des Turcs, plus de dix

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