‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 80 sur 240 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

besoin de me recommander le silence : j'étais anéantie! Le misérable profita de mon état pour me bâillonner d'abord, puis pour m'attacher ensuite les mains. Je perdis alors connaissance.

L'infortunée Ismérie s'arrêta : des sanglots étouffaient sa voix.

De Morvan indigné et ému à l'extrême serrait ses poings avec rage : enfin rompant le silence :

— Et lorsque vous revîntes à vous? dit-il.

— Lorsque je revins à moi, répéta Ismérie en baissant la tête avec confusion, le vicomte de Chamarande me déclara qu'il ne m'aimait pas, mais que, ne possédant plus une obole de patrimoine et voulant à tout prix refaire sa fortune, il m'avait compromise afin de rendre un mariage inévitable entre lui et moi.

— Mais, mademoiselle, ce forfait ne doit pas rester sans vengeance! s'écria de Morvan avec toute l'énergie de son honnêteté révoltée. Puisque vous avez bien voulu me confier la défense de vos intérêts, je vais aller trouver ce Chamarande et...

— Gardez-vous bien de cette démarche, elle ne pourrait qu'aggraver ma position ! s'écria Ismérie en se jetant au-devant du chevalier qui, son épée sous le bras, se dirigeait déjà vers la porte.

— Quoi ! dit de Morvan avec force, vous consentiriez à retourner auprès de ce monstre!

— Ce sacrifice est nécessaire à mon honneur! Si, dans votre généreuse colère, vous immoliez cet infâme Chamarandc, qui pourrait me justifier? Personne! on me prendrait pour sa complice! Sa vie, vous le voyez, est indispensable à ma justification !

— Alors en quoi puis-je vous servir, mademoiselle?

— En veillant à ma sûreté ! Vous suivrez de loin ma prison roulante, et, une fois à Nantes, vous avertirez la justice et vous ferez arrêter le vicomte.

— J'obéirai à votre volonté, quoi qu'il m'en coûte, mademoiselle, répondit tristement de Morvan : il est bien pénible pourtant de voir une femme digne de toutes les admirations et de tous les respects, qu'un misérable outrage pour ainsi dire sous vos yeux, et de laisser son épée au fourreau.

— Oh! croyez que j'apprécie, comme ils méritent de l'être, votre dévouement et votre courage ! s'écria Ismérie avec une émotion profonde et en saisissant, par un geste irréfléchi et plein de reconnaissance, les mains du jeune homme dans les siennes.

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