‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 84 sur 240 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

y a de dures nécessités devant lesquelles on ne doit jamais reculer. Vous avez bien voulu déjà me confier vos intérêts, mettez, je vous prie, le comble à vos bontés, en me permettant d'agir à présent à ma guise.

Après cette réponse , de Morvan se dégagea doucement de l'étreinte de la jeune fille, qui l'avait saisi par le bras, et se dirigea d'un pas ferme , égal et résolu, vers l'auberge où il pensait trouver le vicomte de Chamarande.

Une vingtaine de pas avant d'arriver, il rencontra Alain qui, tenant son mousqueton parle bout du canon, comme si c'eût été un penbas, revenait d'explorer de son côté la campagne.

— Ab ! M. le chevalier, s'écria le bas Breton avec élan, que je suis donc content de vous revoir! J'ai cru, en vous entendant m'appeler, que vous aviez affaire avec un nouveau Legallec, et je me suis élancé, sans pouvoir vous rejoindre, à votre poursuite. Que se passe-t-il donc?

— C'est un homme qui a péché, Alain, répondit de Morvan.

— Alors son compte est bon. Je vous accompagne.

— Je te le défends! Tu vas, au contraire, rester avec mademoiselle et veiller à sa sûreté.

198 LES nOUCANIERS.

Alain regarda alors avec plus d'attention la malheureuse victime de la perfidie de Chamarande , puis rougissant jusqu'au blanc des yeux :

— Je pense, sauf le respect que je vous porte, M. le chevalier, répondit-il, que mademoiselle ferait mieux, au lieu de courir les champs la nuit , de s'occuper un peu de sa toilette et de s'attifer d'une manière plus décente. Je ne reste pas avec elle, moi !

De Morvan, en toute autre circonstance, eût sans aucun doute rudoyé Alain , mais les moments étaient précieux ; il n'y avait pas de temps à perdre ; il ne répondit pas.

— Je vous en conjure, monsieur, lui dit vivement mademoiselle de Blinval, laissez-moi seule ici !... N'exigez pas que j'assiste à la scène sanglante qui va se passer !... Et puis, qui sait si le vicomte de Chamarandc, outré de voir sa proie lui échapper, ne tournera pas sa rage contre moi!... Il est armé de pistolets, et...

— Vous avez raison, mademoiselle, interrompit de Morvan. Il vaut mieux que vous attendiez à L'abri le châtiment du coupable.

— C'est-à-dire l'issue de ce combat que je déplore et qu'il m'est impossible d'empêcher; car M. de Chamarande, je dois lui rendre cette

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