‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 79 sur 240 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

« — Ah ! mademoiselle, s'écria-t-il en m'apercevant et sans me donner le temps de l'interroger, c'est le ciel qui vous envoie!...

«Le vicomte me prit alors, tant son égarement était grand, par le bras et m'entraîna avec lui. Tout le temps de la route il ne cessait de répéter : Ah! la malheureuse! l'infortunée! arriverons-nous à temps encore pour la sauver!

«'J'avais beau l'interroger, il ne me répondait pas ; seulement son exaltation croissait de plus en plus.

« Enfin, après une minute de marche, nous sortîmes du parc par une porte dérobée qui donnait sur la grande route.

« — Mademoiselle, me dit le chevalier avec égarement et en tombant à mes genoux, vous qui êtes un ange de bonté, vous ne laisserez pas mourir ma sœur sans secours ! Ah! l'infortunée! l'infortunée! voilà donc où l'a conduite enfin ce fol amour que j'ai si souvent déploré! Ah! misérable séducteur! dussé-je te poursuivre jusqu'au bout de l'univers, je saurai bien t'atteindre!

« Le chevalier, en parlant ainsi, me poussait vers un carrosse arrêté au milieu du chemin.

« — Elle est là ! elle est là ! Oh ! je n'ose la voir ! ma vue lui ferait mal ! me dit-il en entr'ouvrant

la portière. Montez, je vous en conjure, et assurez-la que mon cœur de frère lui pardonne.

« J'étais tellement émue et si troublée, que je ne fis aucune objection, aucune résistance : j'entrai dans le carrosse !

«i Infamie et trahison ! le vicomte, s'élançant alors derrière moi et me montrant un poignard :

« — Si vous criez, si vous prononcez un mot, vous êtes une femme morte, me dit-il.

« Puis, refermant la portière :

« — Fouette cocher! ajouta-t-il.

« Et le carrosse partit avec la rapidité de l'éclair.

— Il paraît qu'il n'était pas alors attelé avec les chevaux de labour que j'ai vus, interrompit de Morvan.

— Non, monsieur, se hâta de répondre l'infortunée Isméric en rougissant d'une façon presque imperceptible, lo carrosse, lorsque je fus enlevée, était traîné par deux magnifiques coursiers de race...

— Qui sont morts sans doute à la peine...

— Oui, monsieur! après une course effrénée de douze heures... Je termine mon récit : la crainte, l'horreur, la stupéfaction que j'éprouvai étaient telles que le vicomte n'avait pas

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